Vers un partenariat stratégique global plus solide, plus stable et plus dynamique entre la Chine et la France

Paru dans La Lettre Diplomatique n°127 3ème trimestre 2019

104
© Xinhua/LI Xuren Le Président chinois XI Jinping et le Président français Emmanuel Macron le 1er décembre 2018, en marge du Sommet du G20 qui s’est tenu à Buenos Aires en Argentine

 

Entretien avec S.E.M. LU Shaye
Ambassadeur de la République Populaire de Chine en France

Placée sous le sceau du double anniversaire des 70 ans de la proclamation de la République Populaire de Chine et des 55 ans de l’établissement des relations diplomatiques sino-françaises, 2019 a ouvert de nouvelles perspectives au renforcement des liens d’amitié et de coopération entre Pékin et Paris. Nouvel Ambassadeur de Chine en France, S.E.M. LU Shaye confronte pour nous les aspirations chinoises en faveur de la consolidation du multilatéralisme aux enjeux actuels de l’agenda international, et nous explique sa vision du nouvel élan à impulser au partenariat stratégique global avec la France.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, la République Populaire de Chine célèbre le 1er octobre 2019 le 70ème anniversaire de sa proclamation. Quel regard portez-vous sur le parcours accompli par votre pays ? Pourriez-vous nous expliquer les aspects de la « pensée de XI » adoptée le 11 mars 2018 visant à conforter son affirmation comme l’un des acteurs clés de la scène internationale ?

S.E.M. LU Shaye : Depuis la proclamation de la République Populaire de Chine il y a 70 ans, le peuple chinois a accompli un bond prodigieux, passant d’une nation qui s’est relevée à une nation riche, puis à une nation puissante embrassant les perspectives brillantes de son grand renouveau. La voie, les théories, le système et la culture du socialisme à la chinoise se sont développés continuellement, contribuant à la diffusion de la sagesse et des propositions de la Chine en faveur de la modernisation des pays en développement. En 2020, nous atteindrons notre premier objectif majeur : pour le centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, la population chinoise, soit 1,4 milliard d’habitants, accédera dans son ensemble au niveau de développement d’une « société d’aisance moyenne », ce qui marquera une première dans l’histoire du développement de l’humanité.

Au sommaire de ce dossier

Le monde d’aujourd’hui traverse des changements majeurs et inédits depuis un siècle. La convergence des intérêts de la Chine avec ceux du reste du monde s’accroît sans cesse. Autrement dit, la Chine voit son avenir chaque jour plus étroitement lié à l’avenir du monde. Quel type de relations la Chine doit-elle établir avec le monde dans la nouvelle ère, et quels principes doivent la guider ? La pensée de XI Jinping sur la diplomatie, en tant que principe fondamental et guide d’action pour la diplomatie de la Chine dans la nouvelle ère, a donné une réponse explicite, à savoir : associer le développement de la Chine au développement partagé de tous les pays du monde, unir les intérêts fondamentaux du peuple chinois aux intérêts à long terme de la société humaine, réaliser son propre développement dans une interaction bénéfique entre la Chine et le monde, et promouvoir la formation d’un nouveau type de relations entre la Chine et le monde.
L’accomplissement de ce grand dessein se caractérise par les aspects suivants : premièrement, promouvoir la construction d’une communauté de destin pour l’humanité, marquée par la paix durable, la sécurité universelle, la prospérité commune, l’ouverture et la tolérance, et la construction d’un monde propre et beau.
Deuxièmement, favoriser l’établissement d’un nouveau type de relations internationales fondées sur le respect mutuel, l’équité, la justice et la coopération gagnant-gagnant.
Troisièmement, poursuivre une politique étrangère d’indépendance et de paix. Nous allons adhérer à la voie du développement pacifique, respecter le droit des peuples de tous les pays de choisir en toute indépendance leur propre voie de développement et défendre les intérêts de la souveraineté, du développement et de la sécurité du pays.
Quatrièmement, développer activement des partenariats globaux. Nous établirons des relations entre grands pays, caractérisées par une stabilité générale et un développement équilibré ; nous approfondirons les relations avec les pays voisins et renforcerons l’unité et la coopération avec les autres pays en développement.
Cinquièmement, adhérer à une stratégie ouverte mutuellement avantageuse et gagnant-gagnant. Nous allons promouvoir à pas assurés la construction de l’Initiative « la Ceinture et la Route » (ICR), renforcer notre aide aux autres pays et favoriser la construction d’une économie mondiale ouverte.
Sixièmement, participer activement à la réforme et à la construction du système de gouvernance mondiale. Nous préserverons l’ordre international centré sur les objectifs et les principes de la Charte des Nations unies ; nous favoriserons le développement d’un système de gouvernance mondiale avec une orientation plus équitable et rationnelle ; nous participerons de manière constructive à la résolution des problèmes brûlants à l’échelle internationale et régionale ; enfin, nous relèverons les différents défis planétaires par la coopération.

L.L.D. : Dans le cadre du 55ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques sino-françaises, le Président XI Jinping a accompli une visite d’État en France du 25 au 26 mars 2019. Quel bilan faites-vous de ce déplacement ? Plus largement, comment qualifieriez-vous l’évolution des liens de confiance entre les deux pays ? Dans la perspective de la visite que devrait effectuer prochainement le Président français Emmanuel Macron à Pékin, comment souhaiteriez-vous voir évoluer le partenariat stratégique global sino-français ?

S.E.M.L.S. : À l’occasion de la visite du Président XI Jinping en France, les deux chefs d’État ont convenu de construire, à partir d’un nouveau point de départ historique, un partenariat stratégique global plus solide, plus stable et plus dynamique entre la Chine et la France. Pour ce faire, ils ont défini un objectif et une orientation pour le développement des relations sino-françaises dans la nouvelle ère. En prenant comme fil conducteur la mise en œuvre de l’important consensus réalisé par les deux présidents chinois et français, nous allons faire avancer à pas assurés la coopération sino-française dans divers domaines et porter continuellement les relations entre les deux pays vers de nouveaux paliers.
Personnellement, je suis d’avis que, dans la nouvelle architecture de la situation internationale actuelle, nous devons travailler dans les domaines suivants pour promouvoir le partenariat stratégique global Chine-France en faveur d’un développement meilleur et plus rapide.

« Depuis longtemps, la Chine et la France mènent une coopération fructueuse dans le domaine de l’environnement »

D’une part, il faut consolider le socle de la confiance politique mutuelle. En poursuivant le respect mutuel et la prise en considération des intérêts fondamentaux et des préoccupations majeures de l’une et de l’autre partie, nous pourrons élargir notre consensus et résoudre les divergences de manière adéquate. Nous pourrons ainsi appréhender la bonne direction du développement des relations bilatérales.
D’autre part, il importe d’approfondir une coopération mutuellement avantageuse. Nous devons, toujours dans un esprit d’initiative, de façon plus ouverte et à travers des actions concrètes, nous efforcer de faire avancer la coopération sur de grands projets stratégiques, tels que le nucléaire et l’aérospatiale, et valoriser pleinement le potentiel de coopération dans des domaines émergents tels que l’agroalimentaire, les technologies numériques et innovantes, l’économie d’énergie et la protection de l’environnement. Nous devons, en outre, explorer activement et promouvoir la coopération dans le cadre de l’ICR et des projets spécifiques de coopération en marchés tiers. Nous devons veiller à agrandir le « gâteau » de nos intérêts communs. Les deux parties doivent également renforcer leur coopération dans les domaines des collectivités locales, du tourisme, de la culture, de l’éducation et des sports, afin de consolider davantage la base populaire de nos relations dans la perspective de favoriser le développement d’un partenariat stratégique global plus étroit et plus durable entre la Chine et la France.
Enfin, il est impératif d’améliorer la coopération stratégique sur le plan international. À l’heure actuelle, la situation internationale connaît des changements profonds et complexes, avec la montée de l’unilatéralisme et du protectionnisme, ainsi qu’avec la résurgence d’assertions erronées relatives au populisme et au choc des civilisations. La Chine et la France devraient, en faisant preuve de la responsabilité qu’elles portent en tant que grandes puissances, encourager la communauté internationale à renforcer le dialogue sur des questions internationales d’importance majeure telles que la gouvernance mondiale, la réforme de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), le désarmement nucléaire international et le contrôle des armements, la lutte contre le changement climatique, et des enjeux d’actualité brûlante telles que la question nucléaire de la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) et le dossier nucléaire iranien, dans le but de trouver des solutions réalisables et d’améliorer le bien-être commun de toute l’humanité. C’est là l’importance du rôle moteur des relations sino-françaises dans les relations entre la Chine et les pays occidentaux dans la nouvelle ère.

© MEAE/Frédéric de La Mure Le Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et son homologue chinois M. WANG Yi, le 24 janvier 2019 à Paris, posant devant le logo élaboré pour la célébration du 55ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques franco-chinoises.

L.L.D. : En accord avec le projet chinois visant à bâtir une « civilisation écologique », votre pays et la France ont signé le 25 mars 2019 une Déclaration conjointe de coopération consacrant une place particulière à la protection de l’environnement. Comment s’articule la coopération bilatérale dans ce domaine, y compris au plan économique ? Au-delà, comment la réforme de la loi sur les investissements étrangers de mars 2019 est-elle de nature à encourager l’essor des échanges industriels et technologiques de pointe entre les deux pays ?

S.E.M.L.S. : Dans la Déclaration conjointe sino-française, 10 des 37 clauses portent sur la protection de l’environnement. Cela illustre de manière concrète la coopération entre la Chine et la France, deux grands pays responsables, en vue de relever les défis de la planète et d’améliorer la gouvernance mondiale. Depuis longtemps, la Chine et la France mènent une coopération fructueuse dans le domaine de l’environnement : elles ont œuvré de concert à l’adoption et à la mise en œuvre de l’Accord de Paris et elles ont organisé, à deux reprises, avec l’ONU, des réunions tripartites sur le changement climatique en marge du sommet du G20. L’année 2018-2019 marque l’Année de l’environnement Chine-France. La Chine travaillera avec la France pour obtenir davantage de résultats lors de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique qui se tiendra en Chine en 2020.
Tout en participant activement à la gouvernance internationale en matière d’environnement, la Chine s’efforce de résoudre ses propres problèmes écologiques et environnementaux internes. Au cours de son développement, la France a créé de nombreux produits et obtenu de nombreux résultats scientifiques et technologiques permettant de résoudre les défis environnementaux ; elle est le berceau de beaucoup d’entreprises célèbres et elle a accumulé de riches expériences. Maintenant que la Chine et la France mènent une coopération pour la construction de villes ou de quartiers écologiques dans plusieurs régions en Chine, je pense que les entreprises des deux pays auront de vastes marges de coopération.
La Loi chinoise sur l’investissement étranger protège les droits de propriété intellectuelle et les secrets commerciaux en stipulant que la coopération technique doit être basée sur le principe du libre consentement et des règles commerciales, que le gouvernement ne peut pas imposer le transfert de technologies, et que la violation de droits de propriété intellectuelle fera l’objet de poursuites juridiques. Ces principes ont été illustrés dans les politiques et réglementations relatives à l’ouverture de la Chine, et sont désormais unifiés et définis dans la nouvelle Loi sur l’investissement étranger, ce qui permet de créer un environnement de marché stable, transparent, prévisible et équitable, d’attirer des investissements étrangers sur le marché chinois, et de favoriser la coopération sino-française dans l’industrie et la technologie.

L.L.D. : Fleurons chinois des nouvelles technologies, les groupes chinois Huawei et Alibaba ont participé à la 4ème édition du salon Vivatech Paris qui s’est tenu du 16 au 18 mai 2019. En quoi l’ouverture, le 22 juillet 2019, d’une bourse des valeurs technologiques à Shanghai, le STAR Market, traduit-elle la montée en puissance technologique de votre pays ? Au regard des récentes mesures américaines visant des entreprises chinoises, comment appréhendez-vous les craintes qu’elle suscite ? À l’inverse, comment accueillez-vous le positionnement plus nuancé de l’Europe ?

S.E.M.L.S. : Ces dernières années, les sciences et les technologies chinoises ont connu un développement important, avec une augmentation de plus de 20 % des investissements annuels dans la recherche scientifique, ce qui fait de la Chine le pays ayant le plus grand nombre de demandes et de délivrances de brevets d’invention. Les progrès scientifiques et technologiques de la Chine ont bénéficié de la coopération internationale tout en contribuant au développement scientifique et technologique du monde. De 2000 à 2017, les redevances de propriété intellectuelle en Chine sont passées de 1,28 milliard de dollars à 28,66 milliards de dollars. Dans le même temps, la Chine est devenue le plus grand exportateur mondial de produits de haute technologie, et le leader mondial du train à grande vitesse, du paiement mobile, des vélos partagés et des achats en ligne.
Depuis un certain temps, les États-Unis utilisent ouvertement leur pouvoir national pour bloquer et réprimer Huawei et d’autres entreprises chinoises, ce qui a suscité une vive préoccupation et une forte inquiétude au sein de la communauté internationale. Les progrès obtenus par la Chine en matière de développement scientifique et technologique ont été réalisés par le peuple chinois au prix de l’intelligence et du labeur. C’est par une logique typique de bandit que les États-Unis ne permettent que leur propre développement, mais n’autorisent pas les autres à progresser.
La coopération sino-européenne dans les domaines scientifique et technologique représente une partie importante du partenariat stratégique global sino-européen, et les pays de l’Union européenne (UE) représentent une source importante d’introduction de technologies pour la Chine. Ces dernières années, la coopération scientifique et technologique sino-européenne est devenue de plus en plus active, avec de larges perspectives de coopération dans des domaines tels que la réduction des émissions de carbone, la numérisation, les énergies propres et le développement durable. La partie chinoise souhaite la bienvenue aux entreprises scientifiques et techniques européennes qui viennent investir dans le pays et espère que la partie européenne offrira un traitement juste, transparent et non discriminatoire aux entreprises chinoises de haute technologie qui investissent en Europe, pour promouvoir un partenariat gagnant-gagnant d’un niveau plus élevé.

« La Chine est devenue le plus grand exportateur mondial de produits de haute technologie »

L.L.D. : Illustrant la « communauté de destin » qu’il cherche à promouvoir, votre pays a conclu le 25 mars 2019 un accord historique avec la France en matière d’exploration lunaire. Au-delà des dimensions scientifique et technologique de ce projet, comment ce concept a-t-il vocation à se concrétiser ? Comment la future Fondation de Chine au sein la Cité universitaire internationale de Paris participera-t-elle à la diffusion des valeurs chinoises ?

S.E.M.L.S. : Dans le cadre de ses premières expériences dans le domaine de l’exploration de l’espace lointain, la Chine a formellement lancé son projet d’exploration lunaire en 2004. Celui-ci qui se déroule en trois étapes : lancement d’une sonde lunaire en orbite autour de la Lune, alunissage en douceur et exploration d’un rover sur la Lune, et prélèvement d’échantillons de la surface lunaire rapportés par un robot sur la Terre. Les deux premières étapes ont été accomplies, et la troisième le sera avant 2020. La France est une puissance spatiale de niveau mondial. La coopération spatiale constitue depuis longtemps une partie importante de la coopération sino-française. Lors de la visite du Président XI Jinping en France en mars 2019, la Chine et la France ont signé une lettre d’intention concernant le programme d’exploration lunaire, posant ainsi les bases d’une coopération accrue entre les deux pays dans le domaine de l’exploration de l’espace lointain.
J’ajoute que la Chine conduit des activités dans ce domaine, y compris en matière d’exploration de la Lune, en vue d’une utilisation de l’espace à des fins pacifiques. La Chine, fidèle à l’idée d’ouverture, de coopération et de partenariat gagnant-gagnant, a déployé des efforts réels pour promouvoir le développement de l’aérospatiale mondiale. Ce point est parfaitement illustré par le fait que le gouvernement chinois a récemment conclu un accord avec le Bureau des affaires spatiales de l’ONU afin de donner aux États membres de l’ONU la possibilité d’utiliser la future station spatiale habitée de la Chine.
Concernant votre deuxième question, la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP), dont l’histoire s’étend sur près d’un siècle, a été le témoin du séjour de bon nombre de révolutionnaires, écrivains, artistes et scientifiques chinois de l’ancienne génération. La « Maison de la Chine », conjointement créée par d’excellentes équipes d’architectes de Chine et de France, devrait être achevée en 2021. Elle deviendra alors l’un des plus grands complexes d’appartements de la CIUP. Elle mettra à la disposition des étudiants 300 chambres, des espaces modernes d’études et de vie et un centre international d’échanges culturels capable d’accueillir jusqu’à 500 personnes.
La « Maison de la Chine », aussi appelée « Heyuan » (Jardin de l’harmonie), transmet les idées fondamentales de la culture chinoise, à savoir : la bonne entente, la paix et l’harmonie. Elle est ainsi en parfait accord avec la conception des valeurs encouragée par la CIUP, et elle symbolise la rencontre des cultures chinoise et française ainsi que leur inspiration mutuelle. Nous ferons de notre mieux pour que la « Maison de la Chine » devienne une vitrine de la culture chinoise, un lien pour les échanges entre la Chine et la France, et une plateforme de rencontre et d’interaction entre les différentes cultures.

L.L.D. : À l’issue du « Forum sur la gouvernance mondiale » organisé à Paris le 26 mars 2019, le Président XI Jinping a participé à un format inédit de rencontre élargi à l’Allemagne et à l’UE. Au vu de cette initiative, comment qualifieriez-vous l’importance du dialogue de la Chine avec l’UE en faveur de la défense du multilatéralisme ? Quelles sont vos attentes vis-à-vis du nouvel exécutif européen ?

© UN Photo/Ichiro Mae Le Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le Conseiller d’État et Ministre chinois des Affaires étrangères WANG Yi et le Secrétaire général des Nations unies António Guterres, le 29 juin 2019 à l’issue de la Réunion trilatérale ONU-Chine-France qui s’est tenue en marge du sommet du G20 à Osaka le 29 juin 2019.

S.E.M.L.S. : Le Président XI Jinping, en marge de sa visite en France en mars 2019, a participé, avec le Président Emmanuel Macron, à la cérémonie de clôture du Forum sur la gouvernance mondiale co-organisé par la Chine et la France, et a tenu une rencontre quadripartite avec la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. La réussite de cette rencontre a permis à la Chine et à l’UE de donner de la voix pour défendre conjointement l’ordre international axé sur les buts et les principes de la Charte des Nations unies, pour soutenir le multilatéralisme et s’opposer aux actes unilatéraux. Cette initiative revêt une signification importante.
La Chine et l’UE sont des acteurs importants de la multipolarisation du monde. À l’heure actuelle, la situation internationale est pleine d’incertitudes et d’instabilité, l’unilatéralisme et le protectionnisme se déchaînent et les risques majeurs se multiplient sans cesse. Le renforcement de la communication et de la coopération stratégiques entre la Chine et l’UE, qui oeuvrent ensemble à la défense du multilatéralisme et à l’amélioration de la gouvernance mondiale, est non seulement dans l’intérêt des deux parties, mais elle contribue également au maintien de la paix et du développement dans le monde.
Je tiens également à souligner que la Chine et l’UE sont des partenaires stratégiques globaux. La partie chinoise, qui accorde une grande importance au développement des relations avec l’UE, a toujours fermement soutenu le processus d’intégration européenne, l’unité, la stabilité et la prospérité de l’UE, ainsi que le rôle important de l’UE dans les affaires internationales. En juillet 2019, le Président XI Jinping et le Premier Ministre LI Keqiang ont respectivement adressé des messages de félicitations à Charles Michel et à Ursula von der Leyen pour leur élection respective à la présidence du Conseil européen et à celle de la Commission européenne. Ils ont, en outre, exprimé leur souhait de voir les deux parties travailler ensemble pour que le partenariat stratégique global Chine-UE franchisse un nouveau palier et pour faire progresser les quatre partenariats majeurs entre la Chine et l’UE en faveur de la paix, la croissance, les réformes et les civilisations. L’objectif étant au final de faire le bonheur des peuples chinois et européen, et d’apporter une plus grande contribution au développement et à la stabilité du monde.

L.L.D. : Plus d’une quarantaine de pays, dont pour la première fois l’Italie, étaient réunis à Pékin du 25 au 27 avril 2019 à l’occasion de la 2ème édition du Forum mondial sur l’Initiative « La Ceinture et la Route » (ICR). Pourriez-vous nous expliquer les bénéfices potentiels de ce projet pour l’Europe ? Comment percevez-vous les interrogations européennes concernant son développement et le format 16+1 auquel la Grèce a récemment adhéré ?

S.E.M.L.S. : Proposée par le Président XI Jinping comme un outil de coopération économique internationale avancée, l’ICR consiste au fond, en prenant comme fil conducteur la construction d’infrastructures, à renforcer l’interconnexion à différents niveaux, à stimuler les nouveaux moteurs de la croissance économique mondiale et à créer une nouvelle plateforme de coopération dans l’économie mondiale.
Le continent eurasiatique est une région clé pour la construction conjointe de l’ICR. De fait, l’Europe représente un partenaire important pour la mise en œuvre de cette initiative. Elle permettra de relier les cercles économiques de l’Asie et de l’Europe, ce qui contribuera à offrir une meilleure complémentarité entre les deux parties, à accélérer l’interconnexion de l’Eurasie, et à promouvoir la sécurité et la stabilité pour explorer conjointement de nouvelles marges de développement.
Parmi les 28 pays de l’UE, 16 ont adhéré à la coopération dans le cadre de l’ICR et 14 sont membres fondateurs de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB). La Chine et l’UE sont parvenues à un consensus pour relier l’ICR et la stratégie d’interconnexion eurasiatique de l’UE. Les dirigeants de sept pays de l’UE et cinq hauts représentants européens ont ainsi assisté au 2ème Forum de l’ICR pour la coopération internationale, dont M. Jean-Yves Le Drian, en tant que représentant du Président français Emmanuel Macron et Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, ce qui démontre la dynamique de concertation entre la Chine et l’Europe en vue de la construction commune de « La Ceinture et la Route ». Le train de fret Chine-Europe, qui représente une réalisation emblématique de la construction de l’ICR, a circulé plus de 15 000 fois jusqu’à la fin du mois d’avril 2019, couvrant plus de 50 villes européennes, dont Lyon.
Dans ce cadre, la coopération entre la Chine et les pays d’Europe centrale et orientale fait partie intégrante des relations sino-européennes. Ce processus favorise la promotion d’un développement équilibré au sein de l’Europe et l’intégration européenne en elle-même. Des rencontres entre les dirigeants de la Chine et ceux des pays d’Europe centrale et orientale ont eu lieu à huit reprises. La Grèce, qui représente un important point de rencontre sur la Route de la Soie terrestre et la Route de la Soie maritime, souhaite vivement participer à la coopération entre la Chine et l’Europe centrale et orientale et a obtenu l’appui unanime de la Chine et des pays européens de cette région.

L.L.D. : Plus globalement, quelles sont, de votre point de vue, les avancées les plus marquantes de l’ICR ?

S.E.M.L.S. : Bien que l’ICR trouve son origine en Chine, ses opportunités et ses réalisations appartiennent au monde entier. Au cours des six dernières années, plus de 150 pays et organisations internationales ont signé un accord de coopération avec la Chine dans le cadre de la construction de l’ICR. Les échanges commerciaux entre la Chine et les pays concernés totalisent plus de 6 000 milliards de dollars et 82 parcs de coopération ont été créés à l’étranger, créant près de 300 000 emplois locaux et générant plus de 2 milliards de dollars d’impôts aux pays d’accueil.
Grâce à la construction conjointe de l’ICR, certains pays ont construit leur première autoroute et leur première voie ferrée moderne, d’autres ont développé pour la première fois leur propre industrie automobile, et d’autres encore ont résolu le problème de la pénurie d’électricité qui sévissait depuis de nombreuses années.
La Banque mondiale estime que la construction de l’ICR a accéléré la réduction de la pauvreté dans le monde. Dans un esprit de paix et de coopération, d’ouverture et de tolérance, d’apprentissage réciproque et d’inspiration mutuelle, de bénéfice réciproque et de partenariat gagnant-gagnant, elle encourage dans le même temps le principe de « consultation, coopération et bénéfices pour tous » dans le cadre de la gouvernance mondiale. Elle est de nature à soutenir le multilatéralisme et à favoriser une économie mondiale ouverte par des actions concrètes. Cela constitue une exploration utile de la réforme et de l’amélioration de la gouvernance mondiale, de la promotion de la libéralisation et de la facilitation du commerce et de l’investissement. Le Secrétaire général des Nations unies, M. Antonio Guterres, a affirmé que l’ICR a assaini la mondialisation.
Le monde d’aujourd’hui est loin d’être tranquille. Promouvoir le développement économique et la stabilité sociale par la construction de « la Ceinture et la Route » et éliminer le terrain favorable à la propagation du terrorisme sont également les attentes communes des pays riverains de cette initiative.
Le corridor économique sino-pakistanais a mis en place un mécanisme de coopération mature et efficace et a réalisé des progrès remarquables s’agissant du port de Gwadar, de l’énergie, des infrastructures de transport et de la coopération industrielle. Sur les 22 projets primaires déterminés par les deux parties, 11 ont été achevés et 11 autres sont en construction. Ces ouvrages de coopération, qui couvrent le plus grand nombre de domaines et apportent des bénéfices concrets dans le cadre de l’ICR, ont gagné un large soutien des peuples chinois et pakistanais. La partie chinoise attache à cet égard une grande importance à la sécurité du corridor, apprécie les efforts considérables déployés par la partie pakistanaise pour le protéger ainsi que pour la sécurité des citoyens et des établissements chinois au Pakistan. La Chine soutient, en outre, fermement les efforts du Pakistan en matière de lutte contre le terrorisme. J’ai la conviction que le corridor économique sino-pakistanais apportera plus d’avantages aux deux peuples et qu’il contribuera à la prospérité et à la stabilité de la région.

L.L.D. : En dépit de la « trêve » provisoire instaurée lors de la rencontre entre le Président XI Jinping et le Président Donald Trump en marge du sommet du G2O d’Osaka en juin 2019, les tensions commerciales sino-américaines restent vives. En quoi une réforme de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) pourrait-elle contribuer à instaurer un équilibre durable et mutuellement bénéfique entre leurs économies respectives ? Comment appréhendez-vous les conséquences de la résurgence du protectionnisme dans le monde ?

S.E.M.L.S. : Depuis un certain temps, le protectionnisme commercial mondial fait son retour à travers le monde, ce qui va à l’encontre du courant général de la mondialisation économique. Le protectionnisme commercial entrave l’amélioration de la productivité, provoque des distorsions dans la distribution des ressources, affaiblit la capacité d’innovation technologique, nuit aux intérêts des consommateurs, et conduit au rétrécissement du marché mondial. Plus spécifiquement, le protectionnisme commercial et l’unilatéralisme constituent une menace majeure pour le développement de l’économie mondiale et les intérêts de tous les pays.
Ce que je dois souligner plus particulièrement, c’est que les États-Unis ont gravement violé le consensus atteint par les deux chefs d’État chinois et américain lors de leur rencontre à Osaka, en annonçant qu’ils imposeraient des droits de douane supplémentaires de 10% sur 300 milliards de dollars d’exportations chinoises vers les États-Unis, puis des droits de douane supplémentaires sur 550 milliards de dollars d’exportations chinoises vers les États-Unis.
En ignorant les réalités fondamentales, les États-Unis ont étiqueté la Chine comme un pays manipulateur du taux de change. Ils ont brandi une nouvelle fois l’arme du protectionnisme et de l’unilatéralisme contre la Chine. Or, il n’y a pas de gagnant dans une guerre commerciale, et l’escalade des frictions commerciales stimulée par les États-Unis n’est ni dans l’intérêt des peuples chinois et américain, ni dans l’intérêt des autres peuples du monde.
La Chine est disposée à résoudre les divergences avec les États-Unis sur la base de l’égalité et du respect mutuel, mais n’acceptera pas la menace et le chantage, de même qu’elle n’abandonnera pas ses intérêts fondamentaux et ses droits légitimes au développement pour parvenir à un accord. J’espère également que d’autres pays, en préservant le multilatéralisme, diront ensemble non à l’unilatéralisme et au protectionnisme pour maintenir conjointement l’élan favorable de la reprise régulière de l’économie mondiale.
J’ajoute qu’à l’heure actuelle, l’OMC est confrontée à trois sérieux défis. Premièrement, à cause de l’obstruction de quelques membres, l’Organe d’appel du mécanisme de règlement des différends de l’OMC fait face à une paralysie à cause des sièges vacants. Deuxièmement, quelques membres de l’OMC ont renforcé des barrières commerciales tels que les tarifs, en abusant des clauses d’exception de sécurité contenues dans les règles de l’OMC. Troisièmement, un très petit nombre de membres de l’OMC ont adopté arbitrairement des mesures unilatérales au mépris des règles multilatérales.
La Chine soutient la réforme nécessaire de l’OMC. La réforme devrait contribuer à maintenir les deux valeurs fondamentales de non-discrimination et d’ouverture dans le système commercial multilatéral, à garantir les intérêts du développement des membres en développement, et à respecter le mécanisme de prise de décision par consensus. À cette fin, il importe de veiller, dans la réforme en question, à maintenir le statut principal du système commercial multilatéral, à régler en priorité les problèmes clés qui menacent la survie de l’OMC, et à garantir l’équité des règles commerciales tout en assurant le traitement spécial et différencié des membres en développement tout en respectant les modes de développement de ses membres.

L.L.D. : L’incident créé, le 6 avril 2019, par le passage du bâtiment français, le Vendémiaire, dans le détroit de Taiwan, a mis en exergue les divergences persistantes concernant l’application des règles de navigation en Mer de Chine méridionale. Pourriez-vous nous expliquer la position de votre pays à ce sujet ? Quels progrès ont été accomplis dans l’élaboration du code de conduite (COC) avec les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) ?

S.E.M.L.S. : Je pense que cet incident résonne avec trois questions : premièrement, le passage dans le détroit de Taiwan. La partie chinoise n’a pas d’objection quant au passage normal de navires de guerre étrangers dans le détroit de Taiwan, mais s’oppose résolument aux activités portant atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la Chine.
Deuxièmement, la liberté de navigation en Mer de Chine méridionale. Il s’agit en fait d’un faux problème, car, depuis longtemps, la liberté de navigation en Mer de Chine méridionale ne pose aucune difficulté. La Chine a toujours soutenu la liberté de navigation et de survol dont jouissent les différents pays en Mer de Chine méridionale en vertu du droit international, mais s’oppose résolument à la parade des forces militaires par les pays concernés, sous le couvert du maintien de la « liberté de navigation et de survol » dans cette zone, dans le but de défier et de menacer la souveraineté et la sécurité de la Chine.
Troisièmement, les consultations sur le Code de conduite en Mer de Chine méridionale (COC) entre la Chine et les pays de l’ASEAN sur le COC s’inscrivent dans le cadre d’une mise en oeuvre globale et efficace de la Déclaration des Parties sur la conduite en Mer de Chine méridionale. En juillet 2019 a été annoncé, lors de la réunion des Ministres des Affaires étrangères Chine-ASEAN, l’achèvement du premier tour d’examen du projet du COC après une consultation unique, marquant ainsi la mise en place du cadre du COC et illustrant la ferme détermination et la capacité de la Chine et des pays de l’ASEAN à promouvoir les consultations sur le COC. Tant que les deux parties feront preuve de sincérité et agiront dans le même sens, elles finiront par parvenir à un COC de haute qualité, conforme au droit international, répondant aux besoins réels de la région, avec un sens et une efficacité substantiels.

L.L.D. : En réponse à l’attaque qu’il a subi le 21 juillet 2019, le Bureau de liaison de Pékin à Hong Kong a accusé les manifestants de remettre en cause le principe « un pays, deux systèmes ». Dans quelle mesure celui-ci vous semble-t-il encore viable pour l’île ? Tenant compte de son rôle comme place financière internationale, comment la spécificité de Hong Kong est-elle appelée à être préservée dans ce contexte ? Au-delà, quelles nouvelles initiatives pourraient favoriser le resserrement des liens entre la Chine continentale et Taiwan ?

S.E.M.L.S. : Au cours des récentes manifestations et des violences à Hong Kong, certaines personnes ont prôné l’« indépendance de Hong Kong » et ont scandé le slogan « Reprenons Hong Kong, la révolution de notre époque », encerclé et attaqué le Bureau de liaison du gouvernement populaire central dans la région administrative spéciale de Hong Kong et elles ont humilié sans vergogne le drapeau national, l’emblème national et l’emblème régional. Leurs agissements défient ouvertement la ligne rouge du principe d’« un pays, deux systèmes ». Ces activités criminelles seront poursuivies, les fomentateurs, les organisateurs et ceux qui tirent les ficelles dans les coulisses feront l’objet de poursuites en responsabilité pénale.
Hong Kong fait face à la situation la plus grave depuis son retour à la souveraineté chinoise, la tâche la plus urgente étant de mettre fin à la violence et de rétablir l’ordre. Le gouvernement central chinois soutient fermement le principe d’« un pays, deux systèmes », il soutient fermement le chef de l’exécutif, Mme Carrie Lam, à la tête du gouvernement de la région administrative spéciale de Hong Kong, dans l’administration de Hong Kong conformément à la loi ; il soutient fermement la police de Hong Kong dans l’application rigoureuse de la loi ; et il soutient fermement les services compétents du gouvernement de la région administrative spéciale de Hong Kong et les organes judiciaires dans la sanction des auteurs d’actes criminels violents. Si la situation de Hong Kong se dégradait davantage et que des troubles non contrôlables par le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong Kong se produisaient, le gouvernement central ne resterait pas indifférent, et réprimerait sans tarder, conformément aux dispositions de la Loi fondamentale, les différents troubles qui surviendraient.
Depuis le retour de Hong Kong au sein de la mère patrie, le gouvernement central a publié toute une série de me- sures politiques visant à soutenir le développement de Hong Kong, pour l’aider à surmonter des chocs tels que la crise financière asiatique de 1997 et la crise financière internationale de 2008. Nous travaillons activement à construire un centre offshore en renminbi (RMB) à Hong Kong. Nous soutenons l’interconnexion des marchés financiers entre la partie continentale et Hong Kong par la connexion des bourses de Shanghai et de Shenzhen avec celle de Hong Kong, ainsi que l’interconnexion des marchés obligataires, et nous soutenons la participation de Hong Kong au développement de la conurbation de la baie Guangdong-Hong Kong-Macao et à la construction de l’ICR. À l’avenir, nous continuerons d’accorder à Hong Kong un puissant soutien politique pour développer et consolider son statut du centre financier international.
Les violences illégales qui ont eu lieu récemment à Hong Kong ont déjà causé de graves retombées sur l’économie et la vie de la population. Si cela continue, les investisseurs en souffriront inévitablement et le statut du centre financier international de Hong Kong sera compromis. Ce n’est qu’en mettant fin aux violences et en rétablissant l’ordre social que Hong Kong pourra créer de nouveau un environnement favorable aux affaires, regagner la confiance de la communauté internationale, se focaliser sur l’économie et le bien-être de la population et revenir sur la bonne voie de la prospérité et de la stabilité.
Pour répondre à votre dernière question, Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois, et les deux rives du détroit appartiennent à la même et unique Chine. La réunification finale des relations entre les deux rives est une tendance historique et l’objectif de nos efforts. Sur le plan politique, nous mènerons des consultations démocratiques larges et approfondies, sur la base politique du consensus de 1992 et de l’opposition à l’« indépendance de Taiwan », avec des représentants de divers partis, groupements et milieux de Taiwan, sur les relations entre les deux rives du détroit et l’avenir de la nation. Nous explorerons une solution pour Taiwan dans le cadre de « deux systèmes », pour parvenir à un arrangement institutionnel afin de promouvoir le développement pacifique des relations entre les deux rives. Sur le plan économique, nous continuerons à approfondir le développement intégré des deux rives du détroit, à promouvoir activement l’institutionnalisation de la coopération économique et à créer un marché commun ; enfin, nous renforcerons l’interconnexion entre les deux rives et favoriserons la protection sociale et le partage des ressources publiques. De plus, sur le plan culturel, nous allons promouvoir sans discontinuer les échanges et la coopération, faire rayonner conjointement l’excellente culture traditionnelle chinoise et favoriser la communion d’esprit entre nos compatriotes des deux rives du détroit de Taiwan.

L.L.D. : À l’image de la visite d’État effectuée le 20 juin 2019 par le Président chinois en Corée du Nord, quelle approche spécifique du règlement des conflits cherche à promouvoir la diplomatie chinoise ? Plus largement, comment analysez-vous les implications géostratégiques de l’accroissement des tensions dans le détroit d’Ormuz ?

S.E.M.L.S. : La question de la péninsule coréenne a été léguée par la guerre froide. En juin 2019, le Président XI Jinping a effectué une visite d’État en RPDC, au cours de laquelle les dirigeants des deux pays ont confirmé l’orientation générale consistant à s’en tenir à un règlement politique de la question de la péninsule. Ils ont souhaité que toutes les parties renforcent le dialogue et les consultations et agissent dans le même sens en suivant l’approche de la double voie et l’idée de procéder par étapes et de manière synchronisée ; et qu’ils recherchent activement des moyens efficaces pour réaliser la dénucléarisation complète de la péninsule, y instaurer un mécanisme de paix, et résoudre de manière adéquate les préoccupations raisonnables des différentes parties. La Chine continuera à jouer un rôle constructif à cet égard.
L’approche unilatérale du pays concerné visant à dénoncer le JCPOA est à l’origine de la tension croissante dans le détroit d’Ormuz. Important passage de transport maritime, le détroit d’Ormuz exerce une influence importante sur l’approvisionnement énergétique international, ainsi que sur la sécurité et la stabilité mondiales. Nous espérons que toutes les parties concernées feront preuve de sang-froid et de retenue et qu’elles prendront des mesures concrètes pour éviter l’escalade des tensions et pour préserver ensemble la paix et la stabilité dans le Golfe, car cela est dans l’intérêt de la communauté internationale. Le seul moyen réaliste et efficace d’apaiser la tension actuelle et de régler le problème nucléaire iranien est de mettre en œuvre le JCPOA de manière intégrale et efficace. C’est une attente générale de la communauté internationale.

L.L.D. : La nomination à l’été 2019 de M. QU Donyu comme Directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) illustre le rôle croissant de la Chine au sein des institutions multilatérales. Comment définiriez-vous les responsabilités qui en découlent ?

S.E.M.L.S. : L’élection de M. QU Dongyu au poste de Directeur général de la FAO illustre la reconnaissance des capacités du candidat chinois par les différentes parties, la haute appréciation de l’adhésion de la Chine au multilatéralisme et à la promotion du développement mondial. Elle montre également l’affirmation des réalisations chinoises dans le développement agricole et rural par la communauté internationale. Nous attendons avec intérêt un rôle plus important de la FAO dans le maintien de la sécurité alimentaire mondiale et la réalisation d’un monde sans famine, sous la conduite de son Directeur général M. QU Dongyu. Comme toujours, la Chine soutiendra fermement les activités de la FAO et travaillera avec d’autres pays pour apporter une plus grande contribution à la promotion du développement de l’alimentation et de l’agriculture dans le monde, à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.
La participation active à la gouvernance mondiale et à la réforme du système de gouvernance constitue une partie importante de la diplomatie aux couleurs chinoises. En tant que plus grand pays en développement du monde et que grand pays responsable, la Chine entend défendre fermement le système international centré sur le multilatéralisme et l’ONU tout en poursuivant ses propres objectifs. Elle compte proposer activement davantage de solutions constructives pour relever les défis globaux, régler les crises régionales et renouveler sa force de contribution. Nous appelons également tous les pays du monde à assumer leurs responsabilités et à promouvoir conjointement la paix et le développement dans le monde.

© CNTO Construit par l’architecte français Paul Andreu et inauguré en 2007, l’Opéra de Pékin représente un symbole des réalisations de la coopération franco-chinoise.