Une histoire au service du futur

Paru dans La Lettre Diplomatique n°126 2ème trimestre 2019

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© Institut Français M. Eric Soulier, Directeur de l’Institut français de Turquie et Conseiller de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Turquie, signant avec le Prof. Adem Şahin Recteur de l’Université d’Économie et de Technologie (TOBB), la convention de coopération universitaire entre les deux organismes le 18 mai 2017.

Par M. Eric SOULIER
Conseiller de coopération et d’action culturelle à l’Ambassade de Turquie en France,
Directeur de l’Institut français de Turquie

Forte d’un historique, de réseaux d’influence, d’une présence dans de nombreuses villes, la relation culturelle entre la France et la Turquie dont le pilotage est assuré par l’Institut français de Turquie bénéficie de nombreux atouts.
Deux priorités : le renforcement de l’attractivité et la promotion des idées et de la créativité française. Le tout dans une dimension francophone renforcée, liée à l’histoire et, notamment, au réseau des écoles bilingues de Turquie porteurs du label « FrancEducation ».
L’un des exemples les plus emblématiques est celui de Galatasaray, université francophone dont l’accord relatif à la création de « l’établissement d’enseignement intégré de Galatasaray » (EEIG) est signé en avril 1992 dans le cadre de la visite officielle du Président Mitterrand en Turquie. Et qui le 1er juin 1994 deviendra officiellement par un vote du Parlement turc « l’Université de Galatasaray ».
Cette nouvelle université prolonge ainsi une longue tradition d’éducation qui trouve son origine dans l’École du Palais fondée en 1481 par le Sultan Bajazet II. En 1868, cette école fut transformée en « lycée impérial Ottoman » par le Sultan Abdul Aziz, en s’inspirant de la réforme de Victor Duruy, Ministre de l’Éducation et en alignant l’établissement sur le modèle des grands lycées parisiens. Devenu lycée public à l’avènement de la République en 1923, l’établissement poursuit son chemin dans la voie tracée par ses fondateurs, notamment le caractère francophone et en y ajoutant les principes fondamentaux de la République turque : démocratie, laïcité, pluralisme, modernité et ouverture vers l’Occident.
C’est aussi dans ce cadre que se développent les actions de l’Institut français de Turquie (IFT). Fort de près de 70 ans d’existence en Turquie, il est implanté à Istanbul sur la mythique rue Istiqlal, à Izmir à quelques mètres du « Kordon » qui borde la baie de l’ancienne Smyrne et à Ankara dans un quartier en expansion à l’image de la capitale voulue par Atatürk. Mais c’est aussi en s’appuyant sur l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA), ainsi que le réseau des établissements français (au nombre de deux à Ankara et Istanbul) et bilingues, avec plus de 10 000 élèves, que se construit cette relation.

© Institut Français L’Institut français de Turquie à Ankara a organisé le 9 novembre 2018 un débat d’idées sur le thème « De Gaulle à Ankara, les 50 ans d’une visite d’État ».

Les actions de l’IFT sont multiples et bien plus qu’un simple projet de coopération bilatérale classique. Il s’agit là pour la France de proposer des nouvelles formes artistiques et de développer des actions de coopération novatrices, telles que « Spaces of culture » en partenariat avec l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas, soit plus de 70 projets soutenus sur deux ans, deux programmes d’actions de formations et un de mobilité. Et depuis mars 2019, « Be mobile, Create together » (BMCT) qui répond à un appel à projet de l’Union européenne ICD (Inter Cultural Dialogue) en lien avec l’Institut Yunus Emre.
Piloté par l’IFT, en partenariat avec le Goethe Institut, le Consulat général des Pays-Bas et la fondation pour les arts d’Istanbul (IKSV), BMCT c’est 30 résidences artistiques en Europe et en Turquie, et à terme, la constitution d’un réseau des meilleures résidences européennes et turques.
La Turquie est un pays en constante évolution. Il nous faut imaginer des formes nouvelles de coopération, vraiment bilatérales, qui permettent de prendre en compte les nouveaux paysages de la recherche et de l’université, ainsi que tous les acteurs culturels et de la société civile. « Be mobile, Create Together » et « Space of Culture » permettent de réaliser ce changement de paradigme. Il ne s’agit donc pas seulement de maintenir les aspects d’une présence nostalgique mais au contraire de poser des jalons pour accompagner l’essor d’un pays majeur situé aux frontières de l’Union européenne.