Une coopération franco-allemande essentielle pour l’avenir de l’Europe spatiale

Paru dans La Lettre Diplomatique n°124 4ème trimestre 2019

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© CNES/DUCROS David, 2016 Illustration du projet de satellite franco-allemand Merlin dédié à la mesure des concentrations de méthane dans l’atmosphère, dont l’objectif est d’identifier et quantifier les flux du deuxième gaz à effet de serre de la planète.

Par M. Jean-Yves LE GALL
Président du Centre National d’Études Spatiales (CNES)

Le 22 janvier 1963 était signé à l’Élysée, un traité marquant la réconciliation franco-allemande et affirmant le rôle fondateur de la France et de l’Allemagne dans la construction européenne. Ce traité était signé en période de guerre froide avec l’existence de deux États allemands. La situation géopolitiq

ue a aujourd’hui considérablement changé : l’Allemagne s’est réunifiée, l’Union européenne est devenue une réalité et le contexte international est en profonde mutation.
C’est da

ns ce cadre que la France et l’Allemagne ont signé le 22 janvier 2018, un nouveau traité de l’Élysée pour renforcer la relation franco-allemande d’exception au service de l’Europe. Et ce qui est vrai au niveau géopolitique l’est aussi dans le domaine spatial puisque, comme je le disais le 14 novembre 2017 devant la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, nous assistons à l’émergence d’un « nouvel ordre spatial ». C’est pourquoi les Ministres français et allemand chargés de l’espace, ont lancé lors du Conseil des ministres franco-allemand, tenu le 19 juin 2018 à Meseberg, une réflexion conjointe sur l’avenir de l’Europe spatiale car celle-ci est au cœur de plusieurs priorités du nouveau traité de l’Élysée.
Tout d’abord, c’est la maîtrise de l’espace qui permet à l’Europe d’affirmer son autonomie stratégique. Elle passe par la capacité indépendante d’accès à l’espace de l’Europe, conquise depuis près de 40 ans avec le succès des lanceurs Ariane, qui nous permettent de mettre en orbite les satellites institutionnels civils et militaires qui servent nos intérêts.
Ensuite, l’espace est un formidable champ d’application des innovations de rupture, qu’il suscite pour repousser toujours plus loin les limites de la technologie et dont bénéficie notre tissu industriel et technologique. En ce sens et conformément à la volonté du Président de la République et de la Chancelière de développer conjointement l’innovation, j’ai signé avec la Présidente du Comité exécutif du Centre aérospatial allemand (DLR), Pascale Ehrenfreund, trois accords lors du Salon ILA qui a eu lieu du 25 au 29 avril 2018 à Berlin et dont la France était l’invitée d’honneur.

© CNES M. Jean-Yves Le Gall, Président du Centre National d’Études Spatiales (CNES) et Mme Pascale Ehrenfreund, Présidente du Directoire de l’Agence spatiale allemande (DLR).

La lutte contre le changement climatique passe aussi par l’utilisation des moyens spatiaux puisque sur les 50 « Essential Climate Variables » qui mesurent le climat, 26, soit plus de la moitié, ne peuvent être observées que depuis l’espace. À cet égard, nous développons avec l’Allemagne le satellite Merlin qui jouera un rôle particulièrement important dans la mise en œuvre et le succès du « Space Climate Observatory » décidé fin 2017 lors du One Planet Summit.
Enfin, l’exploration spatiale valorise le savoir-faire extraordinaire de nos communautés scientifiques. Nous avons réussi avec l’Allemagne des premières mondiales, dont l’atterrissage du robot Philae en 2014 sur le noyau de la comète Churymov Gerasimenko et plus récemment, celui de Mascot sur l’astéroïde Ryugu.
En conclusion, la France et l’Allemagne forment une équipe forte et soudée, que ce soit à l’Union Européenne, à l’Agence spatiale européenne ou dans nos relations bilatérales. C’est la clé du succès lorsqu’il s’agit de construire les programmes spatiaux de demain dans le contexte du « nouvel ordre spatial ».