Un creuset d’échanges intellectuels et culturels ouvert sur le monde

Paru dans La Lettre Diplomatique n°124 4ème trimestre 2019

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Par Mme Christiane DEUSSEN
Directrice de la Fondation de l’Allemagne-Maison Heinrich Heine

Le 60ème anniversaire de la Maison Heinrich Heine, célébré en novembre 2016, a été placé sous le thème « Construire des ponts » reprenant ainsi le symbole de la passerelle entre la France et l’Allemagne qui lie la société civile des deux pays.
L’échange universitaire réalisé au sein de la Maison Heinrich Heine par les étudiants allemands qui, tous les ans, au nombre d’une bonne centaine viennent passer une partie de leurs études (un semestre, un an ou plus) dans les établissements de l’enseignement supérieur à Paris, est la première fonction de notre institution.
Les étudiants allemands, après avoir franchi l’étape de la sélection, deviennent « nos résidents ». Ils ont des curriculum vitae intéressants et variés, s’intéressent en particulier à Sciences Po Paris ou aux études de droit et d’économie, et ont souvent déjà l’expérience de stages à l’étranger. Ils parlent plusieurs langues, l’anglais est de rigueur, mais le français est aussi fréquent même si le niveau baisse depuis quelques années, ce qui ne peut guère surprendre car le nombre de cursus anglophones au sein des universités parisiennes est en constante progression.
La politique linguistique de notre Maison qui, depuis ses débuts, s’est donnée comme objectif de favoriser la pratique du français, est ainsi mise à rude épreuve : comment exiger de bonnes connaissances de français quand l’environnement des études change de telle façon ? Fort heureusement nous pratiquons le « brassage », c’est-à-dire l’échange d’étudiants entre les 40 Maisons et les 130 nationalités représentées au sein de la Cité internationale universitaire de Paris : cette pratique, notamment entre les maisons de langue francophone est la clé de la réussite de notre échange linguistique et interculturel. Le brassage nous amène à dépasser les frontières nationales sur le plan pratique et culturel et favorise le « vivre ensemble » dans la diversité, dans un esprit de tolérance et de respect mutuel.

© Communication MHH Institution culturelle franco-allemande, la Maison Heinrich Heine (MHH) dispose au cœur de la Cité internationale universitaire de Paris, d’une bibliothèque de plus de 20 000 ouvrages germanophones et propose un riche programme culturel avec environ 180 manifestations par an.

Si accueillir les étudiants au niveau Master est la première tâche de la Fondation de l’Allemagne – Maison Heinrich Heine, sa deuxième mission, en fort développement au fil des années, y est étroitement liée : élaborer une offre culturelle à dimension franco-allemande s’inscrivant dans un cadre européen. La programmation de la Maison Heinrich Heine avec ses trois cycles trimestriels (180 manifestations en moyenne) contribue à l’offre culturelle franco-allemande à Paris et donne une visibilité à l’échange des idées pratiqué entre la France et l’Allemagne.
L’actualité politique et sociétale prime dans notre programmation : l’état de la démocratie, la montée du populisme en Europe, les multiples questions liées à l’accueil des migrants en Allemagne et en Europe, la situation des médias et le risque de la désinformation, l’état même de l’Europe et de ses institutions sont des thèmes traités lors de nos débats, conférences ou tables rondes.
Grâce à l’utilisation de la traduction simultanée, ces questions sont discutées par des experts, chercheurs ou journalistes confirmés de nos deux pays ou même au-delà, au niveau européen : la Maison Heinrich Heine, fidèle à son mentor, le poète et médiateur entre la France et l’Allemagne, Heinrich Heine, se donne comme vocation d’offrir les bases nécessaires à un véritable dialogue entre nos deux pays. Notre site Internet (www.maison-heinrich-heine.org) permet depuis quelque temps de diffuser ces débats enregistrés ou filmés et d’en faire profiter un public encore plus large.
Toutes ces activités ne seraient pas possibles sans l’aide financière du Ministère fédéral des Affaires étrangères et des Länder allemands qui nous parvient par le canal de l’Office allemand des échanges universitaires (DAAD).
Le nouveau traité de l’Élysée, dont on ne connaît actuellement que certains aspects, nous donnera sans doute des perspectives encore plus larges pour progresser dans la voie d’une plus grande connaissance et compréhension de nos deux sociétés et leur culture. Mais ayant dit cela, on revient à la question initiale : comment mieux se comprendre si les connaissances de la langue de l’autre régressent et ne permettent pas de contact spontané et direct ? Sans un volontarisme politique et une prise de conscience au niveau de tous les acteurs de la société il n’y aura pas de progrès possible.