Un avenir en commun

Paru dans La Lettre Diplomatique n°126 2ème trimestre 2019

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Par Mme Didem BORA ÖZLER
Directrice de l’Institut du Bosphore

Dans un contexte marqué par des préoccupations populaires croissantes, liées aux incertitudes économiques, politiques, sociales et sécuritaires, les démocraties sont confrontées aux défis de la mondialisation et de la quatrième révolution industrielle. Le rôle clef de la France, aux côtés de l’Allemagne, est donc plus que jamais indispensable pour la mise en place des réformes nécessaires au sein de l’Union européenne (UE) et pour la « renaissance de l’Europe » plaidée par le Président français, d’où l’importance du positionnement de son parti La République en Marche au sein du nouveau Parlement européen.
Par ailleurs, quelles actions communes face à des défis communs pour la Turquie et l’Europe dans le nouvel (dés) ordre mondial qui se dessine avec beaucoup d’incertitudes ? Pour répondre à cette question, pratiquement toute solution politique et économique qui évite l’écueil des considérations de court terme passe par un dialogue et une coopération renforcés entre la France et la Turquie dans le cadre européen.

Chantier à relancer : union douanière

L’Institut du Bosphore, centre de réflexion franco-turc créé par la TÜSIAD (association des industries et des entreprises de Turquie), œuvre depuis dix ans, avec force et conviction, au renforcement de la vision européenne de la Turquie et contribue de façon substantielle à une plus grande compréhension mutuelle entre les deux pays. Aujourd’hui, le renforcement des initiatives bilatérales, mais aussi la modernisation de l’Union douanière sont des questions prioritaires à l’ordre du jour de l’Institut.
En effet, le secteur privé turc est convaincu que la Turquie devrait bénéficier d’un processus d’adhésion à l’UE qui constitue le principal moteur des réformes politiques et économiques, y compris de la modernisation de l’Union douanière. Il convient de rappeler que cette dernière a été conçue comme une phase transitoire de pré-adhésion, et qu’elle avait été à l’origine du dynamisme des réformes en Turquie ; et ce bien qu’elle constitue depuis quelques années une source de complications pour les deux parties.
Les milieux d’affaires européens apportent également leur soutien constant à ce processus, de nouveau confirmé en avril 2019 par BusinessEurope dans son document de position sur la stratégie commerciale qui appelle les parties à se concentrer sur la modernisation de l’Union douanière Turquie-UE, en soulignant l’importance cruciale de l’harmonisation avec l’acquis communautaire pour le développement des investissements et des relations commerciales dans le cadre de l’intégration européenne de la Turquie. La TÜSIAD, membre de BusinessEurope aux côtés de ses homologues européens parmi lesquels le MEDEF, considère ce processus indissociable du développement de l’Europe comme un espace de paix, de prospérité et de stabilité.

Réformes structurelles encore et toujours
© Institut du Bosphore Istanbul a accueilli les 27 et 28 novembre 2018 le 9ème Séminaire annuel de l’Institut du Bosphore en collaboration avec le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique (CSFRS) autour du thème « Europe-France-Turquie : sources d’inspiration pour un avenir commun ».

Quant à la Turquie, le processus électoral passé, elle doit sans tarder mettre en place un programme de réformes en vue de renforcer la démocratie, le développement social et l’environnement des investissements, en accordant la priorité à l’État de droit, aux droits et libertés fondamentaux, ainsi qu’à la réforme de l’éducation, qui par conséquent amélioreront la productivité économique, l’esprit d’entreprise, la créativité et l’innovation. Au vu de la conjoncture économique mondiale et de la situation de l’économie turque, le maintien des politiques monétaires et budgétaires restrictives visant à réduire l’inflation et le renforcement de l’indépendance des institutions, s’annoncent nécessaires.
La question de l’avenir des relations Turquie-UE prend tout son sens dans cette nouvelle ère de réformes et dans le cadre d’un débat plus large sur l’architecture future de l’Europe, notamment une évolution vers une intégration différenciée. Dans cette perspective, notre rôle en tant qu’acteurs de la société civile, sera de continuer à œuvrer davantage pour un dialogue constructif et permanent entre la France et la Turquie à travers une vision progressiste.

L’Institut du Bosphore aux rives de la Seine

L’importance de l’Institut du Bosphore en tant qu’acteur clé dans la relation bilatérale franco-turque a, une fois encore, été soulignée lors de son Séminaire annuel « Europe – France – Turquie : sources d’inspiration pour un avenir commun » en novembre 2018 à Istanbul qui a réuni autour de la table hexagonale une centaine de personnalités politiques, intellectuels et chefs d’entreprises.
Cette relation triangulaire sera abordée en 2019 à travers les enjeux du nouvel ordre mondial et de l’avenir de l’Europe ainsi que les collaborations économiques notamment dans le domaine d’innovation lors de notre 10ème rendez-vous annuel sur les rives du Bosphore les 11 et 12 septembre prochains.
Le Séminaire mettra également à l’honneur la culture en marge de la Biennale d’Istanbul Le septième continent organisée par la Fondation d’Istanbul pour la culture et les arts (IKSV) et le curateur français Nicolas Bourriaud.