Saint-Marin : la démocratie millénaire patrimoine de l’Humanité

Paru dans La Lettre Diplomatique n°128 4ème trimestre 2019

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©Sonia Ceccaroni Troisième État le plus petit d’Europe, Saint-Marin est considéré comme la plus ancienne république du monde. Il a adhéré au Conseil de l’Europe en 1988.

Par S.E.Mme Sylvie BOLLINI
Ambassadrice, Représentante permanente de Saint-Marin auprès du Conseil de l’Europe

Micro-État couvrant une superficie de 61,2 km2 et comptant plus de 33 000 habitants, la République de Saint-Marin est considérée comme l’une des plus anciennes démocraties du monde. Située entre les régions d’Émilie-Romagne et des Marches en Italie du Nord-Est, elle a fait de la défense du dialogue interculturel, de la paix et des droits de l’Homme, les fers de lance de sa diplomatie. Son adhésion au Conseil de l’Europe le 16 novembre 1988 a d’ailleurs marqué une étape majeure de son insertion au sein de la communauté internationale. S.E.Mme Sylvie Bollini évoque pour nous la place du Conseil de l’Europe auprès duquel elle est Ambassadrice, Représentante permanente de Saint-Marin, dans la politique étrangère saint-marinaise.

« Saint-Marin est l’une des plus anciennes républiques du monde (…), représentant une étape importante du développement des modèles démocratiques en Europe et dans le monde entier. Saint-Marin et le mont Titano constituent un témoignage exceptionnel de l’établissement d’une démocratie représentative fondée sur l’autonomie civique et l’autogouvernement, ayant exercé avec une continuité unique et sans faille le rôle de capitale d’une république indépendante. »
C’est ainsi que l’UNESCO a motivé l’inscription de Saint-Marin sur la liste des sites du patrimoine de l’Humanité. Non pas pour la simple présence de monuments ou de biens architecturaux, mais pour l’essence même de son existence ; son histoire inégalée en Europe et dans le Monde et la continuité de sa tradition démocratique à travers les siècles.
Adhérer au Conseil de l’Europe, organisation multilatérale qui défend les droits de l’Homme, les principes de la démocratie et de l’État de Droit, ayant permis la disparition presque totale de la peine de mort sur le continent, est apparu pour l’État qui l’avait abolie en tout premier, comme une évidence. Les citoyens et les autorités de Saint-Marin, depuis son adhésion à l’organisation en 1988, se sont toujours montrés très engagés à l’égard de ses travaux, que ce soit en faisant confiance à la Cour européenne des Droits de l’Homme, en étant actifs dans toutes ses instances et nombreux comités d’experts, ou en s’appropriant ses recommandations, entre autres des comités de monitoring.
À titre d’exemple, les activités de Moneyval, un organe de suivi chargé d’apprécier la conformité aux principales normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et contre le financement du terrorisme, ont représenté un tournant pour notre pays, en l’incitant à modifier son système juridique et à mettre en oeuvre une reconversion de son modèle économique. À partir de 2008, une législation anti-blanchiment et des modifications d’ordre juridique et procédural ont permis l’inscription de Saint-Marin parmi les pays vertueux dans ce domaine sur toutes les listes blanches des organismes supranationaux.
Un autre instrument de monitoring du Conseil de l’Europe qui a eu un impact considérable, est la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance. Depuis le dernier rapport sur Saint-Marin publié en février 2018, une législation pour les unions civiles des couples de tous sexes a été mise en place, une modification de la loi constitutionnelle proscrivant la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle a été approuvée par référendum, et la procédure de naturalisation a été abrégée et rendue automatique.
Il ne s’agit là que de quelques exemples de la façon dont les institutions et la société civile ont transposé des mesures recommandées par les instances du Conseil de l’Europe.

Un engagement tourné vers des enjeux cruciaux du XXIème siècle
Toutefois, il ne suffit point de codifier les droits et les libertés à travers des lois et des accords internationaux, même si leur définition formelle est cruciale. Les États se doivent de rendre concret leur exercice dans la vie quotidienne de tous les citoyens.
Pendant ces 31 dernières années, Saint-Marin a entièrement soutenu les activités du Conseil de l’Europe, dont les initiatives intergouvernementales adoptées dans les domaines de la culture, de l’éducation et de la citoyenneté démocratique, qui sont considérées comme essentielles pour la prévention des violations des droits humains.
Une des dernières collaborations en date avec l’organisation de Strasbourg concerne la désinformation (autrement appelée « fake news »), un problème très actuel qui présente des dangers pour la gestion démocratique de nos systèmes.
Une conférence organisée à Saint-Marin le 10 mai 2019 a permis de réunir des experts en la matière, y compris du Conseil de l’Europe et de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), et de réfléchir aux moyens pour lutter contre ce phénomène mondial qui n’épargne aucun pays. Un projet national pour le développement de la résilience face aux fausses informations a, par ailleurs, été présenté lors du Forum de la Démocratie 2019 qui s’est tenu à Strasbourg du 6 au 8 novembre 2019.
Le dialogue interreligieux et interculturel constitue un autre thème de prédilection de l’action du Conseil de l’Europe depuis la dernière présidence saint-marinaise du Comité des Ministres en 2006-2007. Trois monuments sur le territoire de Saint-Marin sont d’ailleurs dédiés à cet enjeu : un lieu de méditation et de prière pour les personnes de toute confession ou sans confession, une sculpture « Tous différents, Tous égaux » et une chapelle dédiée aux trois religions monothéistes coiffée d’une sculpture intitulée « Dialogue ». La République de Saint-Marin a été une fervente promotrice de Rencontres de haut niveau sur la dimension religieuse du dialogue interculturel, qui ont réuni autour de la même table, pendant dix années successives, des représentants de toutes religions, des académiciens et des membres de la société civile. La dernière édition, qui s’est tenue en 2017, avait pour thème le rôle des communautés religieuses et des associations dans l’intégration des migrants et réfugiés.
L’intérêt de mon pays pour ce sujet trouve ses racines dans ses origines et ses traditions : il est difficile de concevoir que cet État, neutre depuis sa naissance et avec de telles dimensions, ait pu maintenir son indépendance pendant plus de 1 700 ans, si ce n’est grâce à sa capacité à dialoguer avec tous et àsa prédisposition à l’hospitalité.
La République la plus ancienne du monde a en effet toujours accueilli les persécutés. Par exemple, dans les années 1930 les couples dont un des membres était de confession juive venaient y célébrer leur mariage. Pendant la Seconde guerre mondiale, de nombreux juifs y trouvèrent refuge, ainsi que 100 000 Italiens fuyant les bombardements ; et pourtant la population n’était composée que d’un peu plus de 10 000 habitants.
Une diplomatie active, fidèle aux valeurs de Saint-Marin
© Conseil de l’Europe S.E.Mme Sylvie Bollini, Ambassadrice, Représentante permanente de Saint-Marin auprès du Conseil de l’Europe en compagnie de Mme Battaini Dragoni, Secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe.
Basée sur ces solides fondements historiques, Saint-Marin s’identifie donc depuis toujours avec les valeurs qui façonnent les piliers du Conseil de l’Europe. Elle continuera à œuvrer pour leur protection et leur diffusion, à l’échelle nationale et internationale.
L’avenir de la politique étrangère de Saint-Marin se situe entre son engagement sans failles envers les instances multilatérales, garantes du dialogue et, par conséquent, de la promotion de la paix et des droits humains, l’approfondissement des relations bilatérales qu’elle entretient avec plus de 130 pays et une plus grande intégration avec l’Union européenne par la conclusion d’un accord d’association.
De plus, un programme d’internationalisation a été lancé à travers l’ouverture de nouveaux bureaux diplomatiques et de « l’Agence pour le Développement – Chambre de commerce ». Grâce à cette synergie, nous nous tournons vers les investisseurs étrangers en leur proposant les avantages offerts par le pays : stabilité, bureaucratie limitée, un espace sûr, parmi d’autres. La création de la pépinière d’entreprises « San Marino Innovation » permet à celles-ci de bénéficier des mêmes opportunités.
La République de Saint-Marin a donc d’une part entrepris de larges transformations, tout en sachant, d’autre part, conserver son authenticité et rester attachée à ses valeurs millénaires : la préservation et la diffusion de ses idéaux démocratiques.