« Le bon voisinage est une priorité majeure de la politique frontalière du Suriname »

Paru dans La Lettre Diplomatique n°125 1er trimestre 2019

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© DR Partenaire de la 6ème édition de la Diplomatic Garden Party qui s’est tenue le 14 juillet 2018, le Suriname a présenté à cette occasion ses attraits culturels, dont les compositions de l’ensemble orchestral Swiet Firi devant l’assistance du Festival d’expression interculturelle.

Par S.E.M. Reggy NELSON
Ambassadeur du Suriname en France

Récemment, les relations entre le Suriname et la France ont connu des hauts et des bas. La signature en septembre 2018 de l’accord sur la démarcation maritime et de l’accord-cadre de coopération et d’amitié constitue indéniablement une étape dans les relations entre nos deux pays. Pour le Suriname, la signature de ces accords répondait à la logique de notre principe de bon voisinage, dont nous avons fait une priorité majeure de notre politique frontalière.
Afin de pousser plus avant le principe de bon voisinage et d’amitié, nous avons organisé à Paris diverses activités promotionnelles qui ont permis au Suriname d’être plus souvent sur le devant de la scène au cours des derniers mois. Notre présence deux années consécutives à la Diplomatic Garden Party organisée par La Lettre Diplomatique chaque 14 juillet fut une excellente occasion d’assurer la promotion de notre pays devant un parterre de personnes sélectionnées, venant principalement du monde des affaires, d’entités gouvernementales ainsi que du corps diplomatique.
Grâce à cet événement unique, notre pays a été en mesure de présenter un panorama de l’ensemble de nos offres en termes d’investissements, mais également dans le domaine culturel et gastronomique. Le Suriname se prépare actuellement à une autre participation réussie à cette réception de très haut niveau.
En tant qu’invité d’honneur de l’événement Diplomatic AfterWork organisé par le Club Diplomatie & Business, nous avons été une fois de plus en mesure de présenter notre pays à un groupe très spécifique de personnes, l’accent étant mis sur les opportunités d’investissements au Suriname.
La diplomatie économique de notre gouvernement a également pu renforcer ses activités par le biais d’un séminaire d’affaires organisé à l’Ambassade du Suriname à Paris et destiné aux entrepreneurs intéressés. Les missions diplomatiques doivent, plus que jamais, apporter leurs contributions pour attirer des investisseurs. La présentation réalisée à cette occasion par Investsur (Investment Corporation Suriname) a permis aux participants de se faire une bonne idée des activités au Suriname et des possibles options d’investissements.

© DR S.E.M. Ike Antonius, Directeur exécutif de l’Agence InvestSur, signant l’acte de session inaugurale du Club Diplomatie & Business réuni au Pavillon des Princes, à Paris, le 20 novembre 2018.

Investsur a fait référence, entre autres, au Plan de Développement 2017-2021, qui met l’accent sur la diversification de l’économie en vue d’attirer des investissements étrangers. Une priorité absolue est donnée aux entreprises du secteur agroalimentaire. Le Président du Suriname, S.E.M. Désiré Delano Bouterse, a déclaré à plusieurs reprises que notre pays dispose du potentiel pour devenir le grenier alimentaire de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). D’autres secteurs d’activité présentent des opportunités pour les investisseurs : les mines, l’exploitation forestière, les infrastructures, l’écotourisme et les hydrocarbures. Le Plan de Développement stipule en outre que les projets d’infrastructures suivants seront menés à bien : l’extension et la réhabilitation d’aéroports, le dragage des cours d’eau, la construction d’une digue maritime, ainsi que la réhabilitation et la construction du réseau routier.
Une mission menée au Suriname en janvier 2019 par quelques investisseurs français, parmi lesquels le groupe de renommée internationale Vinci, a démontré le succès de nos efforts. Par ailleurs, le Suriname est fier de disposer de deux sites inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO : la réserve naturelle du Suriname central (Central Suriname Nature Reserve – CSNR) et le centre historique de Paramaribo. Le CSN comprend une forêt primaire tropicale couvrant 1 600 000 ha dont l’écosystème intact abrite donc une riche biodiversité.

© DR Dans le cadre de la 1ère édition de la Diplomatic AfterWork, organisée par La Lettre Diplomatique, le Suriname était l’invité d’honneur du Club Diplomatie & Business réuni le 20 novembre 2018. De gauche à droite, M. Edmond Moukala, Chef d’Unité Afrique, Patrimoine mondial, CLT à l’UNESCO, M. Didier Vidal, Fondateur du Club Diplomatie & Business, S.E.M. Reggy Nelson, Ambassadeur du Suriname en France, Délégué permanent auprès de l’UNESCO, S.E.M. Ike Antonius, Directeur exécutif de l’Agence InvestSur et M. Sigmund Proeveals, Conseiller du Ministre des Finances du Suriname.

Avec l’assistance technique de l’UNESCO et le soutien financier de la Banque interaméricaine de développement (IDB), le bâtiment du Parlement qui fut entièrement détruit par un incendie le 1er août 1996, va prochainement être reconstruit. Ce bâtiment, qui date du 18ème siècle, faisait partie du centre historique de Paramaribo. Chaque année ces sites attirent de nombreux touristes.
Nous observons, en effet, une augmentation du nombre de visiteurs venant de la Guyane française qui se rendent dans notre pays notamment pour faire du shopping et se relaxer. Au cours des vacances de fin d’année, en décembre, au moins 6 000 véhicules venant de Saint-Laurentdu-Maroni ont traversé la frontière à Albina, pour entrer au Suriname.
Dans l’autre sens, en revanche, le nombre de Surinamais qui passent la frontière est très faible en raison du coût très élevé des assurances automobiles exigées en Guyane française, alors qu’au Suriname, le coût des assurances est modeste. Ce déséquilibre des coûts affecte les échanges mutuels. Ce problème a récemment été discuté à Paris avec le Ministre des Finances du Suriname et il semblerait qu’une solution doive rapidement intervenir. De plus, seulement quelques semaines après cette réunion l’Ambassadeur de France au Suriname, S.E.M. Antoine Joly, annonçait que d’ici un mois une assurance automobile serait disponible pour les voyageurs se rendant en Guyane française depuis Albina.

© DR Au sein du Village des Relations internationales, organisé chaque année par La Lettre Diplomatique le 14 juillet, Le chef de la compagnie aérienne Suriname Airways, M. Patrick Rechards.

La coopération entre notre pays et l’Agence française de Développement (AFD) fonctionne sans à-coups, comme le démontre les projets mis en œuvre dans le domaine de l’alimentation en eau et des soins de santé. L’hôpital Marwina, situé à Albina et construit avec l’assistance financière de l’AFD, sera bientôt opérationnel. Dans le cadre de cette collaboration, des médecins français pourront travailler pendant une période donnée dans cet hôpital et des infirmières du Suriname apporteront leur assistance à l’hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane française.
Concernant les relations entre les deux pays, quelques incidents se sont produits au cours des derniers mois sur le fleuve Maroni, qui matérialise la frontière entre le Suriname et la Guyane française. Au cours de ces incidents, des propriétés appartenant à des Surinamais vivants dans cette zone ont été détruites et/ou saisies par la gendarmerie française. La partie française a considéré que les Surinamais se trouvaient en territoire français alors que ces derniers ont affirmé qu’ils étaient en territoire surinamais. Ces incidents ont fait monter la pression dans les relations entre nos deux pays et ont créée de fortes tensions dans la zone frontalière concernée. En réponse aux actions de la gendarmerie française, le gouvernement du Suriname a suspendu la participation de son armée aux patrouilles conjointes dans la zone frontalière. Les actions de la gendarmerie française affectent notablement les relations en cours de développement entre nos deux pays. Ces événements présentent des inconvénients majeurs au moment où les deux pays sont engagés dans des discussions frontalières devant conduire à des accords de finalisation de la ligne de frontière. En fait, la France a déterminé de manière unilatérale où se situe la frontière sur certains tronçons du fleuve. Le Suriname a exprimé de vives protestations contre cette attitude.
Compte tenu des nombreux efforts individuels menés pour améliorer les relations entre les deux pays et les succès qui ont été obtenus, les hauts responsables de nos deux États devraient rapidement se rencontrer pour parvenir à une solution définitive.