La coopération spatiale franco-chinoise vole de succès en succès

Paru dans La Lettre Diplomatique n°127 3ème trimestre 2019

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Par M. Jean Yves LE GALL
Président du Centre National d’Études Spatiales (CNES)

La coopération spatiale franco-chinoise a franchi une étape cruciale en 2018 avec le lancement de sa première grande mission conjointe, le satellite CFOSat (China France Oceanography Satellite) qui s’est envolé à partir du désert de Gobi le 29 octobre. Il fonctionne parfaitement bien et il fournit des données inédites sur le vent et les vagues.
Mais la relation franco-chinoise dans l’espace est loin de se résumer à cette mission. Au cours des années passées, elle s’est articulée autour de trois thématiques : l’océanographie, l’astrophysique et la médecine spatiale. Pour la première, au-delà de CFOSat, nos deux pays coopèrent sur le programme chinois HaiYang-2, la France fournissant des altimètres DORIS et les données chinoises alimentant en retour les centres français pour de multiples usages scientifiques.

© CNES/CORCORAL Nathalie, 2017 Initié à Pékin en 2007, le programme franco-chinois portant sur la réalisation du satellite CFOSat s’est concrétisé par son intégration chez Dong Hang Fong à Huairou (Municipalité de Pékin) avant sa mise en orbite en octobre 2018.
© CNES/ill./SATTLER Oliver, 2017 Programme franco-chinois, le CFOSat vise à étudier les interactions entre le vent et les vagues à la surface des océans.

Le domaine de l’astrophysique inclut, lui, la deuxième grande mission conjointe SVOM (Space Variable Objects Monitoring), un télescope qui sera pointé vers les étoiles pour étudier les sursauts gamma. Ce satellite, qui sera lancé en 2021, voit le Centre National d’Études Spatiales (CNES) assurer la maîtrise d’œuvre de deux de ses instruments, MXT et ECLAIRs, développés en partenariat avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).
Enfin, la troisième thématique, la médecine spatiale, permet à la France et à la Chine de partager leur savoir-faire et de bénéficier des opportunités offertes par les vols habités chinois. L’instrument français Cardiospace a permis d’étudier l’adaptation du système cardiovasculaire à la microgravité durant le séjour de taïkonautes dans le module TianGong-2. Les deux pays préparent à présent une expérience similaire pour la future station spatiale chinoise qui sera lancée en 2020. En complément, le CNES réalise avec la Chine des expériences de médecine spatiale dans des laboratoires terrestres ou dans l’avion Zéro-G de sa filiale Novespace, afin de préparer les voyages spatiaux de longue durée.
À la suite de la concrétisation de ces premiers projets engagés au début des années 2000, la France et la Chine réfléchissent dorénavant à l’avenir de leur coopération. Cela s’est traduit par la signature d’une lettre d’intention durant la visite en France du Président XI Jinping, le 25 mars 2019. Cette lettre indique le souhait d’intégrer une contribution française à la mission lunaire chinoise Chang’E-6 qui ira explorer en 2023 notre satellite naturel pour en prélever des échantillons et les rapporter sur la Terre.

© CNES/PEUS Christophe, 2019 En marge du 53ème Salon international de l’Aéronautique et de l’Espace qui s’est tenu au Bourget, M. Jean-Yves Le Gall, Président du CNES et M. WU Yanhua, Vice-Administrateur de l’Administration spatiale nationale de la Chine (CNSA) ont signé le 18 juin 2019 une déclaration conjointe sur la coopération entre les deux agences spatiales en matière d’exploration du système solaire. Elle souligne leur volonté commune d’identifier une charge utile française pour la mission lunaire chinoise Chang’E-6.

Pour le CNES, il est important de s’associer avec la Chine dans ce domaine de l’exploration planétaire car celle-ci est en voie de s’imposer comme un acteur majeur des prochaines décennies. Mais la Chine et la France sont aussi associées dans la protection de notre planète. La compréhension des impacts du changement climatique reste un défi crucial pour les prochaines années et la Chine a participé, dès le début, au Space Climate Observatory (SCO) lancé dans le cadre du One Planet Summit.
La Chine était représentée lors de la signature de son acte fondateur, le 17 juin au Salon du Bourget devant le Président de la République. Nos deux pays réfléchissent d’ailleurs à leur prochaine mission d’observation de la Terre qui étudiera l’humidité des sols et de la salinité des océans.
La coopération spatiale franco-chinoise, régie par un accord intergouvernemental datant de 1997, a donc de beaux jours devant elle. Le 12ème Comité mixte spatial franco-chinois, qui s’est tenu le 5 juin à Shanghai a confirmé ces perspectives. En témoignage de l’intensification de cette relation, le CNES ouvrira en septembre 2019 un bureau de représentation à Pékin, au sein de l’Ambassade de France et la Chine réfléchit à une opération symétrique.