France et Allemagne : deux piliers centraux de l’Europe de l’énergie

Paru dans La Lettre Diplomatique n°124 4ème trimestre 2019

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© OFATE/DFBEW Institué en 2006, l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE/DFBEW) a pour mission de favoriser la compréhension entre les deux pays sur les enjeux techniques, juridiques et économiques de la transition énergétique.

Par M. Sven RÖSNER et M. Antoine CHAPON
Directeur et Directeur adjoint de l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE)

Le traité de l’Élysée de 1963, qui scelle l’alliance entre nos deux pays, reconnaît la politique énergétique comme domaine d’importance stratégique dans la relation entre la France et l’Allemagne. La coopération franco-allemande dans ce secteur est cependant plus ancienne et a constitué, tout au long du XXème siècle, un enjeu majeur des relations diplomatiques entre la France et l’Allemagne. Les pères de l’Europe ont su reconnaître ce fait et la première pierre posée à l’édifice européen actuel, le traité instituant la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) de 1951 fut aussi à l’origine de l’apaisement des tensions bilatérales sur ces sujets de ressources énergétiques. La coopération franco-allemande dans ce domaine est donc au moins aussi ancienne.
Partant de structures énergétiques très distinctes, l’Allemagne et la France sont désormais toutes deux engagées, ainsi que leurs partenaires européens, dans ce que l’une appelle une transition et l’autre un tournant (Energiewende en allemand) mais qui correspond à une volonté commune de se tourner vers un approvisionnement en énergie propre, sécurisé et abordable.
Dans la plaque de cuivre que constitue l’Europe de l’électricité, la France et l’Allemagne jouent un rôle central : premiers producteurs et premiers consommateurs, et tout à la fois points de liaison vers de nombreux pays voisins. L’électrification de nouveaux secteurs, tels que la mobilité et la chaleur, s’ajoute à ce défi. Cependant, l’enjeu de la transition énergétique ne se réduit pas, loin s’en faut, à l’électricité.
La décarbonisation de nos économies est, bien sûr, au cœur de ces préoccupations et le charbon revient, peut-être brutalement, au cœur de l’actualité. Ces changements profonds et structurels ne pourront se réaliser sans la coopération renforcée de nos deux pays à tous les niveaux.
C’est précisément pour cette raison que les gouvernements de la France et de l’Allemagne ont créé, il y a près de 15 ans, l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE/DFBEW). Sa mission consiste à établir les bases d’une compréhension commune des enjeux techniques, juridiques et économiques de la transition énergétique et à partager les expériences concluantes. Ce dialogue inclut toutes les parties prenantes : administrations centrales et territoriales, industriels, représentants de la société civile et décideurs politiques. Installés au sein des ministères en charge de l’énergie dans les deux pays, l’OFATE est aussi un facilitateur d’échanges bilatéraux. Ce rôle d’animateur se manifeste au mieux dans la structure de financement hybride de l’organisation, reposant pour moitié sur un financement public franco-allemand et, pour l’autre moitié, sur les adhésions annuelles de près de 250 entreprises et organisations, représentant l’intégralité de la diversité des métiers et positions sur ces sujets.
À l’heure où les deux pays se préparent à l’adoption d’un nouveau traité de l’Élysée, la transition énergétique quitte la sphère des spécialistes et trouve son écho dans la société au plus large. L’OFATE continuera à accompagner la coopération renforcée entre nos deux pays, en constituant un lieu de débats libres ainsi qu’une source d’informations reconnue, neutre et ouverte.