En route vers un développement équilibré avec le TGV chinois

Paru dans La Lettre Diplomatique n°127 3ème trimestre 2019

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Par Mme LU Rucai
Rédactrice en chef de l’édition française de La Chine au présent

Je suis née dans un village assez reculé du Shandong (une grande province agricole située dans la partie centre-est de la Chine), non loin du port de Rizhao, à environ 800 km de la capitale chinoise. En 1999, j’ai été admise dans une université à Beijing (Pékin). En train, il me fallait 13 heures pour aller de chez moi à là-bas. Ces dernières années, les trains desservant cet itinéraire sont toujours les mêmes, mais ils roulent toujours plus vite, puisqu’aujourd’hui, le trajet ne prend plus que neuf heures. Cependant, cette performance est encore loin de répondre aux besoins de la majeure partie des usagers de ma région natale. Il faut savoir que le train à grande vitesse (TGV) reliant Beijing et Shanghai ne met que quatre heures pour parcourir les 1 200 km qui séparent les deux mégapoles.
Mais bonne nouvelle ! La ligne TGV tant attendue, après trois ans de travaux, sera enfin mise en opération d’ici la fin 2019. Cette ligne à grande vitesse, allant de Rizhao au district de Lankao (province du Henan), compte parmi les principales voies de communication du réseau TGV chinois dans le projet « Huit Verticales et Huit Horizontales ». Cette voie ferroviaire, prévue pour résister au passage des trains à 350 km/h, ne s’étirera que sur 494 km. Mais comme elle permettra aux voyageurs d’opérer des transferts vers des grandes lignes TGV connectant le nord et le sud du pays, comme celle entre Beijing et Shanghai, elle deviendra la ligne TGV la plus fréquentée de toute la province du Shandong. Après sa mise en service, il faudra compter moins de deux heures de train pour aller du port de Rizhao à Jinan (capitale de la province du Shandong), puis encore deux heures pour rejoindre Beijing en provenance de Jinan.

© La Chine au présent En 20 ans, la Chine a rattrapé son retard par rapport aux grandes puissances dans le secteur ferroviaire.

Ceci n’est qu’un simple exemple rendant compte de la construction du réseau TGV en Chine. Fin 2018, la longueur des lignes ferroviaires mises en service totalisait 131 000 km, dont plus de 29 000 km de lignes TGV. Selon les plans, en 2019, la longueur cumulée des lignes TGV en service sur le territoire chinois dépassera les 30 000 km, soit plus de 60% du total enregistré à l’échelle mondiale.
C’est en 2008, à l’occasion des Jeux olympiques de Beijing, que la Chine s’est dotée du premier TGV, au sens véritable du terme. Sur le chemin de fer interurbain Beijing-Tianjin, conçu pour une vitesse de 350 km/h, la durée du trajet nécessaire pour relier les deux villes à près de 120 km de distance est tombée à environ 30 minutes, contre 70-80 minutes auparavant. Une foule de Chinois s’est empressée de prendre un billet pour monter à bord de ce train baptisé Hexie (Harmonie) pour faire l’expérience de sa vitesse. Le nombre de trains quotidiens entre Beijing et Tianjin est passé de 47 à 108,5 allers-retours. Cette ligne ferroviaire entre les deux villes s’est ainsi transformée en une véritable « voie de transport en commun ». Il est devenu possible pour les habitants de Tianjin de faire la navette chaque jour pour aller travailler à Beijing, et vice-versa.
En prenant le chemin de fer interurbain Beijing-Tianjin comme point de départ, le réseau TGV s’est étendu avec les lignes à grande vitesse Beijing-Shanghai, Beijing- Guangzhou, Guangzhou-Kunming et bien d’autres. Un « cercle économique reposant sur le TGV » s’est formé et continue de s’agrandir respectivement autour des grandes villes telles que Beijing et Shanghai. Cela favorise le développement équilibré des régions environnantes à 30 minutes voire une heure de distance en train et donne aussi naissance à un grand nombre de villes nouvelles.
Le 1er août 2018, après l’ouverture de la ligne TGV interurbaine Beijing-Tianjin, tous les trains de type MU (rames automotrices) ont été remplacés par des trains plus rapides connus sous le nom de Fuxing (Renaissance). Il s’agit de trains de type MU standardisés, dotés intégralement de droits de propriété intellectuelle autonomes, qui peuvent atteindre une vitesse maximale de 400 km/h. En 2017, le train Fuxing a effectué ses premiers trajets sur la ligne Beijing-Shanghai, avant de remplacer progressivement le train Hexie sur les principales lignes TGV du pays. Filant à une vitesse de 350 km/h en fonctionnement continu, il a réduit le temps de trajet entre les deux villes, l’abaissant à quatre heures au lieu de six. De plus, il consomme en moyenne 10 % d’électricité
de moins que son prédécesseur et offre davantage de confort et de commodités à divers égards. Par exemple, les rames sont toutes équipées du Wifi.
En 2018, 2,05 milliards de passagers ont voyagé à bord des TGV chinois, soit 60,4 % du trafic total de voyageurs, tous types de trains confondus. Le TGV est donc devenu le principal moyen de transport sur le réseau ferroviaire chinois. Autrefois « royaume de la bicyclette », la Chine est devenue à présent un « grand pays du TGV », dont l’essor stimule la mobilité des personnes et l’industrie de la logistique, rendant ainsi l’économie chinoise encore plus dynamique.