Accélérer la transformation structurelle en Éthiopie – Une perspective de la Banque africaine de Développement

Paru dans La Lettre Diplomatique n°128 4ème trimestre 2019

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Par Dr. Abdul B. KAMARA
Directeur pays de la Banque africaine de Développement (BAfD) en Éthiopie

Au cours de la dernière décennie, l’Éthiopie a accompli des progrès significatifs pour atteindre son objectif de devenir une économie à revenu intermédiaire à l’horizon 2025. La définition de ce statut repose essentiellement sur la mesure de son revenu par habitant ou produit intérieur brut (PIB) par habitant, dont la valeur doit se situer entre 1 026 dollars et 3 995 dollars pour la tranche la plus basse de cette catégorie de pays.
De fait, l’Éthiopie continue de bénéficier d’une croissance soutenue, bien que la croissance du PIB ait ralenti pour passer de 10,1% en 2016-2017 à 7,7% en 2017-2018, en partie en raison de soulèvements intermittents de la population et de la politique d’ajustement mise en œuvre pour faire face aux déséquilibres macro-économiques, y compris celui de la dette publique.
Même si les secteurs des services et de l’industrie sont aujourd’hui les moteurs de la croissance de l’économie éthiopienne, sa transformation structurelle a été freinée comme l’illustrent la part des activités manufacturières, estimée à moins de 10% du PIB. Cependant, le déclin de la part du secteur agricole dans le PIB, qui est passée de 56,4% en 2000-2001 à 34,9% en 2017-2018, représente un indicateur de la transformation progressive de l’Éthiopie ; et ce même si ce secteur continue d’employer 70% de la population et de générer plus de 70% des exportations de marchandises.

© AfDB Le Dr. Abdul Kamara et M. Ahmed Shide, Ministre éthiopien des Finances et de la Coopération économique, lors de l’accord conclu le 6 août 2019, portant sur un prêt d’un montant de 98 millions de dollars de la Banque africaine de Développement destiné au financement de la première phase du projet de corridor de transport routier entre l’Éthiopie et Djibouti.

Alors que la consommation privée et les investissements intérieurs ont stimulé l’augmentation des dépenses, la croissance résulte essentiellement de l’accumulation de capital et moins de l’accroissement de la productivité qui est une condition essentielle de l’expansion économique et de la création d’emplois. Or, la progression de la productivité reste entravée par des goulots d’étranglement macro- économiques et structurels, ce qui requiert de profondes réformes pour compenser l’assèchement des réserves de change, améliorer l’environnement des affaires et remédier à des faiblesses institutionnelles spécifiques à certains secteurs et à des dysfonctionnement du marché. Le programme de réforme économique ou Homegrown Economic Reform Program (HGERP) lancé en septembre 2019, représente une réponse immédiate à ces défis.
L’Éthiopie a également accompli d’importants progrès en matière de développement humain grâce aux investissements publics – bien que largement financés par des ressources extérieures – réalisés au cours des dernières décennies. Réduction des taux de mortalité, accroissement de l’espérance de vie et amélioration de l’accès à des services de base (tels l’éducation, l’électricité et l’eau) constituent des réussites remarquables que traduisent la réduction du taux de pauvreté qui est passé de 44,2% en 1999-2000 à 23,5% en 2015-2016.
Il convient toutefois de souligner que les inégalités de revenus se sont parallèlement accrues. En dépit de ces accomplissements, l’Éthiopie doit encore parcourir un long chemin en vue de devenir un pays à revenu intermédiaire. Pour y parvenir, elle a besoin de multiplier par trois son PIB par habitant, de réduire de 50% le taux de pauvreté, ou encore d’apporter les ressources nécessaires en électricité et en eau à 40 ou 45 millions d’habitants supplémentaires. Ces aspirations nécessitent l’accélération du processus de transformation structurelle. La lenteur de ce processus, la faible performance d’exportation, dans le contexte d’une forte demande d’importation, a exacerbé les déséquilibres macro-économiques auxquels cherche désormais à remédier le programme adroitement élaboré du HGERP.

©AfDB D’une longueur de 895 km l’autoroute reliant l’Éthiopie et le Kenya représente un exemple clé de la construction d’infrastructures soutenues par la Banque africaine de Développement. Elle a contribué à hauteur de 670 millions de dollars à sa réalisation, permettant d’ouvrir de nouvelles perspectives aux échanges commerciaux en Afrique de l’Est.

Dans le cadre de leur engagement résolu auprès du gouvernement éthiopien, les partenaires de développement ont fermement apporté leur soutien à la mise en œuvre du HGERP. Ce qui laisse augurer de perspectives économiques positives pour l’avenir du pays. Pour sa part, la Banque africaine de Développement (AfDB) a concentré son attention sur les investissements dans les infrastructures visant à atténuer les risques de développement du secteur privé et dans la gouvernance économique en vue d’accélérer la fourniture de services sociaux de base et d’améliorer le climat des affaires.
L’AfDB dispose à l’heure actuelle d’un portefeuille de 24 projets couvrant les domaines de l’énergie, des transports, de l’agriculture, de l’eau et de l’assainissement, ainsi que de la gouvernance et du secteur privé, à travers un engagement financier d’une valeur de 1,5 milliard de dollars en prêts et en subventions. Les principaux secteurs bénéficiaires sont les transports, l’énergie, ainsi que l’eau et l’assainissement, qui représentent ensemble 74% de notre portefeuille d’action. Des investissements sont également en cours de réalisation dans quatre parcs agro-industriels intégrés.
Ces opérations d’investissements sont complétées par des services techniques et de conseil, ainsi que par le développement de capacités ciblées visant à accompagner les réformes. Le travail actuel de conseil de l’AfDB comprend le soutien aux réformes du secteur de la logistique, en mettant l’accent sur l’élaboration et la mise en œuvre de mesures ayant pour but d’accroître l’efficacité et la compétitivité de l’économie éthiopienne. Il porte également sur l’appui à la réforme du secteur douanier afin de consolider les capacités de gestion en matière de poste de frontière unique ; à celle du développement du secteur financier, en accordant une attention particulière à l’expansion du marché domestique des capitaux en vue de stimuler la mobilisation des ressources domestiques ; et à celle du renforcement des capacités nationales en matière de gestion et de gouvernance du secteur minier afin de tirer plus efficacement parti de son potentiel. L’AfDB est le premier partenaire de développement à soutenir le cadre de partenariat public-privé (PPP) de l’Éthiopie, lequel cherche à diversifier ses sources de financement, à réduire les dépenses publiques et à améliorer la soutenabilité de la dette.