Samedi 16 Novembre 2019  
 

N°124 - Quatrième trimestre 2018

La lettre diplometque
  Éditorial
Entretien exclusif
Coopération
Diplomatie & Défense
  Le nouveau traité de l’Élysée doit être ambitieux pour l’Europe
 
  Adapter les relations franco-allemandes aux nouveaux défis en Europe
 
  « Nous avons besoin, plus que jamais, du couple franco-allemand pour pouvoir faire face aux nouvelles menaces »
 
  Une responsabilité commune dans l’édification de la défense européenne
 
  La BFA : un outil au service de l’Europe de la défense
 
  « Gemeinsam nach vorn! Ensemble, servons l’avenir ! »
 
  Quel avenir pour la coopération de défense franco-allemande ?
 
  L’ISL : la recherche franco-allemande de défense « au contact »
 
  KNDS : un nouveau champion européen de l’armement s’affirme
 
  À Dacca, un exemple réussi de colocalication des ambassades française et allemande
 
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La BFA : un outil au service de l’Europe de la défense

Par le Général de brigade Bertrand BOYARD,
Commandant de la Brigade Franco-Allemande (BFA)

Fondée en 1989, la Brigade Franco-Allemande (BFA) a souvent servi de symbole à la réconciliation entre les peuples et aux prémices d’une armée européenne. À l’heure de l’élaboration d’un nouveau traité de l’Élysée, les enseignements qu’on peut tirer de ses 30 ans d’existence laissent penser que l’approfondissement de l’Europe de la défense pourrait passer par un emploi plus systématique des outils existants. 
En effet, l’histoire de la BFA et des autres unités multinationales permanentes nous apprend que ce n’est pas parce qu’une unité existe qu’elle est employée. Plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte dans cette équation. 
On pense d’abord à la culture stratégique différente des nations qui ont mis leurs éléments en commun : pour certains Européens par exemple, une prise d’alerte de type NATO Response Force, qui est avant tout un outil de dissuasion à très faible occurrence d’engagement au combat, mais avec une exigence maximale le cas échéant, constitue en soi un emploi suffisant ; pour d’autres, l’emploi signifie l’intervention ou au moins le déploiement en opérations réelles. 
Mais en allant plus loin, même quand les nations s’entendent sur un objectif opérationnel commun, la logique de partage du fardeau entre alliés européens de rang équivalent se traduit souvent, pour un théâtre donné, par une répartition des responsabilités ou des zones d’opérations, ou des moyens, ce qui limite les opportunités de recourir aux unités binationales constituées qui, elles, nécessitent unité de lieu, de temps et d’action. 
Dans ces conditions, il faut un alignement de planètes assez peu fréquent pour qu’une unité multinationale soit engagée en opérations, comme ce fut le cas pour la BFA en Bosnie de 1997 à 1999, et en Afghanistan en 2004-2005. 
Cette difficulté récurrente peut également expliquer le non-emploi des EU Battle Groups. 
On est donc face à un paradoxe : les opérations multinationales sont devenues la norme, mais on n’y engage que rarement les unités multinationales existantes, dont la structure, ou les équipements, ou la subordination ne correspondent presque jamais totalement aux attendus nationaux du moment. Pourtant, outre leur pratique dès le temps de paix de l’interopérabilité technique, en particulier pour leurs moyens de communications, et leur maîtrise native de procédures communes, généralement de type OTAN, ces unités multinationales offrent la plus-value d’une connaissance mutuelle, d’habitudes de travail communes, de liens de confiance développés dans la durée et de la faculté à s’entraîner ensemble en amont des projections. 
Le bénéfice opérationnel est au rendez-vous, comme on peut le voir avec les unités françaises et allemandes de la BFA déployées actuellement à Gao. Ce déploiement est très intéressant, car à défaut d’une mission commune, les unités sont engagées dans le cadre de deux mandats différents mais complémentaires : MINUSMA (stabilisation) et Barkhane (anti-terrorisme) ; et les unités ont été entraînées pour coopérer et se porter secours en cas de danger. 
En conclusion, l’approfondissement de l’Europe de la défense pourrait commencer par une exploitation plus fréquente des plus-values opérationnelles bien réelles qu’apportent les unités bi- et multinationales existantes, dans une approche misant sur les complémentarités qu’elles permettent et les synergies qu’elles sont en mesure de générer dans une opération donnée.

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