Dimanche 18 Août 2019  
 

N°123 - Troisième trimestre 2018

La lettre diplometque
  Éditorial
Côte d'Ivoire
Suède
  Un partenariat entre la Suède et la France fondé sur des valeurs communes
 
  Un rapprochement porté par des intérêts stratégiques communs
 
  La Suède, un partenaire pionnier dans la lutte contre le changement climatique
 
  L’innovation au cœur des relations entre la France et la Suède
 
  400 ans de coopération militaire entre la Suède et la France
 
  « Nos entreprises pourraient mieux faire en Suède »
 
  Une économie européenne en pointe de la R&D
 
  Un partenariat engagé dans l’approfondissement de la coopération économique
 
  La CCSF : un pont entre les milieux d’affaires franco-suédois
 
  Energie : des proximités plaidant pour une coopération active
 
  L’âge d’or des relations culturelles franco-suédoises
 
  Une culture française très prisée en Suède
 
  Des relations d’amitié marquées par le sceau de l’Histoire
 
  Un soutien engagé à l’UNESCO et au système onusien
 
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     Suède
 

Une économie européenne en pointe de la R&D

Transport, énergies renouvelables, mode, ameublement, la Suède concourt dans le peloton de tête des pays les plus innovants de la planète. Son secret : la flexisécurité, un savant dosage de mesures pro-business et de protection sociale pragmatique qui a en fait une des économies les plus compétitives et les plus riches d’Europe avec un PIB par habitant d’environ 46 000 euros en 2016. De quoi séduire des entreprises françaises en quête de marchés attractifs. Mais aussi d’apporter une nouvelle dynamique à l’environnement des affaires en France.

«Livi ». C’est sous nom que la startup Kry a choisi d’investir le marché français trois ans seulement après son lancement en Suède et son développement en Norvège puis en Espagne. Pionnier dans la télémédecine, elle a ouvert sa plateforme internet pour l’Hexagone le 15 septembre 2018, devançant ainsi tous ses concurrents potentiels pour remplir un service de plus en plus recherché alors que se multiplient les déserts médicaux et que les services d’urgence sont surchargés. Qui plus est, moyennant le paiement de 25 euros, la téléconsultation est remboursée par l’assurance-maladie. 
Une nouveauté parmi d’autres venues tout droit du pays du « lagom ». Les succès suédois sont d’ailleurs à l’image de cet art de vivre qui prône simplicité et sobriété : discrets. Qui se souvient, par exemple, que le pacemaker interne a été conçu par les Suédois Åke Senning et Rune Elmquist ? Ou que la ceinture automobile à trois points qui célébrera en 2019 le 60ème anniversaire de sa création, a été mise au point par l’ingénieur du groupe Volvo Nils Bohlin ? Deux inventions qui sauvent encore de nombreuses vies à travers le monde.
Mais la Suède sait aussi se faire remarquer à l’instar de l’ancien international de l’équipe de football nationale et ancien attaquant du Paris Saint-Germain, le bouillonnant Zlatan Abrahimovic. Avec des applications comme Skype, l’inventivité suédoise a surpassé les grands acteurs de l’économie numérique et séduire un public international. Après une entrée en bourse remarquée le 3 avril 2018, Spotify, de son côté, a franchi le cap des 83 millions d’abonnés en juin. Un record face auquel aucun autre groupe ne peut encore rivaliser.
Classée au premier rang des pays de l’Union européenne pour l’innovation1, la Suède a su faire émerger des géants mondiaux comme Ericsson dans les télécommunications, Volvo ou Scania dans l’automobile et les équipements de transport, TetraPack dans l’emballage, Ikea dans l’ameublement ou encore Astra Zeneca dans la santé. Et pour cause, elle est un des trois pays qui investit le plus dans la recherche et développement (3,3% en 2015, au-dessus de l’objectif fixé par l’UE pour atteindre 3% à l’horizon 2020). À l’échelle internationale, la Suède se positionne même au 3ème rang mondial en 2018 dans l’Indice mondial de l’innovation de l’INSEAD derrière la Suisse et les Pays-Bas. Stockholm compte 1 million d’habitants mais plus de licornes – start ups valorisées à plus de 1 milliard de dollars – qu’ailleurs dans la planète. 
À la source de cette réussite qui fait aujourd’hui de l’économie suédoise une des plus dynamiques des pays industrialisés, une combinaison de facteurs : une tradition d’inventeurs, mais aussi un engagement en faveur de l’égalité des sexes, une foi en l’initiative individuelle et une étroite collaboration entre instituts de recherche privés et publics. Le tout garanti par un pragmatisme politique cherchant à adapter la préservation de l’État-providence – en recul toutefois comme dans les autres économie social-démocrates – à une grande souplesse économique. Ce que l’on désigne sous le mot-valise de flexisécurité, inspiré des dispositions d’une loi néerlandaise sur le marché du travail de 1999. 
Un modèle aujourd’hui surtout associé aux politiques socio-économiques de l’Europe du Nord, auquel nombre d’hommes politiques français ont fait référence mais dont le Président Emmanuel Macron a fait l’un de ses marqueurs idéologiques. Mieux, cet attrait pour le système suédois a favorisé la conclusion le 17 novembre 2017 avec la Premier Ministre suédois, M. Stefan Löfven, d’un « partenariat stratégique pour l’innovation et les solutions vertes » ; ce dans le contexte du sommet européen de Göteborg qui visait à donner un nouvel élan à la construction de l’« Europe sociale » tant espérée.
Si la France voit de l’intérêt à importer les idées suédoises, elle est aussi très désireuse d’y exporter ses savoir-faire. D’autant que les Suédois sont preneurs : 400 entreprises françaises sont présentes en Suède employant environ 40 000 personnes. Le groupe Veolia est, par exemple, en train d’achever une usine de traitement des eaux usées au sud de Boras, à l’ouest du pays. Équipée de technologies de pointe, elle a vocation à être une vitrine de la multinationale française en matière d’efficacité énergétique et de respect de l’environnement. Présente depuis vingt ans en Suède, elle est d’ailleurs le seul acteur privé dans le secteur de la distribution d’eau sur le territoire suédois. 
De son côté, le groupe Alstom joue un rôle important dans le domaine du transport ferroviaire. Depuis l’inauguration de la ligne Arlanda Express en 1999, qui relie la capitale suédoise à l’aéroport international d’Arlanda, il a livré 329 trains. En 2015, Alstom a signé un contrat avec les compagnies Stockholm Länstrafiken (SL) et Skånetrafiken pour la conception de nouveaux trains de banlieue et trains régionaux tandis qu’elle a fait l’acquisition de Motala Train AB, une société suédoise spécialisée dans la remise à neuf, la maintenance lourde et la réparation de trains de voyageurs.
Autre entreprise française à avoir su s’imposer dans la « Silicon Valley du Nord », Schneider Electric y a déployé son Ecostruxure, une architecture de système intégrée et connectée permettant l’optimisation énergétique des entreprises et des collectivités. Lors de sa visite officielle en Suède en octobre 2017, Mme Brune Poirson, Secrétaire d’État auprès du Ministre d’État français, Ministre de la Transition écologique et solidaire, avait d’ailleurs pu se rendre sur le site-pilote de Schneider Electric à Solan, un commune du comté de Stockholm. 
Plus récemment, c’est Vinci Energies, filiale du groupe de construction Vinci, qui a remporté un nouveau contrat, d’un montant de 55 millions d’euros, pour la mise en place des systèmes électriques, de ventilation, de contrôle et des canalisations de la future gare centrale de Göteborg, la deuxième ville du pays. Un succès obtenu grâce à l’acquisition du groupe Eitech fin 2017, dans le cadre d’une stratégie d’expansion dans les pays scandinaves, région qui représente aujourd’hui son 3ème marché à l’international. 
Dans un tout autre domaine, le groupe Montagne et Neige Développement (MND) a remporté, fin septembre 2018, via sa filiale Sufag, un contrat estimé à 3 millions d’euros, pour l’installation du système d’enneigement de la nouvelle station de ski suédoise Idre Himmelfjäll qui ouvrira fin 2019. Ce sont les performances de ces systèmes, permettant d’optimiser la gestion des ressources (eau, air et électricité) et de réduire la consommation énergétique, qui ont fait la différence. Située à une heure de la ville de Salen, dans l’ouest de la Suède, la station de ski Idre Himmelfjäll a pour ambition d’être l’un des plus grands centres touristiques de Scandinavie. 
Pourtant, les liens économiques franco-suédois demeurent modestes. Selon les statistiques de la Banque de France, le stock d’investissement français en Suède n’atteint que 8 milliards d’euros en 2017 – même s’il a pratiquement doublé en cinq ans. Les relations commerciales n’atteignent, quant à elles, que 16 milliards d’euros en 2017. De plus, ces échanges n’engagent côté français, que des grands groupes pour la plupart. D’où l’intérêt de motiver les petites et moyennes entreprises (PME), les TPE et les start-ups à s’engager sur le marché suédois. Dans la foulée de la mise en œuvre du partenariat stratégique franco-suédois dans l’innovation et les solutions vertes, Stockholm a ainsi accueilli ses premiers French Tech Days du 10 au 12 septembre 2018.
En France, environ 200 entreprises suédoises emploient 100 000 salariés selon les données de la Direction générale du Trésor. Comme Trelleborg AB, spécialisée dans la production de caoutchouc et de polymères industriels qui y a créé plusieurs sites industrielles. Plus significativement, le groupe suédois Wallenberg a racheté à l’été 2018, par le biais de sa société d’investissement EQT, le groupe français Saur qui n’est pas moins que le n°3 mondial de la production et de la distribution d’eau. Dans le domaine de l’énergie, c’est la compagnie publique suédoise d’électricité Vattenfall qui a franchi un nouveau cap sur le marché français. Alors qu’elle compte plus de 4 000 clients, soit environ 5% du marché des professionnels en France, elle a annoncé le 1er octobre 2018 le lancement d’offres de fourniture d’électricité et de gaz à destination des particuliers, avec pour objectif de « conquérir 500 000 clients avant cinq ans, et figurer ainsi parmi les cinq principaux fournisseurs dans l’Hexagone » selon Henri Reboullet, Président-Directeur général de Vattenfall France.2 Mieux, alors qu’elle a fait le choix d’investir dans les énergies renouvelables, elle s’est également positionnée en vue de remporter l’appel d’offres du futur parc éolien de Dunkerque avec le soutien de l’allemand WPD et de la Caisse des Dépôts. Si elle l’obtient, elle deviendrait un groupe producteur d’énergie en France.
Pour les investisseurs français et suédois, les prochaines échéances d’affaires sont déjà fixées à l’approche de la Conférence sur les innovations dans le secteur de la santé qui se tient au Collège de France, à Paris, le 27 novembre 2018 et du salon Transpolis qui se tiendra en mars 2019, à Lyon. Les Sea Bubbles, des co-fondateurs français Alain Thébault et suédois Anders Bringdal de ce projet de taxis d’eau qui survoleront la Seine montrent déjà la voie à l’approfondissement des liens économiques et des synergies d’innovation entre la France et la Suède. CH

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