Lundi 25 Mars 2019  
 

N°123 - Troisième trimestre 2018

La lettre diplometque
  Éditorial
Côte d'Ivoire
  Côte d’Ivoire-France : vers une nouvelle ère de prospérité
 
  Une dimension parlementaire majeure dans la concertation franco-ivoirienne
 
  La dynamique s’amplifie dans les relations entre la France et la Côte d’Ivoire
 
  Le secteur agricole ivoirien : « une des destinations les plus prisées des investisseurs privés »
 
  La Côte d’Ivoire, terre d’investissements
 
  « Un soutien fort appréciable de l’UE à la politique de développement de la Côte d’Ivoire »
 
  Une diplomatie ivoirienne engagée en faveur de l’intégration régionale
 
  « La Côte d’Ivoire a de réels atouts pour rejoindre le groupe des pays à revenu intermédiaire »
 
  Transports, agro-alimentaire, NTIC : un marché ivoirien en plein essor
 
  « Les perspectives sont nombreuses pour les entreprises françaises »
 
  Une économie ivoirienne portée par un réseau dynamique de PME
 
  L’UNESCO demeure un partenaire de référence de la Côte d’Ivoire
 
  Une coopération étroite entre la Côte d’Ivoire et l’OIF
 
  Au-delà du français en partage, une présence très concrète de la Francophonie
 
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« La Côte d’Ivoire a de réels atouts pour rejoindre le groupe des pays à revenu intermédiaire »

Entretien avec M. Pierre LAPORTE,
Directeur pays de la Banque Mondiale en charge de la Côte d’Ivoire

La Lettre Diplomatique : Monsieur le Directeur, le nouveau Vice-Président de la Banque Mondiale pour l’Afrique, M. Hafez Ghanem, a réaffirmé les 17 et 18 septembre 2018 à Abidjan le soutien du groupe à la dynamique de croissance ivoirienne. Pourriez-vous nous présenter les accomplissements de cette visite ? Quelles seront les prochaines échéances de la coopération entre la Banque Mondiale et les autorités ivoiriennes ?

M. Pierre Laporte : Le Vice-Président Hafez Ghanem était venu en Côte d’Ivoire pour écouter les autorités ivoiriennes sur leurs visions et leurs priorités de développement pour leur pays et voir dans quelles mesures la Banque Mondiale pourrait leur apporter son appui.
Il y eut d’excellentes rencontres avec le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly et les membres du gouvernement ivoirien au cours desquelles il a pris connaissance des secteurs prioritaires pour les autorités de Côte d’Ivoire, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’assainissement, de l’agriculture, de la santé, l’éducation, etc. Comme M. Hafez Ghanem l’a lui-même affirmé, la Banque Mondiale a salué les résultats économiques, en termes de croissance de la Côte d’Ivoire. Nous sommes satisfaits de notre partenariat avec ce pays et nous entendons le poursuivre. D’ores et déjà, pour l’année fiscale 2019 qui a commencé le 1er juillet 2018, la Banque Mondiale va accorder environ 900 millions de dollars, soit plus de 492 milliards de  francs CFA au gouvernement ivoirien pour financer le développement.

L.L.D. : Le Groupe de la Banque Mondiale a approuvé en 2015 un cadre de partenariat qui s’achèvera en 2019. Quel bilan provisoire pouvez-vous dresser des engagements financiers mis en œuvre jusqu’à présent et quels en sont les domaines prioritaires ?

P.L. : Au 5 octobre 2018, le Groupe de la Banque Mondiale finance 23 projets actifs en Côte d’Ivoire. En comptant les projets en préparation, les engagements financiers atteignent 2,48 milliards de dollars. Au cours de l’année fiscale dernière qui s’est achevée le 30 juin 2018, le montant total de notre enveloppe de prêt s’élevait à 1,218 milliard de dollars pour 11 projets.
Le Groupe de la Banque Mondiale a approuvé en 2017, le plus grand prêt octroyé jusqu’ici à la Côte d’Ivoire, soit 325 millions de dollars, pour accroître l’accès à l’électricité, en particulier dans les zones rurales.
Les secteurs prioritaires identifiés par notre cadre de partenariat restent la productivité agricole et la diversification de l’économie, le développement de l’agrobusiness, la réforme agraire, la gouvernance, l’emploi décent et le développement du capital humain ivoirien.
Ainsi, les projets approuvés depuis le début de l’année 2018 sont-ils relatifs aux secteurs du foncier rural, la compétitivité de la filière de l’anacarde [la noix de cajou], l’économie numérique, les infrastructures, l’identification, l’éducation, la nutrition infantile et le développement de l’enfant, etc.

L.L.D. : En dépit d’une croissance économique soutenue, la Côte d’Ivoire continue de faire face à un niveau de pauvreté élevé. Quelle analyse faites-vous des obstacles à une meilleure redistribution des revenus dans l’économie ivoirienne ?

P.L. : Lorsqu’on regarde les statistiques du gouvernement ivoirien, le niveau de pauvreté a baissé, passant de 51% en 2011 à 46,8% en 2015. C’est une bonne nouvelle, c’est un effort à saluer. Et on pourrait être d’accord sur un fait, c’est que cette réduction reste modeste par rapport au taux de croissance de l’économie du pays et par rapport à la performance réalisée par certains pays, comme le Vietnam, qui ont à peu près, les mêmes taux de croissance.  
Cela pourrait s’expliquer, à certains niveaux, par la concentration de cette croissance dans les centres urbains et autour de secteurs peu porteurs d’emplois comme la communication, les finances, le transport, etc. Il y a également le fait que les progrès au niveau de l’accès aux services sociaux de base et d’infrastructure, bien qu’étant réel, restent encore faibles. Et enfin le taux de pauvreté est encore élevé parce que les politiques de protections sociales sont encore dans la phase de mise en œuvre.

L.L.D. : Comment décririez-vous les atouts de la Côte d’Ivoire en vue de rejoindre le groupe des pays à revenu intermédiaire ?

P.L. : La Côte d’Ivoire a de réels atouts pour rejoindre le groupe des pays à revenu intermédiaire. C’est tout d’abord un atout géographique. Le pays est connecté aux marchés globaux avec des ports performants, une large façade maritime qui facilite le commerce avec le reste du monde. La Côte d’Ivoire est aussi connectée aux marchés régionaux : elle peut même se positionner comme un hub régional.
Ensuite, les Ivoiriens ont un savoir-faire agricole existant. Ils sont parmi les premiers producteurs mondiaux de beaucoup de matières premières agricoles, comme le cacao, l’anacarde, le café, le caoutchouc, etc. Ils ont donc un potentiel énorme pour développer un secteur agrobusiness très dynamique et fort. La Côte d’Ivoire a également une culture d’entreprenariat et une histoire de partenariat public-privé, ainsi qu’une ouverture vers l’extérieur qu’elle pourrait développer davantage.

L.L.D. : Intitulé « Pour que demain ne meure pas », le dernier rapport de la Banque Mondiale sur la Côte d’Ivoire met en lumière sa vulnérabilité au changement climatique. Quels types de coopération privilégiez-vous en vue de favoriser le développement de solutions de croissance durables, favorisant notamment la préservation de ses ressources naturelles ?

P.L. : Il faut d’abord appuyer les initiatives visant à faciliter le partage de l’information et de la connaissance, à la fois au niveau local que global, pour une prise de conscience individuelle et collective.
La Banque Mondiale peut apporter un appui technique au gouvernement ivoirien, ce que nous avons déjà commencé à faire, dans ses efforts de recherche de solutions face aux défis climatiques. Par exemple, nous apportons actuellement une assistante quasi complète au gouvernement en vue de l’instauration de la taxe carbone, dans le cadre du Partenariat pour la préparation au marché carbone. 
Notre appui est aussi financier, à travers les projets environnementaux que nous finançons. Aujourd’hui, le climat est inclus dans tous les projets de la Banque Mondiale, et, d’une manière spécifique, on a des projets dédiés au climat, comme notre programm‑e actuel de reforestation des zones protégées en Côte d’Ivoire et le projet de lutte contre l’érosion côtière. 

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