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  Mardi 11 Décembre 2018  
 

Deuxième trimestre 2018

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     Émirats Arabes Unis
 

La diplomatie émirienne à l’épreuve de la crise du Qatar

Par M. William GUERAICHE,
Professeur associé à l’Amercian University de Dubaï

Le 5 juin 2017, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, les Émirats Arabes Unis auxquels s’ajoutent l’Égypte, le Yémen, les Maldives et le gouvernement de la Libye de l’Est, décident de couper leurs liens diplomatiques avec le Qatar. Cette crise majeure sur la péninsule arabe depuis les troubles du Bahreïn en mars 2011, voire l’invasion du Koweït en 1990, a eu d’inévitables conséquences sur la politique étrangère et la diplomatie émiriennes. Depuis presque un demi-siècle, les Émirats avaient une idée claire de leur place sur la scène régionale et internationale. Les tensions avec le Qatar qui remontent aux « printemps arabes » ont contraint les décideurs émiriens à adapter leur politique étrangère au contexte actuel. 

Les piliers traditionnels de la diplomatie émirienne
Les lignes de forces de la diplomatie émirienne ont été élaborées après l’indépendance dans les années 1970 et ont peu évolué jusqu’à une période récente. Les Émirats Arabes Unis sont un État pacifique qui privilégie la négociation à la confrontation. Même au plus fort des tensions avec l’Iran, la possibilité d’une intervention militaire ne s’est jamais posée ; les sanctions économiques ont toujours été écartées en raison de leur inefficacité et de leur caractère antithétique avec la volonté de dialogue et de tempérance. En outre, la constitution autorise les Émirats (les sept gouvernements locaux) à entretenir, s’ils le souhaitent, des liens avec d’autres pays, ce qui facilite au bout du compte le dialogue régional. 
La diplomatie émirienne intègre l’héritage arabo-islamique comme on peut le voir dans sa perception du monde. Les sept émirats sont le centre autour duquel les autres États gravitent. Les autres « nations » de la péninsule forment un premier cercle, le monde arabe un deuxième et les États musulmans un troisième. Au-delà de la frontière symbolique de l’ummah, la communauté des fidèles, les États sont sur un pied d’égalité. Cette représentation du monde favorise des préférences en politique étrangère avec d’inévitables ajustements. Les questions économiques et de sécurité invitent à relativiser le poids des États dans chaque cercle ; l’Égypte a une place à part dans le monde arabe tout comme les États-Unis dans le quatrième cercle par exemple. 

Les Émirats et le Qatar, de l’amitié à la rivalité ?
Les Émirats et le Qatar, tous deux appartenant à la « grande nation arabe » de la péninsule, ont entretenu des liens proches, notamment dans les années 1990-2000 quand ils faisaient contrepoids à l’Arabie Saoudite. Le « printemps arabe » a révélé des tensions profondes entre les deux partenaires. Quand la succession dynastique des familles régnantes a été questionnée au Bahreïn, le Qatar n’a pas participé à l’intervention commune du Bouclier de la Péninsule sous l’égide du Conseil du coopération du Golfe (CCG) le 15 mars 2011. Cette décision a été analysée comme un soutien aux contestataires du régime. Pendant la présidence Morsi en Égypte, le Qatar a ostensiblement affirmé son soutien aux Frères musulmans perçus comme une menace à la stabilité des monarchies. 
Dans l’ère post-Kadhafi en Libye, la guerre par procuration et factions interposées marque une rupture entre les deux pays. Bien qu’officiellement les Émirats Arabes Unis et le Qatar participent à la coalition internationale, ils soutiennent des factions armées aux intérêts irréconciliables. Enfin, le soutien du Qatar à des groupes terroristes, bien qu’oppositionnelles au régime en Syrie, provoque une première rupture le 5 mars 2014. Les Émirats Arabes Unis ainsi que l’Arabie Saoudite et le Bahreïn, retirent leurs ambassadeurs de Doha. L’urgence de la situation au Yémen invite les États du Golfe à la conciliation et les ambassadeurs rejoignent leur poste en septembre 2014. Quand le Qatar se joint à la coalition Restaurer l’Espoir au Yémen en avril 2015, et que les groupes de travail économiques bilatéraux reprennent en mai 2016, les observateurs pensent que la crise est terminée. Elle n’était que momentanément interrompue.

La crise, un accélérateur
La rupture du 5 juin 2017 couvait donc depuis longtemps bien que les États de la région avaient pris soin de ne pas en informer les médias internationaux. Le trafic terrestre, maritime et aérien s’arrête immédiatement entre le Qatar et ses voisins. La justification est que Doha a non seulement aidé des groupes terroristes ou extrémistes, mais le Qatar s’est aussi immiscé dans les affaires intérieures de ses voisins. Les conditions pour mettre fin à l’embargo sont drastiques car elles impliquent notamment la fermeture d’Al Jazeera, la chaîne d’information du Qatar. 
Qu’est-ce que cette crise change ? La stratégie de communication émirienne et de ses partenaires a évolué. Traditionnellement, les décideurs parlent et solutionnent leurs problèmes derrière des portes fermées. Le CCG à cet égard, a été un lieu privilégié de discussions, au gré des sommets annuels, des réunions de ministres des Affaires étrangères ou des rencontres informelles entre dirigeants. La dénonciation du Qatar est donc un événement inhabituel qui fera date. L’ultimatum donné à l’Émir n’est pas moins surprenant d’autant que l’accepter conduirait ce dernier à perdre la face. Moyennant quoi, il est aussi fortement improbable que les autres pays du CCG balaient d’un revers de main les valeurs fondamentales de l’identité arabe. En utilisant la métaphore de la famille, le Dr. Anwar Gargash, Ministre d’Etat émirien chargé des Affaires internationales, répéta à l’envi qu’en dépit des tensions, le Qatar demeure un État-frère qui ne peut être traité comme un partenaire extérieur (sous-entendu du 4ème cercle par exemple). Dans la tradition islamique, les parties ont l’obligation morale de trouver un compromis. Sinon, c’est un pilier de la diplomatie émirienne qui risquerait de chanceler. Compromis il y aura, reste à savoir quand et dans quelles conditions. 
La diplomatie émirienne était déjà à un tournant. La crise avec le Qatar a accéléré des évolutions déjà en cours. Les migrations, le développement économique, la sécurité, etc. sont autant de questions transnationales qui orientent la diplomatie vers l’Asie. En outre, avant même le 5 juin 2017, les Émirats Arabes Unis étaient prêts pour être un acteur actif de la post-mondialisation. Cet ordre, ou désordre, nouveau du monde dont on ne sait pas de quoi il sera fait, pose le problème d’une réorganisation régionale différente du CCG. Avec l’ébranlement des réseaux de la mondialisation, par exemple dans le domaine de la sécurité (provoqué par le retrait américain), les Émirats participent déjà à un nouveau bloc géopolitique avec les pays du pourtour de l’Océan Indien.

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