Jeudi 27 Juin 2019  
 

N°120 - Quatrième trimestre 2017

La lettre diplometque
  Préfaces
Entretien exclusif
Diplomatie
Coopération Décentralisée
Innovation Scientifique
Économie
Culture
  Le meilleur de la culture japonaise pour célébrer 160 ans de relations diplomatiques
 
  « L’UNESCO est un élément clé de la coopération franco-japonaise »
 
  La culture au cœur de l’action de la France au Japon
 
  À Paris, une présence culturelle dynamique du Japon
 
  À Grez-sur-Loing, une tradition de rencontre des cultures françaises et japonaises
 
  Des légumes d’exception pour transmettre la créativité japonaise
 
  « Pour le bien-être et le bonheur de tous les hommes », un principe cher à la Fondation Ishibashi
 
  La Maison franco-japonaise : vecteur de la coopération culturelle et scientifique entre la France et le Japon
 
  Orienter la diplomatie culturelle franco-japonaise vers des échanges intellectuels fructueux
 
  Le japonais, une langue qui séduit de plus en plus les Français
 
  À Sapporo, la langue et la culture françaises attirent toujours davantage le public japonais
 
  Vers de nouveaux records pour les touristes français au Japon
 
 
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     Culture
 

Orienter la diplomatie culturelle franco-japonaise vers des échanges intellectuels fructueux

Par M. Watanabe HIROTAKA,
Professeur à l’Université des langues étrangères de Tokyo,
Ancien Ministre chargé du Service culturel et de l’information à l’Ambassade du Japon en France

L’année 2008 – il y a maintenant dix ans – a coïncidé avec le 150ème anniversaire de la signature du premier accord diplomatique franco-japonais. Cette année-là, je travaillais pour promouvoir l’activité d’amitié franco-japonaise à l’Ambassade du Japon à Paris. En France, cette commémoration a été marquée par 758 manifestations culturelles officiellement enregistrées auprès de l’Ambassade du Japon, et dans l’Archipel, elle a donné lieu à plus de 400 événements. 
Les manifestations organisées en France ont illustré toutes les facettes de la culture japonaise, depuis le Joruri (théâtre de marionnettes) et le Kyogen (forme comique du théâtre No) jusqu’aux trésors historiques de Kyoto en passant par les kimonos et les estampes (ukiyo e). On peut donc dire qu’à cette occasion les échanges culturels et la compréhension mutuelle entre la France et le Japon ont atteint un niveau remarquable.
Mais au milieu de cet enthousiasme, une question m’a traversé l’esprit. Quel est le degré de connaissance réciproque de la France et du Japon en matière de sciences sociales ?  
Le domaine des mangas, des dessins animés et des jeux vidéo est en nette expansion en France et le nombre des jeunes Français qui parlent le japonais ne cesse d’augmenter. C’est un grand changement par rapport aux années 1980 où j’étais étudiant à Paris. À l’époque, le Japon était considéré comme le dragon de l’Asie et plusieurs ouvrages à son sujet avaient été publiés en français notamment Le Japon médaille d’or : leçons pour l’Amérique et l’Europe, traduction du livre intitulé Japan as Number One de l’écrivain américain Ezra F. Vogel. L’intérêt des Français pour la société et l’économie japonaises allait en s’intensifiant et les jeunes désirant travailler avec l’Archipel étaient de plus en plus nombreux à se lancer dans l’apprentissage de la langue japonaise.
En 2008, l’année du 150ème anniversaire du début des échanges entre nos deux pays – plus de vingt ans s’étaient écoulés depuis le temps où je faisais mes études à Paris –, je m’attendais donc tout naturellement à voir augmenter le nombre non seulement des Français intéressés par le Japon du point de vue socio-politique, mais aussi des japonologues spécialisés dans les sciences sociales qui maîtrisent la langue de l’Archipel. Or, j’ai eu la désagréable surprise de constater que les Français éprouvent moins d’intérêt manifeste vis-à-vis de notre pays en ce qui concerne les sciences sociales. On peut certes expliquer ce phénomène par le fait que le Japon n’est plus la superpuissance économique et technologique qu’il a été à une époque. Mais la compréhension réciproque du point de vue des sciences sociales entre la France et le Japon est, en effet, indispensable au bon fonctionnement de leurs relations.
La France est un grand pays en matière de diplomatie culturelle. Le Japon est lui aussi engagé dans des échanges culturels avec le monde entier par le biais de la Fondation du Japon. La politique menée par cet organisme repose essentiellement sur les échanges artistiques et intellectuels, et l’enseignement de la langue japonaise. Mais le niveau de connaissance de la France et du Japon concernant leur contexte social réciproque n’est nettement pas suffisant. C’est pourquoi je pense qu’il faut absolument approfondir les échanges intellectuels dans le domaine des sciences sociales entre les deux pays. À première vue, la France et le Japon semblent très différents en termes de réalité et de logique sociales, mais ils ont aussi des points communs en ce qui concerne la psychologie humaine. Et je crois qu’il y a encore beaucoup à faire pour améliorer la compréhension mutuelle et développer la coopération bilatérale.
C’est dans cet esprit que j’ai créé un comité d’échanges intellectuels franco-japonais (Nichifutsu chiteki kôryû iinkai) destiné à promouvoir les rencontres de spécialistes en sciences sociales français et japonais. En 2018, ce comité va organiser une manifestation qui sera la 5ème depuis l’officialisation de ses activités et la 7ème, si l’on tient compte de la période où il a fonctionné en tant que projet-pilote. Cette manifestation, qui durera une semaine, se déroulera au mois de décembre à Paris, dans le cadre d’un projet commun avec la Fondation du Japon intitulé « Japonismes 2018 » qui commémorera le 160ème anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Elle donnera lieu à des conférences et des symposiums auxquels participeront des chercheurs et des spécialistes de tout premier plan.
En 2015, la France est devenue le deuxième pays – après les États-Unis – signataire du dialogue « 2+2 » avec le Japon, qui réunit régulièrement les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux gouvernements. Plusieurs accords ont été conclus, dont un sur le transfert d’équipements et de technologies de défense, et des négociations ont débuté en vue d’un accord d’acquisition et de soutien logistique (ACSA). La participation conjointe des forces armées françaises et des forces d’auto-défense japonaises à des entraînements lors de la visite au Japon du navire-école français la « Jeanne d’Arc » figure également au programme de ce dialogue. Outre leur coopération militaire dans la région de l’Asie de l’Est et du Pacifique, la France et le Japon participent aux mêmes opérations au Moyen-Orient, dans l’Océan Indien et en Afrique.
Les Japonais ne devraient pas se contenter de regarder la France comme un symbole culturel de la mode. Et il faudrait que les Français se fassent une autre image du Japon que celle du pays de la culture des samouraïs. Pour approfondir notre compréhension mutuelle, nous devons absolument nous débarrasser des idées faites et des stéréotypes en nous efforçant de comprendre réciproquement la véritable identité de nos deux pays. Et c’est pourquoi les échanges intellectuels des sciences sociales sont indispensables. Le moment est venu pour la diplomatie culturelle d’orienter dans ce sens les relations entre la France et le Japon.

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