Samedi 25 Mai 2019  
 

N°120 - Quatrième trimestre 2017

La lettre diplometque
  Préfaces
Entretien exclusif
Diplomatie
Coopération Décentralisée
Innovation Scientifique
  « Loin d’avoir uniformisé nos cultures nous les avons mutuellement enrichies »
 
  Investir dans la génération future
 
  Le Programme SIP fer de lance de la stratégie d’innovation du Japon
 
  Intelligence Artificielle : quand le « Made in France » s’exporte et attire
 
  « L’approche de Fujitsu est centrée sur l’humain »
 
  Une coopération entre le CNES et la JAXA, vivante et multiforme
 
  Le réchauffement climatique et les lunes martiennes, priorités de la coopération spatiale nippo-française
 
  Énergies renouvelables, Smart Cities… NEDO parie sur l’innovation
 
  Le Club de Paris des Directeurs de l’Innovation et le Japan Innovation Network, moteurs de l’innovation au Japon et en France
 
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     Innovation Scientifique
 

« Loin d’avoir uniformisé nos cultures nous les avons mutuellement enrichies »

Par Mme Catherine BRÉCHIGNAC,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences,
Ambassadeur de France délégué à la Science, l’Innovation et aux Technologies

Le Japon et la France sont situés à l’opposé du continent eurasiatique. L’un au levant l’autre au ponant. L’éloignement n’est pas seulement géographique, il est aussi culturel. Leurs civilisations construites au fil des siècles ont engendré des croyances, des mœurs, des modes de pensée, une éthique même, différents. Au plan linguistique, le japonais est sans aucun cousinage avec le français. Ce point est important car la langue conditionne le rapport à la pensée, au cheminement de la découverte, en un mot, la production de la science est liée à celle-ci. Elle a un rapport heuristique au « modus operandi » qu’est la production de la science. Sciences, langues et cultures sont donc liées comme l’écrivait l’Abbé de Condillac : « nous ne pensons qu’avec le secours des mots ».
Loin d’être négatives, je perçois ces différences comme positives. Si la science se construit dans une langue universelle dont le moteur est la mathématique, le chercheur placé face au mur de l’inconnu pense dans sa propre langue. Il abordera cet inconnu différemment selon sa langue. Le japonais, de par ses idéogrammes, engendre davantage une pensée globale qu’une pensée analytique, les langues alphabétiques, possédant une grammaire forte, nous incitent à un raisonnement plus déductif. En abordant la recherche des systèmes complexes pour en comprendre plus intimement le fonctionnement, ces deux modes de pensée complémentaires nous rapprochent.
Dans sa lutte pour acquérir les savoirs scientifiques occidentaux, le Japon de la seconde partie du XIXème siècle avait pour slogan de rattraper et si possible dépasser l’Occident. 160 ans plus tard le Japon a largement atteint cet objectif ; il a rattrapé l’Occident et nous participons ensemble au développement de la science. 
Depuis l’ouverture du Japon à l’Occident des milliers de chercheurs ont échangé, développé des relations, travaillé ensemble. Des Japonais ont été recrutés dans les institutions de recherche françaises, de même bon nombre de chercheurs français ont travaillé au Japon, où ils bénéficient de conditions propices à leurs recherches. Nous avons construit des structures de recherche communes, c’est le cas, par exemple, du laboratoire de micro-mécatronique créé il y a plus de 20 ans avec l’université de Tokyo et le CNRS. Loin d’avoir uniformisé nos cultures nous les avons mutuellement enrichies, au cours de nos travaux communs.
À l’occasion des diverses célébrations qui vont émailler le 160ème anniversaire des relations franco-japonaises, il est important de souligner notre diversité culturelle dans les arts et les lettres, sans oublier la complémentarité de nos différents modes de pensée qui nous permet de mieux construire la science au bénéfice de tous.

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