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Quatrième trimestre 2016

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Afghanistan
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Construire l’avenir et préserver le passé

Par M. Julio BENDEZU SARMIENTO,
Directeur de la Délégation archéologique française en Afghanistan

Evoquer les cultures et civilisations qui ont présidé à la construction du territoire afghan durant des millénaires, les peuples divers, commerçants ou envahisseurs, qui y ont laissé leur empreinte, c’est s’immerger dans les riches recherches menées par la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA). 
En 1919 l’Afghanistan retrouve sa souveraineté et son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne et l’Émir Amanullâh Khan monte sur le trône, devenant ainsi le premier souverain musulman d’un État indépendant. Progressiste, il engage le pays dans un programme de modernisation à marche forcée, doublé d’une restructuration institutionnelle. Parfaitement instruit du rôle de la France en matière d’éducation laïque et de coopération culturelle en Orient, Amanullâh Khan, désireux d’ouvrir les portes de l’Afghanistan à la communauté scientifique internationale, accorde à la France le monopole des recherches archéologiques. Le 9 septembre 1922, une convention est signée entre l’Afghanistan et la France et la DAFA voit officiellement le jour à Kaboul sous la direction d’Alfred Foucher. 
C’est avec la fin de la Seconde Guerre mondiale que d’autres pays arrivent pour aider les Afghans à explorer leur passé. Américains, Indiens, Britanniques, Soviétiques, Italiens et Allemands... tous sont intéressés par le patrimoine unique de ce pays. Cet engouement scientifique sera brisé en 1979 par l’invasion soviétique, suivie en 1982 par la suspension des activités de la DAFA et le début d’une instabilité politique et sécuritaire qui durera jusqu’en 2001. Cette année là, Bamiyan sera le théâtre d’un désastre majeur pour le patrimoine mondial, la destruction des bouddhas. Une prise de conscience, sur les dommages au patrimoine dans les pays en crise, fera date.
En 2002, après des années de conflit, l’Afghanistan pillé et meurtri par l’occupation talibane ne dispose que de moyens dérisoires pour faire face à la reconstruction culturelle du pays. En 2003, la réouverture de la DAFA à Kaboul témoigne de la gratitude et de la fidélité de la France envers l’Afghanistan mais fortifie également la position historique et archéologique privilégiée de ce pays dans la région. Dès lors, de grands programmes scientifiques consacrés à l’étude des occupations anciennes à travers l’Afghanistan vont se succéder. Le Traité d’amitié et de coopération entre nos deux Républiques, signé en 2012 et prévu pour une durée de 20 ans, consolide la présence officielle de la DAFA et lui confère un rôle majeur dans la reconstruction de l’histoire afghane, par le biais des missions de fouilles, de l’inventaire, de la protection et de la mise en valeur du patrimoine archéologique ainsi que de la formation. Actuellement seule institution archéologique étrangère permanente en Afghanistan, la DAFA bénéficie d’une expertise reconnue et du soutien des institutions afghanes et internationales (UNESCO, AKTC, ACKU). Ce savoir-faire et ces partenariats permettent la mise en œuvre de programmes scientifiques ambitieux, comme au Bala Hissar, à Cheshm-e Shafa ou à Hadji Piada (Bactres), mais également sur le complexe de Moussala (Herat) et à Sharh-i Ghologola et autres sites de la vallée de Bamiyan. Un projet majeur est celui de Mes Aynak (Logar) où plusieurs dizaines d’archéologues et des centaines d’ouvriers fouillent un vaste site de 4km², mettant au jour des monastères bouddhiques abondamment décorés de peintures murales et riches de nombreuses statues en terre crue ou en pierre. Menacé par la mise en exploitation d’une mine de cuivre, ce site l’est également par les pillards qui ont déjà considérablement entamé ce potentiel patrimonial. 
Outre le travail de terrain, la DAFA a créé divers laboratoires consacrés à l’étude des matériels et à la restauration, et mis en place un Système d’Information Géographique (SIG) permettant de prospecter, d’acquérir, d’archiver, d’analyser, de représenter, à partir de données géo-référencées, ce qui constitue un outil indispensable pour les décisions dans l’aménagement du territoire afghan, tant rural qu’urbain (Ministères de l’urbanisme, du développement ou encore des mines). L’enrichissement de cet outil, fort utile aux chercheurs, est un autre projet majeur, celui de la carte archéologique d’Afghanistan. Ce travail constitue une opération de grande envergure et justifie le plein et entier soutien de la Présidence afghane.
La longue présence de notre Délégation archéologique traduit l’exemplaire synergie existant entre l’Afghanistan et la France et constitue aujourd’hui un vecteur important de la coopération, au service de ce pays et de tous les Afghans ; elle justifie les efforts de tous ceux qui ont contribué à son action, à son dynamisme et à sa reconnaissance internationale.

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