Jeudi 27 Juin 2019  
 

N°114 - Deuxième trimestre 2016

La lettre diplometque
  Éditorial
Inde
Malaisie
Venezuela
  Pour un resserrement des liens parlementaires franco-vénézuéliens
 
  Contribuer à faire perdurer une relation historique privilégiée
 
  La vérité sur le Venezuela
 
  Francisco de Miranda, trait d’union entre le Venezuela et la France
 
  Miranda célébré en France
 
  Les objectifs économiques de la Révolution bolivarienne
 
  « La Gran Mision Vivienda »
 
  Le Venezuela, un pays à aimer…
 
  De solides liens économiques à l’épreuve
 
   Le Venezuela, acteur majeur de l’intégration régionale
 
  La culture, priorité de la Révolution Bolivarienne
 
  Le Système national d’orchestres, de chœurs d’enfants et de jeunes du Venezuela interprète depuis 41 ans l’âme de tout un pays
 
  Les cacaoyers du Venezuela
 
  « L’intérêt des Vénézuéliens pour la langue française a toujours été important »
 
  La Maison de la France à Lechería, «centre d’échange de culture, traditions et coutumes».
 
Organisations Internationales
Sécurité
Coopération Internationale
Enjeux Économiques
Opinion
 
La lettre diplometque
La lettre diplomatique Haut
     Venezuela
 

Francisco de Miranda, trait d’union entre le Venezuela et la France

Précurseur des indépendances de l’Amérique latine, combattant de la liberté des deux côtés de l’Atlantique, le général Francisco de Miranda représente « un pont entre l’histoire du Venezuela et de la France » comme l’a souligné Freddy Nañez à l’occasion de l’hommage qui lui était rendu le 31 mars 2015 à l’Archivo General de la Nación, à Caracas. Cet événement a fait écho à la cérémonie organisée le 29 mars 2016 au château de Versailles, par la Délégation permanente du Venezuela auprès de l’UNESCO.

Deux cents ans après sa mort, Francisco de Miranda demeure un symbole d’audace dans l’histoire du Venezuela et, plus largement, latino-américaine. S’il n’est pas le plus connu des Vénézuéliens hors des frontières du pays, il occupe pleinement sa place au Panthéon national, à Caracas, aux côtés du « Libertador » Simon Bolivar, par sa contribution à la Révolution française et à l’exportation des idées des Lumières.
Napoléon disait de lui qu’il était un « Quichotte, qui n’est pas fou, porte en son âme le feu sacré ». De « ce personnage dont l’histoire se trouve liée à des événements les plus considérables du monde, à l’époque où il vécut », le diplomate et historien Caracciolo Parra Pérez a brossé une biographie et surtout retracé son aventure française. Dès sa parution en 1925, son ouvrage de référence « Miranda et la Révolution française » a fait sensation auprès des historiens. Comme le souligne le grand latino-américaniste François-Xavier Guerra dans la préface de sa deuxième édition (1989, éditions du Banco del Caribe), l’œuvre de Caracciolo Parra Pérez a non seulement contribué « à éclairer des épisodes mal connus de la Révolution, mais aussi à [en] illustrer, avec un exemple concret, le caractère universaliste ».
Celui qui est devenu général de division après avoir joué un rôle décisif durant la bataille de Valmy en 1792, est né en 1752 à Caracas, alors cité de l’Empire espagnol. Fils d’un commerçant aisé, son enfance est marquée par un certain mépris que lui voue l’aristocratie créole locale. Il commence des études classiques qu’il poursuit au Mexique, avant de s’embarquer pour la métropole où il étudie les mathématiques, les langues vivantes et l’art militaire. À 20 ans, il entre dans l’armée espagnole en qualité de capitaine d’un bataillon d’infanterie et participe à des expéditions en Algérie et au Maroc. Ses supérieurs le portent en haute estime et louent son courage dans la bataille. Las de la vie de garnison, il recherche l’action. Alors même qu’il est promu lieutenant-colonel dans l’armée espagnole, il rejoint les « Patriots » américains en lutte contre la Couronne britannique. Miranda rencontre George Washington et Thomas Paine. Il s’intéresse alors de près au processus d’indépendance des États-Unis, qu’il rêve d’exporter dans son pays.
En rupture avec Madrid, le jeune officier arrive à Londres en 1784, en quête de soutiens politiques et économiques. Il est reçu et écouté : son talent d’orateur ainsi que sa grande culture lui ouvrent les portes des puissants, mais Miranda repart d’Angleterre déçu et seul. Il va alors parcourir l’Europe et le Moyen-Orient, s’imprégnant des idées qui émergent du Vieux continent. De Berlin à Istanbul, de Saint-Pétersbourg à Paris, son indépendance d’esprit et sa culture en font la coqueluche des cours européennes. Pourchassé par les agents de l’Espagne, il retourne en Angleterre en 1790 et propose un plan au Premier Ministre William Pitt pour l’émancipation de l’Amérique espagnole. Bien qu’intéressé, le Lord anglais ne peut soutenir ostensiblement Miranda, au risque d’entraîner un nouveau conflit avec l’Espagne.
Commence alors « l’histoire d’amour » entre Francisco de Miranda et la France. Arrivé à Paris le 19 mars 1792, il se lie d’amitié avec Jérôme Pétion de Villeneuve, Maire de Paris et Jacques Pierre Brissot, orateur écouté. En ces temps troubles de la Révolution, la Convention accueille de bon cœur tous ceux qui souhaitent la servir, menacée qu’elle est par les monarchies coalisées qui souhaitent sa chute. C’est ainsi que Francisco de Miranda intègre l’armée française. C’est sous les ordres de Dumouriez, au sein de l’Armée du nord qu’il entre à jamais dans l’histoire de France, en tant que vainqueur de la bataille de Valmy, le 20 septembre 1792. Ce fait d’arme lui vaudra d’être, en tant que Général de la Révolution, le seul sud-américain à voir son nom inscrit sur l’Arc de Triomphe. À Valmy, une statue à sa gloire nous rappelle encore aujourd’hui l’engagement de Francisco de Miranda qui déclarait alors dans une de ses correspondances : « Me voilà devenu général dans l’armée française de la liberté (…) Que je me sois uni aux défenseurs de la liberté ne doit pas vous étonner, puisque vous savez que c’est ma divinité favorite ».  Malheureusement, la Terreur qui s’installe en France, puis le réchauffement des liens avec l’Espagne obligent Francisco de Miranda à quitter ce pays dont il a tant aimé les idées, et pour lequel il s’est battu avec bravoure.
Après un nouveau séjour à Londres pour tenter encore une fois de rallier l’Angleterre à sa cause, il rentre chez lui, à Caracas, mettre en application ce qu’il a appris en Europe avec toujours ce rêve chevillé au corps de voir son pays libéré de la « tyrannie ibérique ». Il participe activement aux soulèvements de 1806 et 1810, qui aboutiront en 1823 à l’indépendance du Venezuela. Une lutte qui lui sera fatale puisque livré aux Espagnols, il sera emprisonné à Cadiz où il finira ses jours. C’est pour cette lutte acharnée contre l’absolutisme espagnol qu’il est honoré par le Président Hugo Chavez lorsqu’il lance la « Révolution bolivarienne » en 1999. Il y a, de fait, une sorte de continuité entre les aspirations à la liberté propagées en Amérique latine par le général Miranda au XIXème siècle et l’anti-impérialisme de Chavez. Les fondements idéologiques du bolivarisme sont également très largement inspirés des pensées de Francisco de Miranda. Bien que son rêve ne se réalisera qu’après sa mort, le Venezuela et la France savent ce qu’ils doivent au « feu sacré » qui animait Francisco de Miranda.     JR

Retour en haut de page
 
 

 
La lettre diplomatique Bas
  Présentation - Derniers Numéros - Archives - Nos Liens - Contacts - Mentions Légales