Mercredi 21 Août 2019  
 

N°101 - Premier trimestre 2013

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Mémoire du Kazakhstan

Par M. Marek Halter,
Écrivain

Kazakhstan : la mémoire colle à la peau, nous pénètre par les yeux, se plante dans nos narines. Cet hiver, dès ma sortie de l’aéroport

d’Almaty au Kazakhstan, les senteurs de mon enfance m’envahissent. L’odeur de la famine d’abord. Oui, la famine a une odeur. Cette aigreur que dégage un estomac vide et qui remplit la bouche de pourriture. 

J’arrive au Kazakhstan pour négocier l’ouverture d’une université française à Almaty : la Sorbonne / Kazakhstan. Cette ville m’avait laissé l’empreinte d’un émerveillement. C’était à la fin de l’année 1941, on l’appelait alors Alma-Ata. Après deux mois sous les bombes nazies à Moscou, les Soviétiques nous avaient évacués en Asie centrale, ainsi que la plupart des intellectuels russes, ces « ingénieurs de l’âme humaine » comme disait Lénine. 

Je me souviens de ces espaces interminables et vides qui frôlaient l’horizon et que j’observais par la porte ouverte de notre wagon à bestiaux : la steppe. Nous avions mis deux semaines pour arriver au Kazakhstan.

La ville d’Almaty, soit la « ville riche en pommes », se confond aujourd’hui dans mon esprit avec le Voleur de Bagdad et les Mille et une nuits. Ces paysages, ces musiques et ces couleurs dont se sont nourris les films hollywoodiens des années 1950 ressemblent davantage à ceux de l’Asie centrale que du Proche-Orient. Almaty, cette halte importante sur la route de la soie, était une grande ville traversée d’avenues bordées de canaux d’irrigation et d’espaces verts. Dans des jardins intérieurs, on cultivait le chanvre, le lin et le pavot. Des pommiers bordaient les places. Je me souviens de cet immense marché qui pour nous, les réfugiés, restait inaccessible, et où une foule bruyante se promenait entre les étals. Je voyais des chameaux pour la première fois de ma vie. L’odeur des épices m’enivrait et renforçait ma faim. Une chaîne de montagnes couvertes de neige fermait l’horizon, Tian Shan, les « montagnes célestes ».

Des centaines de réfugiés arrivaient tous les jours par vagues, d’Ukraine, de Moscou, de Léningrad, de l’Oural. D’énormes camions débarquaient des machines. Staline reconstruisait, dans les terres reculées de son immense empire, l’industrie nécessaire à la poursuite de la guerre. Il y fit même transférer les studios de cinéma moscovites Mosfilm et Eisenstein y tourna Ivan le terrible. 

À Almaty en ce temps-là, on trouvait des gens de toutes les nationalités, parlant toutes les langues, mais pas de nourriture. La ration d’un réfugié se limitait à cinquante grammes de pain par jour. 

Nous passions une partie de notre temps à faire la queue pour attendre notre part, l’autre à la recherche d’un gîte. 

Mon rêve de l’époque : un bol de chocolat chaud et des brioches, celles-là mêmes que ma mère me servait pour mon petit-déjeuner à Varsovie. Quand je pense que je refusais de les manger ! Ah, si je pouvais les récupérer ! Mais les brioches en rêve ne sont pas des brioches mais un rêve.

Aujourd’hui, le Kazakhstan est un pays opulent. Une nouvelle ville a surgi dans la steppe, sur la rivière Ichim : Astana. La capitale depuis 1997. Almaty, elle, s’est étendue. Plusieurs universités y prospèrent. Pour accueillir la Sorbonne / Kazakhstan, la première grande université occidentale dans le pays, j’ai choisi KazNPU Abaï, l’université d’État à Almaty. 

La Sorbonne / Almaty fonctionnera à l’image des Collèges universitaires français de Moscou et de Saint-Pétersbourg que j’ai conçus il y a plus de vingt ans avec l’académicien Andreï Sakharov, prix Nobel de la Paix. Nous comptons, dès la première année, sur trois cents étudiants et, l’année suivante, sur mille. Le corps enseignant de l’université Abaï est enthousiaste ainsi que le maire d’Almaty, Akhmetzhan Yessimov. Quant au recteur de l’université Abaï, Serik Praliyev, il s’est déjà fait imprimer des cartes de visite en français.

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