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  Mercredi 21 Novembre 2018  
 

Troisième trimestre 2011

La lettre diplometque
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Vers un tournant pour le Kosovo

Par Mme Odile Perrot,
Docteur en Science politique, ancienne Democratization

Officer de l’OSCE au Kosovo

Mission d’administration intérimaire des Nations unies, élections supervisées par l’OSCE*, Constitution rédigée par les experts occidentaux, autonomie locale et décentralisation organisées par le plan Ahtisaari, jusqu’à la proclamation de l’indépendance, qui a avalisé la supervision de la mission EULEX et du Bureau civil international : la construction politique et institutionnelle de la République du Kosovo a été balisée par la communauté internationale. « Supervisée », l’indépendance du Kosovo a ceci d’original qu’elle intègre la prévalence de l’autorité internationale dans des domaines prioritaires, qui sont essentiels à la stabilité de la région.
Le dialogue lancé en début d’année s’inscrit dans cette dynamique visant à démocratiser pour stabiliser. Après l’avis de la Cour internationale de Justice (CIJ) qui a conclu, le 22 juillet 2010, que la déclaration d’indépendance n’avait pas violé le droit international, l’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution dans laquelle l’Union européenne (UE), soucieuse de mettre un terme à la bataille diplomatique, a proposé de faciliter un processus de dialogue « facteur de paix, de sécurité et de stabilité dans la région ».
La première rencontre entre le Kosovo et la Serbie a eu lieu les 8 et 9 mars 2011. Elle a été suivie de quatre autres réunions sans résultat tangible, jusqu’aux accords de début juillet sur la reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires, la liberté de circulation et l’accès aux registres d’état-civil. Ce succès a donné confiance dans la formule de la concertation et de la stratégie des petits pas, même si la « carotte » européenne n’a pas été étrangère à la bonne volonté des parties. Le Kosovo attendait avec impatience l’ouverture d’un dialogue sur la libéralisation du régime des visas et la Serbie aspirait au statut de candidat officiel. Mais les victoires diplomatiques sont marcescibles et les conflits de souveraineté persistants.
Quand il eu s’agi d’inscrire à l’agenda la libre circulation des marchandises kosovares, bloquées depuis trois ans par un embargo serbe à cause du tampon du Kosovo, Belgrade a refusé et le dialogue a été reporté sine die. Le gouvernement de Prishtinë/Priština, de plus en plus critiqué pour son atonie et pressé d’intervenir avant la publication des recommandations de la Commission européenne à l’automne, a réagi en décrétant à son tour un embargo sur les produits serbes.
Pour le faire appliquer sur tout le territoire, il a déclenché une opération de police spéciale visant à prendre le contrôle des postes-frontières dans le nord à majorité serbe. Les Kosovars serbes ont vivement réagi, la KFOR (Force de maintien de la paix de l’OTAN au Kosovo) a dû s’interposer pour rétablir l’ordre et a joué les médiateurs jusqu’à obtenir un accord provisoire. Conclus dans un contexte fébrile, l’accord du 5 août 2011 et celui du 2 septembre, négocié à Bruxelles, ont permis de restaurer une paix précaire. Les lignes d’autorité sont toutefois brouillées et les questions de souveraineté restent pendantes.
Présents aux postes-frontières auprès des forces internationales, les policiers et douaniers kosovars ont un rôle limité, tout comme les représentants de Belgrade, dont se détournent les Kosovars serbes du nord acquis aux partis nationalistes. Les troupes de la KFOR et les officiers d’EULEX (Mission état de droit de l’UE au Kosovo) stationnés à la frontière font face à des barricades organisées pour durer.
Pour désamorcer les tensions, l’UE parie sur la « shuttle diplomacy » de son facilitateur M. Robert Cooper, mais aussi sur sa capacité d’attraction. Elle vient de recommander, dans la Stratégie d’élargissement publiée par la Commission le 12 octobre 2011, le lancement d’un dialogue sur les visas avec le Kosovo. Ce signe d’ouverture a rassuré une population, qui aspire à voyager aussi librement que les autres citoyens des Balkans, et a été salué par le gouvernement comme « l’un des plus grands succès depuis l’indépendance ». Avec la réforme constitutionnelle en préparation et la reconfiguration amorcée de la supervision internationale, la concrétisation de la perspective européenne marque ainsi un nouveau tournant pour la République du Kosovo.    

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