Mardi 16 Juillet 2019  
 

N°95 - Troisième trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
El Salvador
Kosovo
  Trois étapes clé de l’histoire contemporaine du Kosovo
 
  Le Kosovo en marche
 
  Des liens privilégiés entre le Kosovo et la France
 
  La route vers le Camp Nou passe par l’intégration européenne du Kosovo
 
  « Nous devons inciter à voter la reconnaissance du Kosovo »
 
  Un marché à conquérir
 
  L’aéroport de Pristina, exemple d’une coopération réussie
 
  Vers un tournant pour le Kosovo
 
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     Kosovo
 

La route vers le Camp Nou passe par l’intégration européenne du Kosovo

Par Mme Vlora Çitaku,
Ministre de l’Intégration européenne de la République du Kosovo

Il y a quelques semaines, alors que je rentrais à la maison, l’enfant de six ans de mes voisins de palier, m’arrêta devant l’immeuble où je vis et me demanda avec le sérieux austère d’un juge de la Cour suprême : « Madame, quand est-ce que je pourrais aller voir Lionel Messi jouer pour de vrai ? Mes parents m’ont dit que vous le sauriez. » Je lui ait souri, et tout en ajustant son maillot du FC Barcelone avec le numéro 10 inscrit dans le dos sous le nom de Messi, je réfléchissais à une réponse. Après un instant, je lui ai dis : « Bientôt, très bientôt, tu pourras voir Messi jouer depuis les gradins du Camp Nou. » « Vous promettez ? » a-t-il demandé avec une excitation dans sa voix. « Oui, je le promets » ai-je répondu.
Je continue depuis à penser à cette conversation. Parce que, dans sa simplicité, elle soulève plusieurs questions majeures auxquelles notre pays se trouve aujourd’hui confronté. Le FC Barcelone, joue bien sûr en Espagne, l’un des cinq pays membres de l’UE à n’avoir pas encore reconnu l’indépendance du Kosovo. C’est l’un des obstacles sur notre chemin vers le rêve européen.
Bien que nous ayons accédé à l’indépendance depuis février 2008, neuf ans après la fin d’une guerre éprouvante, bien que nous ayons été reconnu par 85 pays et bien que nous soyons sous l’administration de la Mission des Nations unies au Kosovo (UNMIK) depuis 1999, le Kosovo continue d’être le dernier pays européen à avoir besoin de visas pour voyager librement. Mais l’idée d’un Kosovo européen ne doit pas se restreindre au seul processus de libéralisation des visas. En premier lieu et avant tout, l’idée d’un Kosovo européen est liée à ce que représente l’UE : la paix.
Après tout, Robert Schumann, Jean Monnet et les autres pères fondateurs de la Communauté européenne, ont forgé leur idéaux sur cette idée. « A la différence des concepts de fédération, de confédération ou d’union douanière, la principale évolution en Europe dépend d’un socle supranational pour rendre la guerre impensable, matériellement impossible et pour renforcer la démocratie » ont-ils déclaré.
Si l’on considère le passé douloureux et les guerres dévastatrices qui se sont produites dans nos régions au cours des dernières décennies, il apparaît que les pays des Balkans occidentaux ont plus que jamais besoin de l’UE. L’intégration européenne est donc devenue un objectif stratégique pour les Balkans occidentaux ; elle est devenue synonyme de réussite, de développement, de démocratie, de droits de l’homme et d’Etat de droit. L’ensemble des pays de la région aspire à atteindre ces valeurs non pas pour faire de l’intégration à l’UE une fin en soi, mais pour le bien-être de leurs citoyens, pour parvenir à un mode de vie durable et contribuer à la paix et à la sécurité dans la région.
Nous sommes heureux de voir tous nos voisins progresser vers une adhésion à l’UE. Néanmoins, le Kosovo reste dans une impasse en raison de plusieurs facteurs. Nous avons établi une relation spécifique avec l’UE. Nous disposons d’un partenariat européen spécifique et d’un dialogue qui nous est propre sur le processus de stabilisation et d’association. Pour le Kosovo, cet enjeu est devenu une question plus politique que pour les autres pays et son influence se fait sentir. La note de passage pour nous doit être un A+ ; aucune autre note n’est acceptable. Dans un certain sens, cela peut sembler injuste que des doubles standards soient appliqués lorsqu’il s’agit du Kosovo, mais cela peut aussi nous aider à être prêts sur toutes les questions et les tâches que nous devons accomplir.
Nous sommes conscients et nous savons parfaitement que toutes les décisions importantes concernant le processus d’intégration doivent être approuvées par tous les Etats membres. Mais nous continuons aussi à penser qu’il est absurde que l’UE ne soit pas capable de parvenir à une position consensuelle sur le Kosovo. Malgré tout, nous aspirons à la reconnaissance formelle des cinq Etats membres qui ne l’ont pas encore fait. Notre pays s’efforce seulement de contribuer à la sécurité et à la paix dans la région et aucun Etat ne devrait se sentir menacé par notre indépendance. Jusque-là, nous respectons leur position et nous sommes prêts à répondre à n’importe laquelle de leur question relative au Kosovo.
Il peut paraître injuste que les Etats ayant initialement été admis au sein de l’UE n’étaient pas meilleurs que nous, ou ne le sont peut-être toujours pas – mais la vie est en général injuste. Une chose est sûre cependant. Nous n’interromprons pas nos efforts tant que nous n’aurons pas atteint notre but. Nous continuerons à adopter des lois, à élaborer des documents et à créer des outils concrets pour accélérer le processus d’intégration. Nous nous impliquerons dans la réalisation de chacune de ces tâches. Le reste ne dépend pas de nous, les décisions sont prises par Bruxelles. Elles ne sont que partiellement basées sur la mise en œuvre de conditions techniques et en grande partie inspirées par la perception qu’ont les hommes politiques européens de notre « acceptabilité ». C’est simplement le fait de la nature humaine.
Quand est-ce que mon jeune voisin sera en mesure de voir son équipe favorite jouer sur le terrain ? Je ne sais pas bien sûr. Mais je suis convaincu que ce sera dans un avenir proche, très proche. Après tout, je ne voudrais pas briser son cœur et ne pas tenir ma promesse.       

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