Samedi 25 Mai 2019  
 

N°95 - Troisième trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
El Salvador
Kosovo
  Trois étapes clé de l’histoire contemporaine du Kosovo
 
  Le Kosovo en marche
 
  Des liens privilégiés entre le Kosovo et la France
 
  La route vers le Camp Nou passe par l’intégration européenne du Kosovo
 
  « Nous devons inciter à voter la reconnaissance du Kosovo »
 
  Un marché à conquérir
 
  L’aéroport de Pristina, exemple d’une coopération réussie
 
  Vers un tournant pour le Kosovo
 
Tanzanie
Sri Lanka
Russie
Enjeux Économiques
 
La lettre diplometque
La lettre diplomatique Haut
     Kosovo
 

Des liens privilégiés entre le Kosovo et la France

Par M. Petrit Selimi,
Vice-Ministre des Affaires étrangères de la République du Kosovo

Quiconque se rendant en voyage au Kosovo serait frappé par la proximité des citoyens kosovars ordinaires avec les puissances occidentales sur le plan politique. La langue anglaise est très largement pratiquée (du fait qu’elle soit la langue d’usage de la forte présence internationale dans notre pays). De plus, les Etats-Unis et le Royaume-Uni tendent à être perçus comme des puissances qui ont soutenu à l’origine la libération du Kosovo en 1999 et son indépendance en 2008.
Je crois néanmoins qu’un équilibre plus normal s’est réaffirmé au sein de la société kosovare, et que les relations sur le plan humain (tout comme les relations déjà excellentes sur le plan gouvernemental) sont appelées à prendre une dimension francophone croissante.
Il faut en effet considérer les faits. La diaspora kosovare, qui consiste pour un tiers de l’ensemble de la population du pays, réside pour sa très grande part dans la zone qui correspondait autrefois à l’Europe de Charlemagne, ce que j’appellerais, le « noyau psychologique » de l’Europe occidentale, c’est-à-dire celle qui recouvre les espaces culturels francophone, germanophone et italophone. C’est là que nous avons toujours trouvés les principaux marchés pour nos échanges avec l’étranger lorsque nous faisions partie de l’ex-Yougoslavie.
Nous partageons également votre monnaie, l’euro, mais pas le pound ou le dollar. Compte tenu des circonstances actuelles de l’économie européenne, je devrais peut-être ajouter que le Kosovo est le seul pays des Balkans n’ayant pas de dette publique ce qui fait de nous un partenaire de l’euro qui ne vous causera pas de maux de tête supplémentaires ! Par ailleurs, les excédents que notre gouvernement a accumulé, les avoirs de nos fonds de retraite et les capitaux issus de notre processus de privatisation sont principalement investis au sein de banques françaises et allemandes.
Jusqu’à la mise en place de l’administration internationale en 1999, les Kosovars qui ont appris des langues étrangères étaient plus enclins à apprendre le français que l’anglais : notre premier président et lauréat du Prix Sakharov pour les droits de l’homme du Parlement européen, M. Ibrahim Rugova, était ainsi un étudiant de Roland Barthes à l’Ecole pratique des Hautes études de l’Université de Paris. Plus encore, le débat français sur la liberté et l’égalité a incité les élites intellectuelles du Kosovo à rechercher l’autodétermination face au régime oppressif du dictateur Milosevic.
C’est en France, lors de la Conférence de Rambouillet, que la délégation kosovare conduite par le Premier Ministre Hashim Thaçi a accepté l’accord historique avec la Serbie, mais qui fut rejetée par le régime de Milosevic, marquant ainsi la dernière opportunité de parvenir à une solution pacifique avant l’intervention militaire de 1999. Ce fut aussi l’un des hommes politiques français les plus distingués, M. Bernard Kouchner qui, en tant que Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, supervisa la reconstruction du Kosovo et la mise en place des fondations des nouvelles institutions démocratiques du pays. Invité à effectuer une visite au Kosovo en novembre 2011, il est alors revenu dans un pays qu’il a contribué à ériger avec sa sensibilité humanitaire. M. Marcel Valentin fut en outre l’un des trois commandants français expérimentés et sensibles aux questions politiques de la KFOR, qui expliqua aux diplomates à Pristina que le statut définitif du Kosovo avait besoin d’être élaboré, ce bien avant que les gouvernements aient eu la volonté de l’accepter.
Enfin, quel que soit le rôle des membres permanents anglophones du Conseil de sécurité pour parvenir à ce statut définitif, je crois que ce fut la France qui joua le rôle clé pour permettre la mise en œuvre de ce processus : sans l’engagement de la France, les Etats les plus réticents ne l’auraient pas accepté. Enfin, ce fut le Président Sarkozy qui, le premier, déclara publiquement que la carte de l’Europe allait prochainement changer avec l’arrivée d’un nouveau membre : le modeste mais dynamique Kosovo.
Dès lors, le Kosovo a beaucoup de raisons d’être reconnaissants envers la France et nous devrions en être conscients. Mais tout cela appartient au passé : qu’en est-il désormais du futur ?
La langue anglaise est bien sûr très utile, et je suis ravi qu’elle soit aussi largement parlée au Kosovo. Mais notre jeunesse ne devrait pas se contenter d’apprendre une seule langue. Les valeurs humaines exprimées dans la langue et la littérature françaises, et la subtilité du cinéma français, devraient en effet faire partie des valeurs culturelles du Kosovo et être rendues plus largement accessibles à l’ensemble de nos concitoyens. Le monde ne devrait pas être considéré uniquement à travers le prisme d’Hollywood. Cela dit, la jeunesse kosovare est passionnée par tout ce qui est français, comme l’a illustré le concert donné par le groupe de pop français « La Nouvelle Vague » et auquel ont assisté des milliers de personnes. Nos artistes contemporains sont les invités des plus prestigieuses galeries de Paris, tandis que les joueurs de foot comme Lorik Cana ont beaucoup contribué aux équipes françaises.
Nous avons donc besoin de revaloriser nos relations avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Mais pas seulement pour des raisons culturelles, bien qu’elles soient importantes en elles-mêmes. Tous les voisins du Kosovo sont membres, membres associés ou observateurs de la Francophonie. Pour cette raison, l’OIF a un rôle majeur à jouer dans le processus d’intégration régionale, en complément des autres organisations.
Les liens entre le Kosovo et les nations francophones ont également été renforcés avec des pays africains qui ont reconnu l’indépendance du Kosovo en 2011 consolidant ainsi les progrès de la paix dans les Balkans. J’ai moi-même visité le Bénin cet été et j’ai été très honoré de l’amitié qui m’a été exprimée à Cotonou. J’espère que dans les années qui viennent cette amitié s’approfondira
davantage encore.                                    

Retour en haut de page
 
 

 
La lettre diplomatique Bas
  Présentation - Derniers Numéros - Archives - Nos Liens - Contacts - Mentions Légales