Dimanche 26 Mai 2019  
 

N°95 - Troisième trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
El Salvador
Kosovo
  Trois étapes clé de l’histoire contemporaine du Kosovo
 
  Le Kosovo en marche
 
  Des liens privilégiés entre le Kosovo et la France
 
  La route vers le Camp Nou passe par l’intégration européenne du Kosovo
 
  « Nous devons inciter à voter la reconnaissance du Kosovo »
 
  Un marché à conquérir
 
  L’aéroport de Pristina, exemple d’une coopération réussie
 
  Vers un tournant pour le Kosovo
 
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     Kosovo
 

Trois étapes clé de l’histoire contemporaine du Kosovo

Par M. Hashim Thaçi,
Premier Ministre de la République du Kosovo

Le Kosovo est une remarquable histoire tragique qui, grâce à l’amitié et au soutien, est devenue une véritable histoire d’espoir et de réussite. Lorsque j’étais un jeune homme, j’ai dû fuir le Kosovo comme des centaines de milliers d’Albanais, à cause de la politique d’apartheid de Milosevic. J’ai fait des études en Suisse, alors que j’étais un membre actif de la Résistance à l’occupation. Depuis cette époque, nous avons décidé que le temps était venu pour le Kosovo de conquérir sa liberté, de devenir membre à part entière de la communauté internationale et, à terme, d’adhérer à l’Union européenne.
J’ai été honoré de conduire les jeunes hommes et les jeunes femmes dans leur lutte pour la liberté – aussi, je pense que je dois être le seul Premier ministre en Europe disposant d’une expérience en matière de guérilla contre une dictature. La guerre ne constituait pas cependant un objectif en soi, mais plutôt le moyen d’accomplir notre aspiration à l’égalité et à la liberté de tous les Kosovars. Depuis la fin de la guerre en 1999, avec la décision de l’OTAN d’intervenir et de refouler l’armée de Milosevic hors du Kosovo, nous avons entrepris de construire une société intégrant les Albanais, les Serbes, les Turcs, les Roms, les Juifs et toutes les communautés qui composent le Kosovo. Nous avons également participé au dialogue avec la Serbie facilité par l’Envoyé des Nations unies, Marti Ahtisaari, qui a remporté le Prix Nobel de la Paix pour ses efforts dans les Balkans et dans d’autres régions du monde.
Notre pays a, en effet, accepté le plan préparé par le Président Ahtisaari et soutenu par les pays impliqués dans les crises de l’ex-Yougoslavie. Nous avons déclaré l’indépendance de manière coordonnée en février 2008. Nous avons accordé une large autogestion à la minorité serbe qui participe désormais à la vie sociale et politique de la nouvelle république. Mon propre Vice-Premier Ministre, Slobodan Petrovic, est Serbe. Il est l’un des membres les plus actifs du gouvernement.
Nous sommes vraiment très heureux qu’après avoir remporté la guerre et gagné la paix, nous puissions désormais nous mobiliser pour atteindre notre troisième objectif : devenir membre de l’Union européenne.
La tâche est plus difficile en un certain sens, étant donné que nous n’avons plus affaire à un ennemi – tous les membres de l’UE sont bien entendu des pays amis. Nous avons besoin d’ouvrir des voies pour instaurer le dialogue et mettre en œuvre différentes conditions techniques. Je suis, pour ma part, prêt et je m’engage à ne cesser mes efforts dans cette perspective qu’une fois que tous les Kosovars pourront voyager librement à travers l’Europe et apporter leur contribution à devenir eux-mêmes de véritables citoyens de la
nouvelle Europe.
J’ai bien conscience que les temps sont difficiles en Europe et, en fait, partout dans le monde. La crise financière handicape de nombreuses nations et de nombreux peuples. La marche du Kosovo s’inscrit néanmoins dans un cadre sécurisé. Bien que modeste par sa superficie, notre pays n’est pas le plus petit d’Europe. Si son économie est à sa mesure, elle fait preuve de dynamisme dans un cadre de bonne gouvernance. L’aéroport de la capitale de Pristina s’agrandit chaque année. Il a été attribué en concession à la société des Aéroports de Lyon qui le gère désormais avec autorité et grand sens commercial. Nous investissons également dans le domaine des infrastructures.
D’année en année, l’économie kosovare continue de se renforcer. Depuis la fin de la guerre en 1999, nous avons doublé notre budget d’Etat. En 2011, j’ai décidé de rehausser les salaires des enseignants de 50%. Cette mesure n’a pas été tout de suite appréciée par nos amis du Fonds monétaire international (FMI), mais nous avons démontré que nous pouvions sortir de l’économie informelle et lever des impôts sur le revenu. De la même manière, nous continuons à respecter les promesses faites à nos citoyens ainsi que les obligations que nous avons contractées auprès de nos partenaires. En tant que jeune Etat, le Kosovo est membre de la Banque mondiale et du FMI. Il deviendra bientôt membre de la Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD). Nous pourrons également poser notre candidature d’adhésion à d’autres organisations à caractère sportif, économique et multilatéral, en vue de parfaire la reconnaissance internationale du Kosovo.
Pour la seule année 2011, le Kosovo a été reconnu par des pays aussi divers que le Qatar, la Guinée-Bissau, Oman, Andorre, la République centrafricaine, le Niger, le Bénin, la Guinée, Sainte-Lucie, le Gabon, le Koweït et la Côte d’Ivoire. Nous sommes particulièrement heureux de la vague de reconnaissances africaines qui nous ont inclus sur la carte de leurs pays amis.
La population kosovare est la plus jeune. 90% de celle-ci, selon les sondages, aspire à adhérer à l’UE et à l’OTAN. Il s’agit d’une proportion exceptionnelle qui illustre que le Kosovo est, pour reprendre les mots d’un membre de confession juive du Congrès américain, Tom Lantos, « le peuple le plus engagé en faveur de la démocratie dans l’Europe de l’après-guerre froide. » Nous avons certes conquis notre liberté en luttant contre l’oppression, mais c’est au travers de la diplomatie publique et économique que nous la mettons en œuvre et que nous manifestons notre fraternité avec les peuples du monde.
La guerre, la paix et maintenant l’UE constituent les nobles objectifs que le peuple kosovar a atteints, non sans concéder des sacrifices dont le monde démocratique se souviendra toujours.                      

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