Mardi 15 Octobre 2019  
 

N°94 - Deuxième trimestre 2011

La lettre diplometque
  Éditorial
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Israël
Slovénie
République tchèque
  La République tchèque et l’OCDE : un bon exemple de coopération économique internationale
 
  Le rebond de l’économie tchèque se confirme
 
  « Notre relation commerciale est marquée par un fort dynamisme »
 
  La République tchèque en pointe dans l’aérospatial
 
  Faire vivre le patrimoine tchèque dans le Sud de la France
 
  La culture au cœur des relations franco-tchèques
 
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     République tchèque
 

« Notre relation commerciale est marquée par un fort dynamisme »

Par M. Bernard Boidin
Conseiller économique, Chef du Service économique
à l’Ambassade de France à Prague

 

Pour qui souhaite vraiment comprendre les relations économiques entre la France et la République tchèque, il est utile de revenir à l’époque de Charles IV, Roi de Bohême et Empereur romain germanique, au milieu du XIVème siècle. En cette fin du Moyen Age, alors que Prague est la capitale de l’Empire, les liens étroits entretenus par le roi tchèque avec la France, où il a grandi, expliquent le développement des relations commerciales, à travers notamment les foires et les marchés, qui permettaient l’échange des biens et des savoir-faire.
A nouveau, après l’accession des pays tchèques à l’indépendance, en octobre 1918, des relations privilégiées se sont développées entre nos deux pays, avec par exemple la coopération entre la firme du Creusot, Schneider, et les usines Skoda de Plzen, avant que les relations ne soient brutalement et durablement interrompues en 1938.
Ces liens étroits sont plus que jamais vivants aujourd’hui, avec le développement de nos échanges commerciaux depuis la Révolution de velours, et plus fortement encore depuis 2004 et l’adhésion de la République tchèque à l’Union européenne.
Les statistiques du commerce bilatéral font ainsi ressortir entre 2005 et 2010 une augmentation de 35% du montant des échanges, et ce, malgré la crise économique de 2009. Notre relation commerciale est marquée par un fort dynamisme, qui s’est confirmé au cours des dernières années et démontre la solidité des liens existant aujourd’hui entre nos deux pays dans le domaine économique : avec près de 500 implantations françaises en République tchèque, qui vont de la très petite entreprise de quelques salariés aux grands groupes présents internationalement, les interdépendances sont fortes dans de nombreux domaines, comme l’automobile, les cosmétiques, l’industrie pharmaceutique ou l’aéronautique.
La France était ainsi, en 2010, le 4ème client et le 8ème fournisseur de la République tchèque, avec une part de marché d’environ 3,3%.
La composition des échanges reflète les spécialisations de nos deux économies, et l’essentiel de nos échanges bilatéraux se constitue, sans surprise, des matériels de transports, et en particulier des véhicules automobiles. Le savoir-faire tchèque, avec Skoda Auto, de plus en plus populaire en France, les habitués des taxis parisiens l’auront probablement remarqué, et d’un autre côté les bonnes performances des marques françaises sur le marché local (avec une part de marché cumulée de 17%).
Le second secteur majeur de nos échanges est constitué des équipements électroniques et informatiques, qui représentent environ 20% de nos importations. Nos exportations à destination de la République tchèque sont essentiellement constituées de produits industriels, en particulier des produits métalliques, mais également une partie de notre production pharmaceutique, un secteur de l’économie française traditionnellement exportateur.
Parmi les autres secteurs dynamiques de la relation bilatérale, qui ont donné lieu à plusieurs séminaires organisés à Prague par la Mission économique-Ubifrance, on compte l’aérospatial et l’aéronautique, mais surtout l’énergie.
Notre coopération bilatérale s’inscrit, y compris au niveau économique, dans le cadre du partenariat stratégique signé en juin 2008 à Prague par le Président de la République et le Premier Ministre tchèque, et renouvelé en février 2011 lors de la visite à Paris du Premier Ministre Necas.
La mise en place d’un groupe de travail bilatéral sur l’énergie en décembre 2010 a également permis d’entamer une réflexion commune entre les autorités de nos deux pays, mais aussi avec des industriels français et tchèques sur les principaux défis à venir dans les prochaines décennies.
Le dossier du nucléaire constitue l’un des domaines essentiels de la coopération bilatérale, puisque nos deux pays partagent des orientations similaires, jugeant cette source d’énergie non-émettrice de CO2 comme l’un des éléments majeurs de leur bouquet énergétique. De plus, cette coopération pourrait se concrétiser avec la construction de deux réacteurs supplémentaires dans la centrale tchèque de Temelin, pour laquelle Areva est candidate et dont la construction pourrait s’achever dès 2020.
La République tchèque, après les répercussions de la crise économique, bénéficie de l’activité exceptionnelle enregistrée en Allemagne, son principal partenaire économique (environ un tiers des échanges commerciaux) : après une récession de -4,1% en  2009, la croissance a fait son retour en 2010 avec +2,2%, et les prévisions annoncent environ 2% pour 2011, avant un rebond en 2012.
Ces chiffres témoignent de la réactivité et du dynamisme de cette petite économie ouverte, fortement dépendante de la conjoncture internationale et européenne pour ses exportations.
Toutefois, la crise a fait prendre conscience au gouvernement tchèque de certaines vulnérabilités liées de son économie : la dépendance vis-à-vis de secteurs économiques très cycliques, à commencer par l’automobile, rendait l’économie tchèque très sensible aux retournements brusques de conjoncture. Les autorités souhaitent donc désormais attirer des investisseurs, tant tchèques qu’étrangers, dans des domaines de pointe où la République tchèque bénéficie d’un savoir-faire reconnu, comme les nanotechnologies ou les services stratégiques aux entreprises.
La République tchèque se positionne aujourd’hui comme le leader en Europe centrale dans l’industrie spatiale : elle est ainsi devenue le premier pays de la région à rejoindre l’Agence spatiale européenne en novembre 2008. Le centre de recherche médical CEITEC, à Brno, souhaite devenir une référence en Europe centrale dans le domaine des bio- et nanotechnologies. De même, la République tchèque accueillera sur son territoire, aux environs de Prague, une des installations du programme européen de recherche sur les lasers ELI, suite à l’accord signé en avril 2011. Plus largement, la capacité de formation de jeunes diplômés, en particulier dans des domaines clefs pour l’innovation et la recherche appliquée, est forte et trouve ses racines dans une tradition qui accorde une place importante aux formations scientifiques.
La République tchèque dispose également, pour le financement de ses infrastructures, mais aussi de ses capacités en recherche et développement, d’une enveloppe très substantielle de 26,7 milliards d’euros de fonds européens pour la période 2007-2013. Ces fonds doivent permettre de moderniser à la fois les voies de communications et les équipements publics du pays (corridors routiers et ferroviaires, mais aussi usines de retraitement des eaux usées pour répondre aux exigences des directives communautaires) et de favoriser la formation initiale et continue de la population active.
Toutefois, les contraintes budgétaires pesant sur les finances publiques depuis la crise économique conduisent à rechercher des formes de financements innovants : le gouvernement tente par exemple de développer les formules de partenariats public-privé pour les infrastructures, mais également pour le financement des entreprises à forte croissance. Le Ministre de l’Industrie et du Commerce a ainsi annoncé, en novembre 2010, la mise en place d’un fonds de capital-risque mêlant financements publics, fonds européens et capitaux privés, qui sera doté dans un premier temps de 1,2 milliard de couronnes tchèques (soit environ 49 millions d’euros).
La relation économique franco-tchèque s’est donc singulièrement renforcée depuis 2004 et la crise financière et économique n’a pas affecté ses fondements, mais a paradoxalement permis d’affermir la relation de confiance qui s’est nouée entre industriels des deux pays. Nos échanges restent cependant marqués, côté français, par un fort déficit commercial, de plus de 2 milliards d’euros en 2010, et en parallèle par un nombre encore faible d’implantations tchèques en France.
C’est pourquoi il faut appeler de nos vœux tant un renforcement qu’un rééquilibrage de notre relation économique bilatérale.
Il convient de poursuivre notre travail à quatre mains sur les grands dossiers d’intérêt commun, en premier lieu la question énergétique, mais également l’aérospatial et l’aéronautique, ou encore les technologies de l’information.
Au niveau européen, les fortes convergences qui nous rapprochent, sur l’énergie, les droits de propriété intellectuelle, ou encore sur la nécessaire réciprocité des accords commerciaux conclus avec les pays tiers, doivent déboucher sur des positions communes qui seraient portées conjointement par nos capitales.    

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