Mercredi 26 Juin 2019  
 

N°94 - Deuxième trimestre 2011

La lettre diplometque
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     Israël
 

Le Conseil Pasteur-Weizman, fleuron de la collaboration scientifique entre la France et Israël

Par le Dr Robert Parienti
Délégué général de l’Institut Weizmann pour l’Europe

 

Dès la création de l’Etat d’Israël en 1948, la collaboration scientifique, technique et industrielle entre la France et Israël a connu un essor remarquable, sous-tendu par les excellentes relations diplomatiques entre ces deux pays, par leurs intérêts économiques et politiques communs, et par l’amitié entre leurs peuples.
Cette collaboration a beaucoup souffert des répercussions politiques de la guerre des Six jours de juin 1967, du boycott imposé de l’étranger aux sociétés françaises commerçant avec Israël et de la détérioration de l’image d’Israël aux yeux de l’opinion publique française. Pourtant, de nombreux contacts ont été maintenus entre les chercheurs français et israéliens. Outre les interactions entre individus, il a existé, et existe encore, malgré les récents appels à boycotter nos collègues israéliens, de nombreux accords bi- ou multilatéraux entre institutions académiques. Aucune n’a cependant connu la pérennité, la force et la notoriété internationale de la collaboration qui permet aux chercheurs de l’Institut Pasteur à Paris et de l’Institut Weizmann des Sciences à Rehovot en Israël, de mettre en commun leurs savoirs, leurs techniques et leurs enthousiasmes au service d’une cause commune, la lutte contre la maladie et en faveur de l’universalité de la science. Il me semble intéressant de mettre en lumière les particularités du « modèle » Pasteur-Weizmann qui lui ont permis ce remarquable succès. 
En cette période anniversaire des 36 ans du Conseil Pasteur-Weizmann pour la Lutte contre le cancer, comment ne pas évoquer d’abord celui qui, par un geste de défi exemplaire, a été à l’origine de sa création : le Pr. André Lwoff, Prix Nobel de Médecine, Président du Conseil d’administration Pasteur-Weizmann de 1974 à 1989 ? C’est en effet en réaction à l’exclusion d’Israël par l’UNESCO, qu’il jugeait inacceptable compte tenu du niveau exceptionnel de ce petit pays dans les domaines de l’éducation, des sciences et de la culture, qu’André Lwoff décida en 1971 de créer le « Comité international pour l’Universalité de l’UNESCO ».
Constitué à l’origine par André Lwoff, Raymond Aron et moi-même, ce comité recueillit rapidement l’adhésion de personnalités françaises et étrangères de premier plan du monde scientifique, artistique et culturel. Pour tenter d’élargir l’assise de ce groupe, j’ai demandé à être reçu par la Ministre de la Santé, Mme Simone Veil. Le 9 décembre 1974, Mme Veil m’accorda une entrevue au cours de laquelle elle émit, pour la première fois, l’idée d’un jumelage entre l’Institut Pasteur et l’Institut Weizmann, et m’assura de son soutien actif pour le cas où cette idée serait retenue à Pasteur et Weizmann.
Quelques semaines plus tard, dans le cadre des activités du Comité international pour l’Universalité de l’UNESCO, j’accompagnai André Lwoff à l’Institut Weizmann. C’est dans l’avion qui nous emmenait vers Israël, au cours d’une discussion sur la recherche d’un moyen concret de rompre l’isolement imposé aux chercheurs israéliens, que naquit l’idée d’associer officiellement l’Institut Pasteur et l’Institut Weizmann dans la lutte contre le cancer, une action incontestablement placée hors de portée politique.
Cette idée fut accueillie avec enthousiasme par les directeurs des deux instituts, les professeurs Michael Sela (Institut Weizmann) et Jacques Monod (Institut Pasteur). Avec un courage politique hors du commun, Mme Simone Veil, alors Ministre de la Santé, accepta d’entrée de jeu de devenir Président d’Honneur du Conseil Pasteur-Weizmann. Elle n’a depuis jamais ménagé son temps et ses efforts pour apporter à cette institution un soutien inestimable, sans lequel Pasteur-Weizmann n’aurait sans doute pas survécu à l’enthousiasme des premiers instants.
La création du « Conseil Pasteur-Weizmann pour la lutte contre le cancer » fut annoncée le 28 mars 1975 au cours d’une conférence de presse présidée par Mme Simone Veil et le Pr. Jacques Monod (Prix Nobel de Médecine, Directeur de l’Institut Pasteur) diffusée en direct par l’ORTF.
Depuis, 35 ans ont passé. Israël a depuis longtemps retrouvé sa place à l’UNESCO. Et pourtant, la collaboration Pasteur-Weizmann continue. Elle se développe même, chaque année davantage. Elle est citée dans le monde entier comme exemple d’une collaboration scientifique internationale réussie.
A quoi tient ce succès exceptionnel ? D’abord, au prestige des deux instituts impliqués dans cette collaboration et à l’action inlassable de leurs chercheurs. Mais aussi à une organisation rigoureuse, qui se veut délibérément incitative, de cette collaboration et à l’existence d’un soutien financier spécifique, inscrit dans la durée, qui a permis de créer des liens étroits entre nos équipes et de favoriser leurs interactions scientifiques.
Le Conseil Pasteur-Weizmann est une association de type loi 1901, statutairement indépendante de l’Institut Pasteur et de l’Institut Weizmann. Elle a pour objet de collecter des fonds qui sont reversés à parts égales aux deux instituts bénéficiaires pour favoriser la collaboration de chercheurs des deux instituts dans la recherche en santé publique, et plus particulièrement sur le cancer.
Pasteur-Weizmann est dirigé par un conseil d’administration actuellement présidé par Michel Goldberg, Professeur honoraire des Universités, Professeur à l’Institut Pasteur. Ce conseil est nommé par une assemblée générale constituée de donateurs et de personnalités réputées pour leurs compétences administratives, scientifiques ou financières. Pour ses décisions scientifiques, il est secondé par un conseil scientifique constitué de 9 membres : 4 chercheurs de l’Institut Pasteur et 4 chercheurs de l’Institut Weizmann nommés par le conseil d’administration sur proposition des directeurs des deux instituts, et d’un président nommé par le conseil d’administration (actuellement le Pr. David Mirelman de l’Institut Weizmann). Dans chacun des deux instituts, un comité d’experts est nommé par le directeur. Celui-ci nomme également un « coordinateur scientifique » (actuellement les professeurs Michael Eisenbach à l’Institut Weizmann et Nancy Guillen à l’Institut Pasteur) chargé de jouer, au sein de son propre institut, le rôle d’« interface » entre les chercheurs, la direction et le comité d’experts de son institut d’une part et le Comité Pasteur-Weizmann (conseil scientifique, conseil d’administration) d’autre part.
Les fonds mis par le Comité à la disposition de la collaboration scientifique Pasteur-Weizmann sont de deux sortes. Une première tranche de crédits, répartie également entre les deux instituts, est mise à la disposition de leur direction en vue de financer les bourses Pasteur-Weizmann pour les jeunes chercheurs, destinées à accueillir chaque année une vingtaine de chercheurs ou stagiaires pour des séjours de plus ou moins longue durée. La très grande souplesse dans l’attribution de ces bourses permet à la direction de répondre à des demandes urgentes, pour des projets importants. Notons que, depuis leur création, plus de 220 jeunes chercheurs ont ainsi bénéficié d’une bourse Pasteur-Weizmann.
Une seconde tranche de crédits est ciblée exclusivement sur la collaboration scientifique Pasteur-Weizmann à proprement parler et permet de financer trois types d’actions :
- la tenue de colloques internationaux de très haut niveau (22 à ce jour), alternativement à Rehovot et à Paris. Le dernier colloque, qui s’est tenu à l’Institut Weizmann en juin 2008, était consacré à la « biologie des systèmes ». Ces travaux ont ouvert des perspectives nouvelles dans le traitement de nombreuses maladies.
- l’organisation tous les ans depuis 1991, de la visite de trois ou quatre chercheurs de chaque institut, en vue de nouer des contact scientifiques dans l’institut partenaire pour y faire connaître leurs travaux et y rencontrer des chercheurs de leur discipline (près de 92 chercheurs en ont bénéficié depuis lors). Ces visites constituent le volet le plus dynamisant du
programme Pasteur-Weizmann puis-que plus de 50% d’entre elles aboutissent à des collaborations réelles.
- le lancement d’un appel d’offres chaque année, largement diffusé dans les laboratoires des deux instituts afin de susciter des projets de recherche collaboratives. Les projets soumis en réponse à cet appel (4 à 10 selon les années) sont soumis à l’examen critique de chacun des deux comités d’experts. Ils sont financés à hauteur de 70 000 dollars par an à répartir également entre les laboratoires des deux instituts. Depuis les débuts de ce programme, 41 projets conjoints ont ainsi été financés, chacun pendant deux ans.
Depuis 2002, Pasteur-Weizmann offre également chaque année deux bourses post-doctorales destinées à permettre à un jeune docteur de chaque institut de réaliser un séjour post-doctoral dans l’institut partenaire. Le Conseil offre en outre des bourses pour des séjours de courte durée destinés à favoriser des collaborations ou des échanges ponctuels. Enfin, un financement annuel est également prévu pour permettre la participation de chercheurs spécialisés de chaque institut aux enseignements doctoraux délivrés dans l’institut partenaire.
Si Pasteur-Weizmann réussit si bien à mobiliser tant de bonnes volontés, c’est me semble-t-il pour un ensemble d’excellentes raisons :
- l’immense prestige, à l’échelle nationale et internationale, des deux instituts et la remarquable qualité de leurs travaux ;
- la clarté et la noblesse de ses objectifs, qui ne peuvent laisser indifférents les hommes de bonne volonté ;
- sa totale indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics qui met son action à l’abri des aléas de la politique et des lourdeurs de leurs administrations ;
- la totale transparence dans l’attribution des crédits, dans le strict respect de la répartition à parts égales et des avis des instances d’évaluation scientifique ;
- un remarquable « rendement » de la collecte des fonds, particulièrement apprécié des donateurs puisque plus de 85% des fonds recueillis sont effectivement affectés à la recherche ;
- une communication active avec les donateurs qui sont, chaque année, informés par des scientifiques sur l’emploi des crédits et sur les progrès des travaux menés en commun.
Grâce à cette structure unique, d’une totale indépendance, d’une très grande souplesse de gestion, les collaborations entre les chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Institut Weizmann peuvent aller de l’avant. Les limites de la connaissance reculent, le pouvoir de la science dans son combat contre la maladie et la souffrance augmente, l’espoir grandit de soulager et de guérir un plus grand nombre de patients.
Souhaitons que, bien au-delà de ses 35 premières années, Pasteur-Weizmann s’inscrive dans la durée. Que son exemple soit suivi. Que son action se développe encore et maintienne le même niveau d’excellence. Qu’elle permette de concrétiser les espoirs qu’elle a fait naître. Que Pasteur-Weizmann demeure l’exemple vivant d’une collaboration scientifique internationale au plus haut niveau, insensible aux conflits politiques, culturels ou financiers entre Etats. Que Pasteur-Weizmann continue d’associer le monde des affaires, celui des arts et celui de la science avec pour unique objectif celui si bien défini par Mme Simone Veil : « le Bien de l’Homme, au-delà des frontières ».     

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