Mardi 16 Juillet 2019  
 

N°91 - Troisième trimestre 2010

La lettre diplometque
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Œuvrer à une meilleure compréhension entre la France et les États-Unis

Par M. Philippe Lagayette,
Président d’honneur de la French-American Foundation - France

 

Les rapports entre les opinions publiques françaises et américaines sont à la fois fondamentalement bons et toujours à conforter, parce que toujours soumis à des tensions provenant de l’actualité. Il est peut-être exagéré de dire que tout est toujours à recommencer, parce que le soubassement est solide ; mais il y a toujours quelque chose à faire pour réduire une divergence, pour éviter une incompréhension.
Le soubassement est solide. Il est d’abord ancré dans l’histoire, du fait du rôle de la France dans l’indépendance américaine, et des États-Unis au secours de la France lors des deux guerres mondiales. Il s’appuie aussi sur une très forte conviction démocratique : chacun des deux pays a joué un rôle important dans l’enracinement du système démocratique dans le monde occidental. Chacun des deux pays a aussi tenu une place de choix dans l’évolution culturelle depuis deux siècles.
Ces éléments favorables se reflètent dans l’attitude générale de l’opinion : selon un sondage récemment réalisé dans les deux pays par Harris Interactive pour la French American Foundation, 48% des Américains et 65% des Français ressentent de la sympathie envers l’autre pays. La proportion de ceux qui iraient volontiers vivre ou travailler dans l’autre pays, bien que minoritaire, est en net accroissement depuis le début de la décennie.
Tout ceci n’est d’ailleurs pas exempt dans chacune des opinions publiques d’une tendance à surestimer son propre rôle et à sous-estimer celui de l’autre : chacun des deux pays se vit comme ayant une mission universelle, qu’il a du mal à partager.
Mais, bien sûr, l’état de l’opinion ne répond pas seulement à des visions idéales ; il est aussi influencé par les événements et les problèmes que rencontre l’évolution de ces deux grands pays.
Sur le plan géostratégique, ils sont alliés depuis longtemps, mais cela n’empêche pas les reproches. La France a longtemps entretenu une vue divergente sur le rôle et le fonctionnement de l’OTAN. La récente réintégration de la France dans l’organisation militaire y a-t-elle mis fin ? La France reste de tous les alliés européens des États-Unis celui qui est le plus susceptible de ne pas s’aligner de bonne grâce en fonction des inflexions que les États-Unis veulent imprimer à l’alliance.
Plus récemment, la guerre d’Irak a fourni un nouveau motif visible d’éloignement entre les deux opinions publiques, qui a eu des traces profondes pendant plusieurs années même si ces traces commencent à s’estomper. Selon le sondage déjà mentionné, la proportion de l’opinion publique qui considère l’autre pays comme un allié loyal, après un creux très marqué en 2005, est remontée à 40% aux États-Unis et 36% en France.
En outre, l’opinion publique est loin de ne réagir qu’en fonction de l’évolution de la politique étrangère des États. Sociologiquement et culturellement, la France est loin du monde anglo-saxon et il existe dans chaque pays une assez grande ignorance de la société de l’autre pays, qui peut facilement fonder un regard très critique. Les Américains, souvent assez peu informés sur la diversité européenne, ont de toute façon, depuis une ou deux décennies, une vue assez négative de l’Europe, considérée comme immobiliste et conservatrice ; dans ce contexte ils perçoivent encore plus mal ce qu’ils ressentent comme les prétentions françaises à fournir un modèle utile au reste du monde, et comprennent également mal les critiques à l’égard d’une société américaine accusée de manquer de solidarité.
Réciproquement les Français, surinformés sur les États-Unis, préfèrent néanmoins souvent, suivant leur penchant pour des attitudes idéologiques, en rester à des vues superficielles sur les États-Unis et le monde anglo-saxon, considérés comme largement sous performants en matière de service public, de logement social, d’infrastructure, ou négligents par égoïsme vis-à-vis des grands problèmes mondiaux tel que le réchauffement climatique. Sur toutes ces attitudes, la période récente a manifesté plus de nouvelles divergences que de convergences entre les sociétés américaines et françaises ; sur de tels sujets, la tendance spontanée n’est pas de penser qu’il y aurait des choses utiles à apprendre en regardant ce qu’il se passe de l’autre côté de l’Atlantique.
Sur le plan culturel également l’incompréhension est souvent forte. Aux États-Unis la culture française rayonne actuellement plus par son passé que par son actualité. Qu’il s’agisse d’art plastique ou de musique, ou même de cinéma, New-York ou Los Angeles ne regardent pas vers Paris. En France on assiste à un phénomène inverse. La culture américaine est très présente et souvent très appréciée, qu’il s’agisse de musique ou de cinéma par exemple ; mais ceci entretient aussi un procès permanent sur le thème de la destruction d’identité et une attitude de défense ; la plupart du temps plus forte en France que dans d’autres pays européens.
On pourrait multiplier les exemples illustrant cette coexistence paradoxale d’attirance et de répulsion.
Dans ce contexte, une évidence s’impose à ceux qui sont convaincus que les destins des États-Unis d’une part et de l’Europe et de la France en particulier, d’autre part, sont liés, et que l’incompréhension entre les sociétés civiles est un facteur de trouble profond, au-delà des divergences d’intérêts qui se manifestent parfois entre les politiques étrangères des Etats.
Il est donc essentiel de faciliter, de chaque côté de l’Atlantique, la circulation d’une information qui ne soit ni caricaturale ni biaisée, pour enrichir la réflexion et contrecarrer l’enracinement de préjugés hostiles. Telle est la vocation des deux associations qui portent le nom de French American Foundation, celle de New-York et celle de Paris ; ayant été créées ensemble dans les années 1970, elles peuvent s’appuyer l’une sur l’autre et multiplier, souvent avec d’autres organismes qui œuvrent aussi pour une meilleure compréhension entre la France et les États-Unis, les occasions de contacts directs.

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