Mardi 16 Juillet 2019  
 

N°91 - Troisième trimestre 2010

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France-États-Unis : L’entente stratégique (et cordiale)

Par M. Leo Michel,
Distinguished Research Fellow, Institute for National Strategic Studies
(National Defense University, Washington, DC) 1 

 7 mai 2010. Invités dans le prestigieux amphithéâtre Foch de l’Ecole militaire pour expliquer leurs visions respectives sur l’avenir de l’OTAN devant un parterre de militaires et de civils de haut rang, les deux amiraux français et américain n’auraient pu avoir un style plus différent. Edouard Guillaud, Chef d’état-major des Armées, a préféré une présentation classique : les mains sur le pupitre, l’air légèrement professoral, il s’est exprimé en s’appuyant sur un texte soigneusement préparé. De son côté, James Stavridis, Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe2, a opté pour une présentation à l’américaine : arpentant la scène, alors que des images défilaient derrière lui pour illustrer les points importants de son exposé, il s’est exprimé sans notes, dans le style d’un présentateur rompu aux arts oratoires.
Néanmoins, leurs messages se rejoignaient sur le fond :
- Le nouveau Concept Stratégique (que le Secrétaire Général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, n’avait pas encore commencé à rédiger) devrait réaffirmer que l’Article V - le dispositif de défense collective du Traité de Washington de 1949 - reste « au cœur » de l’Alliance atlantique. Sans ignorer les demandes de défense territoriale, le concept devra également se pencher sur les nouvelles menaces pesant sur la sécurité euro-atlantique comme le terrorisme international, la prolifération des armes de destruction massive et de missiles balistiques, les cyberattaques et la piraterie.
- Pour répondre aux défis du XXIème siècle et se préparer aux évènements futurs, l’OTAN aura besoin de nouvelles capacités (telles que les défenses antimissiles pour protéger les territoires et les populations alliés, en « complément » de la dissuasion nucléaire), de nouvelles approches (notamment « l’approche globale » intégrant des instruments civils et militaires dans les opérations de stabilisation comme en Afghanistan), de partenariats plus efficaces et pragmatiques (en particulier avec l’Union européenne), et d’une relation avec la Russie basée sur une plus grande coopération.
- En outre, et notamment face aux pressions en faveur d’une réduction des budgets de défense dans un grand nombre de ses pays membres, l’OTAN devra réformer et rationaliser ses lourdes structures militaires et civiles qui trop souvent sacrifient l’efficacité aux motifs d’intérêt politique.
Six mois plus tard à Lisbonne, les points de vue convergents exposés par les Amiraux Guillaud et Stavridis ont été dévoilés au grand public dans le cadre du nouveau Concept Stratégique de l’OTAN et d’autres documents associés adoptés par les 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Alliance. Certes, la France et les États-Unis n’ont pu imposer et n’ont pas imposé leurs points de vue aux 26 autres Alliés ; chacun a accepté les compromis nécessaires pour arriver à un consensus. Aux yeux des spécialistes des affaires de sécurité, il était néanmoins clair que les relations exceptionnellement bonnes entre Paris et Washington ont joué un rôle important dans les résultats positifs du sommet de l’OTAN, notamment de la réunion des dirigeants alliés avec le Président russe Dmitry Medvedev.
En fait, ces relations profitent de plusieurs niveaux d’interaction. Au niveau straté-gique, selon un grand nombre d’officiels et d’experts, le dialogue franco-américain bien rétabli depuis la fin de l’Administration Bush et des problèmes créés par l’invasion de l’Irak en 2003, ne s’est jamais aussi bien porté. Dans le domaine de la défense, les consultations bilatérales à haut niveau vont de la planification stratégique au sens large — par exemple, sur le « Livre blanc » français de 2008 et la « Revue de défense quadriennale » du Pentagone de 2010 — aux dossiers sur les renseignements, le cyberespace et la défense antimissile. On dit que l’Amiral Michael Mullen, Président des Chefs d’état-major interarmées, tiendrait son homologue français en grande estime.
Au niveau opérationnel, les experts militaires considèrent que la coopération entre les forces françaises et américaines servant en Afghanistan est exemplaire. La brigade ou Task Force française « Lafayette » opère dans le Commandement régional Est placé sous les ordres d’un général américain et joue un rôle essentiel dans la protection des abords de la base aérienne de Bagram, centre des opérations logistiques et du combat aérien de l’OTAN. Et les officiers américains et leurs troupes apprécient le fait que les forces françaises sont préparées à lancer des opérations de contre-insurrection « cinétiques » sans « caveats »3.
Entre-temps, l’interopérabilité des militaires français et américains est renforcée par les quelque 45 officiers français qui servent d’officiers de liaison auprès d’importants commandements américains ou qui font directement partie d’unités tactiques, notamment au sein de l’Air Force et de la Marine américaine, où ils travaillent aux côtés de leurs collègues américains, y compris dans certains cas dans des opérations réelles.
Il est indéniable que les relations franco-américaines en général ont également largement bénéficié de la décision française de 2009 de participer pleinement aux structures militaires de l’OTAN après 43 ans d’absence. Actuellement, quelque 16 généraux et amiraux français occupent des postes clés dans ces structures - à commencer par le Général Stéphane Abrial, Commandant suprême allié Transformation, premier Européen à occuper un des deux postes de haut commandement de l’OTAN - et près de 850 officiers et sous-officiers français travaillent à tous les niveaux des quartiers généraux opérationnels et de la planification des forces alliées.
Et enfin, en partie grâce aux efforts de l’Amiral Stavridis, du Général Abrial et de civils haut placés dans les ministères de la Défense français et américain, les vieux débats théologiques sur les rôles respectifs de l’OTAN et sur la politique commune de sécurité et de défense de l’UE ont été abandonnés. Aujourd’hui, la principale préoccupation des responsables américains n’est plus de voir l’UE tenir l’OTAN à l’écart ou l’éclipser. Au contraire, beaucoup craignent que l’UE ne produise pas suffisamment de capacités civiles et militaires, ou ne fasse pas preuve de
volonté politique, nécessaires pour
réaliser avec l’OTAN le « partenariat stratégique » efficace et pragmatique auquel les deux organisations se sont formellement engagées.
Tout ceci n’implique en rien que les
relations franco-américaines seront exemptes de toutes controverses. Par exemple, dans les quelques mois à venir, le Pentagone devrait prendre une décision concernant l’achat de sa nouvelle flotte de ravitailleurs aériens au groupe européen de l’espace, de la défense et des services associés EADS, ou au géant américain Boeing. Le contrat est estimé à 35 milliards de dollars ou plus. Si le Pentagone opte pour l’avionneur EADS, le nouveau Congrès devra encore approuver le financement qui est loin d’être assuré en raison de certaines tendances protectionnistes.
Autre source d’irritation éventuelle : l’espoir nourri par la France de vendre à la Russie des porte-hélicoptères Mistral. Dans une lettre de décembre 2009 adressée à l’ambassadeur de France à Washington, plusieurs sénateurs conservateurs préoccupés notamment par l’intervention de la Russie en Géorgie, ont exprimé leurs inquiétudes face à un tel accord. Si cet accord venait à être signé, ils pourraient essayer de chercher un moyen plus spécifique pour exprimer leur mécontentement.
Néanmoins, le socle solide de la nouvelle entente stratégique permet d’espérer que si de telles tempêtes devaient se déchaîner, elles ne seraient que provisoires. En tout état de cause, avec des amiraux de talent aux postes clés, les chances de naviguer sans encombre sont bien plus grandes.

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1- Cette analyse reflète mes points de vue personnels.
2- L’ Amiral Stavridis est également Commandant de combat, U.S Forces Europe (EUCOM), qui comprend environ 78 000 soldats, marins, aviateurs, et Marines stationnés en Europe.
3- Les caveats sont des restrictions nationales imposées par certains Alliés sur la façon et le lieu où leurs forces peuvent être employées par les commandants de l’OTAN en Afghanistan. 

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