Par M. Keat Chhon, Vice-Premier Ministre, Ministre de l'Economie et des Finances du Royaume du Cambodge
Après plus de trois décennies de guerre civile, le Cambodge jouit depuis 1998 de la paix intérieure et extérieure qui lui avait fait cruellement défaut. Tout en rebâtissant ses infrastructures, en dynamisant son économie et en régénérant un tissu social que les conflits avaient mis en pièces, le Gouvernement royal du Cambodge s’est engagé dans une politique résolue de réformes pour la modernisation du pays.
Notre Premier ministre Samdech Hun Sen a lancé en 2008 la deuxième phase de la « Stratégie rectangulaire pour la croissance, l'emploi, l'équité et l'efficacité au Cambodge », dont les principaux objectifs sont de promouvoir la bonne gouvernance, de développer le secteur agricole et le secteur privé, de renforcer les infrastructures mais aussi les ressources humaines. A cette fin, d’importantes mesures ont été prises afin d’améliorer le climat des affaires et d’encourager la venue des investissements étrangers.
La politique d’ouverture, marquée par l’adhésion du Cambodge à l’OMC et l’intégration économique régionale, caractérisée par une participation active aux instances de l’ASEAN, ouvre à cet égard maintes nouvelles opportunités aux investisseurs privés. Les résultats sont au rendez-vous.
Le Cambodge vient en effet de connaître une croissance particulièrement forte à telle enseigne qu’il figure, selon une étude de la Banque mondiale, parmi les 15 pays ayant atteint les taux de croissance les plus élevés pour la période 1998-2007, avec une croissance annuelle moyenne de 9,8%, et qu’il a connu une croissance à deux chiffres, entre 2004 et 2008, avec un taux annuel moyen de 10,3%.
Cette performance doit être attribuée à quatre sous-secteurs particulièrement vigoureux : la confection, le tourisme, l’agriculture et le bâtiment. Les retombées au niveau social ont été fortes également : le taux dit de pauvreté est tombé de 47% en 1994 à 30% en 2007. En outre et malgré la crise financière et économique mondiale, notre système bancaire a bien résisté. Les structures de l’économie ont donc fait preuve d’une certaine solidité, et si la croissance a été fortement ralentie, en raison de facteurs exogènes évidents, elle est restée positive, autour de 2% en 2009.
Les investissements privés, qui représentaient 77% de l’investissement total en 2007, demeurent la source principale de financement de la croissance économique cambodgienne : ils représentent 18% du PIB. L’investissement direct étranger (IDE) a joué à cet égard un rôle crucial. Celui-ci a accompli un véritable bond en avant - atteignant un niveau record en 2007 avec 867 millions de dollars. Les flux d’IDE se sont principalement dirigés vers le tourisme, l’industrie de la confection textile et les ressources naturelles, les télécommunications et la banque.
Cette stratégie est délibérée : l’IDE est porteur de transferts de technologie, qui sont décisifs pour le décollage de certains secteurs et le processus dit de « remontée de filière » vers des productions à plus fort contenu technologique ou comportant davantage de valeur ajoutée.
Les accords bilatéraux conclus dans le secteur textile avec les Etats-Unis et l’Union européenne ont connu à ce titre un succès incroyable. Une industrie de la confection s’est développée à grands pas à partir de presque rien. Elle a même réalisé en 2008 un chiffre d’affaires à l’export de plus de 3 milliards de dollars, créant au passage plus de 300 000 emplois, la plupart pourvus par des jeunes femmes provenant de zones rurales.
Quoique d’inspiration fondamentalement libérale, la politique de développement industriel du Cambodge a pour point d’ancrage la création, avec une participation appropriée du secteur privé, de pôles de croissance économique, favorisés par la réalisation d’infrastructures adaptées, le développement de zones industrielles, et l’établissement de zones franches de transformation vouées à l'exportation. Cette stratégie comporte plusieurs autres composantes destinées à privilégier la dimension exportatrice des unités industrielles, les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre et la transformation des ressources naturelles nationales.
Mais les autorités s’attachent aussi à stimuler les projets permettant, de façon très sélective, la substitution d’importations de biens de consommation ou d’accessoires de confection, et qui correspondent à des choix rationnels d’échelle appropriés pour chaque secteur industriel.
On vise de la sorte à renforcer la compétitivité globale de l'industrie. La dimension sociale n’est cependant pas oubliée : les projets promouvant l’industrialisation des communautés rurales, y compris dans le secteur informel qui assure le plus gros des emplois et permet l’accès à l’économie de marché de groupes qui, autrement, en seraient exclus, notamment les femmes.
Le Gouvernement royal du Cambodge a mis au point un programme visant à la promotion de trois pôles de développement : Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville. Il a également lancé le concept de « corridor de croissance », visant à convertir en zones de développement agricole, industriel et commercial les zones situées le long des grands axes reliant les différentes parties du pays entre elles. C’est pourquoi la mobilisation de nos énergies et de nos ressources est si importante pour développer le cadre légal et offrir aux entrepreneurs de nouvelles infrastructures, telles que les communications électroniques, l’alimentation en eau et en électricité, ainsi que d’autres activités de service.
Les industries axées sur le tourisme et, à plus long terme, diverses industries opérant en aval des activités d’extraction de pétrole et de gaz seront naturellement des cibles d’importance. Les perspectives d’exploitation du pétrole et de gaz off-shore ainsi que de bauxite commencent à être significatives. Le Gouvernement royal du Cambodge va lancer des études et mettre en place les infrastructures nécessaires pour optimiser la mise en valeur de ces précieuses ressources et assurer la bonne gestion des revenus qu’elles engendreront.
Mais le Gouvernement royal du Cambodge entend aussi donner la priorité au développement des petites et moyennes entreprises (PME) et d’autres industries à haute intensité de main d’œuvre, telles que le jouet, la chaussure, l’assemblage de matériels électriques et électroniques, les technologies de l’information.
Pour le secteur-clé de l’agriculture, qui représente encore un tiers du PIB et plus des trois quarts de l’emploi, l’accent est mis sur le renforcement de la productivité et la diversification des récoltes. Il convient en effet d’augmenter et sécuriser les revenus ruraux. Une gestion améliorée de la pêche, une gestion durable de la forêt, la protection de l’environnement et la poursuite de la réforme foncière rurale, en particulier pour assurer l’accès des pauvres à la terre s’inscrivent dans ce schéma des priorités gouvernementales.
L’introduction de l’agro-industrie devrait aussi contribuer à augmenter, par leur transformation, la valeur des produits de l’agriculture - y compris maraîchère et fruiticole - et de la pêche - fluviale et maritime.
La réhabilitation et le développement des infrastructures sont par conséquent essentiels à la réalisation de ces objectifs. Les besoins sont encore considérables et tous doivent être satisfaits qu’il s’agisse des routes principales et secondaires, des voies ferrées, des aéroports et des ports, des systèmes d’irrigation, des réseaux de communication électroniques, de la production et de la distribution d’électricité et les réseaux. L’ampleur et la qualité des efforts à accomplir font qu’un maximum d’attention est porté à attirer le secteur privé pour la réalisation de ces investissements et, autant que possible, dans le cadre de concessions de travaux publics et d’exploitation (BOT).
Le Cambodge entretient d’excellentes relations historiques avec la France, qui incarne la recherche de la paix au Cambodge avec les accords de Paris conclus en 1991. Les relations entre les deux pays couvrent de nombreux domaines dont on aime à citer l’éducation et la santé, la culture et la francophonie, le vaste champ du développement rural, le tourisme, les infrastructures, le secteur textile, la gouvernance publique.
La coopération française a contribué au renforcement de divers pôles de croissance économique, avec l’appui de quelques grands groupes et de nombreux entrepreneurs privés. Elle a également accompagné les efforts entrepris par le Gouvernement royal pour faire entrer le Cambodge dans l’ère du développement durable. Sa relance et son approfondissement, dans le cadre d’une Commission ad hoc, récemment établie à l’initiative du Premier ministre du Cambodge et du Président français, sont à l’ordre du jour de nos relations bilatérales.
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