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  Mardi 07 Septembre 2010  
 

Deuxième trimestre 2009

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La locomotive de l’Afrique centrale

Quarante ans après l’indépendance, le pétrole et le gaz ont supplanté le cacao et le bois comme première source de revenus de la Guinée Equatoriale. Le troisième producteur d’hydrocarbures en Afrique subsaharienne aspire désormais à capitaliser sur ces atouts pour se forger un rôle de moteur économique régional.

Une puissance émergente

A quelques kilomètres de l’avenue Hassan II, principale artère de la capitale équato-guinéenne, l’émergence d’une nouvelle cité ultra-moderne est emblématique de la renaissance économique du pays. Malabo II accueillera le nouveau centre des affaires de la Guinée Equatoriale. A l’instar de la tour de la compagnie pétrolière nationale, GEPetrol, les sièges de grandes entreprises y fleurissent peu à peu. Ce nouveau quartier de la capitale abritera également des structures de l’Etat comme le nouveau palais de justice ainsi que des logements sociaux.
Des chantiers comme celui-ci, il en existe à travers tout le territoire équato-guinéen au point de faire du BTP, l’un des secteurs les plus dynamiques du pays. En 2008, sa part dans le produit intérieur brut (PIB) s’est élevée à près de 4%.
Attirées par les grands projets de construction, les entreprises étrangères multiplient les investissements. Toutes les autres villes du continent ou de l’île de Bioko dont Ebebiyin, Rebola, Niefang ou Mbini profitent également de cette dynamique. Bata, la capitale économique, n’est pas oubliée : outre les travaux de rénovation ou la construction de nouveaux édifices comme le Palais des congrès, son aéroport est en cours de modernisation pour lui permettre d’accueillir de gros porteurs.
Comparée au secteur pétro-gazier, la construction ne représente certes encore qu’une part modeste des investissements étrangers directs. En 2008, ceux-ci ont représenté plus de 1,6 milliard de dollars en Guinée Equatoriale, soit le tiers de ce que les pays d’Afrique centrale ont capté.
Plus de quinze ans après la découverte du premier gisement, au large de Malabo, l’industrie pétrolière représente l’essentiel des exportations du pays (principalement vers les Etats-Unis, l’Europe) et contribue aux deux tiers du produit intérieur brut (PIB) qui s’est élevé à 15,5 milliards de dollars en 2008.
Au total, les réserves prouvées de la Guinée Equatoriale en pétrole sont estimées à 1,8 milliard de barils. De quoi alimenter la croissance pour les vingt prochaines années. L’Etat ne se prive d’ailleurs pas pour réinvestir les revenus du brut dans l’économie. Pas moins de 750 millions d’euros ont ainsi été consacrés au renforcement et à la création d’infrastructures.
Dans cette course aux grands contrats, les groupes français ne sont pas mal positionnés. Le groupe Veolia a remporté, avec une filiale de l’entreprise marocaine Somagec, le marché du réseau d’eau de Bata. En avril 2009, Razel s’est pour sa part vu confier par le gouvernement la construction et le bitumage du quartier de Banapa à Malabo.
Dans le secteur routier, devenu une priorité du gouvernement, le groupe Vinci-Construction a également obtenu plusieurs contrats à travers sa filiale Sogea Satom, s’élevant au total à plus de 110 millions d’euros, avec la construction de la route reliant Sendje et Mbini ainsi que la route Evinayong-Engong et les travaux de contournement d’Evinayong.
Autre spécialiste français du BTP, Bouygues Construction a livré le stade de Malabo et conduit depuis 2008 les travaux du plus grand complexe omnisports du pays. S’inscrivant dans la perspective de l’organisation en 2012 de la Coupe d’Afrique des Nations (conjointement avec le Gabon), ce projet évalué à 37 millions d’euros, comprend une piscine couverte, des courts de tennis, un terrain de football et un hôtel 2 étoiles de 100 chambres pour loger les sportifs.
La France figure en effet parmi les premiers pays investisseurs de la Guinée Equatoriale. Dans certains secteurs comme les télécommunications, les entreprises françaises occupent une position de leader sur le marché. Via Getesa,  France Telecom est devenue le premier opérateur de télécommunication du pays. Le groupe Castel a, de son côté, conquis le marché de la brasserie, affichant un volume de ventes en hausse de plus de 13% en 2008 par rapport à 2007. Symbole visible de la présence française, Accor a inauguré le Sofitel Président Malabo Palace en 2007, situé à côté de la nouvelle bibliothèque nationale de la capitale. Le groupe Total occupe par ailleurs une place de choix dans le secteur de la distribution d’hydrocarbures. Toutefois, les entreprises françaises ont un certain retard à rattraper par rapport à leurs concurrentes américaines, de plus en plus chinoises et européennes.
Sur le plan des échanges commerciaux, les exportations françaises ont enregistré une progression de 153% en dix ans. En 2008, les trois appareils ATR construits par la filiale du groupe EADS et commandés en mai 2006 ont été livrés.

Préparer l’après pétrole
Avec une capacité de 350 000 barils par jour, soit plus de 17 millions de tonnes de brut, la Guinée Equatoriale s’est hissée au troisième rang des pays producteurs en Afrique subsaharienne. Mis au jour en 1992, le gisement de Zafiro, exploité par Exxon Mobil, est encore aujourd’hui le plus important avec une production moyenne de 240 000 barils/ jour, devant celui d’Alba d’une capacité de 20 000 barils par jour, de la Ceiba au large de Bata (45 000 barils par jour). La Guinée Equatoriale s’est en outre dotée d’infrastructures pour faciliter l’évacuation de ses hydrocarbures, dont la plus importante est le Luba Free Port, exclusivement dédié au fret pétrolier.
Le potentiel dans ce domaine n’est toutefois pas encore entièrement exploité, l’Etat continuant à attribuer des blocs d’exploration. En 2007, la compagnie américaine Amerada-Hess a lancé l’exploitation du champ d’Oukoumé, à 30 km dans l’offoshore de Bata, moyennant un investissement de plus d’un milliard de dollars qui ont été investis pour en extraire quelque 60 000 barils par jour.
Si le secteur pétrolier a porté la croissance du PIB vers des sommets records de plus de 20% avant 2005, les autorités équato-guinéennes veulent désormais gérer la manne pétrolière. La production a ainsi été plafonnée à 300 000 barils/jour.
Le gouvernement souhaite surtout accélérer la diversification de l’économie. Elaborée à partir des conclusions de la 2ème Conférence économique nationale qui s’est tenue à Bata en novembre 2007, la stratégie du gouvernement fait notamment de l’agriculture et de la pêche des secteurs prioritaires, qui ne représentent plus que 2% du PIB. En témoigne le potentiel encore largement inexploité du domaine maritime équato-guinéen dont la surface est dix fois supérieure à sa surface terrestre. Autre secteur à fort potentiel, la silviculture qui, tout en s’inscrivant dans la perspective d’une gestion durable et responsable, dispose d’importantes marges de progression, seul un cinquième de la forêt tropicale est en exploitation sur 2,2 millions d’hectares.
Mais pour l’heure, c’est surtout la production de gaz naturel qui prend progressivement le relais du pétrole comme moteur de l’économie. Et les enjeux sont là encore colossaux. Les réserves gazière du pays sont en effet estimées à 40 milliards de m3. La Guinée Equatoriale semble d’ailleurs se positionner comme producteur de référence à l’échelle de la région, avec son complexe pétrochimique de Punta Europa. Exploité par le consortium Ecuatorial Guinea-Licuado Natural Gas (EG-LNG), il est détenu à 60 % par Marathon Oil. Son premier train de production de gaz naturel liquéfié (GNL) a été lancé en octobre 2007.
L’objectif est de porter la capacité de production à 3,7 millions de tonnes par an. Ce site qui peut accueillir des méthaniers d’une capacité de 90 000 à 160 000 m3, est en outre doté d’un ouvrage unique au monde : un pipeline court sur un pont  de 350 m de long suspendu à 70 m au dessus de la mer pour ravitailler les méthaniers.
Le gaz naturel ouvre de fait les portes à une nouvelle vague d’investissements. Une seconde usine de GNL devrait prochainement être mise en service. Pour optimiser l’utilisation de ce nouveau site, des conventions de fourniture de gaz ont été conclues avec le Nigéria et le Cameroun. La société gazière nationale, la Sonagas a par ailleurs conclu en septembre 2006 un accord avec le groupe russe Gazprom pour la création d’une société conjointe de production de GNL.

Le moteur de la CEMAC

Portée par la hausse constante des cours du pétrole jusqu’au pic de 140 dollars le baril atteint à l’été 2008, la Guinée Equatoriale a acquis un poids financier incontestable au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEMAC).
Cet essor économique s’est également traduit par les performances de la gestion de ses finances publiques avec le maintien en 2008 d’un excédent budgétaire de 23%, les recettes budgétaires affichant une hausse de 45% par rapport à 2007 (3 100 milliards de franc CFA). En outre, la dette publique extérieure devrait, selon le FMI, représenter moins de 1% du PIB d’ici 2012.
Autant de progrès qui ne font que conforter, la volonté équato-guinéenne de participer plus étroitement aux décisions de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). Elle représente en effet 60% des dépôts et 30% des réserves de la sous-région. Après avoir obtenue l’augmentation de la rémunération de ses dépôts de 2,25% à 2,85%, la Guinée Equatoriale a impulsé une réforme des structures de cette institution, lui permettant d’y élargir sa représentativité.
De plus, Malabo s’est vu confier en 2007 le pilotage de la réforme des institutions de la Cemac, dont le Président Obiang a présenté le 3ème rapport d’étape, à l’occasion d’une réunion extraordinaire des chefs d’Etats de l’organisation, le 18 janvier 2009, à Libreville. Marquant une avancée significative de l’intégration économique de la sous-région, le gouvernement équato-guinéen vient récemment de donner son aval à l’adoption d’un passeport unique pour les pays de la CEMAC.
Mais c’est sans doute la réussite de la stratégie économique du Président Obiang qui peut le plus influer sur le rôle du pays dans l’intégration régionale. En effet, des investissements considérables ont été lancés pour valoriser la position clé qu’occupe la Guinée Equatoriale au cœur du Golfe de Guinée. L’objectif est d’en faire une plate-forme de transbordement régional. Pour y parvenir, le gouvernement a confié au groupe marocain Somagec l’extension des capacités d’accueil du port de la capitale et la construction d’un terminal à conteneurs.
Alors que le premier des trois quais qui seront achevés d’ici 2011, a été inauguré en février 2009, 80 hectares seront gagnés sur la mer. Le port disposera alors de 1 300 mètres linéaires de quai contre 600 actuellement et d’un tirant d’eau de 16 mètres au lieu de 9, pouvant accueillir des cargos de 9 000 tonnes. Ces investissements permettront également de faire face au trafic actuel, estimé à 300 000 tonnes par an. En outre, c’est l’opérateur marocain, l’Agence spéciale Tanger-Méditerranée (TMSA), qui a obtenu en avril 2009 la gestion des ports de Malabo et de Bata.
De même, la piste de l’aéroport de Malabo a été rallongée pour être à la hauteur du dynamisme croissant du pays. Le transport aérien enregistre à cet égard une forte augmentation, à hauteur de 34% pour les voyageurs et de 250% pour les marchandises, témoignant du rôle croissant que joue la première puissance exportatrice de la Zone franc comme plateforme économique régionale.    C.H.

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