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Deuxième trimestre 2009

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Les investisseurs français, de retour à Djibouti ?

En valorisant la position géostratégique de Djibouti à l’entrée de la Mer Rouge, le Président Guelleh a fait entrer ce pays de 23 000 km2 et de 700 000 habitants dans la mondialisation. La construction d’un nouveau port à Doraleh représente en effet un premier jalon décisif pour sa prospérité future. Pour certains observateurs, le développement du « caillou brûlant » de la Corne de l’Afrique pourrait même emprunter la voie de ses grandes sœurs asiatiques, Singapour et Hong Kong, comme plaque tournante commerciale à vocation mondiale.

En l’espace d’une décennie, le potentiel économique de Djibouti a changé du tout au tout. L’arrivée de nouveaux investisseurs, principalement des pays du Golfe arabique, a fait bondir la croissance. Entre 2004 et 2008, le PIB réel a, en effet, doublé passant de 3% en 2004 à 5,9% en 2008. Des zones franches ont été mises en place, offrant des avantages fiscaux conséquents à l’investissement. Le code de commerce est en cours de révision tandis qu’un système de TVA a remplacé le système de la TIC (taxe intérieure de consommation) en janvier 2009. Trop longtemps délaissé par les entrepreneurs français, Djibouti suscite de nouveau leur intérêt.
La tenue du premier forum des affaires franco-djiboutien pourrait en effet marquer un véritable tournant. Inauguré le 15 mars 2009 par le Premier Ministre djiboutien Dileita Mohamed Dileita et le Président de l’Agence française de Développement (AFD), M. Pierre-André Wiltzer, ce colloque inédit a réuni plus d’une vingtaine d’hommes d’affaires français membres de la délégation conduite par M. Patrick Lucas, Président du Comité Afrique de Medef International.
Parmi les entreprises représentées, de grands groupes comme CMA CGM, Bureau Veritas, Gras Savoye, Essilor, Sade ou Eurocopter. Mais également des PME dont trois basées dans la région Midi-Pyrénées, spécialisées dans le développement durable, Infoterra, Asconit et Prooftag. Toutes les trois étaient emmenées par le cabinet de conseil toulousain Kassar International.
Un mois avant cette conférence, le chef de l’Etat djiboutien inaugurait le 7 février 2009 le terminal à conteneurs de Doraleh. Situé à quelques kilomètres à l’ouest de la capitale, le nouveau port de Djibouti est opérationnel depuis le 18 décembre 2008.
Pour mener à bien ce vaste projet, l’Etat djiboutien a fait appel à un géant de l’industrie portuaire, Dubaï Port World. Le troisième opérateur portuaire mondial y a consacré au total plus de 700 millions de dollars au cours de ces quatre dernières années. Doraleh comprend également un terminal pétrolier et un terminal vraquier. Doté d’une capacité d’accueil de 10 millions de tonnes de marchandises par an et d’un tirant d’eau de 18 mètres, Doraleh devient même le premier port africain à pouvoir accueillir des porte-conteneurs de 6ème génération, d’une capacité de 14 000 unités.
Mr Sultan Ahmed Bin Sulayem, Président de DP World, avait d’ailleurs fait le déplacement pour l’occasion, signe de l’importance croissante que joue le plus petit Etat de la Corne de l’Afrique dans les échanges économiques de la région.
En confiant la gestion du port de Djibouti à DP World en 2000, puis la construction de ce second port, le Président Guelleh a voulu faire de Djibouti une étape incontournable sur le marché régional du transbordement, à la croisée des plus grandes routes maritimes reliant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. Toute sa stratégie repose sur la mise en valeur de son positionnement à l’entrée du détroit de Bab El Mandeb, « véritable verrou sur la deuxième route maritime mondiale » comme l’a rappelé André Massida, Conseiller du commerce extérieur, lors du colloque organisé à Paris sous les auspices du Sénat à l’automne 2008.
En témoigne l’ouverture d’un nouveau service hebdomadaire pour desservir les îles de l’Océan indien, par le transporteur marseillais CMA CGM qui élargit ainsi le champs du rayonnement de Djibouti vers l’Asie. Sa filiale Delmas y prend en effet appui depuis fin novembre 2008 pour desservir avec quatre navires d'une capacité de 1 700 EVP1, les escales de Port Victoria (Seychelles), Port des Galets (La Réunion), Port Louis (Maurice), Tamatave (Madagascar) et Longoni (Mayotte).
Ce nouveau service, baptisé Mascareignes Express, permet de relier le Nord de l’Europe et la Méditerranée à l'Océan Indien, grâce à des connections directes hebdomadaires à partir de Djibouti sur les lignes EPIC (Europe, Pakistan, Inde) et MEX (Méditerranée, Asie) du groupe CMA CGM. Fort de cette nouvelle impulsion, la filiale transport du groupe Bolloré, SDV lui a également emboîté le pas, en décidant récemment de s’installer à Djibouti.
L’insistance du Président Guelleh qui déplore depuis de longues années l’absence des entreprises françaises sur le marché djiboutien finit donc par payer. En visite officielle à Paris, quelques mois après l’élection du Président Nicolas Sarkozy, le 11 décembre 2007, le chef de l’Etat djiboutien avait renouvelé cet appel devant les représentants du patronat français, au MEDEF International. Accompagnant le geste à la parole, il avait alors présidé à la signature d’un accord de protection réciproque des investissements.
Après le succès du colloque organisé à Paris, au Palais du Luxembourg, sur le thème « Djibouti, hub économique de la Corne de l’Afrique », le premier forum d’affaires franco-djiboutien a ouvert une fenêtre pour l’identification de nouveaux projets d’investissement.
A l’exception du groupe Total et de Colas, la présence française demeure pour l’heure limitée. Exception faite toutefois du secteur bancaire dans lequel les filiales respectives de la BRED et du Crédit Agricole, la BCIMR et la BMRI, font figure de poids lourds. Ce secteur pèse à lui seul 5% du PIB.
Tandis que la BMRI a célébré le 100ème anniversaire de sa création en 2008, la BCIMR a franchi un nouveau pas dans son implication au sein de l’économie djiboutienne. Elle a en effet signé le 19 mars 2009 une convention d’assurance-crédit avec l’AFD, une première dans le pays. Selon l’Administrateur Directeur général de la banque, M. Ould Amr Yahya, cet accord « renforce et encourage la BCIMR à accompagner davantage les entreprises djiboutiennes », en ouvrant la voie à des crédits bancaires.2
Le partenariat entre la BCIMR et l’AFD à Djibouti s’est déjà illustré dans le financement de projets d’infrastructures comme la mise en place du câble sous-marin EIG par Djibouti Telecom et qui pose le pays en carrefour de télécommunications régional.
L’AFD devient également un acteur de poids de l’aide au financement de projets à Djibouti. Au total, ses engagements sont passés de 8,5 millions d’euros en 2006 à 44,8 millions d’euros en 2008. Cette progression s’est appuyée sur l’octroi de prêts pour un montant de 37,8 millions d’euros, avec une augmentation notable de sa contribution au financement de projets.3
Son champs d’action concerne non seulement les domaines sociaux tels que l’éducation ou la santé (lutte contre le Sida), mais également la rénovation et l’aménagement urbain ainsi que les infrastructures de communication, à l’instar de la réhabilitation du chemin de fer reliant Djibouti et l’Ethiopie ainsi que son raccordement au nouveau port de Doraleh.
L’étude de faisabilité de cette bretelle de raccordement ferroviaire, ainsi que l’amélioration de la desserte du terminal vraquier, a d’ailleurs été confiée à la société d’ingénierie ferroviaire française Systra par le ministère djiboutien de l’Equipement et des Transports en avril 2008. A l’issue de cette étude, le gouvernement djiboutien a signé un protocole d'accord avec le groupe chinois China Railway International pour la réalisation de cette bretelle d'interconnexion, dont le coût est estimé à 36,31 millions de dollars.
La poursuite des grands projets d’infrastructures lancés par le gouvernement djiboutien devrait désormais concerner le renforcement du réseau routier, en vue de raccorder plus étroitement Djibouti aux économies qui composent le Marché commun de l’Afrique de l’Est (Comesa), qui compte 350 millions d’habitants. L’importance du chemin
de fer Addis-Abeba-Djibouti prend tout son sens si l’on considère que l’Ethiopie réalise depuis dix ans l’essentiel de son commerce extérieur à travers Djibouti. Plus encore, le projet de corridor circulaire régional, associant sept pays, pourrait l’ériger en plateforme commerciale de la Corne de l’Afrique.
Si l’on en croit S.E.M. Rachad Farah, Ambassadeur de Djibouti en France, le Président Guelleh est plus que jamais désireux de voir les projets d’investissements français se multiplier. « Nous sommes disposer à octroyer à la France une zone franche pour l’exportation et la réexportation de ses produits » nous affirme-t-il dans l’entretien qu’il nous a accordé. Toutefois le temps presse. Après les investisseurs dubaïotes et saoudiens, ce sont les investisseurs chinois et indiens qui arrivent en force dans le pays. C.H.

1- EVP : Equivalent Vingt Pieds, taille standard du conteneur.
2- La Nation, 19/03/09.
3- Rapport d’activité 2008 de l’AFD.
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