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troisième trimestre 2008

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Le marché boursier en Inde : de l’émancipation à l’expansion sous le signe de l’esprit d’entreprise

Par M. Philippe-Henri Latimier, Ph.D., Consultant international en réforme des marchés de capitaux, Professeur d’Ingénierie Financière*

Le « Securities Contract Act » de 1956 reconnaît l’existence de 23 bourses en Inde au premier rang desquels figurent le NSE et le BSE de Bombay, ainsi que les places financières de Calcutta, Delhi, Ahmedabad et Chennai.
L’activité du marché financier indien a connu une véritable explosion, surtout pour ce qui concerne les actions, depuis le début des années 1990 à travers six critères : les émissions de titres, le nombre de ligne de cotation des sociétés indiennes et internationales, les volumes de transaction, l’évolution des indices de cours et des capitalisations boursières.
Le marché boursier indien est le troisième plus grand d’Asie derrière le Japon et la Chine et le 11ème mondial avec une capitalisation de l’ordre de 1 400 milliards de dollars au printemps dernier. Avec près de 5 000 entreprises cotées, le marché boursier indien se situe triomphalement au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis qui en compte environ 9000.
L’irrésistible ascension économique de l’Inde parmi les pays émergents, adossée aux effets mécaniques d’une démographie à deux chiffres et une spectaculaire pression vers l’innovation, a consacré le rôle du NSE et du BSE puisque c’est sur ces deux bourses que s’échangent plus de 99% des transactions boursières du pays. Parmi les valeurs les plus activement échangées figurent les titres de banques telles ICICI Bank et Axis Bank, ainsi que les titres d’entreprises telles Reliance, SBIN, ONGC ou bien encore Info Systch.
La création en 1992 du Securities and Exchange Board of India (SEBI ), organe de régulation du marché des capitaux, a été l’élément catalyseur des réformes et du développement du marché boursier indien. Le SEBI est en effet parvenu à mettre progressivement en place un cadre réglementaire assurant à la fois une certaine transparence du marché et la promotion d’un système de gestion globalement salué par les opérateurs tant pour son degré d’efficacité que pour son niveau de sûreté dans lesquelles s’opèrent les transactions.
A cet égard, la mise en place dès 1994 d’un système entièrement informatisé et dématérialisé pour le traitement en direct des ordres boursiers a permis au système boursier indien de se hisser au niveau des plus performants. Depuis 1995, le SEBI dispose d’un pouvoir de coercition et de sanction par le truchement des amendes qu’il peut infliger lorsque des manquements à la législation sont constatés avec, le cas échéant, la libre faculté de transmettre aux autorités judiciaires tout délit de caractère pénal. En outre, pour renforcer la transparence du cadre réglementaire et la surveillance du marché, des fonds de protection pour les investisseurs ont été instaurés et des chambres de compensation mises en place.
A l’évidence, l’ouverture dès 1992 aux investisseurs institutionnels du marché des actions et des obligations, puis en 2002 du marché des dérivés, ainsi que les réformes qui ont suivi ces ouvertures, ont fortement participé à l’accroissement des volumes échangés. De la même manière, la mise en place sur le BSE et le NSE de la plateforme des produits dérivés en 2000 a largement contribué à l’essor de la place. On connaît l’influence de la réglementation sur les mouvements de capitaux. La déréglementation a permis en Inde comme partout ailleurs l’ouverture des vannes des marchés internationaux.
On peut admettre que le processus d’internationalisation croissante des entreprises indiennes n’est pas sans rappeler celui que nous avons constaté en Europe après la révolution industrielle lequel se propagea à l’Amérique du Nord aux XIXème et XXème siècles et ce avant d’envahir le Japon et la Corée du Sud.
Ce n’est ni céder à un culte marxiste des infrastructures, ni nier la puissance du kaléidoscope ethnique que de faire de la garantie d’une augmentation régulière de la demande solvable en Inde, la première cause de l’actuelle mutation de ce pays qui commence à sécréter ses références. Mesure-t-on à cet égard, l’effet sur dix ans, d’un tel rouleau compresseur ?
Au risque d’insister, on doit à la vérité de dire ici que la libéralisation économique en Inde s’est vue comme partout ailleurs dans les pays émergents, largement encouragée par une régulation plus permissive et flexible des marchés de capitaux. Rappelons, à cet égard, que les investissements directs étrangers au sein des économies émergentes sont passés au cumul de 365 milliards de dollars en 1990 à 1 600 milliards en 2007 !
On aura compris que l’Inde aura plus que profité de cette manne providentielle après avoir noté qu’en 2007, seuls 15 pays émergents au global auront captés 93 % de l’enveloppe ! L’Inde est aujourd’hui en 12ème position du classement des économies mondiales et la Chine à la 4ème place. Selon une étude récente menée par le Boston Consulting Group, il est piquant d’observer que parmi les 100 premières entreprises mondiales issues de pays émergents, 41 sont chinoises et 20 d’origine indienne. Parmi les 41 entreprises chinoises précitées, 75% d’entre elles sont sous contrôle étatique alors que les 20 entreprises indiennes sont toutes à capitaux privés .
Ajoutons ici, que créé en 1875, le Bombay Stock Exchange (BSE) fait figure de plus ancienne bourse du continent asiatique et représente la première bourse indienne en termes de capitalisation avec plus de 50% de la capitalisation boursière indienne. Cette étonnante concentration du volume des transactions apparaîtra, au fil du temps, comme le principal ressort du modèle économique indien et permet de diriger les flux financiers au profit d’une économie boulimique en capitaux étrangers. Et ce quand bien même, on s’accorde à penser que l’Inde est décalée d’une génération par rapport à la Chine. Il est vrai qu’aussi loin que l’on puisse remonter, au dynamisme de l’expansion chinoise, s’est toujours opposé un cheminement plus lent de l’Inde !
Notons aussi que, parmi les pays du BRIC, si le Brésil fait figure de chef de file mondial des matières premières, la Russie de plus grande source d’énergie dans le monde, la Chine de grand manufacturier à l’échelle mondiale, l’Inde, elle, apparaît comme un géant mondial des technologies de l’information avec une présence d’un quart des « 1 000 sociétés Fortune » des Etats-Unis pour la mise au point de logiciels et de services de technologies de l’information.
Un marché fort de plus de 500 millions de consommateurs âgés de moins de 25 ans et doté de plus de 23 millions de diplômés universitaires parlant couramment anglais et constituant une main d’œuvre hautement qualifiée.
Pour autant, et contrairement à la Chine, l’Inde aura investi en 2007 à l’étranger plus que ce qu’elle aura reçu des puissances étrangères sachant que deux tiers de ces investissements auront été effectués en Europe et en Amérique du Nord. A noter dans la foulée que, l’indice SENSEX du BSE qui a été créé en mai 2007 et qui comporte 30 valeurs principales, sert désormais de référence quand il s’agit de prendre le pouls du marché boursier indien et d’appréhender l’évolution des cours des actions du pays.
De son coté, le National Stock Exchange (NSE), dont la création remonte à 1994, a été la première bourse indienne entièrement démutualisée. Le NSE s’est rapidement imposé devant le BSE pour ce qui est du volume des transactions échangées puisqu’à lui seul il réalise plus de 60 % des transactions boursières, ce qui lui vaut de se placer au troisième rang mondial juste derrière NYSE-EURONEXT et le NASDAQ.
Sauf accident majeur, on s’accorde à penser qu’entraînée par les deux moteurs, révolution technologique et changement d’échelle du marché mondial, la machine indienne fonctionnera bientôt à plein régime. D’immenses groupes capitalistes continueront de se développer sur un terrain aussi porteur que le marché indien, un aimant d’une puissance exceptionnelle, qui attire chaque jour davantage les investissements du monde entier.
De la même manière, on peut penser que le secteur privé indien largement propulsé par un véritable capitalisme entrepreneurial depuis 1991, date à laquelle ce marché s’est ouvert au reste du monde, continuera de faire parler de lui avantageusement comme il l’a fait par le passé avec le rachat notamment par le groupe Tata de fleurons industriels occidentaux comme Corus et Jaguar-Land Rover. Et, plus récemment encore, avec le spectaculaire rachat du groupe Arcelor par la famille Mittal.
On notera également avec intérêt que le NSE assure 99% des opérations sur dérivés. Malgré une baisse de plus de 30 % sur 10 mois, et la forte volatilité des cours et des flux de capitaux en provenance des investisseurs institutionnels étrangers, la bourse indienne, qui faut-il le rappeler ici figure parmi les trois championnes mondiales des quatre dernières années, pourrait bien encore continuer à aiguiser les papilles gustatives des investisseurs du monde entier.
En effet, le pays est voué à connaître une forte croissance économique au moins pour les dix prochaines années en raison des multiples projets d’infrastructure soutenus par le gouvernement indien. Et portés par l’attrait qu’ils suscitent auprès des financiers et prêteurs de deniers du monde entier en quête de réemploi de leurs liquidités. Précisons incidemment, que l’Inde possède deux atouts de taille dans l’environnement financier et économique mondial actuel. D’abord, la relative protection s’agissant de ses marchés domestiques. Ensuite, la faible part que ses exportations occupent, à ce stade, dans la croissance de son PIB par rapport à d’autres pays asiatiques comme la Chine, Taiwan ou le Japon.
Conséquence, toutefois, de la volatilité importante de ses marchés boursiers et naturellement des récents débordements liés à la crise des « subprimes », mais aussi des débats actuels autour de la responsabilité des banques dans les récentes pertes sur produits dérivés de change subies par plusieurs grands groupes indiens, la montée en puissance des marchés financiers en Inde ne pourra faire l’économie d’un surcroît de rigueur de la part des autorités de régulation locales. Et pour justifier les niveaux de valorisation des années précédentes, les entreprises indiennes devront également se préparer à faire montre - dans la durée - d’une forte croissance de leurs résultats !

* M. Philippe-Henri Latimier est également Président-Fondateur d’Euro Raid Export Academia (EREA).

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