Jeudi 27 Juin 2019  
 

N°83 - Troisième trimestre 2008

La lettre diplometque
  Editorial
Madagascar
Nigéria
  Vers de nouvelles perspectives de coopération
 
  2008, une année prometteuse pour les relations entre la France et le Nigéria
 
  Pour un approfondissement des liens franco-nigérians
 
  France-Nigéria, vers un partenariat économique renforcé
 
  Le Nigéria compte sur l’hydroélectricité pour poursuivre son développement
 
  Le Nidoe-France, un acteur de plus en plus actif dans les liens de coopération franco-nigérians
 
  Une participation active aux missions de l’UNESCO
 
Inde
 
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France-Nigéria, vers un partenariat économique renforcé

Devenu en quelques années un interlocuteur incontournable sur la scène politique et diplomatique africaine, le Nigéria s’est également affirmé comme un partenaire économique de premier plan pour la France. En établissant un partenariat stratégique entre les deux pays, les chefs d’Etat nigérian et français ont consacré le 12 juin 2008 la nécessité d’approfondire leur dialogue politique, mais également de favoriser le renforcement de leurs complémentarités économiques.

Significativement, c’est d’ailleurs dans le secteur de l’électricité que s’est traduit la première concrétisation du partenariat franco-nigérian. Moins de cinq mois après son lancement, la Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur Anne-Marie Idrac en visite à Abuja le 8 octobre, a signé un protocole d’accord avec Mme Fatima Ibrahim, Secrétaire d’Etat à l’électricité.
Il prévoit l’ouverture de discussions entre les autorités nigérianes et la société française RTE (Réseau de transport d’Electricité) pour réaliser un audit du secteur électrique nigérian et «renforcer leur coopération dans le domaine de la production, la transmission et la distribution d’électricité.»
Plus encore, des entreprises françaises pourraient être chargées de «mettre en œuvre les conclusions du rapport d’audit» et de «fournir des services de niveau international à des prix compétitifs.» Autrement dit, un premier jalon a été posé pour ouvrir aux entreprises françaises ce secteur crucial au développement du Nigéria.
Au premier rang des groupes intéressés, Schneider Electric a de longue date fait part de son intérêt pour la privatisation des activités de distribution gérées par la compagnie nationale d’électricité, PHCN. Cette perspective est devenue clairement envisageable depuis la visite officielle du Président Yar’Adua à Paris. Devant les entreprises réunies au siège de la chambre patronale française, le MEDEF, il a en effet annoncé sa décision de privatiser les infrastructures de production et distribution d’électricité (celles de transmission étant maintenues sous le contrôle de l’Etat) au terme d’un état d’urgence d’une durée de trois ans. Durant cette période, le gouvernement et les Etats fédéraux auraient à charge de réunir 5 milliards de dollars pour mettre en œuvre la modernisation et le renforcement de ces infrastructures obsolètes et en manque d’investissement.
Entravant le décollage durable de l’économie nigériane, l’insuffisance de ses capacités de production d’énergie pourrait apparaître comme un paradoxe. Détenteur d’immenses réserves évaluées à 36,2 milliards de barils, le Nigéria se place au premier rang des pays producteur d’or noir en Afrique subsaharienne, au coude à coude avec l’Angola1. Il ne produit pourtant que 3 300 mégawatts d’électricité, alors qu’avec une population de 140 millions d’habitants, quelque 20 000 mégawatts lui seraient nécessaires.
Face à de tels besoins, le Nigéria compte également se tourner vers d’autres sources d’énergie comme l’hydroélectricité et le nucléaire. Un programme nigérian de recherche dans ce domaine a d’ailleurs été lancé en juillet 2006, avec l’inauguration d’un commissariat à l’énergie atomique à Abuja. Même s’il n’est encore question que d’étudier les conditions d’une telle coopération, l’accord conclu cet été entre les chefs d’Etat français et nigérian pourrait ouvrir la voie à une coopération hautement stratégique dans le domaine de l’énergie électro-nucléaire.
La coopération énergétique avec le Nigéria n’en demeure pas moins tout aussi importante pour la France. Interrogée par la presse nigériane, la Secrétaire d’Etat française au Commerce extérieur Anne-Marie Idrac résumait ainsi le caractère stratégique des échanges commerciaux franco-nigérians. « Ils se traduisent par la sécurité d’approvisionnement énergétique pour la France et le développement de l’infrastructure pour le Nigéria. »
Le Nigéria figure en effet au premier rang des fournisseurs de pétrole brut pour la France en Afrique. L’or noir compte pour l’essentiel des importations françaises dans ce pays. Or, depuis 2000, elles ont été multipliées par deux, atteignant un niveau record en 2006, à hauteur de 1,98 milliard d’euros en 2006, plaçant le Nigeria au 11ème rang des fournisseurs de brut de la France.2
Premier investisseur français dans le pays, Total illustre le rôle prépondérant que joue le pétrole dans les échanges commerciaux franco-nigérians. Solidement implanté, le groupe pétrolier français réalise dans la zone côtière du Delta du Niger 10% de sa production mondiale et près d’un tiers de sa production en Afrique, soit 267 kbep3 par jour en 2007. En février 2008, il a franchi une nouvelle étape dans le développement de ses activités dans l’offshore profond nigérian, l’EPLN ayant obtenu l’accord des autorités et de ses partenaires (Chevron Petroleum Nigeria Ltd, Esso, Nexen), pour le lancement de l’exploitation du gisement offshore d’Usan, dont il est opérateur. Avec des réserves prouvées et probables estimées à plus de 500 millions de barils, la production de ce champ pourrait débuter en 2012 et rapidement atteindre 180 kbep/jour.
Début 2009, Total Upstream Nigeria Limited devrait également démarrer la production du champ d’Akpo effectuée au moyen d’une plateforme flottante située à environ 200 km des côtes de Port Harcourt et dont la capacité de production est de 225 000 barils par jour. Le centre technique de Technip à Paris a été chargé de la conduite globale de ce projet et de l’exécution de la phase d’ingénierie. Total mène également des activités de production onshore dans l’OML 58 (Oil Mining License), dont il a récemment annoncé l’augmentation de capacité. Il s’agit de porter la capacité de production totale des champs d’Amenam-Kpono, Ofon et Odudu à 140 000 bep par jour, dont celles de gaz de 10,6 millions de m3 par jour à 15,6 millions de m3.
Drainée par une industrie en plein développement qui représente les trois quarts des ressources de l’Etat, une grande majorité d’investissements français est encore concentrée dans les secteurs pétrolier et para-pétrolier, avec des groupes spécialisés comme Technip qui a remporté en juillet 2008 un nouveau contrat d’un montant de 75 millions d’euros auprès de la filiale d’Agip, la Nigerian Agip Exploration pour le développement du champ pétrolier offshore d’Oyo. Alstom, de son côté, a également renforcé sa position au Nigéria en fournissant au groupe Shell les équipements d’une centrale à cycle combiné (trois turbines à gaz de 167 mégawatts chacune), dont elle doit assurer la maintenance.
Le partenariat stratégique franco-nigérian reflète plus largement la montée en puissance du Nigéria dans les échanges entre l’Hexagone et l’Afrique. Après avoir franchi la barre des 3 milliards d’euros en 2006, les échanges commerciaux entre les deux pays ont enregistré un fléchissement sensible en 2007. Mais avec une nouvelle hausse de 20% à la mi-2008, le Nigéria a retrouvé la première place des partenaires commerciaux de la France en Afrique subsaharienne, tandis que le stock d’investissement de la France au Nigéria atteint désormais 4 milliards d’euros, soit plus que le stock total accumulé dans le reste de l’Afrique de l’Ouest.
Au cours de ces dernières années, le renforcement de la présence des entreprises françaises sur le marché nigérian, s’est également traduit par une diversification dans les secteurs non-pétrolier. Certains groupes français ont su affirmer leur savoir-faire dans des secteurs de pointe comme la conception des cartes d’identité nationale, dont le gouvernement a confié le contrat à la société Sagem, filiale du groupe Safran.
Récemment, le groupe Alcatel-Lucent a encore consolidé sa position sur le marché nigérian des télécommunications mobiles, le deuxième plus important marché d’Afrique avec un taux de pénétration de 30%. Après avoir accompagné l’expansion de Globacom en 2005, le groupe français a, en effet, remporté le 18 novembre 2008 un important contrat avec l’opérateur nigérian Emerging Market Telecom Services (EMTS), pour le déploiement de son nouveau réseau mobile au Nigeria.
Nombre d’entreprises françaises se sont implantées sur le marché nigérian à la faveur du lancement du processus de privatisation en 1999. Beaucoup bénéficient aujourd’hui de sa forte croissance et, plus particulièrement, de la progression de la production industrielle non- pétrolière, en hausse de 9% par an environ.
Dans le secteur de la construction, Lafarge est devenu en l’espace d’une décennie le deuxième cimentier du pays, tirant profit d’un secteur de la construction en plein essor. La multiplication des projets immobiliers et le développement des infrastructures a entraîné une hausse de la demande de ciment qui est passée de 8 millions de tonnes par an en 2001 à plus de 13 millions en 2007. Un dynamisme qui pousse le cimentier français à renforcer sa position au Nigeria, où il réalise sa production de ciment la plus élevée en Afrique subsaharienne, avec 3 millions de tonnes en 2006 (contre 2,7 pour l’Afrique du Sud) pour un chiffre d’affaires de 325 millions de dollars. En juin dernier, Lafarge a ainsi annoncé la conclusion d’un accord avec l’équipementier chinois CBMI pour l’extension des capacités de l’usine WAPCO. Dotée d’une nouvelle ligne de production, cette cimenterie verra ainsi sa production portée à 4 millions de tonnes par an contre deux actuellement.
Si le groupe Michelin a fermé son usine de pneumatiques, le Vice-Président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-nigériane, Marcel Hochet, a tenu à relativiser cette décision. «Michelin a fermé son usine mais il acquis plus de terrain pour la plantation d’hévéa. Il a progressivement arrêté sa production industrielle pour se concentrer dans la production de caoutchouc». Outre le renforcement de l’implantation de Lafarge, la poursuite des activités de Total illustre le potentiel de croissance que les groupes hexagonaux perçoivent dans ce marché. De nouveaux venus comme Bolloré qui a obtenu en juin 2006 une concession de quinze ans pour la gestion du port commercial de Tin Can, compte bien tirer profit du rayonnement commercial croissant du Nigéria dans le Golfe de Guinée. Moyennant un premier train d’investissement de 100 millions de dollars, il veut ainsi faire de Tin Can une alternative viable au port de Lagos Apapa, le plus important du pays mais aussi le plus engorgé.4
Locomotive de l’Afrique de l’Ouest dont il génère la moitié du PIB, le Nigéria ouvre aux entreprises françaises un vaste champ d’expansion. Doté d’un marché de 140 millions d’habitants, son potentiel reste encore largement inexploité notamment dans le secteur gazier, l’extraction minière, l’agro-industrie, tandis que ses besoins en infrastructures de développement sont colossaux. Autant de secteurs identifiés par le partenariat stratégique qui cible également, la sécurité, l’éducation et la formation professionnelle, ainsi que l’environnement.
La conclusion d’un partenariat stratégique franco-nigérian en juin 2008 devrait contribuer à renforcer l’intérêt des entrepreneurs français à l’égard d’un marché certes, encore jugé difficile, mais qui est voué à s’affirmer comme l’un des plus dynamiques d’Afrique compte tenu de sa taille et de son potentiel largement inexploité. Au MEDEF, le Président Yar’Adua a d’ailleurs invité les investisseurs français à «tirer davantage profit des opportunités d’investissement qui s’offrent dans tous les secteurs de l’économie nigériane avec les politiques de dérégulation et d’investissement mises en œuvre par le gouvernement fédéral». C.H.

1- Oil and Gas Journal (OGJ)
2- Source Direm
3- Baril équivalent pétrole
4- Challenges, Anna Rousseau, 4/11/08.

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