Lundi 19 Août 2019  
 

N°83 - Troisième trimestre 2008

La lettre diplometque
  Editorial
Madagascar
  Madagascar sur la voie de la transformation
 
  Pour un partenariat privilégié entre la France et Madagascar
 
  Entre Madagascar et la France, des liens d’amitié interparlementaires anciens et fructueux
 
  Madagascar : Un pays qui se transforme en profondeur
 
  La Grande Ile, ses projets miniers et leurs promesses de décollage économique
 
  Madagascar, l’île aux opportunités
 
  Œuvrer au renforcement des liens d’affaires entre Madagascar et la France
 
  « A l’instar de la Chine, Madagascar pourrait proposer sa médecine dans le monde entier »
 
  Madagascar : deuxième implantation du Cirad à l’étranger
 
  Le Consulat de Madagascar à Amiens au cœur du développement de liens franco-malgaches privilégiés et décentralisés
 
  Lyon au cœur d’une coopération décentralisée franco-malagache en plein essor
 
  Le fihavanana, comme pivot de la démarche malgache au sein de l’UNESCO
 
Nigéria
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     Madagascar
 

La Grande Ile, ses projets miniers et leurs promesses de décollage économique

Réforme de l’éducation, réhabilitation des infrastructures, modernisation du système foncier, redécoupage administratif… Deux ans après sa réélection le 10 décembre 2006, le Président Marc Ravalomanana multiplie les initiatives pour accélérer le développement de Madagascar. Avec le lancement de grands projets miniers, il peut désormais compter sur la manne des investissements étrangers et des exportations qu’ils vont générer pour dynamiser l’économie de la Grande Ile.

Le pari des mines
A un peu plus de 750 km au sud-est de la capitale, Antananarivo, le paisible port de Taolagnaro connaît une transformation sans précédent. En l’espace de deux ans, sa population a doublé atteignant 70 000 habitants. Fort-Dauphin comme le rebaptisèrent les Français, se modernise avec la construction de nouvelles infrastructures, d’une école, d’un hôpital, l’apparition d’édifices modernes aux côtés des façades coloniales…
Doté d’un réservoir de richesses restées longtemps inexploitées, Madagascar puise désormais dans son sous-sol les ressources de son décollage économique. A 13 km de Taolagnaro, la mine de Mandena devrait commencer d’ici peu l’extraction d’ilménite, un minerai riche en titane et en fer, utilisé comme pigment dans la peinture pour les plastiques et les cosmétiques. La compagnie Qit Madagascar Minerals (QMM), une filiale du géant anglo-australien Rio Tinto, a investi plus de 600 millions de dollars pour exploiter ce gisement considéré comme le plus vaste au monde. La production devrait atteindre 750 000 tonnes par an (soit 9 à 10% de la production mondiale). Prévue sur une durée d’au moins 40 ans, l’exploitation de l’ilménite pourrait rapporter jusqu’à 21 millions de dollars de taxes par an à l’Etat. Sans compter les retombées sur la région, avec la construction d’un port ultra-moderne (Ehola), la réhabilitation de la station de pompage d’eau et l’installation d’une nouvelle centrale électrique de 23,8 mégawatts.
Depuis l’adoption d’une loi sur les Grands investissements miniers en 2005, plusieurs chantiers ont été lancés sur tout le territoire malgache. Près de Tuléar, un gisement de titane devrait commencer à être mis en valeur dans les deux prochaines années. Au nord de la Grande Ile, une mine à ciel ouvert est en cours d’aménagement à Ambatovy. Elle pourrait contenir 5% des réserves mondiales de nickel et 10% de celles de cobalt. Plus de 2,5 milliards de dollars doivent être investis pour son exploitation par le consortium emmené par le groupe canadien Sherritt. Ce qui en fait le plus vaste projet capitalistique lancé à Madagascar, comprenant notamment d’importants travaux pour la construction de deux nouveaux quais dans le port de Toamasina (Tamatave), dont un réservé uniquement au développement d’Ambataovy. A partir de février 2010, le premier port malgache devra en effet être pret à exporter 60 000 tonnes de nickel et 5 600 tonnes de cobalt.
La hausse du prix des matières premières explique aussi la ruée des investisseurs sur les ressources minières de Madagascar. Le groupe pétrolier français Total a également sauté le pas en acquérant 60% des parts du permis Bemolanga le 17 septembre dernier auprès de la société Madagascar Oil. Pour exploiter les sables riches en pétrole extra-lourd de ce gisement situé à 300 km au nord-ouest d’Antananarivo, Total peut s’appuyer sur son expertise canadienne et vénézuelienne. Avec des réserves estimées à plus de 10 milliards de barils, Bemolanga pourrait produire 180 000 barils par jour pendant 30 ans. Entre 65 et 70% de la valeur de la production reviendrait à l’Etat malgache, selon l’OMNIS (Office des Mines nationales et des industries stratégiques). Mais il faudra attendre une dizaine d’années avant le démarrage d’une production à grande échelle.

Effet levier
« Concentrons-nous sur l’avenir…Les cinq années à venir seront des années de mise en œuvre et de réalisations. Nous construirons les murs et les toits. » Marc Ravalomanana appelait ainsi les Malgaches à se mobiliser pour le développement du pays, le 19 janvier 2007, jour de cérémonie d’investiture pour son second mandat. Avec pour feuille de route, le Plan d’action pour Madagascar (MAP), fer de lance d’une stratégie économique visant à poser les jalons d’une croissance durable à l’horizon 2012.
Deux ans plus tard, les signes d’un décollage économique sont devenus tangibles, avec un taux de croissance qui est passé de 4,7% en 2006 à 6,3% en 2007. Pour 2008, le Fonds monétaire international (FMI) évaluait fin septembre dernier la croissance réelle à 7,1%.
La progression du PIB s’est accélérée grâce à l’afflux sans précédent des investissements étrangers, essentiellement dans le secteur de l’industrie extractive. Ceux-ci ont atteint 997 millions de dollars en 2007 contre 294 millions de dollars en 2006, selon les données de la CNUCED. Ils sont aujourd’hui à l’origine de l’essentiel de l’effort d’investissement privé, dont la progression de 45% en 2007 porte sa contribution au PIB à hauteur de 6,5%. Et ce n’est qu’un début : si le secteur minier ne contribue encore qu’à hauteur de 4% du PIB, sa part pourrait grimper jusqu’à 30% d’ici 2011 avec la mise en production de toutes les réserves connues.
Les autorités malgaches escomptent d’ailleurs de la mise en valeur de ses ressources minières un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. Pour mettre en œuvre le MAP, dont le coût de financement est estimé à environ 1,5 milliard d’euros par an, Madagascar ne peut compter uniquement sur l’aide des bailleurs de fonds qui soutiennent, par ailleurs, pleinement sa politique de réforme structurelle.
Le gouvernement veut en effet mettre le secteur privé au cœur de son plan de développement national. Alors que la réhabilitation des infrastructures (notamment routières) et le renforcement des capacités d’approvisionnement électrique sont devenus des priorités, toute une batterie de mesures a été déployée pour favoriser l’activité des entreprises exportatrices et l’implantation d’investisseurs étrangers. Certains tarifs douaniers ont ainsi été abaissés, tandis que la loi de finances 2008 prévoit de réduire le nombre d’impôts de 28 à 14 et de réviser le régime d’imposition sur les sociétés.
Fin décembre 2007, les députés malgaches ont adopté une nouvelle loi sur les investissements, faisant de l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM) l’agence incontournable pour les investisseurs. Directement placée sous la tutelle du Président de la République, elle est habilitée à octroyer des visas, délivrer des autorisations d’acquisition de terrains et d’attestations pour les entreprises franches. La loi prévoit également des facilités administratives et fiscales comme l’allègement des procédures d’accès à la propriété foncière, d’obtention de visa et d’autorisation d’emploi, ou encore la création d’un visa « professionnel » d’une durée de trois ans. Autant de progrès consacrés par le rapport 2008 de la Banque mondiale Doing Business, qui fait progresser Madagascar de sept places (au 144ème rang sur 181 pays).
C.H.

 

Des investissements français solidement ancrés dans le marché malgache

Avant l’entrée de Total dans le permis Bemolanga, les entreprises françaises étaient restées distantes des grands projets d’extraction minière à Madagascar. Depuis 2006, l’Hexagone a même reculé de deux places dans le classement des investisseurs étrangers, derrière le Canada et les Etats-Unis . Une conséquence directe de l’entrée fulgurante des grands groupes canadiens dans le secteur minier malgache.
En prévoyant d’investir 130 millions de dollars pour les deux première phases de mise en valeur du gisement de pétrole extra-lourd de Bemolanga, Total devrait cependant contribuer à rehausser la position française sur le marché malgache. L’essor de l’industrie minière devrait également bénéficier à d’autres entreprises françaises, à l’instar de Colas qui a ainsi remporté en juin 2007 un contrat de 100 millions d’euros pour la construction des voies d’accès et la réalisation des travaux de terrassement de la mine d’Ambatovy.
En fait, avec un solide ancrage dans la Grande Ile, les entrepreneurs français peuvent se targuer d’être en première ligne pour saisir les nouvelles opportunités qu’offre l’accélération du développement économique malgache. Plus de 650 entreprises à capitaux français sont en effet implantées sur le marché malgache, dont certaines de longue date comme Colas (depuis 1942) ou Bull qui a fêté en septembre dernier ses 50 ans de présence. Un tiers d’entre elles sont des PME réparties dans des secteurs très divers. En mai dernier, la Foire internationale de Madagascar a accueilli le double de participants français par rapport à 2007, avec plus de 76 sociétés représentées, dont plus d’un tiers est d’ailleurs venus de l’Hexagone à cette occasion.
De nombreux secteurs affichent un fort dynamisme comme les télécommunications, le tourisme et les services financiers, ouvrant la perspective de nouveaux investissements. BNI, la filiale du Crédit Agricole à Madagascar, affiche ainsi un taux d’augmentation de son résultat net de 44,44% pour l’exercice 2006-2007. Elle poursuit d’ailleurs son expansion, avec l’ouverture de deux nouvelles agences dans la capitale, tandis que l’offre de services a été renforcée dans ses 25 agences qui couvrent l’ensemble du territoire. Dans le secteur hôtelier, le groupe Accor a lancé la construction de son premier hôtel dans l’île. Un trois étoiles de 150 chambres, qui devrait être inauguré sous l’enseigne Ibis, dans le quartier Ankorondrano, peu avant la tenue du sommet de l’Union africaine qu’accueille Anatananarivo en juillet 2009.

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