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Premier trimestre 2006

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Comment réduire de moitié la misère du monde avant 2015 ?

 

Par M. Philippe-Henri Latimier, Ph.D., Président de Montserrat Economic Development Advisory Services (MEDAS), Professeur associé de Banque / Finance au New York Institute of Finance
 

L’ambition du présent article est double : s’interroger, d’une part sur la question de savoir si l’on peut encore raisonnablement imaginer réduire de moitié la misère du monde et, le cas échéant, comment y parvenir et sous quel délai ?

Et d’autre part, faire l’état des lieux de ce qui a été réalisé à ce stade, en évoquant ce qui a bien fonctionné, ce qui a moins bien ou peu fonctionné tout en tentant d’expliquer pourquoi.

Et surtout, d’apporter notre modeste contribution en proposant ici quelques suggestions en guise de lignes d’action pour faire reculer la misère du monde et vaincre à la racine le sous-développement économique.

 
Les faits…

Au moment même où l’encre de cet article sèche, près de la moitié des six milliards d’individus qui peuplent la planète vit avec moins de deux dollars au quotidien. Le produit intérieur brut (PIB) des 48 pays les plus pauvres du globe, soit un quart des pays au total, représente moins que la richesse cumulée des trois pays les plus riches au monde. Près d’un milliard d’individus sont entrés de plein pied dans le 21ème siècle totalement incapables de lire le journal ou d’écrire tout simplement leur nom.

En outre, moins d’un pour cent de ce que nos gouvernements respectifs dépensent chaque année en armement aurait suffi à scolariser en l’an 2000 l’ensemble des enfants laissés pour compte. Et pour autant, aussi dérisoire que puisse paraître ce chiffre, rien de semblable ne s’est finalement produit à cet égard.

Ajoutons ici qu’un milliard d’enfants vivent dans la pauvreté soit, globalement, un enfant sur deux dans le monde. Parmi eux, 640 millions vivent sans domicile fixe digne de ce nom, 400 millions d’entre eux n’ont pas accès à l’eau potable, 270 millions n’ont pas droit aux soins médicaux les plus élémentaires. Et enfin, aussi cruels que soient les chiffres, 10,5 millions d’enfants sont morts en 2003 avant d’atteindre leur 5ème anniversaire.

Pourquoi, donc cette misère dans le monde ?

Pourquoi donc cette fatalité ?

Et comment enrayer plus efficacement cette insupportable spirale ?

 

L’explication à l’évidence est plurielle et varie d’un pays à l’autre.

Elle se décline à l’infini souvent au rythme des erreurs de politiques économiques récurrentes, de certaines insuffisances institutionnelles ou manquements des pouvoirs publics, voire de l’instabilité politique de certains gouvernements confrontés à des guerres fratricides ou des conflits armés entre nations voisines.

Tous ces facteurs conjugués participent au retard voire à l’abandon dans certaines situations de la mise en place de dispositifs économiques pourtant potentiellement bénéfiques et salutaires au sein des pays concernés.

Une autre explication, certes plus iconoclaste celle-là, serait de prétendre qu’en raison du récent phénomène de mondialisation auquel toutes les nations sont exposées, les décisions, les politiques autant que les pratiques de marché conçues et promues par les nations les plus riches et les plus puissantes, deviennent de plus en plus universelles et incontournables, marginalisant dans le même temps et de manière encore plus discriminante les pays à la traîne, dont les standards au plan économique apparaissent forcément archaïques.

Un tel constat -sans doute- à nuancer au cas par cas, n’est pas toutefois sans accabler les grandes entreprises multinationales jugées trop timides à l’égard de ces marchés à défricher, ou sans interpeller les leaders politiques ainsi que les agences gouvernementales de développement et autres organismes financiers internationaux, que l’on sait ne pas être toujours aussi clairvoyants et pragmatiques dans leurs appréciations et leur réactivité au regard de ce que l’urgence et la brutalité de la réalité commanderaient. Et de l’intervention desquels, on le sait dépend la survie de ces pays tant au plan strictement alimentaire que sanitaire et économique. De cette influence extérieure résulte une situation aggravée au plan local, où seuls quelques pays arrivent à tirer toutefois leur épingle du jeu.

 

Matière à méditer…

Dans l’état actuel des choses, les pays occidentaux se sont majoritairement contentés de promouvoir et de mettre en place des programmes d’assistance économique auprès des pays pauvres.

Sans remettre en cause l’intérêt indispensable de tels dispositifs, l’assistance économique dans sa forme actuelle, c’est-à-dire reconnue pour son efficacité dans la précarité de l’instant, n’a pas permis pour autant de créer dans ces pays, les conditions d’un développement économique durable. La misère dans le monde est assurément un vaste problème en termes économiques, sociaux et humains.

S’il est exact que quelques pays à force de volonté et de discipline se sont progressivement éloignés puis sortis des difficultés du sous-développement économique, d’autres en revanche restent durablement enfoncés dans les sables mouvants de la pauvreté.

L’aide économique aussi indispensable soit-elle n’est qu’un coup d’épée dans l’eau si la croissance économique ne prend pas dans son sillage le relais. Force est de constater que toutes les économies développées au monde doivent d’abord leur salut et leur niveau de vie au secteur privé, adossé cela va sans dire, à des finances publiques saines. Aucun pays de la planète n’échappe à cette réalité bien comprise. Et l’implication de la communauté des affaires portée par des initiatives privées est le meilleur remède pour lutter durablement contre la pauvreté et l’asphyxie lente dans lesquelles sont plongés les pays les plus pauvres de la planète.

Il est désormais empiriquement établi, qu’à périmètres de consolidation équivalents, les pays qui ont su générer par eux-mêmes de la croissance économique en faisant montre de rigueur au plan budgétaire et fiscal, sont aujourd’hui plus développés que ceux qui ont bénéficié ou continuent de bénéficier des taux d’assistance économique les plus forts de la communauté internationale, sans se donner réellement les moyens de se prendre en charge à un moment donné.

L’investissement direct étranger fait figure de véritable clé de voûte en matière de facteurs exogènes de croissance chez les pays les plus démunis. Il est dans la durée le meilleur vecteur de croissance économique et social car il se traduit à terme, par des emplois et par la création de richesses indépendamment de toute aide économique aux effets forcément localisés dans le temps.

Construire des écoles à l’intérieur d’un programme d’assistance économique dans le cadre d’une enveloppe financière limitée est certainement en soit très louable, mais pour autant rien ne saurait pouvoir remplacer en terme d’efficacité, la valeur ajoutée apportée par l’implantation d’une entreprise sur place, projet aux effets « parapluie » plus immédiats et durables pour la population.

Le tableau sous-rubrique (ci-dessus), établi par la Banque Mondiale indique la répartition en pourcentage des taux de croissance du PIB par zone géographique et leur évolution.

A titre d’illustration, l’exemple de la Zambie et de la Corée du Sud permet de corroborer le constat précédent s’agissant du différentiel constaté aujourd’hui, en terme de degré de développement économique entre un pays, la Zambie, en l’espèce historiquement abreuvé d’aide économique,   et la Corée du Sud, pays qui a su très tôt capitaliser sur la croissance économique générée notamment par la manne de capitaux étrangers qui s’y sont investis.

En effet, en 1964, la Corée du Sud était quasiment 50% plus pauvre que la Zambie.

Aujourd’hui, force est de constater que la Corée du Sud est 27 fois plus riche que la Zambie.

Pourtant depuis 1964, la Zambie a reçu de son coté, un montant 14 fois plus élevé en dotations d’aide économique en tout genre comparé à la Corée du Sud.

Il n’échappera donc à personne que la Corée du Sud a su prendre en marche le train de l’intégration économique mondiale qui l’a conduite avantageusement au niveau de sophistication que l’on sait.

Les deux tableaux, ci-dessus, apportent un éclairage circonstancié quant au lien de causalité entre taux de croissance économique et seuil de pauvreté.

Il n’est donc pas déraisonnable de prétendre que ce dont le monde a besoin aujourd’hui pour tenter d’éradiquer de manière encore plus efficace la misère et le sous-développement économique, c’est d’une coopération élargie entre les programmes d’aide économique, d’une part et le monde des affaires, d’autre part afin de permettre aux entreprises du secteur privé d’investir dans les pays émergents ou en voie de développement avec davantage de sérénité et un surcroît de lisibilité et de visibilité en matière de risques pays et politique.

Il ne saurait y avoir de « développement durable » sans investissement productif durable.

Les multinationales une fois le terrain, certes préalablement défriché par les agences gouvernementales de développement et autres structures d’assurance à l’exportation, doivent pouvoir s’engouffrer massivement dans la brèche de l’investissement productif durable à l’abri de garanties sérieuses en termes de retour sur investissement et de délai de récupération du capital investi, avec en filigrane un contexte économique sécurisé en matière de risque de change, d’expropriation et de gouvernance politique.

Fort de ce constat, l’idée d’un fonds d’investissement intergouvernemental   adossé à une banque de toute première signature au conseil duquel siègeraient les représentants des plus illustres entreprises pétrolières, minières et gazières en raison des   excédents de trésorerie pléthoriques dont elles disposent,   circule déjà   dans les coulisses des palais gouvernementaux, les bureaux capitonnés des banques centrales, ceux de Bruxelles et de Washington, sous l’impulsion de quelques esprits aussi visionnaires que pragmatiques.

Gageons que ce projet éclairé que d’aucuns ont d’ores et déjà baptisé « Fonds d’investissement productif durable » (FIPD) fasse promptement son chemin et qu’il puisse se voir concrétiser rapidement en raison de l’urgence de la situation et de la gravité du fléau à combattre, tout en offrant aux investisseurs des opportunités nouvelles en matière de création de valeur et de création de richesse actionnariale, piliers de notre système économique.

Et qu’à l’heure de la globalisation, à laquelle nul ne saurait échapper, il puisse entraîner dans son sillage immédiat d’autres initiatives de dimension et d’intérêt à tout le moins comparables, dont les pays les plus démunis sauront profiter dès les premiers instants de leur mise en force.

Ce qui a été fait du côté des Organisations Internationales

Les Nations unies : le programme de développement du millénaire a été lancé à l’initiative des Nations unies. Il comporte 8 objectifs distincts que les quelque 191 pays membres se sont engagés à atteindre pour 2015.

 
*M. Philippe-Henri Latimier est également Président d'Euro Raid Export Academia (EREA)
 

Ces objectifs sont les suivants :

1- Eradication de la pauvreté extrême et de la sous- alimentation.

2- Education minimale pour tous et chacun.

3- Promotion de l’égalité des sexes et de la parité homme/femme.

4- Réduction de la mortalité infantile.

5- Amélioration de la santé maternelle.

6- Lutte contre le SIDA et autres maladies du genre.

7- Garantie d’un environnement durable.
8- Création des conditions d’un partenariat pour stimuler le développement économique.
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