Vendredi 22 Mars 2019  
 

N°124 - Quatrième trimestre 2018

La lettre diplometque
  Éditorial
Entretien exclusif
Coopération
  À la « vitesse turbo » vers l’Assemblée parlementaire franco-allemande
 
  Franchir un nouveau cap
 
  « Nous avons réussi à faire du couple franco- allemand le cœur d’une Europe unie »
 
  « Apporter une réelle valeur ajoutée aux citoyens et rapprocher nos sociétés »
 
  Un engagement en faveur d’une relance du partenariat franco-allemand
 
  Profiter du nouvel élan pour faire avancer l’intégration des régions frontalières franco-allemandes
 
  « L’Europe s’invente ici, dans nos régions frontalières »
 
  « L’Europe ne se décrète pas, elle se réalise par des réalités tangibles, quotidiennes et inclusives »
 
  Des territoires acteurs des échanges de part et d’autre du Rhin
 
  À Francfort, le Consulat incarne la France au cœur de l’Allemagne
 
  Une présence allemande très active en Auvergne-Rhône-Alpes
 
  Le franco-allemand : terrain permanent d’innovations
 
  Le couple franco-allemand : un moteur toujours indispensable dans une Europe en crise
 
  Assumons l’anachronisme !
 
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2019 : une coopération franco-allemande renouvelée

Lutte contre le réchauffement climatique, transition numérique, compétitivité économique, montée des populismes, défense… Pour relever les défis du XXIème siècle, l’Allemagne et la France aspirent à insuffler un nouvel élan à leurs liens de coopération à travers le nouveau traité conclu le 22 janvier 2019 à Aix-la-Chapelle. Il s’agit pour elles de mettre à jour le traité de l’Élysée signé en 1963 et qui a façonné la spécificité du partenariat franco-allemand au cœur de la construction européenne.

Cinquante-six ans après la signature du traité de l’Élysée, les relations franco-allemandes demeurent un modèle singulier de coopération entre deux États. Par la diversité des domaines de concertation : de la politique étrangère, économique, financière, industrielle et de défense aux échanges scientifiques, culturels et à la mobilité de la jeunesse. Par l’envergure des réalisations : Airbus, que d’autres pays européens ont rejoint dès les années 1970 et qui est aujourd’hui le premier constructeur mondial d’avions commerciaux ; Arte, cas unique de chaîne binationale, qui émet depuis 1992 ; l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) qui a permis depuis 1963 à 9 millions de jeunes, mais aussi d’autres pays européens, d’explorer la culture française et allemande ; ou encore la Brigade franco-allemande (BFA) dans le domaine militaire. 
À l’origine de ce partenariat, l’accord de coopération signé entre le Chancelier Konrad Adenauer et le Président Charles de Gaulle, le 22 janvier 1963, qui scelle la réconciliation franco-allemande. Rétrospectivement, et en dépit des divergences de vue ou des rivalités économiques qui les opposent encore, l’Allemagne et la France ouvrent alors une nouvelle ère, après trois guerres, dont deux d’envergure mondiale (1870, 1914-1918 et 1939-1945), qui ont conduit les deux nations et, avec elles, l’Europe entière au bord du gouffre.
Communément appelé « traité de l’Élysée », cet accord institue le principe de rencontres régulières entre les responsables politiques et les responsables administratifs au plus haut niveau dans les domaines des affaires étrangères, de la défense et de l’éducation. Dans chaque pays est créée une Commission interministérielle pour la coopération franco-allemande (CICFA) chargée de coordonner l’action des ministères. La jeunesse occupe une place considérée comme fondamentale puisque l’OFAJ sera la seule institution immédiatement issue de cet accord. 
Le traité de l’Élysée jette également les bases d’autres programmes de coopération qui verront le jour par la suite : les conseils franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS), économique et financier (CEFFA), de l’Environnement (CFAE) et le Haut Conseil Culturel franco-allemand (HCCFA) en 1988, la BFA en 1989, Arte et le centre Marc Bloch en 1992, l’Institut de Berlin-Brandebourg pour la coopération franco-allemande en Europe et l’Eurocorps en 1993, l’Université franco-allemande (UFA) en 1997 et le Conseil des ministres communs (CMFA) qui remplace les sommets franco-allemands en 2003. Significative de la nécessité d’impliquer encore davantage les citoyens, la plus récente initiative franco-allemande porte sur la création d’une Assemblée parlementaire commune qui devrait être inaugurée le 22 janvier 2019.
Fruit du rapprochement entre le Président Charles de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer, le traité de l’Élysée consacre le resserrement des liens entre la France et l’Allemagne initié dès la fin des années 1940. Dans le sillage de ce mouvement visant à renouer avec « l’esprit de Locarno », l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg est créé en 1948 avec pour objectif « d’encourager l’entente franco-allemande dans tous les domaines de la vie intellectuelle et publique ». 
Le constat est commun : les destins des deux pays sont liés dans une Europe dévastée, ruinée et littéralement écartelée entre deux puissances portées par des idéologies antagonistes, les États-Unis et l’Union soviétique. Au sortir de la Seconde guerre mondiale, on parle en Allemagne de « Stunde Null » (heure zéro) : son territoire est divisé en quatre zones d’occupation et amputé de 24% de sa superficie. À l’image de Berlin, Dresde ou Cologne, 70% des villes allemandes ont été quasiment rasées.
Certes, les arrière-pensées sont nombreuses de part et d’autre. Il n’empêche : trois ans après le lancement du plan Marshall par les États-Unis, la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 qui révèle le projet de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), marque un tournant. En octobre 1953, l’ancien Ministre français des Affaires étrangères expliquera au Collège de Bruges : « nous sommes partis de beaucoup moins de considérations économiques que politiques, désintoxiquer les relations entre la France et l’Allemagne, assurer la paix, créer un climat de coopération à travers l’Europe, tel était notre objectif avant tout autre ».
Inspirée par Jean Monnet, la CECA, qui est créée en 1951 est aujourd’hui considérée comme le fondement de la construction européenne. Les origines et le parcours de son promoteur, Robert Schuman, représentent d’ailleurs tout un symbole : né à Luxembourg, le 29 juin 1886, il est le fils d’un Lorrain qui s’était soustrait à l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne en 1870, en allant s’établir dans le Grand-Duché de Luxembourg, à quelques kilomètres d’Évrange, son village natal. Après le retour de l’Alsace-Lorraine à la France, il entrera au Parlement français comme député de la Moselle. 
De son côté, le Chancelier Konrad Adenauer jouera un rôle clé pour imposer, auprès de ses concitoyens, l’idée que la réconciliation avec la France était nécessaire, y compris au prix de concessions de poids, pour favoriser l’intégration occidentale de la République fédérale d’Allemagne (RFA).
Si le projet de Communauté européenne de Défense (CED) échoue le 30 août 1954, les accords de Paris du 23 octobre 1954 permettent de franchir une nouvelle étape dans le rapprochement franco-allemand grâce au compromis entre le Président du Conseil des ministres Pierre Mendès-France et le Chancelier Konrad Adenauer sur le statut de la Sarre. Ce jour-là, la RFA signe également avec la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne les accords prévoyant de mettre fin au régime d’occupation auquel elle était soumise jusqu’alors (et qui sera effective en mai 1955) ; accords qui entérinent également l’adhésion de la RFA à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et à l’Union de l’Europe occidentale (UEO).
La nouvelle entente franco-allemande sera confortée par la signature de l’accord de Colomb-Béchar relatif à la coopération industrielle et technologique dans le domaine nucléaire (12 mars 1956) et du traité sur le règlement de la question sarroise à Luxembourg (27 octobre 1956). Elle est de fait placée au cœur de la construction européenne dont un nouveau pilier est bâti le 27 mars 1957 avec la signature du traité de Rome qui fonde la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA). 
Ainsi, « lorsque le général de Gaulle revient au pouvoir en 1958, les principaux sujets de litige entre Paris et Bonn ont disparu ». Ses convergences de vue sur la situation de l’Europe avec le Chancelier Konrad Adenauer finiront par ouvrir la voie au lancement d’une franche coopération entre la France et l’Allemagne. En avril 1962, les concertations entre les six pays membres de la CEE dans le cadre de la Commission intergouvernementale présidée par le diplomate français Christian Fouché échouent à doter la construction européenne d’une dimension politique. Mais, le Chancelier Konrad Adenauer acceptera rapidement la proposition du Président Charles de Gaulle de reprendre l’esprit et une large part du contenu du Plan Fouché dans le cadre d’un accord bilatéral qui sera signé le 22 janvier 1963. CH

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