Mardi 21 Mai 2019  
 

N°123 - Troisième trimestre 2018

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Le risque dans les grands projets d'infrastructures

 

Par Pr. Hamdouraby SY, Ph.D,
Professor of Advance Risk Management Centre d’Études Avancées et de Recherche en Management de Projets, Programmes et Portefeuille (CASR3PM) de Dakar, Sénégal

La mise en œuvre des grands projets d’infrastructures du continent africain engagée dans le cadre de divers plans, présente un haut degré de risques tant en ce qui a trait aux études de faisabilité partielle, qu’à la technologie. Ces risques sont souvent associés aux caractères obsolètes des équipements liés à des contraintes et défis posés par le déphasage industriel du continent ; ainsi qu’aux cadres réglementaire et géopolitique qui régissent aussi bien la mise en œuvre que la gouvernance des projets. La disponibilité d’infrastructures conforme aux normes, la main d’œuvre hautement qualifiée et les moyens de télécommunication performants sont les trois piliers indispensables et incontournables pour le développement de n'importe quel pays, notamment pour les pays africains qui tendent vers l’émergence, mais qui en souffrent parfois d’un manque criard.

Intégration de la dimension des risques dans la conception, la planification, la mise en œuvre des projets
L’immensité des besoins est telle que la sous-région peine, aujourd'hui encore, à trouver des financements nécessaires pour la réalisation de ces projets et programmes d’infrastructures dont une grande majorité connait un dépassement de coûts et de délais. Face à ce défi, le Sénégal, à titre d’exemple, a très vite compris la nécessité d’entreprendre de vastes programmes dans le cadre du Plan Sénégal Émergent (PSE) afin de doter le pays d’infrastructures modernes susceptibles de soutenir le dynamisme d’une croissance compétitive, inclusive et solidaire. Ainsi, pour mieux réussir la mise en œuvre des 27 « projets prioritaires » déclinés dans le PSE, l’intégration des bonnes pratiques internationales et leur adaptation au contexte national, ainsi que la prise en compte de la dimension des risques, s’avèrent indispensables pour pouvoir renforcer l'attractivité du pays pour les investissements internationaux par un apport consistant à forte valeur ajoutée.

Aujourd’hui, la dimension des risques constitue une variante pertinente à prendre en compte tant dans la conception, la planification que la mise en œuvre de ces projets. En effet, ces risques se présentent comme des événements ou des conditions possibles dont la concrétisation pourrait avoir un impact sur un ou plusieurs objectifs des projets et qui, à leur tour, pourraient impacter les contenus, les délais, les coûts et la qualité de la mise en œuvre de ces projet. Un risque peut avoir une ou plusieurs causes avec un ou plusieurs impacts. Une cause peut être une exigence, une hypothèse, une contrainte ou une condition pouvant conduire à des résultats négatifs ou positifs. Ainsi, les risques de projets trouvent leur origine dans l’incertitude présente dans tout projet et varient selon les types. 
Les risques connus sont ceux qui ont été identifiés et analysés, permettant ainsi de planifier des réponses adéquates susceptibles d’amortir leurs impacts. Cependant, des risques inconnus spécifiques ne peuvent être gérés de façon proactive sans élaborer, au préalable, un plan de secours. Les risques constituant alors une menace pour le projet peuvent être acceptés (la tolérance aux risques) s’ils se situent dans les limites acceptées et acceptables et qui sont contrebalancés par les bénéfices qui pourraient être tirés suite à leur prise en compte. Par exemple, l’adoption d’un échéancier en exécution accélérée par chevauchement est un risque pris pour tirer profit d’une date d’achèvement anticipée.
Au total, une approche cohérente en matière de gestion de risques doit être mise au point pour chaque projet ; soutenue par une gouvernance des risques alliée à un plan de communication cohérent et pertinent permettant de mieux circonscrire, évaluer et traiter ces derniers afin de minimiser leurs impacts. Pour réussir, l’institution ou l’organisation doit s’engager à traiter le management des risques de façon proactive et cohérente tout au long du projet. Un choix raisonné devra être pris à tous les niveaux de l’organisation en vue d’identifier et de poursuivre activement un management efficace des risques pendant la durée du projet.

Quelles solutions alternatives ?
À présent, quelles solutions face à tant de facteurs limitant le développement de nos États africains ? Pour une prévention rigoureuse, la gestion des risques devrait être une partie intégrante du management surtout interculturel de projets et programmes en Afrique d’autant plus que ces derniers présentent de plus en plus une grande complexité tant en termes de montage qu’en termes de gestion. Qui plus est, les énormes besoins en infrastructures des pays de l’Afrique de l’Ouest ont été exhumés et posent d’énormes problèmes de gestion qui ont drainé de considérables risques ayant causé d’importants impacts négatifs du seul fait des manquements dans les systèmes. Dès lors, il est impératif, utile et urgent à la fois que les États africains, particulièrement ceux de l’Afrique de l’Ouest, mettent en place des modèles de gestion de risques appropriés, capables d’atténuer et d’amortir les impacts engendrés par ces risques. 
Une gestion rigoureuse des risques peut constituer une garantie de succès car il existe incontestablement une forte corrélation entre la somme d'efforts consacrés et identifiés pour pouvoir gérer les risques d’un projet donné et le niveau de succès escompté du projet. L’absence d’une cellule de suivi-évaluation composée de spécialistes pluridisciplinaires issus des administrations publiques et du secteur privé, de surcroît très avisés sur les problématiques précitées, capables de travailler en mode « fast-track » sur des « hypothèses de risques » fiables, constitue déjà un facteur d’échec potentiel.

Bilan et leçons apprises
Avec une géopolitique souvent instable voire turbulente alliée à une complexité accrue des opérations, les projets d’infrastructures mis en œuvre en Afrique sont plus que jamais exposés à divers types de risques d’ordre financier, conceptuel, contractuel, économique, social, politique, juridique, public, logistique, environnemental, terroriste, épidémique, etc.). La quasi-totalité de ces facteurs de risques peuvent avoir une grande influence aussi bien sur le coût, sur les délais que sur la qualité des projets en les affectant négativement, rendant ainsi leur profitabilité faible ou pratiquement inexistante. En effet, de nombreuses études ont démontré qu’une majorité de grands projets conduits en Afrique se sont soldés par des échecs à cause du non-respect de la hiérarchie des risques précités. 
L’analyse de la performance de ces grands projets d’infrastructures publiques révèle que bon nombre d’entre eux échouent en raison d’une absence de systèmes rigoureux de gestion de risques. Dès lors, les enjeux de la mise en place d’un système de management des risques « des projets prioritaires » du PSE viserait essentiellement à identifier, classer, évaluer, hiérarchiser et maîtriser les risques potentiels encourus, afin de mieux garantir un réel taux de succès. L’efficacité d’un tel système de management des risques dépendra largement en grande partie de la fiabilité des informations disponibles sur les risques. Dans cette optique, elle devra surtout s’appuyer sur la mise en place de procédures de circulation de l’information rapide avec une communication forte au sein de l'équipe-projet car l’information est la première condition pour réussir une action.
C’est dans cette logique que le Centre d’Études Avancées et de Recherche en Management de Projets, Programmes et Portefeuille (CASR3PM), fort de son expérience et de son expertise, peut s’ériger comme potentiel levier, apte à accompagner les différents États africains dans la conception, et la mise en œuvre de leur plan à travers des systèmes de gestion de risque solides et fiables.

Conclusion
La mise en œuvre de projets d’infrastructures en Afrique requiert de toute évidence une association en amont des populations, une écoute soutenue, une prise en compte des différents points de vue et une implication active de tous les acteurs. Un recours à une approche non participative, à des solutions toutes faites qui ne prennent pas en compte la communication, la dimension socioculturelle et les valeurs traditionnelles des populations locales, ne pourrait qu’augmenter les risques d’échecs et les blocages dans l’exécution et l’exploitation de ces projets et programmes, aussi louables et parfaits soient-ils sur le papier.

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