Mardi 16 Juillet 2019  
 

N°123 - Troisième trimestre 2018

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Gabon : Décrispation politique, offensive diplomatique et relance économique

Entretien avec S.E.M. Flavien ENONGOUÉ,
Ambassadeur Haut-Représentant du Gabon en France, Représentant permanent du Gabon auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

Figurant parmi les pays les plus dynamiques en Afrique sub-saharienne, le Gabon continue de jouer un rôle diplomatique clé sur le continent, ainsi que dans l’économie et la sécurité sous-régionales. Malgré les difficultés rencontrées ces trois dernières années (2015, 2016 et 2017), le pays a amorcé début 2018 une phase de relance s’appuyant sur une stratégie fondée sur l’accélération de la diversification des partenariats pour accompagner la transformation locale de ses immenses richesses (forêt, agriculture, mines, hydrocarbures…). En poste à Paris depuis juin 2017, l’Ambassadeur Haut Représentant du Gabon en France, Représentant permanent auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), S.E.M Flavien Enongoué revient pour nous sur les accomplissements de ladite stratégie, les objectifs à moyen et long termes, après avoir évoqué l’actualité diplomatique et politique de son pays.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, vous avez pris part aux réunions des Instances de la Francophonie qui se sont tenues à Erevan, en Arménie, du 7 au 12 octobre 2018. Quels ont été les enjeux notamment du sommet pour le Gabon ?

S.E.M. Flavien ENONGOUÉ : Ce 17ème sommet de la Francophonie a été principalement marqué par l’élection d’un nouveau Secrétaire général. Comme vous le savez, le Président de la République, S.E.M. Ali Bongo Ondimba, a œuvré à faire élire Mme Louise Mushikiwabo, Ministre des Affaires étrangères du Rwanda. Concernant les textes adoptés, notamment la Déclaration d’Erevan, le Gabon s’est félicité du choix judicieux de la thématique qui la structure (« Vivre ensemble dans la solidarité, le partage des valeurs humanistes et le respect de la diversité : source de paix et de prospérité pour l’espace francophone »). Elle est en parfaite résonance avec les principes de notre action internationale, de notre diplomatie et surtout de notre expérience du vivre-ensemble fondée sur la tolérance, le respect absolu des différences culturelles et religieuses ainsi que sur une longue tradition de paix. L’Organisation s’est également dotée d’une nouvelle stratégie, la Stratégie de la Francophonie pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Tout comme l’entité dédiée mise en place au sein de l’OIF, cette Stratégie résulte de la mise en œuvre de la résolution relative portée par le Président Ali Bongo Ondimba et adoptée il y a deux ans à Antananarivo. Signe que les évolutions enregistrées au Gabon sur la problématique de l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que sur les droits de la femme s’inscrivent dans un environnement international avec lequel notre pays interagit, notamment à l’OIF.
Par ailleurs, en marge des travaux du 17ème Sommet de la Francophonie, le Gabon a pris activement part au forum économique francophone sur le numérique qui s’est tenu le 10 octobre 2018 au Centre des technologies innovatrices et créatives « TUMO » d’Arménie, marqué par le lancement du réseau des ministres francophones de l’Économie numérique et la remise des prix des jeunes entrepreneurs. C’est un secteur d’activités en pleine croissance au Gabon.

L.L.D. : Le premier tour des élections législatives gabonaises s’est déroulé le 6 octobre 2018. Comment en décririez-vous les résultats ? Au regard  des tensions qui ont marqué le scrutin présidentiel en août 2016, dans quelle mesure considérez-vous que le climat politique de votre pays soit désormais apaisé ?

S.E.M.F.E. : Les Gabonais ont, en effet, voté le 6 octobre, dans un calme remarquable, pour le choix des députés, mais aussi des conseillers départementaux et municipaux. Je voudrais vous faire remarquer que des voix ne se sont pas levées, comme souvent, pour dénoncer, à part celles des partisans du boycott. Les perdants ont, ici et là, reconnu leur défaite et félicité le vainqueur. On l’a rarement vu dans l’histoire de notre pays. Il y a donc lieu de se féliciter, même s’il est vrai qu’un train arrivé à l’heure ne peut faire l’objet d’une information.
Les résultats rendus publics par le Conseil gabonais des élections (CGE) donnent une large victoire du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, qui a déjà obtenu, dès ce premier tour, 75 des 143 sièges de députés, ainsi qu’une large majorité des Conseils municipaux et départementaux. Le second tour des législatives est prévu pour le 27 octobre. L’espoir est permis pour que cette décrispation du climat politique contribue à relancer les activités économiques.

L.L.D. : Dans le cadre du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), les autorités gabonaises ont décidé de s’attaquer à la dépendance du pays aux matières premières, en particulier le pétrole. Quels efforts ont été poursuivis en matière de diversification, de création de Zones économiques spéciales, à l’instar de celle de N’kok et d’attraction des investissements étrangers ?

S.E.M.F.E. : L’un des objectifs assignés au Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) est de diversifier les sources de croissance afin de s’affranchir de la dépendance du pétrole et d’améliorer les performances économiques et sociales du Gabon, comparativement à la situation observée à la fin des années 2000. Dans ce cadre, l’orientation de notre gouvernement s’est portée au préalable sur la réalisation des infrastructures structurantes, ensuite sur le développement des nouvelles sources de croissance à travers la transformation locale des ressources naturelles telles que le bois et le manganèse, et le développement de la filière agro-industrie en partenariat avec le groupe Olam.
Ces actions de diversification ont permis de porter la croissance moyenne de l’économie gabonaise au dessus de 6% sur la période 2010-2014 contre 1,3% sur la période 2004-2008, faisant passer le Gabon du 50ème au 18ème rang africain en matière de croissance économique. dépendance du pétrole et d’améliorer les performances économiques et sociales du Gabon, comparativement à la situation observée à la fin des années 2000. Dans ce cadre, l’orien- tation de notre gouvernement s’est portée au préalable sur la réalisation des infrastructures structurantes, ensuite sur le développement des nouvelles sources de croissance à travers la transformation locale des ressources naturelles telles que le bois et le manganèse, et le développement de la filière agro-industrie en partenariat avec le groupe Olam.
Ces actions de diversification ont permis de porter la croissance moyenne de l’économie gabonaise au dessus de 6% sur la période 2010-2014 contre 1,3% sur la période 2004-2008, faisant passer le Gabon du 50ème au 18ème rang africain en matière de croissance économique.
De 2015 à 2017, on a assisté à une très forte baisse, consécutive à la crise dans le domaine des hydrocarbures. En 2018, en dépit de la baisse tendancielle de la production pétrolière (-8,5%) couplée aux effets durables de la crise pétrolière de 2014, l’économie gabonaise devrait connaître une croissance de l’ordre de 2,7%, soutenue par les filières mines, bois et agro-industrie.
Les bonnes performances de ces nouvelles filières ont été rendues possibles, en ce qui concerne la filière manganèse, grâce à l’entrée en production de la première usine de transformation du manganèse, (Complexe métallurgique de Moanda), à la finalisation des travaux d’aménagement du barrage hydroélectrique de Poubara II, à l’extension des capacités logistiques du port minéralier d’Owendo et à la réhabilitation du Transgabonais. S’agissant de la filière bois, la mesure d’interdiction d’exportation des grumes intervenue en 2010 ainsi que la création de la zone économique spéciale de Nkok ayant permis l’installation d’une vingtaine d’entreprises engagées dans la transformation du bois permet de justifier de sa contribution positive et contribue à la diversification économique. Enfin, dans le domaine de l’agro- industrie, les investissements massifs portés par Olam Gabon dont le mon- tant cumulé s’élève à 508 milliards de francs CFA, a permis de relever la contribution du secteur agricole dans la création des richesses nationales. Ces investissements portent sur le développement de la production de l’hévéa et de l’huile de palme.
Par ailleurs, sur le volet relatif à l’attrait des investissements, le Gabon continue à afficher des bonnes per- formances. En effet, le volume des investissements directs étrangers en direction du Gabon est passé de 0,99 milliards de francs CFA en 2015 à 1,478 milliards de francs CFA en 2017. Cet intérêt des investisseurs étrangers pour le Gabon se justifie non seulement par de nombreuses opportunités qu’offre le pays, mais également par les efforts des autorités nationales en faveur de l’amélioration du climat des affaires, notamment à travers la création en janvier 2018 d’un guichet unique des investissements qui simplifie et accélère considérablement les démarches des entrepreneurs. L’autre facteur d’attrait des investisseurs étrangers concerne assurément les avantages concédés aux opérateurs économiques dans le cadre de la Zone économique spéciale de Nkok, notamment la disponibilité des services administratifs, de parcelles et de l’énergie sans toutefois oublier le régime fiscal très avantageux.

L.L.D. : L’activité pétrolière qui repré- sentait, jusqu’à ces dernières années, 30 à 40% du PIB et plus de 75 à 85% des recettes d’exportation, a été relancée par l’exploitation en offshore profond. Qu’en est-il actuellement en termes de découvertes, de mises en production et d'exportations ?

S.E.M.F.E. : Bien que la diversification du secteur hors pétrole demeure une priorité dans le cadre de la mise en œuvre du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), pour sortir le pays de la dépendance des variations des cours sur le marché international, il y a encore un avenir du secteur pétrolier au Gabon, au regard des découvertes majeures de gisements pétroliers réalisées au cours de ces dernières années dans le Golfe de Guinée où se situe son bassin sédimentaire. Pour augmenter et contrer la tendance baissière de la production pétrolière, la stratégie de notre gouvernement consiste en la promotion auprès des investisseurs internationaux des potentialités du bassin sédimentaire gabonais en eaux profondes et très profondes. C’est dans ce cadre que 15 nouveaux permis d’exploration pétrolière, dont 12 dans l’offshore profond et très profond, ont été octroyés à des opérateurs au cours de la période 2009-2016.
La mise en œuvre de cette stratégie combinée, associée au regain des cours du brut observé actuellement sur le marché, permet de relancer les investissements dans le secteur. Ainsi, deux découvertes de gisements importants d’hydrocarbures ont été réalisées en mars et avril 2018 respectivement par le malaisien Petronas sur le puits Boundji-1, situé en eau profonde à 2 800 m sous la surface, et par l’australien Woodside Petroleum sur le puits Ivela I, après avoir foré à 2 700 m. Ces découvertes permettent de conforter l’avenir de l’industrie pétrolière au Gabon.
Par ailleurs, en dépit de la baisse de la production du pétrole constatée en 2017, la contribution du secteur dans les recettes d’exportation du pays demeure encore significative, à 1 957,8 milliards de francs CFA, soit 76,8% de la valeur totale.

L.L.D. : Le secteur minier a représenté au cours de ces quatre dernières années un autre axe majeur de développement économique pour votre pays. À l’instar de ses uranium, or, minerai de fer, niobium, molybdène, quels sont les autres atouts miniers du Gabon ? Quels efforts ont été entrepris ou sont envisagés pour désenclaver les régions « productrices » du pays, notamment dans le cadre du Schéma directeur national d’infrastructures (SDNI) ?

S.E.M.F.E. : Le secteur minier est effectivement l’un des axes stratégiques du gouvernement gabonais en vue d’amorcer une diversification de la base productive et limiter la vulnérabilité de notre économie face aux chocs pétroliers. L’ambition des hautes autorités pour ce secteur est d’augmenter sa contribution à la création des richesses nationales tout en privilégiant, comme nous l’avons évoqué, l’option de transformation locale des minerais extraits de son sous-sol. Il s’agit en d’autres termes de faire passer la contribution du secteur de 4 à 8% du PIB d’ici 2020. Pour ce faire, outre le manganèse, principal produit minier exploité depuis 1962, le gouvernement envisage de diversifier la base productive du secteur en mettant l’accent sur l’exploitation et la valorisation d’autres minerais tels que le fer, l’or et le niobium dont regorge le sous-sol gabonais. Plusieurs projets dans ce cadre sont en cours de démarrage. Ainsi en est-il, par exemple, du projet d’exploitation du minerai de fer de Milingui dans la province de la Nyanga, pour lequel notre gouvernement vient de signer un accord-cadre avec le groupe minier australien Havilah Consolidate, pour l’exploration et l’exploitation de la première mine de fer du Gabon, d’une capacité de 130 millions de tonnes de fer. La première phase de la production est attendue en 2020 tandis que la seconde débutera en 2025 avec la création d’une usine de transformation locale de fer.
Dans la perspective d’une bonne exécution dudit projet, plusieurs investissements sont envisagés en matière d’infrastructures portuaires et ferroviaires, de transformation et de commercialisation dont le coût global est estimé à 600 milliards de francs CFA, soit 1 milliard de dollars.
Préalablement à la signature de cet accord, notre gouvernement, dans le cadre de la mise en œuvre du Schéma directeur national des infrastructures, a initié les travaux de bitumage du tronçon de la route Tchibanga-Mayumba d’un linéaire de 106 km et la construction du port en eau profonde de Mayumba. Ces projets sont à ce jour en cours de finalisation. La finalisation des travaux de construction du port en eau profonde pourrait être prise en charge par l’opérateur australien.

L.L.D. : De même, quels efforts ont été entrepris pour enrichir la filière bois, qui occupe la 2ème place en Afrique et accroît la valeur ajoutée sur place. Quels efforts ont-ils été mis notamment en œuvre par la Société nationale des bois du Gabon après les années difficiles qui ont suivi l’arrêt de l’exportation des grumes ?

S.E.M.F.E. : Les performances enregistrées dans cette filière sont une belle illustration du succès de la mise en œuvre de la politique de diversification économique initiée par le Président gabonais dans le cadre du Plan straté- gique Gabon Émergent. En effet, bien que beaucoup reste encore à faire, les statistiques nationales révèlent une hausse importante de la valeur ajoutée (+124%) ainsi que des emplois créés, dont le nombre passe de 8 423 en 2010 à 13 000 en 2017, alors que dans le même temps, on note une réduction de 0,2 million de m3 de bois non coupés sur la même période.
Cette évolution positive de la filière bois est incontestablement attribuable à la mesure gouvermentale d’interdiction des grumes rendue effective dès 2011, au partenariat entre l’État gabonais et le groupe Olam, portant sur la création de la Zone économique spéciale à Nkok, destinée à attirer les investisseurs dans la transformation du bois et aux mesures fiscales et douanières incitatives proposées.
La Société nationale des bois du Gabon (SNBG), avant ses difficultés financières qui ont entrainé la reprise de ses activités par Olam Gabon, s’était positionnée comme le principal moteur de l’industrialisation de la filière bois après la mesure d’interdiction d’exportation des grumes. Cette société qui détenait le monopole de négoce des billes d’Okoumé du Gabon s’est convertie très rapidement dans la transformation du bois pour s’arrimer à la nouvelle donne. Ainsi, depuis 2010, dans son complexe industriel d’Owendo, la SNBG s’est dotée de trois usines de transformation de bois portant sur le tranchage de bois et les placages déroulés.

L.L.D. : En dépit de conditions climatiques favorables et de son potentiel agricole élevé, le Gabon importe 60% de sa consommation alimentaire. Quelles sont les mesures préconisées en vue d’augmenter la part de l’agriculture vivrière (manioc, banane plantain, taro, igname) ? Quel regard portez- vous sur les développements possibles de ressources de l’agriculture de rente telles le cacao, le café, l’hévéa ou l’élevage bovin ?

S.E.M.F.E. : En dépit des atouts dont il regorge pour le développement agri- cole, le Gabon continue effectivement à dépenser des sommes importantes pour l’importation des produits alimen- taires. En effet, la facture des denrées alimentaires s’est chiffrée à 350 milliards de francs CFA en 2016, soit plus d’un demi-milliard d’euros. Dans la perspective de renverser cette tendance et d’assurer la sécurité alimentaire du pays, le gouvernement gabonais s’est fixé comme objectif la substitution  de la moitié de ces importations par la production nationale en bananes, manioc et légumes. Pour assurer la sécurité alimentaire en produits alimentaires, le Gabon a lancé en 2014 un vaste pro- gramme dit « programme GRAINE » de développement de l’agriculture vivrière, qui facilite l’accès au foncier agricole aux populations rurales dans le cadre de coopératives agricoles.
Les résultats de l’exécution à mi- parcours dudit programme sont encore modestes par rapport à ses objectifs, en raison des facteurs divers tels que le désintérêt des populations jeunes pour l’agriculture ou encore le désistement de certains coopérateurs.

L.L.D. : Comme un certain nombre de pays du continent africain, le Gabon cherche à devenir une place bancaire. De quels avantages comparatifs dispose -t-il ?

S.E.M.F.E. : Malgré les difficultés financières affichées par ses banques publiques (Postbank, BGD et BHG) au cours de ces quatre dernières années, le Gabon, à l’instar de certains pays d’Afrique, dispose de réels atouts pouvant effectivement lui permettre de bien se positionner dans la sphère bancaire continentale. L’un des premiers avantages est la facilité de la circulation des capitaux rendue possible par la présence de différents acteurs économiques spécialisés dans ce domaine, dont le plus important est incontestablement le groupe BGFI Bank, leader en Afrique centrale, présent dans 11 pays africains et en Europe.
De plus, notre pays s’est doté d’infrastructures solides dans le domaine des nouvelles technologies de l’information (câble ACE, technologie 4G) qui facilitent la connectivité internationale et font du Gabon un hub au cœur de l’Afrique centrale. Le secteur bancaire pourrait tirer profit de ces infrastructures pour mieux se positionner dans la sous-région et partant sur le reste de l’Afrique.
Enfin, l’autre avantage est la disponibilité des cadres compétents dans le secteur bancaire, facilitée par la mise en place d’une école de renommée inter- nationale « BGFI Business School » qui forme dans les métiers de la banque et du management, grâce à un partenariat entre le groupe BGFI Bank et HEC Paris.

L.L.D.: En vue de réduire la fracture numérique du pays, l’opérateur Gabon Telecom a lancé un vaste programme visant à développer le haut débit. Ce plan est-il achevé et quels en ont été les résultats les plus tangibles ? Dans quelle mesure l’objectif de faire du Gabon le hub de l’Afrique centrale en matière de TIC, peut-il être considéré comme atteint ?

S.E.M.F.E. : Bien que l’opérateur Gabon Télécom demeure encore le leader sur le marché de l’accès à l’internet au Gabon avec 1,2 millions d’abonnés à fin juin 2018 selon le rapport 2ème tri- mestre 2018 de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (ARCEP), permettez-moi de relever que les réformes menées à ce jour ont permis aux autorités de tutelles d’ouvrir le secteur du numérique à d’autres entreprises disposant d’une solide expertise. Cette orientation des autorités gabonaises s’est traduite par l’arrivée d’Axione, filiale du groupe français BouyguesTélécom et, plus récemment, par l’entrée du Groupe Vivendi Afrique notamment sur le segment de la fourni- ture internet au domicile des ménages à Libreville avec son produit Canal box, mettant ainsi fin au monopole de Gabon Télécom en la matière.
Concernant le programme de déploiement de la fibre optique le long du Transgabonais et son interconnexion au réseau de télécommunication du Congo-Brazzaville dans le cadre du programme régional CAB4 financé par la Banque mondiale, les résultats obtenus sont excellents. En effet, les investissements réalisés dans le cadre de cette première phase de déploie- ment de la fibre optique ont permis de diviser par dix depuis le coût de l’accès à internet, passant d’une facturation de 10 000 francs CFA/Mo en 2012 à 1 500 francs CFA/Mo aujourd’hui. De même, on note également une amélioration du taux de pénétration (le nombre d’abonnés a été multiplié par huit), ainsi que de la connectivité internationale qui passe de 800 à 6 400 gigas. Ces performances appréciables ont permis au Gabon de gagner 10 places dans le classement mondial 2017 de l’Indice de développement de l’internet, réalisé en novembre 2017 par l'agence spécialisée des Nations unies pour les technologies de l'information et de la communication (UIT) et de se positionner au 6ème rang au niveau continental, après l’Île Maurice, les Seychelles, l’Afrique du Sud, le Cap vert et le Botswana.
Le succès engrangé par la mise en œuvre de la première phase du programme de déploiement de la fibre optique a conduit notre gouvernement à solliciter de la Banque mondiale un financement additionnel en 2016 de l’ordre de 23 millions de dollars destiné à construire dans la seconde phase 500 km supplémentaires de fibre optique pour relier le nord du Gabon au Cameroun et à la Guinée équatoriale.
Au regard des investissements réalisés et des performantes déjà atteintes, le Gabon est entrain de devenir un hub du numérique en Afrique centrale. Il devra tout simplement poursuivre cet effort d’investissement pour devenir effectivement le hub d’Afrique centrale.

L.L.D. : Avec une centaine de filiales d’entreprises françaises établies au Gabon dans des secteurs très divers (exploitation pétrolière, mines, bois, agroalimentaire, BTP, banque etc.), la France reste son premier fournisseur. Quelle est votre per- ception du potentiel d’accroissement des liens économiques entre les deux pays ? Plus précisément, quelles opportunités nouvelles pouvez-vous identifier dans les secteurs clefs correspondants aux grands chantiers du Président Ali Bongo Ondimba ?

S.E.M.F.E. : À ce jour, les relations entre le Gabon et la France demeurent fortes et vivantes, si l’on s’en tient à la fréquence des échanges et rencontres de haut niveau ; la plus récente rencontre ayant été le tête-à-tête entre S.E.M. Ali Bongo Ondimba et son homologue français, S.E.M. Emmanuel Macron, le 12 octobre 2018 à Erevan, en marge du 17ème Sommet de la Francophonie.
Sur le plan économique, la France est un partenaire historique pour notre pays. C’est aujourd’hui le 2ème  partenaire économique du Gabon, avec un volume d’échanges de 458,8 milliards de francs CFA, et ce,  depuis cinq ans, derrière la Chine (1 024,7 milliards de F CFA). Elle demeure néanmoins notre 1er fournisseur avec 28,8% des parts de marché. Par ailleurs, la présence économique française au Gabon est estimée à plus de 125 entre- prises, opérant principalement dans le domaine du pétrole, du bois, du manganèse, des banques, assurances et manufactures et services. En dépit du retournement de la conjoncture constaté au second trimestre 2014 à la suite de la baisse des cours du pétrole, le Gabon compte notamment sur ce partenaire pour parvenir à la diversification de sa base productive. C’est dans cette perspective que j’ai conduit les 6 et 7 février 2018 une mission de prospection économique à Rouen dans la région de la Seine-Maritime en vue d’inciter les PME rouennaises à investir au Gabon.
Cette mission inaugurale a été suivie d’une autre les 22 et 23 juin à Lyon, dans la région Auvergne-Rhône Alpes. Par ailleurs, sur le plan de la coopération économique bilatérale, la France appuie en outre la mise en œuvre du Plan stratégique Gabon Émergent à travers son instrument financier qu’est l’Agence française de Développement (AFD). Le total de ses engagements en termes d’appui aux projets de développement est,  à ce jour, de 498 milliards de francs CFA, repartis dans les secteurs de l’aménagement urbain, de l’assainissement fluvial, des transports, de l’éducation et de la santé. Enfin, dans le cadre de son soutien aux réformes engagées par le gouverne- ment gabonais en vue de restaurer la crédibilité de la signature de l’État aux niveaux intérieur et extérieur, la France, à travers l’AFD, a signé une convention de prêt de 147,5 milliards de francs CFA destinée à apurer les arriérés intérieurs et extérieurs de la dette publique.

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