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  Lundi 22 Octobre 2018  
 

Deuxième trimestre 2018

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« Pour une Francophonie plus politique, plus audacieuse ! »

Entretien avec M. Jacques KRABAL,
Député de l’Aisne, Secrétaire général parlementaire de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

Député de l’Aisne, M. Jacques KRABAL est devenu le 1er février 2018 le nouveau Secrétaire général parlementaire de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Ancien Maire de Château-Thierry, ville natale de Jean de la Fontaine, ce défenseur de la langue française a été membre de la section française de l’APF avant d’en être le Président délégué à partir de 2017. Dans cet entretien, il revient sur les missions de l’APF et sur les grands chantiers de son mandat.

La Lettre Diplomatique : Vous avez été nommé le 1er février 2018 Secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). Pourriez-vous nous expliquer le rôle de cette institution ?

M. Jacques KRABAL : L’ Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), dont j’ai l’honneur d’être le Secrétaire général parlementaire, est une institution majeure de la Francophonie au même titre que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) comme le précise la charte adoptée à Antananarivo, le 23 novembre 2005. L’ APF est une assemblée consultative de la Francophonie et, à ce titre, assure la représentation des souverainetés nationales au sein de la Francophonie internationale. Elle a été constituée en 1967 et donnait corps à la pensée de Léopold Sédar Senghor : « Ce sont les peuples qui, par l’intermédiaire de leurs élus, pousseront les gouvernements à aller de l’avant. Il faudrait réunir, dans une association interparlementaire, les parlements de tous les pays où l’on parle le français ».
N’oublions pas que l’APF a joué un rôle primordial dans la mise en place des instances politiques de la Francophonie. Ce sont les parlementaires qui ont initié l’idée des sommets (chefs d’état et de gouvernements) et la création d‘une institution intergouvernementale de la Francophonie (OIF). En perpétuelle évolution, notre Assemblée est le lieu par excellence des débats, des propositions et des échanges sur tous les sujets qui touchent à l’intérêt commun de ses membres.
L’ APF est aujourd’hui composée de 83 sections de parlements issues de quatre grandes régions (Afrique, Amérique, Asie-Pacifique et Europe). Elle est constituée en quatre commissions (Politique, Affaires parlementaires, Education, Communication et Affaires culturelles, Coopération et développement) et de deux réseaux (Femmes parlementaires et Lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme).

L.L.D. : Quelles sont les missions de l’APF ?

J.K. : La démocratie et les droits de l’Homme figurent au centre des enjeux de l’APF. Notre Assemblée joue un rôle majeur dans la consolidation de l’État de droit et des droits de l’Homme, la bonne gouvernance et le développement humain. Elle participe à la prévention et à la médiation des crises qui secouent notre espace francophone.
L’ APF met également en place depuis près de 40 ans une palette d’actions de coopération au service des parlements et offre des formations de qualité destinées aux « sections membres » qui en font la demande. À titre d’exemple, en 2017, l’APF a organisé 17 séminaires ou formations dans 18 pays. 864 personnes en ont bénéficié dont 690 parlementaires.Une attention particulière est enfin apportée aux parlements dont les membres ont été largement renouvelés suite à une élection ou encore aux parlements en sortie de crise. Ce fut notamment le cas en Côte d’Ivoire, au Mali et à Madagascar. L’APF a également développé une offre ciblée sur les technologies de l’information et de la communication, sur l’égalité femme-homme et sur la jeunesse.

L.L.D. : Comment définiriez-vous la priorité de votre mandat ?

J.K. : Au cours de mon mandat, j’entends donner une nouvelle dynamique politique à l’APF au sein de la Francophonie. C’est d’ailleurs ce que demandent tous les acteurs que j’ai rencontrés depuis ma prise de fonction en février 2018. Tous affirment leur volonté d’une Francophonie plus politique. Tous aspirent à une Francophonie plus audacieuse ! 
Dans ce monde en plein bouleversement (hausse de la démographie, réchauffement climatique, crises économiques, conflits armés, immigration…), la Francophonie représente aujourd’hui une autre voie.
L’ année 2018 nous donne l’opportunité de nous pencher sur les fonctionnements de nos institutions pour les rendre plus lisibles, plus claires et peut-être aussi plus cohérentes : le sommet de la Francophonie en octobre à Erevan, le nouveau programme quadriennal de l’OIF et, enfin, le renouvèlement du cadre stratégique de l’APF nous y incitent. Les parlementaires francophones doivent être conscients du rôle essentiel qu’ils ont à jouer dans cette constellation que représente la Francophonie.

L.L.D. : Quels sont les principaux projets que vous comptez mettre en œuvre ?

J.K. : Je souhaiterais ouvrir, en lien avec les parlements et les instances de la Francophonie, trois chantiers.
Le premier est bien évidemment le socle sur lequel repose la Francophonie : il s’agit tout d’abord de promouvoir la place du français et du plurilinguisme dans les enceintes internationales et les débats parlementaires, comme l’a souligné le Président de la République française le 20 mars 2018. Il faut faire vivre la Francophonie dans les organisations internationales, mais aussi développer l’usage de notre langue dans chacune de nos sections. Pour cela nous devons renforcer les traductions et les interprétariats – notamment dans les sections en Asie – et investir dans l’apprentissage du français par les parlementaires et les fonctionnaires des assemblées.
Notre première grande action concrète : nous avons pu reconstituer le Forum des eurodéputés francophones afin d’engager le processus du retour de la langue française dans les instances internationales et notamment européennes.
Le français dans nos institutions est un enjeu important mais son rayonnement dans le monde l’est tout autant, et particulièrement dans les pays du continent africain. Nous avons tous pris conscience aujourd’hui que le français est davantage parlé hors de France et que la langue française « a son point d’équilibre entre Kinshasa et Brazzaville, bien plus qu’entre Paris et Montauban » comme l'a souligné le Président de la République française.
La démographie de l’Afrique sera une chance et une opportunité si nous sommes à l’offensive sur les questions de qualité d’enseignement et de formation. Il s’agit de renforcer l’enseignement de qualité de notre langue en veillant au plurilinguisme. 
Outre mon mandat à l’APF, je suis également député de la 5ème circonscription de l’Aisne. C’est dans ma circonscription que se trouve le château de Villers-Cotterêts que le Président de la République a décidé de réhabiliter pour en faire un laboratoire de la francophonie et une villa Médicis des arts et de la culture.
Le second chantier est la promotion de la démocratie et des droits humains par une veille constante de la bonne gouvernance. Pour nous, parlementaires, la Francophonie, c’est une attention pour chacun et une ambition collective pour tous. Cette ambition pour la démocratie ne peut se réaliser sans la généralisation des registres d’état civil et de leur suivi, mais aussi sans l’établissement des fichiers électoraux fiables dans tous les pays.
En tant que parlementaires, attachés aux droits de l’Homme et à la démocratie, nous devons accompagner ce processus et être à l’offensive sur le sujet. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la Secrétaire générale de la Francophonie que les missions pré-électorales et électorales soient dorénavant co-présidées par un parlementaire. La dernière mission présidée par un parlementaire remonte à 2005, au Burkina Faso.
Enfin, le troisième chantier est économique et environnemental.
Faire reculer la misère et la faim en favorisant l’emploi et en luttant contre le réchauffement climatique doit être notre priorité. Je souhaite que l’APF approfondisse les enjeux de la Francophonie économique et numérique. Il nous faut faire de l’espace francophone une opportunité d’affaires et d’échanges accrus, par le biais notamment de la promotion de l’entreprenariat des jeunes et des femmes.
L’ Assemblée parlementaire de la Francophonie devrait ainsi s’engager plus fortement sur ces enjeux : promotion de la bio-économie, développement du numérique cher à notre Président, Jacques Chagnon, et entreprenariat sous toutes les formes d’activités économiques légales comme les circuits courts, l’agriculture soutenable qui est porteuse de nombreux emplois pour les femmes en Afrique et qui assure à bien des familles leur subsistance pour vivre et travailler au pays. 
Il s’agit aussi d’accompagner les innovations sur l’économie bleue par exemple, le tourisme durable et équitable mais aussi d'aider au développement des infrastructures, pour lesquelles l’Afrique exprime un besoin fort d’investissements.

L.L.D. : La promotion du français, le renforcement de la démocratie et des droits de l’Homme et l’appui à un développement économique durable représentent autant de défis. Comment l’APF envisage-t-elle de les relever ?

J.K. : Pour remporter ces défis, l’APF ne pourra le faire seule. Nous devons mettre en place des coopérations « multi partenariales » qui associent à la fois les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux, les organisations internationales et régionales, les agences de développement, le secteur public, les acteurs du monde de l’entreprise et de la finance. C’est pourquoi nous nous sommes rapprochés de l’Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (ONUAA/FAO) en mai 2018. Je n’aurai de cesse de développer nos interactions avec l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), les collectivités territoriales, les organisations non gouvernementales francophones mais également avec TV5Monde, notre réseau télévisuel francophone international. 
L’ancien Secrétaire général de l’OIF, Abdou Diouf, affirmait : « La Francophonie est dans son rôle lorsqu’elle se préoccupe d’économie ». 
La Francophonie politique l’est tout autant. Le défi d’Abdou Diouf est aujourd’hui le nôtre et nous devons le relever solidairement et collectivement. C’est la Francophonie politique, moderne et dynamique qui doit nous rassembler. C’est la Francophonie du concret. Une Francophonie ouverte sur le monde, créatrice de valeurs et source de paix.

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