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  Mardi 11 Décembre 2018  
 

Deuxième trimestre 2018

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Nigéria : un potentiel de développement en devenir

Par M. Eugène BERG

Pays le plus peuplé d’Afrique et première puissance économique du continent, le Nigéria cherche à accélérer la refonte de son système politique et économique. À l’approche du prochain scrutin présidentiel, prévu en 2019, S.E.Mme Modupe Irele, Ambassadeur du Nigéria en France, se livre à un tour d’horizons des réformes engagées par son gouvernement et des défis auquel le « géant africain » demeure confronté. Alors que le Président Emmanuel Macron doit effectuer une visite officielle à Abuja en 2018, S.E.Mme Modupe Irele met également en exergue les liens étroits que le Nigéria partage avec la France dans les domaines de la sécurité mais aussi de la culture et de l’économie.

Le président Muhammadu Buhari, candidat au scrutin présidentiel de 2019
Cette candidature courageuse d’un homme déjà âgé, dont la santé a causé certaines préoccupations, signifie qu’il entend mener à son terme le programme de « réorientation » pour lequel il a été élu en mai 2015. Ce qu’il convient de mettre en lumière dans ce contexte, souligne S.E.Mme Modupe Irele, c’est avant tout l’effort de redressement, de transparence et de diversification économique que le Président Buhari a entrepris dès son entrée en fonction, et qui a marqué un net changement par rapport au passé. Il s’agit d’un effort conséquent, dont la lutte contre la corruption n’a été qu’un aspect, le plus relevé par les medias étrangers. Car c’est l’ensemble des bases sur lesquelles a été fondé le développement du pays depuis son indépendance en 1960 qu’il convient de moderniser, tâche qui ne saurait être achevée en quelques années seulement, dans le cadre étroit d’un mandat présidentiel d’une durée de quatre ans.
L’ Ambassadeur du Nigéria en France précise que le programme présidentiel vise d’abord à créer une plateforme sur la base de laquelle le Nigeria sera capable, dans les années à venir, de ne plus dépendre entièrement des seules exportations d’hydrocarbures, dont la fluctuation des cours a fortement affecté ses équilibres globaux et ses comptes extérieurs. Certes, la part du pétrole et du gaz dans le PIB est passée de 45% en 2005 à 10% en 2017, mais ils représentent toujours 90% des exportations de biens, 70% du total des recettes budgétaires, 90% des recettes en devises dans une économie d’importation de biens finaux et intermédiaires, plus de 80% des revenus dans trois quarts des États fédérés, via l’allocation du compte de fédération.
Le Nigéria possède les 10ème réserves de pétrole du monde et les 7ème de gaz. C’est donc dans le secteur gazier, qui émet beaucoup moins de gaz à effet de serre (GES), que réside l’avenir énergétique du pays. Le Nigéria, 7ème exportateur mondial de gaz naturel (3,8% du marché mondial) en produit des quantités importantes associées à la production de pétrole. Les réserves du pays, représentant 5,2 TMC (soit 5 230 milliards de m3) se situent au 7ème rang mondial et au 1er rang en Afrique. 
Beaucoup plus récente que le pétrole, sa production annuelle commercialisée ne dépasse pas 35 millions de m3. Il s’agit pour l’essentiel de gaz associé considéré comme l’un des meilleurs au monde, avec de faibles niveaux de sulfure et de dioxyde de carbone (CO2), ce qui permet d’éviter le recours à des procédés de purification dispendieux, tout en ayant un coût d’exploitation relativement faible. Un sixième train de liquéfaction a été installé sur l‘île de Bonny portant les capacités en GBL du pays à 22 millions de tonnes par an puis, bientôt, à 30 millions. Le premier exportateur mondial de gaz, le russe Gazprom, ne s’y est d’ailleurs pas trompé, en décidant d’investir 2,5 milliards de dollars dans une coentreprise avec la Nigerian National Petroleum Corporation.
Au vu du récent rapport annuel de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) qui prévoit que la demande de pétrole va continuer à augmenter pour atteindre le seuil symbolique des 100 millions de barils par jour, l’avenir du Nigéria n’apparaît pas vraiment en danger, souligne S.E.Mme Modupe Irele. Mais il doit impérativement utiliser, poursuit-elle, sa rente pétro-gazière pour assurer la diversification de son économie. Comme l’a dit le Président John Fitzgerald Kennedy : « On répare le toit quand il fait soleil ».
L’ Ambassadeur du Nigéria en France rappelle qu’en mars 2017, les autorités ont mis en place un plan de croissance et de reprise économique à moyen terme (ERGP 2017-2020) prônant une vision holistique des enjeux du développement du pays. L’endettement public est très soutenable (13,2% du PIB en 2015), bien que la politique volontariste du Président Buhari l’ait porté à 21,3% en 2017, en mettant l’accent sur les investissements facteurs d’avenir. Pour elle, cet effort de transparence s’exerce dans tous les secteurs et à tous les niveaux. À titre d’exemple, elle a mentionné la refonte profonde du système fiscal afin de le rendre plus efficient et plus égalitaire. L’impôt sur les entreprises a été aligné sur les standards internationaux ; il a été procédé, insiste-t-elle, à une large amnistie fiscale et les comptes ont été ramenés à zéro, ce qui est une puissante incitation à l’arrivée des investissements privés. La taxation de l’industrie pétrolière a, quant à elle, été remaniée.
Chaque gouverneur des 36 États a également adopté un plan de développement, ce qui introduit un élément de souplesse non négligeable. Toutes les décisions ne peuvent être prises d’Abuja. Outre ses 36 États, le Nigéria compte 774 gouvernements locaux dotés également de pouvoirs économiques.
Le gouvernement nigérian, souligne la diplomate nigériane, a également libéralisé le régime des changes extérieurs ainsi que le mouvement des capitaux. De plus, il a adopté une série de mesures afin d’apparaître plus attractif à l’égard des investissements internationaux. Les visas à l’entrée du pays ont ainsi été supprimés au bénéfice des investisseurs étrangers. La marge de progression est forte car le pays part d’un niveau faible d’investissements directs étrangers, 1,4% du PIB.
Ainsi, le Nigéria espère, confie S.E.Mme Modupe Irele, que son taux de croissance progressera. N’oublions pas qu’à la suite de la chute des cours du brut, passés de 115 dollars en juin 2014 à 28 dollars en janvier 2016, le Nigéria a traversé la plus grave récession depuis un quart de siècle. Le PIB a chuté de 1,6% en 2016, avant de reprendre une trajectoire de croissance avec une prévision de 0,8% en 2017, 2,1% en 2018 et 2,5% en 2019. Ce qui est encore bien en-dessous de son potentiel et des taux qui furent ceux du continent de 2000 à 2010. La production pétrolière du pays, après avoir chuté à 1,45 million de barils par jour, est remontée à 2,03 millions aujourd’hui. Compte tenu du niveau actuel des cours autour de 70 dollars le baril, les recettes fiscales ont repris leur hausse. La Bourse de Lagos est la plus dynamique d’Afrique.

Le Nigéria entame un programme de refonte de son économie en se tournant vers les secteurs d’avenir
S.E.Mme Modupe Irele tient particulièrement à souligner qu’une série de décisions ont été prises en matière d’éducation, de recherche, d’innovation, de développement des infrastructures, étant entendu que le gouvernement s’en tient à son objectif de créer 3 millions d’emplois nouveaux par an. Le secteur de l’éducation, comme celui de la santé, figure au premier rang des priorités du pays, a-t-elle plaisir à faire valoir. Cet effort d’éducation s’exerce du primaire au supérieur.
Un accent particulier a également été mis sur une meilleure éducation des jeunes filles, qui on le sait, ont longtemps été négligées dans les pays du Sud. Selon les États de la Fédération, le taux de scolarité des jeunes femmes (15-24 ans) varie de 95% à 10-15%. Toutes les études ont démontré qu’un niveau plus élevé dans l’éducation des jeunes filles, se traduit par une meilleure croissance, plus égalitaire, fait baisser la pression démographique, contribue à la diversification de l’économie.
S’agissant de la diversification des branches de l’économie, souligne l’Ambassadeur du Nigeria en France, l’accent doit être largement ouvert. En premier lieu, le pays, dont les importations de produits agricoles atteignent 11,5 milliards de dollars par an, doit s’efforcer d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Une telle dépendance vis-à-vis de l’extérieur est difficilement supportable à long terme pour un pays peuplé de 196 millions d’habitants, dont la croissance démographique est de 2,8% par an ! Un programme intégré a été mis au point pour améliorer les différents maillons de la chaîne agraire. Les programmes revêtent des dimensions fort diverses, comme le projet de puiser dans les ressources d’eau du fleuve Congo pour réhabiliter le lac Tchad. Signalons que sept États nigérians ont été présents lors du récent Salon de l’Agriculture de Paris.

Une meilleure gestion de l’eau : une nécessité vitale
La gestion des ressources hydriques du Nigéria revêt visiblement aux yeux de l’Ambassadeur du Nigéria une grande importance, du fait qu’elle est utilisée de manière croissante dans le secteur agricole, que la population urbaine en fera des usages accrus et que ses répercussions en matière de santé et de bien-être sont vitales. Près d’un million de personnes dans le monde, rappelle-t-elle, meurent chaque année de maladies liées au manque d’eau, 90% de celles-ci étant des enfants de moins de cinq ans et le Nigéria paye un tribu non négligeable en la matière. Au Nigéria, 50% des femmes sont responsables de la collecte des eaux dans les zones rurales, ce qui est une performance somme toute satisfaisante car dans de nombreux pays africains cette proportion atteint les 90%. Son objectif est de passer sous les 40% comme en Namibie, puis même d’atteindre à terme 20% comme à Djibouti. Il est vrai, cependant, que de vastes progrès doivent être réalisés dans le pourcentage de zones irriguées de façon moderne au Nigéria.
S’agissant des autres secteurs prioritaires, S.E.Mme Modupe Irele a d’abord cité les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), pas toutes bien entendu, mais les créneaux sur lesquels le Nigéria est bien placé comme les paiements par mobile ou les réseaux de communication. Il s’agit aussi des industries culturelles, le cinéma nigérian étant l’un des plus actifs au monde après Hollywood et Bollywood. Bon nombre de start up, comme CC Hub, Jumia… se développent dans le pays créant un écosystème favorable mettant en relation universités, centre de recherches et licornes (ndlr, start-up valorisée à plus d’un millard de dollars), ces petites pousses appelées à grandir et conquérir des marchés nouveaux.
Même si les critères la définissant sont parfois remis en cause, la classe moyenne nigériane (revenus de 4 à 20 dollars par jour) représente, selon les données de la Banque africaine de Développement (BAD) et de la Banque mondiale, 20% de la population nationale, soit 36 millions de personnes. Mais à Lagos, cette proportion est beaucoup plus élevée souligne S.E.Mme Modupe Irele, atteignant 67% de la population, un des taux les plus élevés d’Afrique après Dar es-Salaam en Tanzanie (69%), à parité avec Luanda en Angola, mais au-dessus d’Abidjan en Côte d’Ivoire (56%) ou Accra au Ghana (61%). Une grande partie, sinon la totalité de cette classe moyenne réside en zone urbaine : répondre aux immenses besoins en matière de transports, de services, d’assainissement, d’eau, d’électricité, d’infrastructures, est un défi immense et offre des opportunités aux entreprises françaises dont 120 sont actives au Nigéria. Quelle ville au monde, comme Lagos, aura connu en un siècle une telle croissance ? Peuplée de 325 000 habitants en 1950, l’ancienne capitale, sera passée à 10,7 millions d’habitants en 2010, devrait atteindre 15,8 millions en 2020 et 18,8 millions en 2025 faisant d’elle la troisième conurbation du monde après Tokyo et Mexico.

Les aspects sociaux du programme présidentiel sont pleinement pris en compte
Dans un pays où le nombre de milliardaires est passé selon Forbes de 18 à 22 et celui des millionnaires de 32 000 à 34 000, il convient, souligne S.E.Mme Modupe Irele, que les aspirations du peuple soient pleinement prises en compte. L’existence d’une forte classe moyenne, dont les membres sont issus des milieux ruraux et des classes populaires tend à prouver que l’« ascenseur social » fonctionne. Une croissance plus équilibrée, plus inclusive, distribuée sur l’ensemble du pays, dépassant affiliations ethniques et attachements provinciaux, tel est l’objectif poursuivi par le président et son gouvernement. Il s’agit vraiment de faire en sorte que le peuple dans son entier bénéficie des fruits de la croissance, grâce à une politique fiscale, budgétaire, sociale et éducative adaptée, dont la bonne gouvernance est l’un des aspects centraux, mais non exclusif.

La sécurité et le développement du bassin du lac Tchad figurent au rang des priorités nationales du Nigéria
Comme le rappelle l’Ambassadeur du Nigéria en France, le Nigéria est membre de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT), l’une des plus anciennes institutions régionales africaine (créée en 1964 et basée à Ndjamena). Cette organisation a été choisie pour être le cadre de la force multinationale mixte de lutte contre Boko Haram. À ses yeux, il s’agit là d’un problème humanitaire, sécuritaire, écologique, économique d’ampleur, peut-être l’un des plus graves du continent africain, car aux causes sécuritaires liées aux activités du groupe terroriste Boko Haram, se conjuguent les effets du dérèglement climatique et de la perte de la biodiversité de cette région frontalière qui jouxte le Tchad, le Niger, le Cameroun et le Nigéria, avec sa province de Borno. 
Le bassin hydrologique du lac est théoriquement de 2 380 000 km2, 7,8 % du continent, mais le bassin actif se limite à 967 000 km2. Le principal apport en eau provient à 90 % du fleuve Chari et de son affluent Logone issus des montagnes de la RCA. Le Komadougou Yobé, issu du Nigeria, est affaibli par la présence de deux barrages qui ont fait chuter son débit de 7 km3 à 0,45 km3 par an. Jadis l'un des plus grands lacs du monde, il s'est réduit considérablement pendant les quatre dernières décennies. Dans les années 1960, il couvrait un secteur de plus de 26 000 km2. En 2000, il était tombé à moins de 1 500 km. Le déficit de pluviosité comme la plus grande utilisation des eaux du lac et des rivières pour l'irrigation, la population du bassin a doublé dans l'intervalle, et l'irrigation a quadruplé entre 1983 et 1994, expliquent ce recul. Sa faible profondeur, au maximum de 7 mètres, le rend fragile et très dépendant des fluctuations saisonnières. La navigation y est désormais impossible.
Aussi, 2,7 millions de personnes ont été déplacées ou se sont réfugiées dans un pays voisin. 10,7 millions de personnes ont été affectées par la violence. En dehors de la situation sécuritaire qui connaît une amélioration, le défi qui se pose à la communauté internationale est de faire acheminer des vaccins, de l’eau potable, des aliments dans des lieux les plus reculés, dépourvus souvent d’infrastructures. Espérons que l‘effort d’aide (433 millions d’euros en 2017 et 214 millions en 2018 et 2019) sera poursuivi, car tout arrêt ou baisse brutale mettra en péril les progrès, certes insuffisants, mais réels, enregistrés à ce jour. Une réunion s’est tenue à l’UNESCO, le 18 avril, consacrée au lac Tchad et a dressé un utile état des lieux qui a relancé la coopération internationale.

Le Nigéria et la Zone de libre-échange continentale
Le Nigéria ne s’est pas joint au projet lancé le 21 mars 2018, à Kigali, visant à créer une Zone de libre-échange continentale (ZLEC, ou Continental free trade area – CFTA en anglais), un geste qui a été largement remarqué. S.E.Mme Modupe Irele n’a pas manqué d’apporter quelques précisions utiles sur ce point. Le projet de création de cette Zone continentale de libre-échange est un projet d’ampleur qui a été mis à l’étude durant des années. Il pose de ce fait une série de questions méritant d’être étudiées précisément pour en réunir toutes les conditions de succès. Pour toutes les raisons que l’on peut supposer, qui vont de l’absence d’infrastructures adaptées, à la faible diversification des produits en passant par le manque d’harmonisation des procédures douanières, le faible nombre de points de transit et de stockage, les échanges interafricains ne représentent que 16% des échanges extérieurs du continent. Les pays africains n’arriveront pas tout naturellement, sans d’immenses progrès, au taux d’échange de l’UE, qui échangent entre eux, 60% de leurs flux de marchandises. Le Président Buhari a demandé un délai de réflexion, afin de sonder les milieux industriels et le Nigerian Labour Congres. Une commission consultative a été créée à cet effet qui doit rendre ses conclusions à l’automne.

L’état des relations franco-nigérianes
Avec 3,29 milliards d’euros d’échanges bilatéraux en 2016, le Nigéria demeure le premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, se plaît à rappeler S.E.Mme Modupe Irele.
Les exportations françaises (1,16 milliards d’euros en 2016) sont diversifiées : produits pétroliers raffinés, préparations pharmaceutiques, équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique et produits des industries agroalimentaires. Les importations françaises (2,14 milliards d’euros en 2016) sont principalement composées de produits pétroliers. Le Nigéria maintient son rang de 5ème fournisseur d’hydrocarbures naturels de la France et le 1er d’Afrique subsaharienne.
La présence française en matière linguistique et technique est significative, estime S.E.Mme Modupe Irele. L’Institut français d’Abuja mène à ses yeux de solides recherches sur les questions africaines. Les trois centres d’enseignement et de documentation, le lycée et l’école de Port Harcourt connaissent un heureux développement. D’ailleurs, le réseau des Alliances françaises, dix unités, devrait s’enrichir d’une autre unité indique l’Ambassadeur du Nigéria en France.
De son côté, l’Agence française de développement (AFD) dispose d’un portefeuille de prêts de plus d’un milliard d’euros. Mais, S.E.Mme Modupe Irele a fait allusion au nombre encore trop faible d’entreprises françaises présentes au Nigéria qui est de 120, chiffre qui reste en-dessous du potentiel des deux pays. Tout le monde connaît l’engagement de Total au Nigéria. Le Nigéria entend également développer ses relations dans les secteurs de l’assainissement, du transport de l’eau, du solaire, du secteur agraire, des transports et d’autres secteurs d’avenir, culturel, start up…
Concernant la Francophonie, le Nigéria s’est rapproché de l’OIF et a même envisagé de faire du français sa seconde langue officielle, mais cela n’a pu se réaliser faute d’un nombre suffisant de professeurs qualifiés.
En conclusion de notre entretien, l’Ambassadeur du Nigéria en France a souligné que la partie nigériane espère beaucoup du prochain déplacement à Abuja du Président Emmanuel Macron prévu avant la fin de l’année 2018. Elle est persuadée que les rencontres et entretiens qui auront lieu à cette occasion contribueront à l’approfondissement des solides relations bilatérales qui lient déjà les deux pays.

Le Nigéria et le monde extérieur
L’Union européenne absorbe 35,6% des exportations du Nigéria précise S.E.Mme Modupe Irele et fournit 23,3% de ses importations, juste devant la Chine (21%). Depuis 2004, l’UE entretient avec les autorités nigérianes un dialogue politique au titre de l’article 8 de l’accord de Cotonou. La programmation du 11ème FED (2014-2020) prévoit une enveloppe de 511,5 millions d’euros pour le Nigéria dédiée aux secteurs de la gouvernance, de la santé et de l’électricité. L’UE apporte une aide importante dans la lutte contre Boko Haram : 120 millions d’euros d’aide humanitaire pour le Nord-Est du Nigéria en 2016 qui sera renouvelée en 2017, 123 millions d’euros pour un projet d’aide au développement dans l’Etat de Borno en 2017 et 50 millions de soutien à la force multinationale mixte.
Avec les États-Unis, le Nigéria, où ils disposent de facilités militaires, entretient des liens d’étroits. Le Président Buhari s’est d’ailleurs rendu à Washington le 30 avril 2018, où il a abordé avec le Président Trump une série de questions d’intérêt commun : lutte contre le terrorisme, la croissance économique et les réformes structurelles, les questions de paix et de sécurité. Avec la Russie, les relations se raniment, un accord a été signé en octobre 2017 avec Rosatom pour l’implantation d’une centrale nucléaire de 20 milliards de dollars. Le géant africain entretient également des rapports de plus en plus étroits avec la Chine, bien que le Nigéria ne figure pas sur les Nouvelles Routes de la Soie. La Chine achète 30% de son pétrole en Afrique ; le Nigéria est un de ses principaux fournisseurs.
Engagé en faveur du maintien de la paix depuis les années 1960, le Nigéria est l’un des plus importants contributeurs de troupes aux opérations de maintien de la paix (OMP) des Nations unies rappelle S.E.Mme Modupe Irele. Le pays participe actuellement à 11 des 16 opérations en cours. Ses contributions majeures sont déployées au sein de la Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD), avec 1 030 hommes et de la Mission des Nations unies au Libéria (MINUL) avec 838 hommes. En 2013, le Nigéria a été parmi les premiers États africains à déployer des troupes au profit de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), soit 1 200 hommes, dont il assurait le commandement, puis de la Minusma. 
Finalement, fait valoir S.E.Mme Modupe Irele, le Nigéria qui exerce une influence importante sur son environnement, entretient un dialogue régulier à haut niveau avec la France, le pays européen qui s’est le plus engagé dans la défense de la stabilité, la sécurité et le développement du continent africain.

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