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  Mardi 11 Décembre 2018  
 

Deuxième trimestre 2018

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Horizons Internationaux 1988-2018

Par M. Eugène BERG,
Ancien ambassadeur, conseiller diplomatique à la rédaction de La Lettre Diplomatique

La célébration du 30ème anniversaire en 2018 de La Lettre Diplomatique, fournit une occasion propice à l’analyse globale rétrospective et prospective sur la mutation d’ampleur commencée en 1988, année de la fondation de notre publication. Une année qui, on pourra le constater, a marqué durablement la scène internationale de par l’évolution des processus qui se sont enclenchés à cette période cruciale, dont les effets continuent à se faire sentir.
Chacun sent spontanément que le monde a subi des changements décisifs au cours de ces dernières décennies. Si la fin des années 1980 a vu la libération des pays de l’Est, la réunification allemande et l’effondrement de l’URSS, inaugurant l’ère de la mondialisation, le nouveau siècle a subi l’irruption de l’hyper terrorisme, par les attentats du 11 septembre 2001, et la « guerre » contre le terrorisme. Dans le même temps, à la fin des années 1990, on a assisté à un réaménagement des forces économiques et donc de la puissance. L’apparition des pays émergents, la prodigieuse ascension économique de la Chine, a rebattu les cartes, avant que le monde ne se soit enfoncé en 2008, dans la plus grave crise économique et financière depuis 1929.
C’est sur cette toile de fond, que s’est inscrit par étapes (2008, 2014) la détérioration des rapports entre l’Occident, terme qu’il convient de considérer avec précaution, et la nouvelle Russie de Poutine. Même si ces rapports, appelés naguère Est-Ouest ne rythment plus à eux seuls l’agenda international et quand bien même leur poids demeure important. Ce, avant que la Chine, l’Inde, puis les puissances régionales n’entrent à leur tour dans le nouveau concert des Nations. Le monde de 2018, est aussi différent de celui de 1988, que celui-ci l’était de 1948 au moment où, avec le « coup de Prague », il entrait dans une période de glaciation provisoire.

Depuis l’ « annexion » ou le « rattachement » de la Crimée, le 18 mars 2014, à la Russie et le conflit qui a éclaté en avril dans les régions de Louhansk et de Donets, en Ukraine orientale, puis l’engagement militaire de Moscou en Syrie fin septembre 2015, qui s’inscrit dans l’intensification des tensions dans le Grand Moyen–Orient, experts et média évoquent à l’envie le retour de la guerre froide.

Vieille guerre froide, nouvelle guerre froide
Le Secrétaire général de l’ONU a apporté une caution de poids à cette vue, en déclarant à la chaîne de radiotélévision suédoise SVL, le 22 avril 2018 : « Il est évident que la guerre froide est de retour ». Estimant que les mécanismes de communication et de contrôle établis à cette époque avaient été supprimés, M. Antonio Guterres a plaidé pour leur renouvellement alors qu’en fait les sommets, rencontres bilatérales ou multilatérales, dans le cadre par exemple du G20, de l’ONU, de l’APEC, ou du format de Normandie (Russie, France, Allemagne, Ukraine) n’ont jamais été interrompus.
Il est intéressant de rappeler à cette occasion que c’est précisément à compter de 1988, lorsque fut fondée La Lettre Diplomatique, dont l’objectif était d’offrir une tribune, ouverte, indépendante, la plus large possible, aux divers acteurs traditionnels ou émergents de la nouvelle scène internationale que les deux Grands ont commencé à mettre fin au système de la guerre froide qui avait régi le monde depuis 1947.
Du 29 mai au 4 juin 1988, le 4ème sommet Reagan–Gorbatchev, s’est en effet conclu avec des accords techniques, sur les essais de missiles, les expériences atomiques et les droits de l’homme, tous sujets qui furent l’objet d’une large convergence entre Moscou et Washington, alors qu’aujourd’hui règne entre les deux capitales une certaine méfiance.
Le 7 décembre, à la tribune de l’ONU, M. Mikhaïl Gorbatchev, ancien et dernier Président de l’URSS, annonce une importante réduction unilatérale des forces soviétiques stationnées en Europe de l’Est, geste qui ouvrira le cycle de l’émancipation des démocraties populaires, scandé par des évènements d’ampleur insoupçonnée : ouverture (et non chute) du Mur de Berlin (9 novembre 1989), réunification allemande qui l’a suivie à un rythme rapide (3 octobre 1990), démantèlement du camp socialiste avec la dissolution du Pacte de Varsovie rendue effective le 1er juillet 1991, et celle du Comecon (28 juin 1991), le marché commun socialiste. 
Les 30 et 31 juillet 1991 se tenait ainsi, à Moscou, le premier sommet de l ’« après-guerre froide ». La dissolution de l’URSS intervint quelques mois plus tard, le 8 décembre 1991. Le 3 janvier 1993 les présidents Bush et Eltsine adoptaient le traité START II qui faisait passer l’arsenal nucléaire des deux Grands de 12/10 000 ogives nucléaires stratégiques (d’une portée de plus de 5 500 km) à 3 000 ou 3 500. Un dernier accord NEW START, conclu entre Barack Obama et Dmitri Medvedev, le 8 avril 2010 abaissait même ce plafond à 1 550, avec 700 vecteurs, expire en 2021, sans que soient apparues à ce jour des perspectives crédibles quant à son renouvellement, évolution susceptible d’ouvrir une nouvelle course aux armements. 
Depuis, la question nucléaire apparemment délaissée par les Occidentaux n’a cessé d’être l’objet d’une préoccupation accrue en Russie, en Chine, au Pakistan et en Corée du Nord. Aux yeux des experts occidentaux, Moscou, outre son concept de guerre hybride, met l’accent sur l’imprévisibilité, en laissant ouvertes toutes les options : utilisation des forces conventionnelles, des armes stratégiques, des armes tactiques.

Élargissement de l’OTAN, et sources de la discorde Russie-Occident
Afin de replacer ces événements dans leur perspective actuelle, mentionnons que la dislocation de l’Empire soviétique, fut un évènement de nature complexe, idéologique, économique, politique et géostratégique. 
En quelques mois, le 7ème et dernier Secrétaire général du PCUS, fit, sans contrepartie aucune, d’importantes concessions ce que lui reproche aujourd’hui Vladimir Poutine. Mikhaïl Gorbatchev donna d’abord son feu vert à l’ouverture du Mur, à l’unification allemande et à son maintien dans l’OTAN. En échange, il aurait été entendu que l’Alliance ne devait pas s’étendre vers l’Est, promesse que les dirigeants américains du moment assurent ne jamais avoir donné. Divergence d’appréciation qui constitue aujourd’hui l’une des pommes de discorde entre la Russie et les Occidentaux. Après bien des discussions, furent créées diverses instances de dialogue entre les anciens adversaires de la guerre froide : Conseil de coopération nord–atlantique (COCONA, NACC en anglais), créé le 20 décembre 1991, Partenariat pour la Paix (PPP) lancé en janvier 1994 au sommet de l’OTAN de Bruxelles, Conseil conjoint permanent Russie–OTAN, dont l’acte fondateur a été signé à Paris le 27 mai 1997. C’est cette structure de dialogue qui a été gelé en 2014 suite aux évènements ukrainiens qu’il conviendra un jour de faire revivre et d’adapter à la nouvelle configuration mondiale. 
Le compromis d’alors a rendu possible les élargissements successifs de l’OTAN, en juillet 1997, au sommet de Madrid, où furent invités la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque qui intégreront l’Alliance en 1999. Suivront en 2004, la Slovénie, la Slovaquie, la Roumanie, la Bulgarie, la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie en 2004, puis l’Albanie et la Croatie en 2009. Au printemps 2008, au sommet de Bucarest, Washington envisagea même d’ouvrir les portes de l’OTAN à la Géorgie et à l’Ukraine ce à quoi s’opposèrent Paris et Berlin. Tentative qui ne fut pas sans conséquences, car à l’origine du manque de confiance entre États–Unis et Russie et qui a joué un rôle dans le conflit de Géorgie déclenché le 8 août 2008. M. Gorbatchev imposa ensuite le démantèlement du camp socialiste et ne s’opposa pas, en janvier 2001, à l’intervention des États-Unis et de la coalition en Irak, vieil allié de l’URSS. On croyait alors que les anciens adversaires de la guerre froide allaient partager les mêmes valeurs de démocratie, de défense des droits de l’homme et de l’économie de marché, thèse bien connue sous le concept de « fin de l’histoire », élaborée par l’historien Francis Fukuyama. On sait qu’il fut loin d’en être ainsi. 

Nouvelle Europe, en recherche de cohésion, de solidarité et d’unité
Une nouvelle Europe est sortie de cette chaîne d’évènements. Au plan militaire, la détente eût des conséquences considérables. On parlait partout des « dividendes de la paix ». Les budgets militaires ont chuté de 15 à 20%, voire plus jusqu’à ces dernières années, lorsque le regain des tensions internationales a relancé partout leur hausse, les pays de l’OTAN s’étant désormais engagés à consacrer 2% de leur PIB à la défense. Lors de cette même année 1988, les ministres des Finances de la Communauté économique européenne (CEE), prirent à Luxembourg le 13 juin la décision de libérer complétement le mouvement des capitaux, à l’intérieur de la Communauté. Ce qui constituait un pas vers la globalisation financière qui se répandra sur la planète et qui marqua une étape décisive vers la constitution d’un grand marché de 345 millions de consommateurs, que la Grande-Bretagne, à la suite du référendum sur le Brexit du 26 juin 2016, a décidé de quitter. Les bases permettant la création de l’euro, en 1999, étaient jetées. L’ancienne CSCE qui avait encadré les rapports Est-Ouest, se transforma en Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) après avoir adopté, le 21 novembre 1990, la Charte de Paris pour la nouvelle Europe. La CEE à Douze s’élargit par étapes en intégrant en 1995 les trois neutres (Autriche, Finlande et Suède). Lors de leur sommet d’Helsinki des 10 et 11 décembre 1999, les Quinze décident du grand élargissement à douze candidats : les trois Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), les quatre du groupe de Višegrad (Hongrie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie), les deux riverains de la Mer Noire (Bulgarie et Roumanie) et deux îles-méditerranéennes, Chypre et Malte. La Croatie, pour sa part, a intégré l’UE le 1er juillet 2013.

Les guerres du Golfe se suivent, mais se ressemblent elles ?
Si, au cours de 1988, la longue et meurtrière guerre Iran–Irak, déclenchée par Bagdad, en septembre 1980, prit fin le 20 août, cet évènement, n’a pas, loin de là, apporté paix, stabilité et prospérité à cette région. Les guerres se sont enchaînées. Avec la guerre du Golfe (1990–1991) faisant suite À l’annexion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, le 2 août 1990, puis avec la seconde guerre du Golfe déclenchée en avril 2003, les États-Unis accusant le régime de Saddam Hussein de posséder des armes de destruction massive (ADM), ce qui s’avéra faux. La dislocation de l’armée irakienne et du parti Baas, décidée hâtivement par les Etats-Unis, a fourni le terreau favorable sur lequel a pu s’implanter à compter de 2013, l’État islamique (ou Daech) qui, en quelques mois, s’empara de près de 30% du territoire irakien où fut proclamé un nouveau califat en juillet 2014, du balcon de la grande Mosquée de Mossoul. La seconde ville irakienne ne fut reprise par Bagdad qu’en juillet 2017. 
De même, suite au « printemps arabe », une atroce guerre civile a embrasé la Syrie, qui a provoqué plus de 400 000 victimes et provoqué 12 millions de déplacés et de réfugiés. De son côté, l’Iran chiite n’a cessé d’imprimer sa marque dans toute la région en créant un véritable « croissant chiite » ou « corridor iranien ». Il s’appuie sur le pouvoir alaouite en Syrie, minorité qui constitue 12% de la population syrienne, le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais, avec lequel il a noué des liens dès 1982. Cette formation est devenue le véritable arbitre du jeu politique libanais et est entrée en conflit avec Israël en 2006. Téhéran soutient également le mouvement houthiste au Yémen depuis le déclenchement du conflit, le 25 mars 2015, dans le pays le plus pauvre du monde arabe. Les houthistes sont des zaïdites, fidèles d’une des branches minoritaires de l’islam chiite. Ils tirent leur nom de Hussein Badredin Al–Houthi, leur chef historique mort en 2004, indique Didier Billon, dans sa « Géopolitiques des Mondes arabes – 40 fiches illustrées pour comprendre le monde » (IRIS/Eyrolles, 2018, 184 pages). Ce conflit «  oublié » déclenché le 25 mars 2015 aurait provoqué selon l’ONU, 10 000 victimes, 3 millions de déplacés, sur une population totale de 27 millions ainsi qu’une des crises humanitaires des plus aiguës de la planète. C’est pour soulager les souffrances du peuple yéménite que le Président français Emmanuel Macron aura organisé une conférence humanitaire internationale le 29 juin 2018.

L’Afghanistan à la recherche d’une paix insaisissable
Le 14 avril 1988, l’accord sur le cessez-le-feu négocié par le gouvernement afghan, le Pakistan, l’URSS et les Etats-Unis, est signé, suivi du retrait le 15 février 1989 des troupes soviétiques. La paix est-elle pour autant revenue dans ce pays, qualifié de cimetière des Empires ? Loin s’en faut. Le régime communiste s’effondre, en avril 1996, les talibs, ou talibans, étudiants en religion souvent formés dans les madrasas, du Waziristân pakistanais, entrent à Kaboul en septembre 1996. Puis, ce sera le choc planétaire du 11 septembre 2001 perpétré à New York par des membres d’Al–Qaïda (la Base en arabe) du Saoudien d’origine yéménite Oussama Ben Laden, implanté en Afghanistan, pour y mener le djihad contre les communistes impis. 
Touché au vif dans les symboles de son pouvoir économique et financier planétaire, le World Trade Center et le Pentagone, le centre névralgique de son pouvoir militaire, les États–Unis de George Bush fils déclarent la guerre au terrorisme, qui a commencé par le bombardement et la reprise de Kaboul. Guerre au terrorisme est-ce le terme le plus adéquat ? Toujours est-il que s’appuyant sur l’immense émoi suscité dans le monde par cette manifestation sans précédent de l’hyper terrorisme, les États-Unis obtiennent l’appui du Conseil de sécurité et des membres de l’Alliance atlantique qui mettent en œuvre pour la première fois l’article 5 concernant la solidarité commune. Ainsi, les États–Unis, se muent de gendarmes du monde en shérif. 
La coalition internationale, constituée surtout de forces américaines, britanniques et allemandes qui a atteint 400 000 hommes sous mandat de l’ONU, prendra le nom de l’ISAF (International Security Assistance Force). Restées présentes jusqu’à la fin 2014, ces forces auront permis le rétablissement d’un gouvernement central afghan, à Kaboul, mais celui–ci ne parviendra jamais à contrôler l’ensemble du territoire et à la mi-2018, les talibans contrôlaient 40% du territoire, se livrant à une série d’attentats de plus en plus meurtriers dans la capitale afghane.

La paix arriva … en Afrique australe et en Amérique centrale
En Afrique australe, zone des tempêtes, depuis l’intervention cubaine en Angola de novembre 1975, et de l’intensification de la lutte contre le régime de l’apartheid, un accord de cessez le feu, fut signé le 8 août 1988 entre Angola, Cuba, Afrique du Sud et États–Unis, qui se solda par le retrait des troupes sud-africaines d’Angola. Il en résulta une stabilisation régionale, la fin du régime de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela devenu une icône universelle.
Dans l’isthme américain en proie à une série de conflits depuis la fin des années 1970, un cessez-le-feu est conclu entre le Président Daniel Ortega et les Contras, le 23 mars 1988, ce qui prélude à la fin de la guerre civile. El Salvador suivra quelque temps après et si les États–Unis interviennent au Panama, ce n’est qu’épisodique.
De même, en mai 1988, Algérie et Maroc se réconcilient après douze années de rupture. Le 30 août, le Front Polisario accepte l’instauration d’un cessez-le-feu et l’organisation, sous le contrôle de l’ONU, d’une force de maintien de la paix. Ce contentieux, ouvert depuis 1975, n’est toujours pas réglé. Le cessez-le-feu n’est entré en application qu’en 1991 au moment où la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un referendum au Sahara occidental (MINURSO) s’est mise en place. Mais le referendum sur l’indépendance de l’ex-Sahara espagnol n’a jamais pu se tenir. Ce conflit vient de se ranimer comme en atteste la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Iran, intervenue le 1er mai 2018, le premier accusant le second de livrer régulièrement via son allié du Hezbollah, des missiles Sam 9, 11 et Strella au Front Polisario. Un incident qui doit aussi se lire dans le contexte de la coalition informelle des monarchies sunnites, visant à endiguer l’expansionnisme chiite, préoccupation qui, on le verra ci-après, éclipse le conflit israélo-arabe.

L’interminable conflit israélo-palestinien
Cette même année 1988, l’OLP, un moment affaiblie, retrouve de la vigueur au sommet de la Ligue arabe à Alger (7-9 mai). Les États-Unis annoncent qu’ils sont prêts à ouvrir un dialogue substantiel avec elle, qui s’est poursuivi jusqu’à la décision du Président Donald Trump, prise le 6 décembre 2017, de reconnaître Jérusalem, capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade américaine. Cette décision est devenue effective, au moins symboliquement, lors du 70ème anniversaire de la création de l’État hébreu ; elle est néanmoins controversée et rejetée lors d’un vote à l’ONU par 128 pays dont la France et la Grande-Bretagne, sept pays seulement ayant voté avec Washington. Il convient d’ajouter que le 6 avril 2018, la Russie reconnaissait Jérusalem-Ouest comme la capitale d’Israël, étant entendu que Jérusalem-Est devrait devenir la capitale du futur État palestinien. Une décision qui s’est, de fait, concrétisée le 14 mai par l’inauguration de l’Ambassade américaine ; cérémonie entachée par une brusque poussée de violence à Gaza. Pour le moment, le Guatemala, qui avait été en 1958 le premier pays à ouvrir une Ambassade à Jérusalem, mais l’avait fermée en 1980, a emboîté le pas aux États–Unis, suivi du Paraguay. Le Honduras, la Roumanie et la République tchèque pour leur part semblent y réfléchir.
C’est aussi, en août 1988, que l’organisation à vocation caritative al-Moujamma al-islami, devenue le 14 décembre 1987 le parti politique Hamas (« Mouvement de la Résistance »), publie sa Charte, « la bataille contre les Juifs » étant clairement citée dès l’introduction. Le Hamas va prendre de plus en plus ses distances avec le Fatah, et s’imposer à Gaza.

Les débuts des négociations climatiques, la négociation du siècle 
Cette même année 1988 a vu, dans la quasi-confidentialité, la création d’un groupe dont le nom et les fonctions ne manqueront pas de faire rapidement le tour du monde. Le GIEC (Groupe international d’étude du climat – ou International Panel on Climatic Change), est un des rares exemples où la communauté scientifique est parvenue à convaincre les responsables politiques d’entamer des négociations visant à trouver les moyens de lutter contre les effets du changement climatique. Celui-ci est provoqué par la hausse constante des gaz à effets de serre (GES) provenant de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) qui représentent encore aujourd’hui 82% du bilan énergétique mondial. 
Ainsi, par étapes successives, la plus grande conférence internationale de l’histoire, mobilisant plusieurs milliers d’experts et de délégués et autant d’observateurs et de journalistes, connue sous le sigle COP (Conference of the Parties) s’est mise en marche. Le Protocole de Kyoto, conclu en décembre 1997, qui demandait aux participants (les seuls pays industrialisés) de limiter leurs émissions de GES de 5% en 2012 par rapport à 1990, n’a été appliqué qu’à partir de février 2005. La route vers l’accord de Paris du 12 décembre 2015, adopté lors de la COP 21, a été longue et hérissée d’obstacles (échec de la COP de 2009 de Copenhague suivie de la plateforme de Cancun en 2011), mais pour la première fois, la communauté internationale a pris l’engagement ferme et contraignant de limiter la hausse des températures observée depuis l’ère industrielle à 2° C, et si possible, à la demande de la quarantaine de petits pays insulaires en développement (PIED), à moins de 1,5°C. Les efforts internationaux doivent, en dépit de la sortie des États–Unis de l’accord de Paris, annoncée début 2017 (et qui ne devrait devenir effective qu’en 2020), s’orienter principalement vers l’Afrique qui représente 7,1% des GES avec 14% de la population mondiale. 
À la veille de la COP 24, qui se tiendra à l’automne 2018 à Katowice en Pologne, le bilan en termes d’émissions de GES n’était pas favorable. Celles–ci, après une pause de deux à trois années, ont repris en 2017 avec une hausse de 2% atteignant 41,3 milliards de tonnes de CO2, alors que les années se succédant sont les plus chaudes jamais mesurées. D’ores et déjà, la hausse moyenne des températures constatées depuis le début de l’ère industrielle (1 750) a atteint 1,1 °C. Selon une récente étude parue dans la revue britannique Science, une référence mondiale, une hausse de 1,5°C dévasterait la biodiversité.

L’indispensable ONU, souvent louée, mais entravée
La fin de la guerre froide a suscité un renouveau de l’organisation mondiale, qui s’est efforcée de remplir ses principales fonctions. Elles ont porté principalement sur la sauvegarde de la paix et de la sécurité internationale. Aussi, n’est–il pas surprenant que le Prix Nobel de la Paix ait été attribué en 1988, aux forces de maintien de la paix de l’ONU, qui célébreront le 29 mai leur 70ème anniversaire. Malgré ses insuffisances, ses lourdeurs bureaucratiques, ses lenteurs, cet unique forum universel, qui compte aujourd’hui 193 membres, reste le seul endroit où des négociations peuvent se nouer et auxquelles ils confèrent une légitimité unique et irremplaçable.
Le monde qui a émergé par étapes, ou sauts successifs, au cours des 30 dernières années, apparaît au terme de la décennie de l’hyperpuissance américaine (1992- 2003), à la fois unifié et fragmenté, plus multipolaire que bipolaire, devant affronter une série de défis et de crises. 
Aux côtés des traditionnels enjeux géopolitiques s’est ajoutée une série de questions globales aux impacts d’ampleur. Explosion démographique, inégalement répartie, en particulier en Afrique, aux côtés des nombreux pays en perte démographique. Ce phénomène auxquels s’ajoutent conflits, misère, inégalités et réchauffement climatique, provoque des mouvements migratoires d’ampleur. Problèmes d’environnement ou perte de la biodiversité, rareté croissante des réserves d’eau, pollution des mers et océans conjuguent leurs effets. Catastrophes naturelles (marées noires, dont celle de Deep Horizon), tsunamis de décembre 2004 en Indonésie et en Asie du Sud-Est, provoquant 200 000 morts, et du 11 mars 2011 qui dévasta la centrale atomique japonaise de Fukushima. Enfin, remise en cause le rôle traditionnel des États dans le maintien du bien-être social (Welfare State), éclosion des mouvements populistes et eurosceptiques, et recours à des hommes forts.

Du Tiers monde aux pays émergents
L’une des grandes caractéristiques de cette période 1988-2018, c’est l’effacement, sinon la disparition, de la notion de Tiers-Monde, voire celle de pays en développement, concepts qui avaient dominé la pensée et l’action d’une grande partie de l’humanité durant les trois précédentes décennies. En 1988, on ne parlait encore que des quatre dragons asiatiques, à savoir Hong-Kong, Taiwan, Singapour et la Corée du Sud. 
La Chine n’était pas devenue l’atelier du monde : sa sensationnelle ascension économique date de son entrée à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en 2001, organe qui avait succédé au GATT le 1er janvier 1995. Depuis, elle est devenue la deuxième économie mondiale en 2010-2011, la première en parité de pouvoir d’achat (PPA) et le premier importateur de pétrole. Elle a acquis les attributs d’une grande puissance : ses dépenses d’armement s’élèvent en 2017 à 228 milliards de dollars, soit presque quatre fois les dépenses russes (66,4 milliards de dollars). Pékin affiche de plus en plus ouvertement ses ambitions en Mer de Chine méridionale, étend sa présence et son influence en Asie comme sur tous les continents. Son projet de Nouvelles Routes de la Soie, OBOR (One Belt One Road), devenu RBI (Road and Belt Initiative), vise à réaliser un trillion de dollars d’investissement dans les 64 pays visés, dépassant par leur ampleur le plan Marshall. 

Monde de l’après-guerre-froide, monde de la nouvelle guerre froide ?
Le monde de l’après-guerre froide, à la fois multipolaire, global et hétérogène, a-t-il vu le retour de celle-ci ? Tenter de répondre à cette question qui n’est pas purement rhétorique, n’est pas aisé, car elle dépend du point de vue des intérêts et de la position de ceux qui la posent. 
Ce qui a fondamentalement changé, c’est que l’affrontement actuel entre les puissances (États-Unis, Russie, Chine, Union européenne, Japon et Inde) ne relève plus d’une lutte idéologique, mais d’une compétition traditionnelle entre puissances, même si le clavier dont elles disposent s’est considérablement étendu. De plus, l’affrontement actuel n’oppose plus deux camps structurés, homogénéisés, fermés et organisés en blocs hostiles frontalement opposés. Les sociétés contemporaines, même si elles s’opposent à propos de leurs valeurs ou de leurs convictions religieuses, ne sont plus fermées, hermétiques, mais ouvertes. L’Internet, les réseaux sociaux, les contacts et voyages ont tissé ce que le sociologue canadien Mac Luhan appelait dans les années 1970 le « village planétaire ». 
Il n’en demeure pas moins que les relations entre les États-Unis et la Russie sont désormais marquées par une nouvelle course aux armements, des activités croissantes d’espionnage, des batailles de propagande, la poursuite de l’enquête sur l’ingérence russe supposée dans les élections présidentielles de 2016 et des escarmouches sur les théâtres périphériques. 
Aussi, à ce duel d’un type nouveau, aux forces militaires et aux pressions économiques, se sont ajoutées diverses formes de guerre hybride. Cette notion, développée dans un article publié en avril 2013 par le Chef d’État-major russe, le Général Guerassimov, met en avant le fait que désormais les limites entre guerre et non guerre tendent à s’estomper. Celles–ci combinent mesures politiques, économiques, cyber-guerres et guerres de l’information. Pour compliquer ce paysage stratégique un autre concept a fait son apparition. Après le hard power, puis le soft power, notion dégagée par Paul Nitze, voici la sharp power qui se différencie de la seconde catégorie. Celle-ci repose sur l’influence, la culture, l’attractivité, par son caractère intrusif, agressif, offensif sans que soit employée force ou violence.

Le sommet Poutine-Macron à Saint–Petersbourg, des 24 – 25 mai 2017 : le début d’un nouveau dégel
Déjouant de nombreuses analyses réservées, cette troisième rencontre entre les deux leaders, qui parlent avec franchise et semblent désireux de se tourner vers l’avenir, s’est soldée par d’incontestables convergences, qu’il conviendra de concrétiser dans les mois à venir.
Emmanuel Macron a invité Vladimir Poutine à « ancrer la Russie dans l’Europe », affirmant sa conviction que le pays « a son histoire et son destin dans l’Europe ». Pour le président français, « une fenêtre d’opportunité » s’ouvre pour qu’une « nouvelle dynamique » s’installe entre Moscou et l’Europe, bousculée par la décision du Président américain Donald Trump de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien. 
Il a loué un « dialogue extrêmement direct et franc » avec Vladimir Poutine tout en ne cachant pas que la tâche allait être ardue pour « rétablir la confiance » entre Moscou et l’Europe de l’Ouest, après « vingt-cinq ans d’incompréhension ». « La France est notre partenaire ancien, traditionnel et fiable. (…) Elle a toujours aspiré à défendre sa souveraineté, ce qui est un gage de stabilité dans la relation », a souligné M. Poutine. 
À propos de la Syrie, les deux présidents vont travailler au rapprochement du processus de paix d’Astana (Russie, Iran, Turquie) avec le « Small group » réunissant États–Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Arabie Saoudite et Jordanie. Quant à l’épineux dossier iranien, Vladimir Poutine n’a pas écarté la possibilité de discuter des thèmes mis en avant par son collègue français portant sur l’après-2015, le programme balistique iranien et l’influence régionale de Téhéran, à condition que celle-ci ne s’y oppose pas. Emmanuel Macron a d’ailleurs précisé qu’il ne s’agissait pas d’élargir l’accord du 14 juillet 2015, mais de le compléter. Malgré les tensions des dernières années, la France est restée économiquement très présente en Russie, avec quelques 500 entreprises employant près de 170 000 salariés. Parmi la cinquantaine d’accords de coopération et de contrats signés au cours de la visite, le plus important prévoit l’entrée du groupe français Total dans un nouveau projet géant de gaz naturel liquéfié dans l’Arctique russe de Novatek pour 2,5 milliards de dollars (soit 2,1 milliards d’euros).
Au-delà du thème du retour de la guerre froide, on voit bien que le monde d’après la césure 1988-1991 est devenu un monde plus mobile, où NTIC, migrations, réseaux sociaux, conjuguent leurs effets à celui des drones, des véhicules électriques (VE) sans pilote et de l’immense champ ouvert par l’intelligence artificielle (IA). Elle va littéralement envahir tous les champs du savoir, du pouvoir et de l’avoir. Un monde versatile, fragmenté, inattendu toujours à la recherche d’une gouvernance juste et durable. La Chine, passée entre 2000 et 2015 du 8ème au 2ème rang mondial quant au nombre de publications scientifiques, s’est fixée pour objectif de devenir leader mondial en 2030 en matière de technologies innovantes et d’avenir.

G7, G8, G20, autres groupes à géométrie variable
Ce n’est que lors du 23ème sommet du G7 à Birmingham, devenu le G8 (16-17 mai 1998), que la Russie a été admise à part entière, bien qu’exclue de fait en 2014 après les événements ukrainiens. Face à la crise économique mondiale déclenchée dès l’été 2007 par la crise des subprimes aux États–Unis, s’est constitué le 15 novembre 2008 un G20 à Washington, chargé de définir et de mettre en œuvre des règles de stabilité financière.
,Outre le G8 et les BRICS, il comprend l’Australie, la Corée du Sud, le Mexique et l’Argentine, l’Indonésie, l’Arabie Saoudite et la Turquie, plus un représentant de l’UE, l’Espagne et les Pays–Bas. Manque à la liste le Nigéria, le géant africain de 196 millions d’habitants dont le PIB a dépassé celui de l’Afrique du Sud. Quelle place accorder à l’Éthiopie dont la population (104 millions d’habitants) a dépassé celle de l’Égypte, ainsi que des grands pays asiatiques, Thaïlande, Philippines, Vietnam… Certes, l’élargissement tant souhaité du Conseil de Sécurité reste toujours en panne, mais la concertation s’opère au sein de groupes restreints : P5 + Allemagne et Iran sur le nucléaire, les Six à propos de la Corée (États–Unis, Chine, Russie, Japon, les deux Corées bien que Donald Trump, s’appuyant sur son « Art du deal » publié en 1988, privilégie systématiquement les rapports de force purement bilatéraux).
Dans son dernier ouvrage, « Une humble cavalcade dans le monde de demain » (Grasset, 2018, 186 pages), Alain Minc passe en revue cette série de questions liées les unes aux autres, qui détermineront la physionomie mondiale dans les années à venir, à savoir l’irrésistible et dangereuse ascension des inégalités au point de nous menacer d’une révolution aux formes inattendues et imprévisibles. En germe : l’accélération des mutations de l’emploi sous la pression des avancées conquérantes du Web ; la poussée des migrations dont l’ampleur semble exponentielle et donc difficilement contrôlable dans le respect absolu de nos valeurs ; l’explosion du populisme et les difficultés, pour nos démocraties, de le contrôler, et de le canaliser ; la dissolution de l’Occident sous l’effet d’un divorce de plus en plus prononcé entre les valeurs et la vision du monde des Américains et les nôtres ; enfin, la pression des risques environnementaux et la césure entre l’écologie la plus radicale et les exigences quotidiennes du mieux-vivre.

L’America first, annonce-t-elle la fin de la communauté transatlantique ?
S’il n’a pas détruit tout l’édifice de l’ordre mondial tel qu’il fut établi en premier lieu par les États-Unis après 1945, le Président Donald Trump en a d’ores et déjà ébranlé bien des fondements. Après le retrait du projet du traité de libre–échange intra Pacifique (TPP) dès le 23 janvier 2017, suivi de celui de l’accord de Paris le 1er juin suivant et de l’imposition de surtaxes sur l’acier et l’aluminium, est survenu le retrait de Washington du traité nucléaire avec l’Iran, annoncé à la date symbolique du 8 mai et à la veille de la journée de l’Europe du 9 mai ! 
La crise iranienne, outre qu’elle dresse les États-Unis face à l’Europe, cette fois unie contrairement à 2003 lors de l’invasion de l’Irak, est susceptible de rapprocher l’Europe de la Russie, une orientation sûrement pas souhaitée à Washington. Faisant fi du vieux principe pacta sunt servanda (« les traités doivent être exécutés »), l’occupant du Bureau ovale met en péril la réputation des États-Unis. On verra si dans les mois à venir, l’Union européenne (UE), qui affronte un choix crucial et historique, prendra son destin en main. À la veille du sommet de Sofia des 16 et 17 mai 2018, Emmanuel Macron avait bien défini la situation : « Si nous acceptons que d’autres puissances, y compris alliées (…) se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne serons plus souverains ». Un vocabulaire pas si éloigné que celui qu’emploie volontiers Vladimir Poutine à l’égard de la Russie. Jusqu’où ira l’« unisolationnisme » américain, mot forgé par le représentant de la France aux Nations unies, François Delattre, mélange d’unilatéralisme et d’isolationnisme ? 
En fait, pour dépasser cette vue conjoncturelle, c’est bien la fin du « rêve américain » (expression introduite en 1931 par J.T. Adams) qui explique la raison du succès électoral de Donald Trump qui s’est assigné pour objectif de le réenchanter avec les moyens dont il dispose. Anton Brender et Florence Pisani l’expliquent dans L’économie américaine (Repères n° 700, La Découverte, 128 pages, 2018,) : « Chaque année le quart du PIB mondial est produit aux États-Unis par une population qui représente moins de 5% de celle de la planète ». Le rapprochement de ces deux chiffres donne une idée de la puissance de l’économie américaine. Elle n’est d’ailleurs pas seulement la plus productive des grandes économies développées, elle est aussi celle où s’inventent en permanence de nouveaux produits, de nouveaux services, comme de nouvelles façons de produire qui, notre vie quotidienne nous le rappelle, se diffusent ensuite dans le monde entier. 
Pourtant, son efficacité et sa capacité d’innovation ne parviennent plus à masquer un dysfonctionnement inquiétant. Depuis les années 1970, l’économie américaine peine de plus en plus à produire du progrès social. Pire même, depuis une vingtaine d’années, les signes de régression se multiplient. Comment expliquer cette situation paradoxale ? « La mobilité générationnelle » s’est considérablement réduite : alors que pendant les années 1970, 90% des Américains âgés de plus de 30 ans gagnaient plus que leurs parents, ils sont aujourd’hui moins de la moitié. La classe moyenne s’est fortement érodée, la mortalité des plus de 50 ans a augmenté, contrairement aux autres pays développés. Ce sont ces couches sociales, avec les chrétiens évangélistes, dont 36 millions sur 50 millions qui ont voté Trump. Fidèle à ses promesses électorales, ce dernier met en œuvre son programme n’hésitant pas tourner le dos au reste du monde. Cette nouvelle Amérique, refusant d’assumer son rôle de garant de l’ordre mondial, de gardien des valeurs libérales et démocratiques, est-elle une image passagère ou un courant profond ? En tout cas, ce phénomène nouveau est de nature à modifier bien des équilibres mondiaux établis depuis 1945.

L’Europe fera–t-elle entendre sa voix au sein du concert des nations ?
Face aux désordres du monde, l’Europe veut-elle s’affirmer ou rester sur la défensive ? Question traditionnelle qui, à l’été 2018, revêt une véritable urgence. Nous vivons « un moment décisif pour l’avenir de notre Europe » a déclaré le Président Emmanuel Macron le 17 avril 2018 dans son discours au Parlement européen. Son élection avait rassuré les pro-européens qui y virent un coup d’arrêt à la vague populiste ayant déferlée sur l’Europe et furent confortés par son discours prononcé à l’Université Panthéon-Sorbonne en septembre 2017. 
Pour le moment, les avancées concrètes se font attendre. La France reste pratiquement seule au Sahel. Les résultats des récentes élections législatives en Italie et en Hongrie, après celles de l’Autriche, ne permettent pas d’avancer avec détermination sur la voie d’un approfondissement. La nouvelle conjoncture politique allemande a rendu la Chancelière Angela Merkel, qui n’a plus les coudées franches, encore plus prudente. Le Président Donald Trump a décidé de croiser le fer dans le domaine commercial, reprochant à l’UE le niveau élevé de taxation pour les importations d’automobiles américaines (10%) alors que le niveau américain pour les véhicules européens n’est que de 2,5%.

Les cinq grands défis de l’Europe
Le premier défi a trait à la délimitation de son périmètre et à son identité. La solidarité européenne s’effrite sur la question du Brexit. Aucune clarification n’est intervenue sur la question de la candidature de la Turquie. Dans le même temps, la Commission vient de proposer d’ouvrir des négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine en dépit du chaos qui persiste dans les Balkans. Ainsi, alors que les négociations d’adhésion continuent avec la Serbie et la Macédoine, la perspective d’une UE à 31 à l’horizon 2025 se précise. À l’avenir, les candidatures du Kosovo et de la Bosnie-Herzégovine pourraient être envisagées. 
Pourtant le président français a fait clairement savoir que l’UE devait d’abord se réformer avant d’envisager de s’étendre. Comment celle-ci pourrait-elle, en effet, fonctionner sans réforme profonde de ses règles de fonctionnement et institutions (règle de l’unanimité en matière fiscale et sociale, composition de la commission avec un membre par État, nombre des parlementaires européens, gestion des divers fonds…) ? Quels seront les liens entre cette UE élargie et les membres de l’actuel Espace économique européen (EEE) comme l’Islande, un moment tentée par l’adhésion ainsi que le Liechtenstein et la Norvège, ensemble dans lequel le Royaume-Uni pourrait trouver sa place ? Resterait à statuer sur le cas de la Suisse engagée dans une coopération à la carte avec l’UE et sur celui de la Moldavie, le plus pauvre des pays européens. 
Le cercle périphérique le plus large correspond au voisinage de l’Union : Turquie, Russie, Ukraine, Biélorussie, ainsi que les trois pays du Caucase du Sud (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie) qui pourraient être associés, s’ils y trouvaient intérêt. Ceci rendrait nécessaire d’harmoniser les règles entre l’UE et l’Union économique eurasiatique (UEEA), ce que Vladimir Poutine avait demandé aux Européens en janvier 2014, avant que n’éclate la crise ukrainienne. Un tel espace économique recouperait pratiquement (en dehors des micro-États Andorre, Monaco, Saint-Marin) le périmètre du Conseil de l’Europe avec ses 47 membres actuels. 
Le deuxième défi porte sur l’euro. L’Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques sont réticents vis-à-vis de l’idée avancée par le président français d’un budget propre à la zone euro, de nature à leurs yeux à gonfler les dépenses de transfert en faveur des pays débiteurs. La nomination d’un ministre des Finances de la zone euro se heurte aux réticences de l’Allemagne, où l’entrée en force du parti d’extrême-droite AfD au Bundestag a durci les positions des partis. Personne aussi ne parle plus sérieusement de la création d’un parlement spécifique. Berlin considère d’ailleurs que ces réformes d’ampleur nécessiteraient une modification des Traités existants, ce qui, dans les circonstances actuelles semble mission impossible, et ne serait prêt qu’à élargir le Mécanisme de solidarité en un Fond monétaire européen. Il en va de même sur la question du rapprochement des normes fiscales et sociales, comme la taxation des géants du numérique, qui se heurte à un tir de barrage de l’Europe du Nord, rangée derrière les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Irlande.
Le troisième défi porte sur la circulation des personnes qui oppose frontalement Europe de l’Ouest et Europe de l’Est, tout en imposant une lourde charge aux pays d’accueil du Sud (Grèce, Italie, Malte). L’absence d’une politique commune en matière de migration et d’asile se fait sentir. Emmanuel Macron souhaite la création d’un Office européen de l’asile et d’une Police européenne des frontières, ce qui a priori, ne devrait pas poser trop de problèmes.
Le quatrième défi porte sur l’Union de la sécurité dont les missions, outre une coopération accrue en matière de défense, devraient comprendre la lutte contre le terrorisme, la protection des infrastructures critiques, le contrôle des frontières extérieures et la cyberdéfense. Le Président Emmanuel Macron s’est prononcé pour une Europe protectrice face aux menaces extérieures, dans le contrôle renforcé aux frontières et sur le plan social. Il appelle également de ses vœux à l’élaboration d’une doctrine de défense, à la création d’une force d’intervention, à des progrès dans le domaine des industries de défense, ainsi qu’à un budget commun en 2020. Il a été d’ores et déjà décidé que sur la base d’une « coopération structurante », France et Allemagne rejoints par quelques pays, devront aboutir à la réalisation en commun d’équipements militaires majeurs (avions de combats, drone, chars lourds). Pour le moment, la France reste seule au Sahel dans les opérations dures. L’Allemagne a certes consenti à envoyer ses soldats au Mali, mais uniquement dans des activités de formation et dans la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Elle s’en tient toujours à sa ligne prudente : un récent sondage de la ZDF indique que 78% des Allemands étaient opposés aux frappes occidentales en Syrie.
Le dernier défi porte sur la démocratie et les valeurs de l’Europe. Bruxelles, comme la France, l’Allemagne et les pays du Benelux font face aux positions des démocraties dites « libérales ». La Commission a certes actionné la procédure de mise en œuvre de l’article 7 contre la Pologne qui, si elle était menée à son terme, priverait celle-ci de son droit de vote. Mais toute décision en la matière exige un vote à l’unanimité. Aussi, dans le cadre des discussions du futur budget de l’UE (d’un montant de 1 230 milliards d’euros pour la période 2021- 2026, soit 1,1% du PIB de l’Union), la Commission envisage de faire dépendre les versements des fonds de cohésion et des fonds régionaux au respect par les pays bénéficiaires des normes démocratiques fixées dans les Traités, au premier chef desquels le domaine de l’indépendance de la justice. Ce qui augure de débats animés au sein des instances communautaires… 
Du côté européen, les signes de rébellion contre le « suzerain » américain se font de plus en plus forts. Déjà le Président du Conseil européen, Donald Tusk, avait eu le 16 mai 2018 des mots très forts : « En voyant les dernières décisions du Président Trump, on pourrait penser qu’avec de tels amis, on n’a pas besoin d’ennemis. Mais pour parler franchement, l’Europe devrait être reconnaissante au Président Trump. Car grâce à lui nous avons perdu toutes nos illusions ». Le Président de la Commission européenne, Jean–Claude Juncker, a quant à lui, ajouté : « Nous en sommes au stade où nous devons remplacer les États-Unis qui, en tant qu’acteur international, ont perdu de leur vigueur et à cause de cela, à long terme, perdront leur influence ».

Le retour de la croissance (3,6% en 2017) est-il menacé ?
L’économie mondiale, atone ces dernières années, a retrouvé son rythme de croisière d’avant-crise avec un taux de croissance moyen de 3,9% prévu en 2018 et en 2019. Ce taux moyen recouvre des performances nationales fort diverses : à côté des deux principaux moteurs que sont la Chine (6,9% en 2017, 6,6% en 2018, 6,4% en 2019) et l’Inde (6,7% en 2017, 7,4% en 2018, 7,8% en 2019) qui à eux deux représentent plus de 40% de la croissance mondiale, les autres émergents font pâle figure. 
La Russie, bien que sortie de la récession en 2014-2015, n’a pas réussi à rattraper son retard (1,5% en 2017, 1,7% en 2018, 1,5% en 2019). Quant au Brésil (1% en 2017, 2,3% en 2018, 2,5%), il est loin de ses performances passées, ce qui est le cas de l’Afrique du Sud (1,3% en 2017, 1,5% en 2018, 1,7% en 2019), tous deux pays touchés par des crises politiques. 
Cette croissance, due en partie au sauvetage des banques grâce à d’abondants crédits publics et une stimulation monétaire, s’est traduite par la flambée de la dette publique et privée dans le monde, qui a atteint des niveaux sans précédent, avec au total 164 000 milliards de dollars, soit 225% du PIB mondial (selon le Fiscal Monitor du Fonds monétaire international du 18 avril 2018). 
Ce fardeau qui a augmenté de 40% depuis 2007 est supporté en réalité par trois pays : les États-Unis, où la dette publique passera de 108% du PIB en 2017 à 117% en 2023, la Chine et le Japon où elle atteint 236,4% en 2017 ! Aucune région du monde n’est épargnée. Un tiers des pays riches affichait un taux d’endettement de 85% en 2017, trois fois plus qu’en 2000. La dette d’un pays émergent sur cinq dépassait les 70% et celle d’un pays en développement sur cinq dépassait les 60%. Situation qui pourrait provoquer une brusque remontée des taux d’intérêt mettant en péril la croissance mondiale sans parler du risque de nouveau krach ! 
Ceci n’a nullement entravé la frénésie de rachats d’entreprises dans le monde qui, entre le 1er janvier et le 10 mai 2018, ont bondi de 67% pour atteindre 1 850 milliards de dollars ! Sans que personne ne l’ait prévu, voilà que les prix du pétrole ont pour la première fois depuis 2014 atteint le 17 mai 2018 les 80 dollars pour le Brent (brut de référence), soit une hausse de près de 20% depuis le 1er janvier 2018, mais près de trois fois son niveau le plus bas de janvier 2016. La dénonciation de l’accord nucléaire iranien par le Président américain Donald Trump risque fort de retirer du marché de 400 000 à 1 million de barils/jour sur les 2,8 millions de barils exportés par l’Iran. À cela s’ajoute l’effondrement colossal du secteur pétrolier du Venezuela qui, bien que disposant des réserves conventionnelles les plus importantes du monde, a vu sa production tomber entre avril 2017 et avril 2018 de 2,8 millions à 1,5 million de barils/jour, alors qu’elle était de 3,9 millions de barils/jour il y a dix ans. 

Guerre commerciale ?
Au moment où le Président Donald Trump acceptait l’offre de rencontre au sommet que lui avait envoyé le leader nord-coréen, il signait deux proclamations imposant des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium, qui au terme d’un délai, ont été appliqués au 1er juin 2018, le lendemain de l’appel lancé par le Président français Emmanuel Macron en faveur d’un « multilatéralisme, fort, meilleur et renforcé » lors de la rencontre ministérielle annuelle de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). 
Par ce geste susceptible d’ouvrir une guerre commerciale, l’UE ayant décidé de rétorquer en taxant les jeans américains, les Harley Davison et le whisky Bourbon, le Président des États-Unis entendait remédier à l’abyssal déficit commercial américain qui s’est établi à 566 milliards de dollars en 2017. C’est avec la Chine qu’il est le plus élevé (375,2 milliards de dollars), suivie du Mexique (104) du Japon (63) du Canada (55). Ces mesures touchent en priorité les partenaires et principaux fournisseurs d’acier des États–Unis : Canada (4,3 millions de tonnes), Brésil (3,6), Corée du Sud (2,7), Mexique (2,4), Turquie (1,9), Japon (1,4) mais aussi Russie (2,4) et Chine. 
Il est encore difficile d’évaluer le risque réel pour l’économie mondiale des mesures américaines qui alimenteront l’inflation, perturberont les chaînes d’approvisionnement et étoufferont l’innovation. Pourtant, il semble qu’un choc frontal américano-chinois semble, pour le moment, avoir été évité. Malgré ces menaces de guerre commerciale, le Président américain a signé à la mi-mai 2018 un accord pour garantir les exportations de bœuf et de gaz naturel américains vers la Chine. À cela s’ajoute certains services financiers des États-Unis. Ce premier accord commercial sino-américain marque un nouveau geste d’apaisement de l’administration Trump envers Beijing, les deux pays souhaitent travailler ensemble dans un esprit de coopération, visant à réduire de moitié le déficit américain vis-à-vis de la Chine. Il autorisera les importations de bœuf américain, après un embargo de treize années, et permettra l’ouverture progressive du marché chinois aux opérateurs américains de système de paiement, tandis que les entreprises chinoises pourront acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis, dont le pays devient un gros importateur.

Vers une percée sur le dossier nucléaire nord-coréen
Après des mois de tensions sur fond de bruits de guerre (des experts estimant même le nombre des victimes à 2 millions en cas de conflit), le Président nord-coréen Kim Jong-un entonna le chant de l’ouverture lors de son discours traditionnel annuel du 3 janvier 2018. Une première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2011. 
Peu d’observateurs s’attendaient alors à ce que ce geste inédit aboutisse en un temps record au dégel des relations intercoréennes et à l’annonce sensationnelle et improvisée d’une rencontre au sommet avec le Président américain Donald Trump. Le leader nord-coréen exprima le désir d’envoyer une équipe participer aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang et le Président progressiste Moon Jae–in, élu en mai 2017, lui répondit aussitôt favorablement. À l’issue des Jeux, les deux leaders se rencontrèrent au village de la paix de Pan Mun Jon situé dans la DMZ le 27 avril, sous le regard vigilant de la Chine. Celle-ci, qui absorbe 90% des exportations nord coréennes, n’entend pas rester à l’écart du processus de paix qui s’est enclenché à sa porte.
Tous les yeux étaient fixés sur la rencontre historique entre le président américain et le leader nord-coréen, prévue à Singapour le 12 juin 2018, date de la fête nationale russe. Si la cité-État a été choisie, c’est en raison de sa neutralité, puisqu’elle est un des seuls États entretenant des relations diplomatiques avec les deux pays, mais de la sécurité qu’elle offre et de sa capacité à organiser de telles rencontres. 
Si ce premier sommet s’était soldé par des véritables percées, conduisant à terme à un rapprochement et à une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » de la péninsule coréenne, il constituerait incontestablement l’événement clef de cette année 2018, déjà si riche en promesses et en défis. Chacun des voisins des deux Corées observe avec intérêt le déroulement des événements. La Russie a fait part de sa disponibilité à coopérer avec les Corées, notamment en mettant en œuvre des projets d’infrastructures dans le domaine énergétique. Le Japon, quelque peu laissé à l’écart, a émis le vœu que l’accord global envisagé inclut également la renonciation par Pyongyang à ses missiles à moyenne portée susceptibles d’atteindre l’Archipel. 
Malgré une brusque hausse des tensions liées au malentendu qui s’est instauré entre les deux leaders, le principe de ce rendez-vous a été maintenu. Aussi, deux négociations parallèles se sont engagées : celle sur la paix entre les deux Corées et celle sur la dénucléarisation entre Washington et Pyongyang. Le royaume ermite, signe de bonne volonté, a procédé entre les 23 et 25 mai au démantèlement de son site d’essais nucléaires de Punggye–ri. Est–il disposé à se dessaisir de ses armes nucléaires sans renoncer à sa technique nucléaire ? Que faut-il entendre par « dénucléarisation de la péninsule coréenne » ? Autant de questions fondamentales auxquelles il conviendra d’apporter des réponses satisfaisantes. 

Lutte contre Daech, recherche de la stabilité dans le Grand Moyen-Orient
Le réduit territorial de l’État islamique a totalement disparu en Irak, où ne subsistent que des débris, ce qui a permis la tenue le 12 mai 2018 des élections législatives marquées néanmoins par une abstention record (44,52% de participation). Scrutin qui a vu, contre toute attente, la victoire de la coalition menée par Moqtada Al-Sadr et exclut toute alliance avec les partis proches de Téhéran. 
Si la présence des partisans de Daech s’est également réduite à une peau de chagrin en Syrie, cantonnée à l’est de l’Euphrate, la menace que représentent ses partisans ne s’est pas dissipée. Des isolats restés actifs en Libye, ont été bombardés à plusieurs reprises par les drones américains venus d’une base en Sicile où sont actives différentes forces spéciales, américaines, françaises, britanniques… Une émanation de l’organisation terroriste est également présente dans le Sinaï, où elle a mené des attentats ayant provoqué des centaines de victimes. Les affiliés de Daech se manifestent également en Afghanistan, au Bangladesh, aux Philippines, en Malaisie et, épisodiquement, au Yémen. De même, Al Qaida avait accordé des franchises – Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) et Aqba (Al Qaida dans la péninsule arabique). 
En Syrie, les divers groupes salafistes qui ont succédé à Al Nosra n’ont pas déposé les armes à Idlib, où ils se sont repliés après leur reddition dans la Ghouta orientale et le sud de Damas fin mai. La grande nouveauté, en ces premiers mois de 2018, c’est que le conflit syrien, qui est entré dans sa septième année, s’est mué de plus en plus en véritable conflit régional. La Turquie s’est en effet lancée le 20 février 2018 à l’assaut des bastions kurdes du canton d’Afrin. Elle est persuadée que les PYD (Unités de défense du peuple), fortes de 10 000 combattants aguerris aidés par les 2 000 hommes des forces spéciales américaines, ne sont que le prolongement du PKK, organisation qualifiée de terroriste avec laquelle Ankara mène une guerre sans merci depuis les années 2000. Le contingent turc s’est au début heurté à une résistance opiniâtre des peshmergas, qui ont été acculés à demander l’aide de l’armée syrienne afin de conserver leurs bastions. On estime à 30 millions le nombre d’individus, se revendiquant Kurdes, vivant au carrefour de quatre États sur une étendue de 500 000 km² (Turquie 15 millions, Iran 8 millions, Irak 5 millions et Syrie 2 millions) rappelle Didier Billon (« Géopolitiques des Mondes arabes – 40 fiches illustrées pour comprendre le monde »). Après l’utilisation de l’arme chimique le 7 avril 2018 dans la Goutha orientale attribuée à l’armée syrienne, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont répliqué par des attaques ciblées de 105 missiles contre trois installations syriennes stockant ou opérant ces armes chimiques que Damas s’était pourtant engagé à éliminer totalement à l’été 2013. 
Parallèlement à ces diverses opérations militaires, le double processus de paix s’est poursuivi, sans qu’on puisse en percevoir l’issue. Les négociations de Genève, conduites sous l’égide de l’ONU et de son Envoyé spécial, Stefan de Mustera, ont souffert d’un effacement américain dont la ligne diplomatique n’apparaît pas claire, se bornant semble-t-il, pour l’essentiel, à des frappes ciblées contre Daech, visant surtout à empêcher l’Iran de s’établir durablement et fortement chez son allié syrien. Donald Trump a fait savoir qu’il voulait le retour du contingent américain de Syrie alors que maints experts ou responsables lui ont fait savoir que l’endiguement de l’Iran nécessitait au contraire son maintien et son renforcement. 
Moscou s’est efforcé, tout au long de ces derniers mois, d’alimenter le processus de paix en réunissant à Sotchi une Conférence politique intitulée « Congrès syrien pour un dialogue national ». Chacun des « amis » de la Syrie ou pays y soutenant des mouvements politiques ainsi que des forces militaires a été appelé à alimenter ce dialogue – Conférence de Riyad, Groupe dit du Caire… Bien qu’aucune décision n’ait été enregistrée à ce jour, des progrès ont été accomplis sur la délimitation de quatre zones de déconfliction, sur l’esquisse d’une future Constitution fédérale pour la Syrie, ainsi que sur les contours d’une période de transition, points sur lesquels Vladimir Poutine et Bachar al–Assad se seraient entendus à Sotchi le 17 mai. Bien qu’aucun pays ou acteur significatif du drame syrien, qui a provoqué 500 000 victimes, ne fasse plus du départ programmé du pouvoir du Président syrien Bachar Al Assad une condition sine qua none immédiate, c’est bien à propos de sa personne, comme celui d’un éventuel gouvernement de transition que buttent responsables, médiateurs et diplomates. 

Retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien
Derrière la lutte contre l’État islamique et d’autres mouvements djihadistes en Syrie qui semble toucher à sa fin, se profile déjà l’hypothèse d’un éventuel affrontement israélo-iranien susceptible de tourner en conflit direct, sinon, général. L’Iran qui, après la Russie, a le plus grand nombre de pays frontaliers et qui possède 8 731 km de frontières, s’est massivement investi en Syrie où il a perdu des centaines d’hommes, ne cachant pas son désir d’y disposer de bases terrestres et navales, d’obtenir des droits miniers et d’y gagner des contrats de travaux publics. Il a ainsi obtenu le contrat de construction d’une centrale électrique à Alep.
Tout cet engagement extérieur et militaire (le budget militaire a augmenté de 20% pour attendre les 11 milliards de dollars) s’inscrit sur le fond d’une économie dont la croissance, 4,3% en 2017, s’est avérée robuste. Voilà que cet acquis est gravement menacé par les sévères sanctions que viennent de réintroduire les États-Unis à l’encontre de Téhéran à la suite de la dénonciation de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015. L’Iran qui n’a reçu en 2016 que 3,4 milliards de dollars d’investissements étrangers (contre 50 milliards espérés), se trouve confronté à une rude situation, le taux de chômage des jeunes atteignant 28,1% en 2016. Cet engagement iranien pèse cependant lourd, les pertes humaines se comptant par centaines et son coût atteindrait, selon l’opposition iranienne, 800 millions de dollars. 
C’est l’allié de l’Iran, le Hezbollah, qui a payé le prix le plus fort dans la défense du régime syrien puisqu’il a enregistré 2 000 pertes sur les 15 000 hommes qu’il a envoyé en Syrie. A-t-il été récompensé en arrivant en tête des élections législatives libanaises du 6 mai 2018, emportant la majorité soit 65 des 128 sièges, alors que la formation du Premier Ministre Saad Hariri (le Courant du futur) est passée de 31 à 21 sièges ? Le Liban, troisième pays le plus endetté du monde (150%) après le Japon et la Grèce, subit de plein fouet tous les soubresauts de son environnement. 
Israël a intensifié ses attaques contre les dépôts d’armes iraniennes destinées à son partenaire le Hezbollah, provoquant des dizaines de victimes parmi les conseillers iraniens. Une alliance implicite réunissant Washington, Ryad et Jérusalem s’est mise en place pour barrer la route à « l’expansionnisme chiite ». De même, il apparaît que Moscou s’efforce d’éloigner la présence des forces pro-iraniennes des frontières israéliennes, avant d’obtenir le retrait de « toutes les forces étrangères » du territoire syrien. 
Faut-il attendre un nouveau Sarajevo annonçant une déflagration générale ? Et chacun devrait s’interroger sur ce que pourrait être le comportement et les motivations des puissances en cas d’escalade. Les États–Unis et Israël, appuyés en arrière-plan par l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe, cherchent-ils uniquement à empêcher l’Iran de construire la bombe ou veulent-ils opérer un « regime change » ? La VIème flotte américaine entrera-t-elle en action ? Quelle position adoptera la Russie qui a fait savoir qu’elle interviendrait si l’existence d’Israël était mise en danger ? 
Les « sanctions maximales » exercées par Washington sur l’Iran ont conduit ce dernier à se tourner encore davantage vers ses partenaires eurasiatiques en signant un accord de libre-échange avec l’UEEA, puis en demandant des assurances supplémentaires à la Chine qui lui achète 660 000 barils/jour. De son côté, Washington a dévoilé le 21 mai 2018 par la bouche de Mike Pompeo, le nouveau Secrétaire d’État américain, un véritable plan de bataille en 12 points contre l’Iran ne dissimulant pas, en se faisant « l’avocat infatigable du peuple iranien », son souhait d’y voir s’opérer un « changement de régime ». 
Un début de désescalade est cependant intervenu lorsque, à l’issue de la rencontre entre Bachar al Assad et Vladimir Poutine à Sotchi le 17 mai, le Président russe en a appelé au « départ des troupes étrangères de Syrie ». Dans un premier temps, cela devrait se traduire par le départ des milices chiites pro-iraniennes stationnées à la frontière israélo-syrienne, près du plateau du Golan occupé par Israël depuis 1967. Sous l’influence du Prince héritier d’Abou Dhabi Mohammad Ben Zayed Al Nayan, les Émirats Arabes Unis étendent leur présence commerciale et militaire du Yémen à la Corne de l’Afrique. Ainsi ont–ils établi des bases dans l’île yéménite de Socotra dans le Golfe d’Aden, à Assab, à l’extrémité sud de l’Érythrée et à Berbera en Somaliland. Les Émirats Arabes Unis, quatrième importateur d’armes au monde derrière l’Inde, l’Arabie Saoudite et l’Égypte, sont aussi avec leur société portuaire Dubaï Ports World, le quatrième opérateur mondial.
En Arabie Saoudite, une « révolution silencieuse » s’opère sous l’impulsion énergique du Prince héritier Mohammed Ben Salman, dit MBS. Outre sa volonté d’accorder les pleins droits aux femmes en leur permettant de conduire et d’exercer librement un emploi, il cherche à sortir son pays de son étroite dépendance à l’égard des hydrocarbures, qui représentent encore 93% de ses revenus extérieurs. Sous son impulsion, a été mis en place le plan « Arabie Saoudite 2030 », dont l’un des premiers volets consistera à mettre sur le marché 10% des actions de l’Aramco, première productrice de pétrole du monde avec plus de 10 millions de barils/jour. Mohammed Ben Salman, qui a engagé son pays dans le conflit yéménite, foyer d’instabilité menaçant la sécurité du Royaume, a adopté une attitude dure vis-à-vis de l’Iran dont il dénonce les ambitions d’hégémonie régionale. 
À l’heure où étaient écrites ces lignes, nul ne pouvait encore prédire avec exactitude dans quelle direction allait s’orienter le Moyen-Orient, que l’essayiste libanais Fouad Khoury–Helou réduit apparemment à deux possibilités : allons-nous vers une  « guerre froide » ou une « paix froide » s’interroge-t-il dans son court ouvrage L’effondrement du monde arabo–islamique, Le dilemme arabe : Israël plutôt que l’Iran (Hermann, 94 pages, 2018). Certes, beaucoup d’incertitudes planent, au premier lieu sur ce qu’est la politique américaine dans la région qui semble se concentrer exclusivement sur l’Iran. Cependant, il n’est pas exclu qu’au terme d’une période sévère de tensions, la plupart des acteurs régionaux, ainsi que les États–Unis, la Russie et l’Europe, en viennent à un « partage du gâteau » régional et à une confrontation idéologique et religieuse de basse intensité, permettant de légitimer le rôle de chaque acteur et de son régime politique. S’agirait-il d’un Yalta régional, d’une Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE ou ancienne OSCE) ou plutôt d’une CSCMO (Conférence sur la Sécurité et la coopération au Moyen-Orient) ? L’expérience et la sagesse des diplomaties parviendront-elles à surmonter les chaudes passions moyennes orientales ? Elles le peuvent, donc elles le doivent.

L’Afrique : recherche de la croissance économique, djihadisme et tensions
Le continent africain, riche de ses 54 membres, n’a jamais montré une image unique. Il est à la fois terre d’innovation et d’opportunités, « dernière frontière » de l’économie mondiale, lieu d’inégalités et point de fixation de mouvements djihadistes. Le « Siècle de l’Afrique » titrait Le Point le 1er février 2018, mettant l’accent sur le dividende démographique (en 2050 un enfant sur quatre dans le monde sera africain), ou sur le fait que le PIB du continent sera celui de la Chine actuelle. 
D’ores et déjà, comme au Kenya et en Tanzanie, l’utilisation du téléphone mobile s’est répandue en milieu rural et dépasse ce qui se fait en Europe. Dans plusieurs pays, les paiements par mobile représentent 50% des paiements ! L’Afrique qui gagne (« Africa rising ») n’apparaît pas seulement être un slogan. Le continent dispose du tiers des réserves minières et énergétiques de l’humanité encore disponibles, sans compter les terres arables dont elle détient les six dixièmes encore inexploitées. S’y ajoute l’avantage d’un espace immense, largement plus grand que l’Inde, la Chine et l’Europe occidentale réunies. 
Aussi, convient-il, de relativiser les zones d’opération des groupes liés à l’État islamique, qui s’ajoutent aux filiales d’Al Qaida. Elles couvrent à peu près 15% du territoire africain mais ne représentent que 2 à 3% de son PIB, se concentrant principalement au Sahel, dans le Nord-Ouest du Nigéria, où Boko Haram semble sur le recul, et en Libye, où les groupes djihadistes ont été chassés de leurs emprises. Le statu quo dans ce pays devenait intenable et représentait une menace existentielle pour l’Europe, l’Afrique du nord et le Sahel. 
Aussi, la Conférence internationale du 29 mai 2018, réunissant à Paris tous les protagonistes libyens, le chef du Gouvernement d’accord national (GAN) Faïez Al-Sarraj, le chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), le chef de la Chambre des représentants, Aguila Salah Issa, et le Président du Conseil d’État (instance consultative, basée à Tripoli), Khaled Al-Mishri ainsi que les représentants de 25 pays et quatre organisations internationales aura représenté une étape clef vers la réconciliation. Un accord, le premier depuis 2011, est intervenu pour la tenue d’élections le 10 décembre prochain devant aboutir à un gouvernement reconnu de tous et à un nouveau texte constitutionnel. 
Au Mali, où la situation sécuritaire ne s’est guère améliorée de manière décisive, l’opération de maintien de la paix de l’ONU (la MINUSMA), forte de 11 000 hommes, a été une des plus meurtrières, ayant causé la perte de 150 casques bleus.
Pourtant, le défi le plus difficile auquel les pouvoirs sont confrontés est d’assurer une croissance suffisante, afin de diminuer les inégalités et d’offrir des perspectives d’emploi à une jeunesse en augmentation rapide. La moitié de la croissance de la population mondiale doit se faire en Afrique d’ici 2050, tout en promouvant une économie innovatrice. 0r, après avoir atteint plus de 5% par an (5,3% en 2012, 5,6% en 2013) durant la décennie dorée 2004-2014, la croissance a chuté du fait de la baisse des cours pétroliers et des matières premières. Elle s’est établie à 2,8% en 2017 et une hausse de 3,4% est attendue en 2018, selon le rapport annuel de la Banque africaine de Développement (BAD) soit à peine plus que l’accroissement de la population. La croissance devrait reprendre dans les pays pétroliers (Angola, Gabon, Nigéria) grâce à la remontée vigoureuse des cours et restera soutenue en Côte d’Ivoire (7,4%), locomotive de l’Afrique de l’Ouest, au Sénégal (7%) ainsi qu’en Éthiopie (8,5%). 
Sur cet arrière fond, le changement à la tête de certains pays clés ou symboliques a constitué une surprise et un facteur d’espoir. L’élection de George Weah le 26 décembre dernier à la présidence du Libéria, avec 61,5% des voix contre 38,5% au vice-président sortant, avait déjà constitué une surprise. L’ex-attaquant du Paris Saint-Germain et du Milan AC est le seul africain a avoir obtenu le Ballon d’or en 1995. Le candidat anti-élite a déclaré : « la transformation de la vie de tous les Libériens est la seule mission de ma présidence ». En Angola, Joao Lourenço qui a succédé à José Dos Santos, au pouvoir depuis 38 ans, s’est montré déterminé dans sa lutte contre la corruption en démettant les deux enfants de son prédécesseur de lucratives sinécures et en ouvrant davantage l’économie aux investissements étrangers, tout en s’efforçant de diversifier l’économie qui dépend encore quasi-exclusivement des exportations pétrolières. L’Afrique du Sud, jadis à l’avant-garde du mouvement de renaissance africaine, avait vu sa réputation gravement entachée par le processus de captage des ressources de l’État qui avait été mis en place par le Président Jacob Zuma, un ancien ministre des Finances ayant estimé que 11 à 15 milliards de dollars avaient été détournés (soit 5% du PIB). Le pays de 57 millions d’habitants, membre des BRICS, compte sur le continent du fait du niveau de ses infrastructures financières et physiques, ainsi que de son autorité morale et de son rayonnement diplomatique. Jacob Zuma a finalement été écarté par le parti gouvernemental, l’ANC, au profit d’un fidèle compagnon de Nelson Mandela, Cyril Ramaphosa. Au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, qui est parvenu à écarter le doyen des chefs d’État du monde, Robert Mugabe au pouvoir depuis 37 ans, a également procédé au desserrement de la vie politique et à la libéralisation de l’économie. Mais ce mouvement de renouvellement des dirigeants est loin d’être la règle, surtout lorsqu’il s’agit de leaders charismatiques et efficaces comme c’est le cas de Paul Kagamé au Rwanda, réelu pour un nouveau septennat. Ayant présidé grâce à sa politique de transparence, de discipline et de renforcement du secteur privé, au relèvement du pays dont le PIB, d’un niveau de 150 dollars en 1990-1994 est passé à 700 dollars, Kagamé est devenu un « modèle rêvé » pour les présidents africains. En République Démocratique du Congo (RDC), le chef de l’État Joseph Kabila, dont le mandat s’est officiellement terminé le 19 décembre 2016, s’est maintenu au pouvoir. La prochaine échéance (scrutins présidentiels, législatifs et provinciaux) est fixée au 23 décembre 2018. 
Bien des zones de conflits ou de turbulences persistent sur le continent. Depuis la sécession au Sud-Soudan en 2011, le conflit qui a éclaté en 2013, opposant le Président Salva Kir (un Dinka) à son Vice-Président Riek Machar (un Nuer), s’est arrêté mais la situation humanitaire ne s’est pas améliorée. En effet, sur une population estimée à 12 millions, deux millions ont été déplacés et deux autres millions se sont réfugiés dans les pays voisins. En RDC, 10 des 26 provinces sont touchées par des conflits armés, ce qui a provoqué le déplacement de 4,3 millions de personnes. Ce géant situé au cœur de l’Afrique, qui regorge de richesses minières et dont la superficie représente les deux tiers de celle de l’Inde, dispose d’un énorme potentiel hydroélectrique encore inexploré. 
Aussi assiste-t-on en Afrique à une redistribution des pouvoirs et de l’influence. Aux côtés de « leaders » traditionnels du continent (Algérie, Afrique du Sud, Nigéria), ont émergé des puissances économiques moyennes qui n’ont pour le moment qu’une influence purement régionale mais dont les ambitions ne manqueront pas de s’étendre. Le Maroc, qui a réintégré l’Union africaine (UA), ne dissimule pas ses ambitions de devenir un des principaux centres financiers du continent. Le Kenya, lui, se développe en matière d’e-commerce et de télécommunications. Quant à l’Éthiopie, forte de ses 104, 3 millions d’habitants, elle entend à son tour devenir « l’atelier du textile » du monde. Djibouti a confirmé son rôle de plaque tournante en matière de sécurité, en accueillant le 1er août 2017, la première base chinoise à l’étranger où sont déployés 400 soldats chinois faisant du territoire une des portes d’entrée de la Chine en Afrique, dans le cadre de ses Nouvelles Routes de la Soie, un rôle appelé à s’amplifier.

Caucase et Asie centrale, cœur de l’Eurasie
En signant le 27 octobre 2017, un décret hautement symbolique, entérinant le passage en 2025 de l’écriture de la langue kazakhe de l’alphabet cyrillique, imposé par Moscou en 1940, à l’alphabet latin, le Président Noursoultan Nazarbaïev entendait ouvrir son pays et l’insérer dans un environnement élargi et l’adapter, selon Astana, à l’ère digitale. L’habile diplomatie menée par le Kazakhstan lui a permis d’accueillir à l’été 2017 l’Exposition internationale d’Astana, dédiée à l’environnement et aux énergies vertes, qui a compté 4 millions de visiteurs en trois mois puis d’héberger les discussions tripartites (Russie, Iran, Turquie) sur la Syrie. Acteur régional à cheval sur l’Europe et l’Asie, le Kazakhstan qui célèbre cette année le 10ème anniversaire de leur partenariat stratégique, est aussi un chaînon important des nouvelles Routes de la Soie et pas seulement comme pays de transit à l’image du terminal ferroviaire de Khorgos à la frontière des deux pays devant se transformer en centre commercial et en zone industrielle. Grâce au gisement de Kashagan (riche de 13 milliards de barils prouvés, le plus important découvert au cours de ces 40 dernières années) et, malgré les difficultés de son exploitation, le Kazakhstan entend toujours se profiler à l’horizon 2020 comme le 5ème producteur mondial de pétrole. Lorsque dans le pays voisin, Shavkat Mirziyoyev, qui fut durant 13 ans Premier Ministre du Président Islam Karimov qui régna sans partage et d’une main de fer durant un quart de siècle sur l’Ouzbékistan, lui succéda, bien peu d’observateurs prévoyaient qu’un printemps ouzbek surviendrait à cette occasion. Or, le nouveau président fit part de sa volonté de promouvoir d’importantes réformes en vue de transformer son pays en un État démocratique et juste. Joignant le geste à la parole, il libéra 16 journalistes détenus et sortit 16 000 personnes des listes des personnes jugées dangereuses pour la sécurité nationale. De même, le nouveau Président ouzbek normalisa ses relations avec ses voisins, le Tadjikistan et le Kirghizistan. 

L’Amérique Latine, crise au Venezuela, départ de Raul Castro et cycle électoral
La crise que traverse le Venezuela plane sur le débat politique en Amérique latine alors que les électeurs des trois principaux pays de la région (Brésil, Mexique et Colombie) sont appelés à élire leur président. 
En quittant le pouvoir le 19 avril 2018, à la veille de ses 87 ans, Raoul Castro a peut-être mis fin (momentanément) au rôle central joué par le clan des Castro dans l’histoire de l’île à la canne à sucre et aux cigares. Cuba sera dirigé par une personne née après la chute du dictateur Fulgencio Batista en 1959 : Miguel Diaz-Canel, né le 20 avril 1960 à Placeta, dans la province de Villa Clara. Cet ingénieur électronicien, ancien dirigeant des jeunesses communistes, seul Cubain qui a osé s’asseoir au bureau politique avec une tablette entre les mains, ouvrira-t-il une nouvelle ère politique, économique, culturelle ? 
Pour le moment la sévère crise économique qui sévit au Venezuela, soutien traditionnel, de Cuba où le PIB a reculé de 45% en quatre ans, réduit les échanges entre les deux pays de 8,5 milliards de dollars en 2012 à 2,2 milliards en 2016. Chez ce dernier, le niveau de vie est revenu à celui qu’il était durant les années 1950 alors que le pays possède les plus importantes réserves de pétrole conventionnel du monde. La crise économique, sociale et politique n’a cessé de s’y approfondir avec une inflation en rythme annuel ayant atteint le taux phénoménal de 13 379% en avril et où le cours du dollar atteint au marché noir 1 000 fois son cours officiel. 
Plus de deux millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, près de 100 000 en Colombie et un million au Brésil. Dans ces conditions, les élections présidentielles du 20 mai, marquées par un faible taux de participation (46%), ont vu la victoire du Président sortant Nicolas Maduro avec 67,7% des voix, un résultat rejeté par les États-Unis, l’UE et le groupe de Lima, constitué de 14 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que du Canada. 
Puis, les regards se porteront en juillet 2018 sur le Mexique où se dérouleront les élections présidentielles. Dans ce grand voisin des États–Unis auquel le Président Donald Trump mène la vie dure en s’accrochant à son idée de construire un mur entre les deux pays, le candidat de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador (dit AMLO), fait figure de favori devant les candidats du PAN et du PRI, le parti traditionnellement au pouvoir. 
En Colombie, où le premier tour s’est déroulé le 27 mai 2018 et où l’une des plus anciennes guérillas du monde, celle des FARC, a déposé les armes le 27 juin 2017, sept mois après avoir signé un accord de paix, le retour à la paix civile s’est heurté à de nombreux obstacles. Certes, les 9 500 combattants et miliciens ont déposé leurs armes sous le contrôle de l’ONU, mais un certain nombre s’est livré au narcotrafic ou au banditisme sur la frontière avec l’Équateur. Il est vrai que les aides gouvernementales destinées aux régions « insurgées » ont beaucoup tardé et se sont avérées bien insuffisantes. 
Prenant le prétexte des frappes en Syrie, Donald Trump ne s’est pas rendu au sommet des Amériques qui s’est tenu à Lima. C’est la première fois qu’un président américain ne se rend pas à ce rendez-vous trisannuel depuis qu’il a été créé en 1994. Son absence a été perçue par les 29 autres participants comme le signe du peu d’intérêt que prodigue l’occupant de la Maison Blanche aux affaires de l’Hémisphère. Un des thèmes de la rencontre fut consacré à la lutte contre la corruption, mal endémique dont il semble difficile de s’extirper : la Convention interaméricaine de lutte contre la corruption adoptée en 1996 n’ayant guère été couronnée de succès. Au Brésil, l’ex-président Lula emprisonné depuis le 7 avril, reste en tête des sondages à l’approche du scrutin prévu en octobre.

Vers une nouvelle course aux armements ?
Lors de son adresse annuelle au Parlement avancée au 1er mars 2018, en raison du scrutin présidentiel, le Président russe Vladimir Poutine a consacré la moitié de son discours aux nouveaux systèmes d’armes que la Russie était en train, ou avait déjà, mis en œuvre. Parmi ces annonces, figurent un système de défense hypersonique « suivant sa cible comme une météorite », un missile de croisière nucléaire difficile à détecter, un mini-submersible susceptible de provoquer des tsunamis, un drone à propulsion nucléaire, un missile au rayon d’action illimité capable de contourner toute ligne d’interception, ainsi qu’une arme laser, « dont il est trop tôt pour évoquer les détails ». 
Au-delà du caractère opérationnel et de l’affichage de ces systèmes d’armes sur lesquels les experts ont commencé à débattre, c’est le message politique du président russe qu’il convient de retenir. S’adressant aux responsables américains et aux milieux de l’OTAN, il a déclaré que « ce que vous avez entrepris pour gêner, empêcher, entraver la Russie a échoué (…) Personne ne voulait nous parler, personne ne voulait nous écouter. Ecoutez désormais. »

Sommet de la Francophonie fin 2018 en Arménie, signe de son universalité
On parle désormais de francophonie avec un « f » minuscule pour désigner les locuteurs de français et de Francophonie avec un « F » majuscule pour figurer le dispositif institutionnel organisant les relations entre les pays francophones. 
La francophonie, ce sont tout d’abord des femmes et des hommes qui partagent une langue commune : le français. Le dernier rapport en date de l’Observatoire de la langue française, publié en 2014, estime leur nombre à 274 millions de locuteurs répartis sur les cinq continents. Grâce à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les francophones peuvent s’appuyer sur un dispositif institutionnel voué à promouvoir la langue française ainsi que les relations de coopération entre les 84 États et gouvernements membres ou observateurs de l’OIF. 
Il convient de souligner que le prochain Sommet des chefs d’État et de gouvernement (le Sommet de la Francophonie), qui se tient tous les deux ans et qui constitue la plus haute des instances politiques décisionnelles de l’Organisation, se réunira à Erevan, capitale de l’Arménie du 11 au 12 octobre 2018, précédé les 8 et 9 octobre de la Conférence ministérielle. Le choix de ce pays enclavé du Caucase, peu peuplé, mais qui dispose d’une importante et influente diaspora, notamment dans de nombreux pays francophones, (400 000 en France), démontre l’attractivité du mouvement francophone et le fait qu’il est établi sur tous les continents. 
Après le changement de pouvoir intervenu dans le pays le 8 mai dernier, avec l’élection de Nikol Parchinian au poste de Premier Ministre, le choix de l’Arménie, qui a inauguré une nouvelle forme de révolution totalement pacifique, apparaît doublement symbolique. Rappelons que l’OIF met en œuvre la coopération multilatérale francophone au côté de quatre opérateurs : l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), TV5Monde, la chaîne internationale de télévision, l’Association internationale des maires francophones (AIMF) et l’Université Senghor d’Alexandrie. La Francophonie dispose aussi d’un organe consultatif : l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). 
Durant l’année 2018, l’OIF a déployé une gamme variée d’activités. En partenariat avec le Secrétariat d’État chargé du Développement durable du Maroc, elle a organisé les premières Assises francophones de l’évaluation environnementale et sociale à Casablanca, du 2 au 5 mai 2018. Par ailleurs, du 25 au 27 avril 2018, s’est tenu à Sofia en Bulgarie un atelier régional sur le développement durable autour le thème « Les outils de l’analyse systémique de la durabilité et les rapports nationaux volontaires ». Les États d’Afrique francophone, les principaux États francophones producteurs de médicaments et des Organisations internationales se sont réunis pour la troisième fois, le 30 avril 2018 à Genève, pour préparer la Conférence internationale de haut-niveau sur l’accès aux médicaments et autres produits médicaux de qualité en Afrique francophone.
Dans le cadre du processus d’élaboration de sa future programmation (2019-2022), l’OIF a organisé une série d’ateliers de consultation des correspondants nationaux auprès de l’OIF de chaque zone géographique, en complément des contributions écrites sollicitées en amont auprès de chaque État ou gouvernement membre. C’est ainsi que les travaux de l’Atelier régional de consultation des correspondants nationaux des pays d’Afrique centrale sur le processus d’élaboration de la future programmation 2019-2022 de l’OIF, se sont déroulés à Libreville du 23 au 25 avril 2018.

Le renversement du monde
Le puissant rééquilibrage des forces économiques mondiales redessine la géographie de la puissance. D’ores et déjà, en terme de parité de pouvoir d’achat, le PIB de la Chine se situe au premier rang mondial avec 18% du total, suivi par celui de l’UE (16%), devançant d’une courte tête celui des États-Unis (15%), de l’Inde (8%), du Japon (4%). Le Brésil et la Russie en représentent 3% chacun, le reste du monde se partageant les 33% restants. Si l’ancienne Triade (États-Unis, Europe-Japon) qui dominait largement le monde en concentrant plus des deux tiers de la richesse mondiale, représente encore 35% du PIB mondial, elle est en passe d’être rattrapée par les BRICS qui pèse dsormaos pour 32%. Ce n’est nul hasard si l’Inde a été choisie cette année pour ouvrir le Forum économique de Davos, étant devenue la 5ème économie mondiale. « La dernière fois qu’un Premier Ministre indien s’est adressé à vous » a commencé Narendra Modi, « notre PIB s’élevait à 400 milliards de dollars, cette fois-ci il atteint 2400 milliards ! ». 
Ce formidable « renversement du monde » se traduira par des conséquences géopolitiques majeures, ce qui rendra d’autant plus urgent la mise en place d’une nouvelle gouvernance mondiale. Elle passera notamment par une réforme du Conseil de sécurité, un remodelage des institutions économiques et financières mondiales, processus déjà en cours avec la création de la Banque du Sud, de la Banque asiatique d’investissement et des infrastructures (BAII). 
L’année 2018 aura vu l’accentuation des luttes d’influence et la recherche de positions de force ou d’influence de la part des principales puissances, tendances lourdes qui se poursuivront et s’accentueront à l’avenir. La Chine, au-delà de la maîtrise de la mer de Chine méridionale qu’elle poursuit sans relâche depuis deux décennies, cherche à se doter d’une puissance navale, ayant mis en service le 13 mai 2018 un second porte-avions, cette fois-ci entièrement de conception chinoise. L’abandon par l’Assemblée nationale chinoise à la quasi-unanimité des restrictions constitutionnelles limitant à deux les mandats des chefs d’État chinois s’inscrit dans une grande stratégie. Le Président XI Jinping, après avoir été doté d’une pensée, privilège partagé avec le Grand Timonier, cumule les fonctions de Secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) et de Président de la Commission militaire. Il pourra théoriquement exercer la présidence à vie, attachant son destin politique à la mue de la Chine en nouvelle Grande puissance appelée à jouer très vite les premiers rôles.

Droits de l’homme à l’honneur
L’année 2018 marquera le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par 50 États sur les 58 participants le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies au Palais de Chaillot – résolution 217 (III). Le texte énonce les droits fondamentaux de l’individu, leur reconnaissance, et leur respect par la loi. Sa version en français, composée de 30 articles, frappe par sa concision. La question des droits de l’homme donne lieu à des débats animés, voire des controverses aigues, au sein du Conseil des droits de l’homme. Celui-ci compte 47 membres élus par une majorité des deux tiers par l’Assemblée générale, sur la base d’une répartition géographique. La Russie, la Chine, comme les membres africains du Conseil (Côte  d’Ivoire, Ethiopie, Guinée équatoriale) se sont opposés en mars à une réunion publique du Conseil de Sécurité sur les droits de l’homme en Syrie. La Chine, devenue le deuxième contributeur aux Opérations de maintien de la paix (OMP) des Nations unies, qui comportent toujours une composante concernant les droits de l’homme, y fait sentir son influence alors que les États–Unis s’apprêtent à abaisser leur contribution de 28% à 25%.
Le monde à venir n’est pas seulement fractionné par les conflits identitaires et religieux, ou encore l’arène dans laquelle se déclenchent des guerres commerciales, mais il reste toujours en proie, et le sera toujours davantage, à ce que Raymond Aron appelait au début des années 1970 les « coûts du progrès ». Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la pollution de l’air provoque sept millions de morts par an et neuf habitants sur 10 respirent un air contenant de « hauts niveaux de polluants ». Pour déclarer la guerre à ce tueur invisible, l’OMS organisera à Genève du 30 octobre au 1er novembre 2018 la première Conférence mondiale sur l’air et la santé. Dans un autre registre, rappelons que le HIV/SIDA et la malaria provoquent deux millions de morts par an. Quant à l’eau, elle se fait de plus en plus rare sur la planète. L’Inde, qui la puise à 80% de ses nappes phréatiques en voie d’épuisement, est menacée d’une pénurie. La ville du Cap, seconde ville d’Afrique du Sud, la rationne désormais.
Les motifs d’optimisme sont pourtant toujours là, et de nouvelles pousses émergent en maints endroits de notre « vaisseau terre ». En ce centenaire de la naissance de Soljenitsyne, on se souviendra de son discours de Liechtenstein (1993), où il s’est revendiqué d’Erasme qui « concevait la politique comme une catégorie morale et y voyait l’expression des aspirations éthiques ». Qu’elle semble loin en tout cas la photo prise le 20 octobre 2001 en marge du Forum de coopération économique de l’Asie–Pacifique (APEC), montrant côte à côte Jiang Zemin, Vladimir Poutine et George Bush. Un triumvirat très éphémère mais qui s’il pouvait un peu fonctionner, soulagerait bien des peines du monde. Un tel aéropage contribuerait à l’édification d’un nouvel ordre mondial aux côtés de l’Inde, du Japon et de l’Europe, si elle pouvait enfin se doter d’une véritable politique, mais aussi des représentants de bien des régions qui pèseront de plus en plus sur le destin du monde dans les trente années à venir. 
Espérons que l’on y parviendra par étapes, et qu’une gouvernance mondiale qui existe déjà, sans que l’on s’en aperçoive toujours, se formalisera. C’est dans cette optique que Jean- Pierre Raffarin vient de lancer à Paris les 14 et 15 mai 2018 la fondation Leaders pour la paix afin, comme il s’en est expliqué (Le Figaro, 12-13 mai), d’alerter les opinions publiques sur les risques de guerre et de montrer que les techniques du dialogue, qui appartiennent à la science de la paix, peuvent apporter des solutions. Parmi les propositions de l’ancien Premier Ministre, figurent une décentralisation du système multilatéral jugé trop rigide, ainsi qu’un G4 réunissant la France, l’Allemagne, la Russie et la Chine, afin de stabiliser l’Eurasie. Une nouvelle carte géopolitique mondiale se mettrait ainsi en place.
Cette initiative n’est pas isolée : le 8 décembre 2017, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté à l’unanimité le projet d’instauration de la Journée internationale du Vivre-ensemble pour la Paix (JIVEP) qui aura lieu tous les 16 mai. L'instauration de cette journée a débuté en octobre 2014 avec la proclamation de la Déclaration d’Oran lors de la clôture du Congrès international féminin pour une Culture de paix. La société civile, au cœur de la déclaration, est désignée comme l’outil pour promouvoir le vivre-ensemble en paix. Plus de 190 pays, dont la France, se sont joints à cette campagne de mobilisation. 
Cette journée vise à soutenir les initiatives de la société civile en faveur du dialogue des cultures et des religions. Les quatre objectifs mis en lumière par la résolution onusienne sont les suivants : mobiliser régulièrement les efforts de la communauté internationale en faveur de la paix, de la tolérance, de l’inclusion, de la compréhension et de la solidarité ; agir en faveur de la réconciliation afin de contribuer à la paix et au développement durable, respecter la culture et d’autres particularités ou coutumes locales, nationales et régionales, exprimer enfin le désir profond de vivre et d’agir ensemble, unis dans la diversité, en vue de bâtir un monde viable reposant sur la paix, la solidarité et l’harmonie. 
Dans un contexte de mondialisation et de coopération internationale en difficulté, cette Journée internationale de l'ONU rappelle l’importance du savoir vivre ensemble, d’accepter les différences culturelles afin d’œuvrer pour la paix et d’encourager la société civile à agir pour atteindre les objectifs des Nations unies.

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