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  Lundi 22 Octobre 2018  
 

Deuxième trimestre 2018

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     Fédération Internationale d’Astronautique (IAF)
 
  Dr Jean-Yves Le Gall / Dr Jean-Yves Le Gall

Associer tous les acteurs de l’esp@ce

Entretien avec Dr Jean-Yves LE GALL,
President de la Fédération Internationale d’Astronautique (IAF)

Plus de 65 ans après sa création, la Fédération Internationale d’Astronautique (IAF) s’est affirmée comme un acteur clé de la coopération spatiale. Trait d’union entre les agences spatiales, les administrations d’État, les entreprises privées et le grand public, elle joue de plus en plus un rôle d’avant-garde face aux grands défis de la planète à commencer par le développement durable. À l’approche du Congrès International d’Astronautique (IAC) qui se tiendra à Brême, en Allemagne, du 1er au 5 octobre 2018, Dr Jean-Yves Le Gall, Président du Centre National d’Études Spatiales (CNES) et Président de l’IAF depuis 2016, nous explique les missions de la Fédération et les priorités de son mandat.

La Lettre Diplomatique : Monsieur le Président, la Fédération Internationale d’Astronautique (IAF) se définit comme étant le principal organisme de promotion de l’espace. Pourriez-vous nous rappeler les origines de sa création ? Comment le rôle de l’IAF a-t-il évolué pour accompagner le développement du secteur spatial ?

Dr Jean-Yves LE GALL : Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis, l’Union Soviétique et leurs alliés ont évolué dans des directions très différentes, chacun s’efforçant de surpasser militairement l’autre. Dans l’atmosphère tendue de la guerre froide, les scientifiques se sont retrouvés dans un monde de plus en plus polarisé, où la plus grande partie du dialogue entre les grandes puissances n’existait plus. Six ans après la chute du rideau de fer, des scientifiques du domaine de la recherche spatiale ont ainsi créé l’International Astronautical Federation (IAF) dans le but de rétablir ce dialogue.
Dans leurs premières années, l’IAF et son congrès annuel, le Congrès International d’Astronautique (IAC), étaient l’un des rares forums où l’Est et l’Ouest pouvaient se rencontrer pendant la course à l’espace. En 2011, l’IAF a célébré son 60ème anniversaire et au fil des années, elle est devenue le témoin de l’histoire grâce aux remarquables réalisations de ses membres. L’IAF a vu ses effectifs augmenter considérablement à la suite de l’intégration des nouveaux acteurs du spatial dans son réseau. Ses réalisations en matière de coopération internationale au cours des six dernières décennies ont été très enrichissantes et une source de fierté et l’IAF constitue aujourd’hui l’un des plus grands réseaux mondiaux d’experts et de décideurs dans le domaine spatial. 
L’IAF favorise le dialogue entre les scientifiques du monde entier et soutient la coopération internationale dans toutes les activités liées à l’espace. Elle est devenue le principal organisme mondial de défense de l’espace, avec 343 membres, y compris toutes les agences spatiales, les industries, les musées, les associations et les instituts provenant de 68 pays. Plus de 40 comités administratifs et techniques la soutiennent dans sa mission de faire progresser les connaissances dans le domaine spatial et de favoriser son développement en facilitant la coopération internationale.

L.L.D. : La 69ème édition du Congrès International d’Astronautique (IAC) se tiendra à Brême, en Allemagne, du 1er au 5 octobre 2018. Au regard du succès de l’IAC 2017 qui a réuni plus de 4 500 participants à Adélaïde, en Australie, quelles sont vos attentes pour cette prochaine édition ?

J-Y.L.G. : L’IAC 2018 rassemblera au cœur de l’Europe, un public unique venant des secteurs publics et privés, des marchés émergents et développés. Seront abordés tous les sujets qui sont importants dans le monde de l’espace : la science et la technologie, la politique et l’économie, l’éducation et la recherche. L’IAC rassemblera ainsi un très large public venant d’organismes de recherche, de l’industrie, ainsi que des experts renommés dans la technologie, le développement et l’éducation. 
Nous sommes très enthousiastes à l’approche de cet IAC. Nous sommes aussi très fiers de ce que l’industrie spatiale et la communauté scientifique ont à offrir et nous avons hâte de le montrer. Personnellement, je suis sûr que nos délégués seront particulièrement surpris lorsqu’ils découvriront tout ce que cet IAC va montrer. 

L.L.D. : Le thème de l’IAC 2018, « Impliquer tout le monde », correspond à l’un des trois axes de l’agenda global sur l’innovation, que vous avez défini en 2016. Comment évaluez-vous les progrès réalisés sur ce plan et quels bénéfices escomptez-vous d’une ouverture de l’IAC au grand public ?

J-Y.L.G. : En 2016, lorsqu’a commencé mon mandat de Président de l’IAF, j’ai élaboré un agenda pour garantir son développement et la préparer aux défis mondiaux auxquels la communauté spatiale est confrontée. Cet agenda détermine les actions phares de l’IAF pour les années à venir et c’est l’outil qui la conduira vers une nouvelle ère.
Cette feuille de route stratégique se décline autour de sept points clés :
- Associer les pays émergents et les nouvelles communautés,
- Faire évoluer l’IAC dans la durée pour une croissance future,
- Organiser davantage de conférences mondiales et régionales,
- Renforcer les relations et les interactions avec les organisations partenaires de l’IAF,
- Faire évoluer la structure de financement de l’IAF,
- Diriger l’IAF vers l’avenir au travers de projets innovants,
- Promouvoir les principes de la diversité 3G (genre, génération, géographie).
C’est naturellement ce dernier point qui m’est le plus cher et celui que je crois être le plus important pour l’IAF : les 3G sont en effet très importants pour nos activités et doivent le devenir aussi pour le monde en général. 
Le premier G (Gender – ndlr, pour genre en anglais) concerne la place des femmes dans l’éducation et dans ce que l’on définit comme le domaine STEM (Science, Technology, Engineering, Mathematics). Lorsqu’elles ne sont pas assez représentées, leur absence affecte plus que les femmes : c’est en fait une occasion manquée pour ces domaines car les femmes apportent une perspective différente qui façonne et influence les disciplines STEM. En compter plus dans ces domaines, aidera non seulement les femmes elles-mêmes, mais surtout la société dans son ensemble. L’IAF veut abolir tous les stéréotypes liés au genre. Seules comptent les compétences et les qualifications, pas les privilèges particuliers.
En ce qui concerne le deuxième G (Generation), l’IAF s’engage à reconnaître et à valoriser l’enthousiasme des jeunes. Il faut donner de l’espace aux passions de la jeunesse. L’envie d’apprendre, propre à la jeunesse, aide les organisations à évoluer, en particulier dans la recherche où une approche expérimentale est nécessaire pour avancer vers de nouvelles solutions. Dans le monde du travail, les jeunes employés essaient toujours d’exceller dans leur rôle et d’impressionner avec leurs premiers résultats. Cela aide la productivité des organisations. Les jeunes sont plus familiers avec les nouvelles technologies et ils peuvent ainsi créer les bases d’une nouvelle innovation, ils sont aussi aptes à proposer des idées différentes et c’est la base du développement.
Quant au troisième G (Geography), on retrouve dans la diversité ethnique une richesse à exploiter : elle apporte un foisonnement de talents, d’expériences et de cultures et stimule la créativité et la capacité d’innovation d’une société. La richesse des points de vue et des expériences, véhicule des idées, des perspectives, des connaissances et des compétences qui améliorent significativement la capacité d’une communauté à prospérer.
C’est pour cela que nous avons créé une plateforme sur la diversité et l’égalité au sein de l’IAF : l’IDEA (International Diversity and Equality in Astronautics – soit, Diversité et égalité internationales dans l’astronautique). Elle nous permet de jouer un rôle de tout premier plan dans la promotion des principes de diversité et d’égalité au sein de la communauté spatiale mondiale, d’être exemplaires sur le plan des 3G et elle s’inscrit parfaitement au sein de notre devise, Connecting @ll Space People.

L.L.D. : L’agenda global sur l’innovation s’est également fixé pour objectifs de « préserver l’héritage de l’IAF et construire sur les forces existantes » ainsi que « d’écouter et s’ouvrir au monde ». Pourriez-vous nous expliquer à travers quelles initiatives et quels accomplissements se traduisent ces aspirations ?

J-Y.L.G. : L’IAF a créé un portefeuille spécifique au sein de son Bureau avec un Vice-Président pour les initiatives liées à la diversité. Un prix dédié à la diversité a été établi, qui vise à récompenser les organisations membres de l’IAF pour leurs contributions exceptionnelles à la promotion des 3G dans le secteur spatial. Il s’agit d’un prix annuel présenté à l’IAC et en 2017, le MBRSC (Mohammed Ben Rashid Space Centre) a obtenu le tout premier prix « IAF Excellence in 3G Diversity » pour son engagement exceptionnel dans ce domaine.
L’IAF a également poursuivi son engagement en faveur de la diversité en renforçant la participation de la jeune génération à l’IAC. Nous avons augmenté de 14 à 25, le nombre d’étudiants et de jeunes professionnels sélectionnés pour participer à l’IAF Emerging Space Leaders Grant Programme qui permet chaque année aux étudiants et aux jeunes professionnels de participer à l’IAC, ainsi qu’à plusieurs ateliers d’importance.
De plus, l’IAF a organisé une série d’événements dédiés au partage et à l’élaboration de solutions sur les questions 3G dans la communauté spatiale. Parmi ces événements, des tables rondes, des présentations par des autorités en la matière, des réunions de networking ont été organisées à Paris, à Abu Dhabi, à Pékin, à Adelaïde et à Guadalajara, où les participants ont eu l’opportunité d’échanger leurs points de vue et leurs méthodes.

L.L.D. : À l’occasion de la deuxième édition de l’International Space Forum (ISF), vous avez inauguré l’African Chapter le 13 février 2018 à Nairobi (Kenya). Quels en sont les objectifs ? Comment les technologies et les applications spatiales peuvent-elles favoriser l’élaboration de politiques sociales et économiques dans les pays en voie de développement ? Plus largement, dans quelle mesure l’IAF peut-elle contribuer à renforcer la coopération internationale en matière de développement durable ?

J-Y.L.G. : Le 13 février 2018, le Ministre kenyan de la Défense, les ministères des sciences, de l’université et de la recherche, les autorités spatiales, les agences spatiales, les représentants d’organisations spatiales internationales et les experts spatiaux de haut niveau de plus de 42 pays se sont réunis à Nairobi (Kenya), sous les auspices de l’IAF, de l’Agence spatiale italienne (ASI) et du Ministère de la Défense du Kenya. Cette rencontre a conduit à des discussions ouvertes et productives sur la façon dont la science et l’éducation spatiales peuvent soutenir le développement socio-économique de l’Afrique.
À Nairobi, des délégués, des représentants des milieux universitaires et des experts ont échangé des points de vue, partagé leurs expériences et fait des déclarations et on a pu constater que les universités constituent un réseau mondial privilégié pour soutenir la conception, le développement et l’exploitation des programmes spatiaux, indépendamment de leur situation géographique. En particulier, les universités africaines doivent faire partie du réseau spatial mondial pour bénéficier des connaissances technologiques. Les applications et les services spatiaux devraient être mis à profit pour protéger l’environnement africain, assurer la sécurité, gérer les ressources naturelles et la diversité afin de la convertir en une source de richesse et transformation socio-économique.
L’IAF sait que l’espace représente une opportunité de développer des compétences techniques et scientifiques de haut niveau. Le souci environnemental et une répartition équitable des ressources disponibles sont étroitement liés au développement durable en Afrique. Les satellites d’observation de la Terre, de navigation et de télécommunications sont des outils précieux pour collecter les informations et protéger l’environnement. Les partenariats et les collaborations entre pays ayant différents niveaux de développement spatial, aident le transfert des connaissances et mobilisent les fonds nécessaires pour créer de nouvelles entreprises.
L’IAF contribue ainsi à renforcer la coopération internationale en matière de développement durable grâce à l’organisation de ces rencontres. La coopération spatiale est un moteur pour le renforcement des capacités et le développement durable en Afrique, que l’IAF soutient.

L.L.D. : La conquête spatiale devient un enjeu majeur de l’affirmation des États sur la scène internationale et au-delà, pour l’avenir de l’humanité. Quel regard portez-vous, en qualité de Président du CNES (Centre National d’Études Spatiales) sur l’essor des programmes nationaux, comme l’illustrent les missions d’exploration lunaire et martienne de la Chine ou de l’Inde, le lancement en 2020 de la sonde martienne des Émirats Arabes Unis ou l’annonce de la création d’une Agence spatiale australienne ?

J-Y.L.G. : Il est clair que l’espace devient de plus en plus un élément qui permet aux nations de s’affirmer sur la scène spatiale internationale. Il y a à cela trois raisons. Tout d’abord, les progrès de la technologie font que le coût de l’accès à l’espace diminue en permanence : développer et lancer un satellite n’est plus limité aux seules grandes puissances. Ensuite, les applications de l’espace ont fait irruption dans notre vie quotidienne : les télécommunications, l’observation de la Terre, le positionnement, sont autant de secteurs où les satellites sont devenus irremplaçables. Enfin, l’espace véhicule une part de rêve qui est un formidable moteur d’inspiration pour la jeunesse : en deux mots, l’espace fait recette !
C’est pour cela que le CNES développe des coopérations internationales avec la majeure partie des puissances spatiales de la planète. En Europe, bien sûr, où nous sommes le principal contributeur des programmes de l’Agence spatiale européenne (ESA) et de la Commission européenne, avec les grandes puissances spatiales que sont les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde ou le Japon et avec les nouveaux venus, en Amérique, en Asie au Moyen-Orient ou encore en Océanie.
Au total, nous souhaitons porter l’image d’un secteur spatial ouvert et tourné vers l’avenir, pour le plus grand bénéfice de nos scientifiques, de nos industriels et plus généralement du développement des technologies au bénéfice de l’humanité toute entière !  


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