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  Mardi 11 Décembre 2018  
 

Quatrième trimestre 2017

La lettre diplometque
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Diplomatie
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Culture
  Le meilleur de la culture japonaise pour célébrer 160 ans de relations diplomatiques
 
  « L’UNESCO est un élément clé de la coopération franco-japonaise »
 
  La culture au cœur de l’action de la France au Japon
 
  À Paris, une présence culturelle dynamique du Japon
 
  À Grez-sur-Loing, une tradition de rencontre des cultures françaises et japonaises
 
  Des légumes d’exception pour transmettre la créativité japonaise
 
  « Pour le bien-être et le bonheur de tous les hommes », un principe cher à la Fondation Ishibashi
 
  La Maison franco-japonaise : vecteur de la coopération culturelle et scientifique entre la France et le Japon
 
  Orienter la diplomatie culturelle franco-japonaise vers des échanges intellectuels fructueux
 
  Le japonais, une langue qui séduit de plus en plus les Français
 
  À Sapporo, la langue et la culture françaises attirent toujours davantage le public japonais
 
  Vers de nouveaux records pour les touristes français au Japon
 
 
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Japonismes 2018, reflet d’une tradition d’échanges culturels riches et diversifiés

Trente ans après l’exposition organisée au Grand Palais en 1988, le Japonisme est à nouveau à l’honneur en France. Pour les 160 ans du Traité d’amitié et de commerce franco-japonais, la Japan Foundation a élaboré un programme autrement plus riche. Une soixantaine d’expositions sont prévues, ainsi que des représentations, des spectacles et des événements autour de l’art de vivre.

De l’époque Jomon à l’art contemporain, en passant par le théâtre, la danse, la musique, le design, le sport ou la gastronomie, Japonismes 2018 : les âmes en résonance, entend mettre en lumière la création artistique japonaise, sa capacité à fusionner les influences culturelles et à réinventer les traditions. 

Une rencontre culturelle
L’un des objectifs recherchés est de faire émerger de nouveaux liens entre la France et le Japon, de nouveaux angles pour mieux se comprendre et de nouvelles opportunités pour enrichir la coopération entre les deux pays et leurs sociétés respectives. Il s’agit en quelque sorte de retrouver l’émerveillement que suscite La Grande Vague de Kanagawa et Les Trente-Six vues du mont Fuji de Hokusai que le public français découvre lors de l’Exposition universelle de 1867.
Après deux siècles de repli quasi-hermétique qui ont caractérisé l’époque du shogunat Tokugawa, la restauration Meiji ouvre l’Archipel. Par le truchement des marchands hollandais ou chinois, les amateurs avertis avaient déjà pu apprécier la fraîcheur et l’originalité des estampes, des laques ou des céramique japonaises dès les années 1840-50, puis à l’Exposition universelle de Londres en 1862. Cinq ans plus tard, le raffinement et l’inventivité des maîtres du Soleil levant connaissent toutefois une sorte de consécration. Le Japon s’expose alors pour la première fois à Paris.
La lame de fond est puissante. De Manet à Degas, en passant par Toulouse-Lautrec et Gauguin, de Bracquemond à Hoffman, de Madeleine Vionnet à Mallet-Stevens, deux générations de peintres et de créateurs de mode seront profondément influencées par cette vague venue d’Orient. 
L’école de l’Ukiyoe (littéralement l’école des «scènes du monde flottant»), dont les représentants les plus célèbres sont Utagawa Hiroshige (1797-1858) et surtout Katsushika Hokusai (1760-1849) bouleverse les codes, jette un nouveau regard sur la peinture, fait sortir les artistes de leurs ateliers. Edmond de Goncourt, qui consacra à ce dernier une monographie notera à juste titre « Et quand je disais que le japonisme était en train de révolutionner l’optique des peuples occidentaux... » (Journal, 19 avril 1884). Les Impressionnistes, institués en nouvelle école face à l’académisme conservateur, en revendique l’inspiration. Comme Claude Monet qui collectionne les estampes – il en possédait 250. Figure des Nabis, Édouard Vuillard détenait pour sa part une importante collection d’objets japonais. Le Japonisme imprègne le naturalisme de Vincent Van Gogh, préfigure le fauvisme de Paul Gaugin. Il consacre la place de la nature. Les Japonais resteront d’ailleurs reconnaissant à l’« Ambassadeur-poète » Paul Claudel d’avoir su saisir la vénération qu’ils lui vouent, dans son essai Un regard sur l’âme japonaise.
Les arts décoratifs s’emparent aussi des techniques de gravure et d’impression japonaises comme l’illustre les œuvres d’Henri Rivière ou George Auriol. 
L’engouement pour cette esthétique nouvelle se propage dans des publications comme Le Japon artistique (1888-1891) de Siegfried Bing, grand importateur d’objets et d’estampes qui fonde également la Société des Amis de l’art japonais. 
La littérature connaît aussi son japonisme, avec les Poèmes de la Libellule (1885) de Judith Gautier et plusieurs romans et nouvelles inspirées de l’histoire japonaise. Pierre Loti, surtout, qui rapporte de son voyage à Nagasaki en 1885 son roman Madame Chrysanthème (1893) auquel il ajoutera des suites. 
La fascination est partagée dans le monde musical et par des compositeurs renommés comme Claude Debussy. Les thèmes du Japon sont repris dans de grandes œuvres tels La Princesse jaune de Camille Saint-Saëns ou Madame Butterfly (1904) de Giacomo Puccini. 
Au Japon, la culture française est appréciée même si les États-Unis, l’Allemagne et l’Angleterre attirent rapidement plus les étudiants japonais. En 1913, Joseph Cotte fonde à Tokyo le prestigieux établissement de formation l’Athénée français. Près de dix ans plus tard, en 1924, Paul Claudel inaugure la Maison franco-japonaise, dont la mission demeure « le développement des échanges culturels et scientifiques entre la France et le Japon »

Un dialogue entre les cultures françaises et japonaises
C’est le critique d’art, Philippe Burty, qui invente le terme « japonisme » en 1872. Un siècle et demi plus tard, c’est au pluriel qu’il faut appréhender l’influence artistique et culturelle du Japon, comme l’illustre l’ouvrage de référence Japonismes conçu sous la direction d’Olivier Gabet (Éd. Flammarion, 240 p., 2015). Dans les années 1950-70, la diffusion des mangas, des arts s’articulant autour de la philosophie zen ou de l’art populaire du mingeï, font émerger le « post-japonisme ».
Le savoir-faire japonais laisse son empreinte dans le paysage urbain. Il est aussi le fruit d’inspirations mutuelles depuis Jumpei Nakamura, premier architecte japonais diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Il peut s’appuyer sur la première expérience à Paris de Junzo Sakakura qui reçoit le « Grand Prix » de l’Exposition internationale des Arts et des techniques pour la réalisation du pavillon du Japon. Ce disciple de Le Corbusier auprès duquel il contribua à réaliser le Musée national de l’art occidental à Tokyo (1959), est également le concepteur de l’Institut franco-japonais inauguré en 1952. C’est un autre architecte japonais, Kunion Kato, formé par Michel Ecochard, collaborateur de Le Corbusier, qui est l’auteur de la Villa Kujoyama. Construit en 1992 et rénové entre 2012 et 2014, cet espace d’échanges interdisciplinaires que l’on compare souvent à la Villa Médicis, est une des plus importantes institutions culturelles françaises à l’étranger. Elle accueille chaque année une douzaine de créateurs et de chercheurs confirmés qui souhaitent y développer un projet et qui sont déjà engagés dans une démarche professionnelle.
Mais c’est surtout à partir des années 1990 que les architectes japonais multiplient les projets en France. À la faveur notamment du soutien de l’ancien Président Jacques Chirac, grand passionné de culture et d’art japonais, lorsqu’il était Maire de Paris. Les réalisations les plus emblématiques sont la tour Pacifique conçu par Kisho Kurokawa, le Grand Ecran de Kenzo Tange, construit place d’Italie dans le 13ème arrondissement de Paris et inauguré en 1992, ou encore l’Espace de méditation achevé en 1995 dans les Jardins de l’UNESCO par Tadao Ando. Alors que le Centre Pompidou lui consacre une exposition du 10 octobre au 31 décembre 2018, le plus célèbre des architectes japonais est à la manœuvre pour magnifier la Bourse du commerce qui accueillera un musée de la Fondation Pinault. D’autres marchent aujourd’hui sur leurs traces. La nouvelle Samaritaine, dont l’ouverture très attendue est prévue d’ici la fin de l’année, sera le fruit de Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa de l’agence Saana. Près du Palais des Congrès, Sou Fujimoto associé à Manal Rachdi de l’agence OXO aspire « remettre la nature au coeur de la ville » avec le projet Mille Arbres, vainqueur du concours « Reinventer Paris ».
La gastronomie représente un autre espace où se retrouvent les mentalités japonaises et françaises. Même si les produits et les saveurs sont différents, les deux cultures partagent un même goût pour le raffinement et le plaisir du palais. Au-delà des sushis et autre teriyaki qui figurent aujourd’hui parmi les mets les plus prisés dans l’Hexagone et dans le monde, la montée en puissance de grands chefs japonais témoigne bien de l’enrichissement mutuel dont sont capables le Japon et la France. Près de cinquante ans après la percée de Pierre Troisgros à Tokyo, des succès de Bocuse, Ducass, Bras ou Robuchon, ce sont maintenant Hide Ishizuka (Le Petit Verdot), Hiramatsu ou Kei Kobayashi qui subliment la cuisine française et l’enrichissent. Preuve s’il en est que le Japonisme se nourrit de l’appétit de la France pour cet Archipel lointain. CH

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