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  Lundi 22 Octobre 2018  
 

Quatrième trimestre 2017

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France-Japon : des relations économiques en voie d’approfondissement

Deuxième partenaire commercial de la France en Asie, le Japon demeure la première destination des investissements français dans cette région de la planète avec un stock de 28 milliards d’euros en 2016. La France y occupe même le troisième rang des pays investisseurs tandis que le Japon est le 1er investisseur asiatique dans l’Hexagone, cumulant un stock de 14,5 milliards d’euros. S’ils sont déjà solides, ces liens devraient encore s’intensifier grâce à la dynamique insufflée par les « Abenomics », ainsi que par les retombées des Jeux olympiques de Tokyo et l’accord de partenariat économique conclu entre le Japon et l’Union européenne.

Fleuron de la coopération industrielle franco-japonaise, l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a donné le ton le 10 janvier 2018 du potentiel d’investissement que peuvent générer les savoir-faire japonais et français. Son Président-Directeur général, Carlos Ghosn, a officialisé lors du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas le lancement d’un fonds de capital-risque, « Alliance Ventures », qui prévoit d’investir jusqu’à 1 milliard de dollars (838 millions d’euros) durant cinq ans pour acquérir des participations dans des start-ups en phase avancée de développement, notamment dans le domaine des batteries et des véhicules autonomes. Créée en 1999, l’Alliance est devenue le numéro un mondial de la construction automobile en 2017 selon le cabinet japonais JATO Dynamics, avec 9,96 millions de véhicules vendus dans le monde (chiffres 2016).
Cette annonce arrive à point pour donner corps aux ambitions de la France et du Japon de valoriser leurs complémentarités comme pays à la pointe de la technologie. Un peu moins de trois ans auparavant, le Président Emmanuel Macron avait inauguré, le 5 octobre 2015, à Tokyo, le troisième hub de l’écosystème de start-ups françaises French Tech, après ceux de New York et de Tel Aviv. Il participait alors en tant que Ministre de l’Économie au lancement de l’Année franco-japonaise de l’innovation qui avait mis en lumière, pour l’occasion, un exemple concret des synergies innovantes et d’affaires franco-japonaises : les robots Pepper et Nao, développés à l’origine par la société française Aldebaran, rachetée par le géant japonais SoftBank. 
L’ancienne Directrice générale de Business France, Mme Muriel Pénicaud, devenue Ministre du Travail, avait alors qualifié le Japon de « terreau favorable » pour l’épanouissement des entreprises françaises, ajoutant à juste titre : « c’est le deuxième pays dans le monde en termes de recherche et développement et l’innovation française y est très appréciée. » 
De fait, cet environnement favorable séduit les entrepreneurs français. Sur les 11 000 exportateurs français présents au Japon, 94 % sont des PME et ETI. Barrière linguistique et décalage culturel ne sont donc pas forcément insurmontables. De plus, les deux pays partagent une tradition d’innovation qui n’est pas étrangère au choix du Japon pour le lancement de Créative France, une vaste campagne de promotion du rayonnement économique français. 
Outre l’agroalimentaire, les biens de consommation, le luxe ou les produits industriels, les filières liées aux hautes technologies ont le vent en poupe, même si les marges de manœuvres restent grandes en terme d’implantation de start-ups françaises dans l’Archipel. Du design, aux technologies vertes en passant par les TIC, les objets connectés, la robotique, la pharmaceutique ou encore les services aux personnes âgées, les opportunités ne manquent pourtant pas. 
En témoigne le développement des activités de la société francilienne Cellectis. Spécialisée dans les biotechnologies et l’ingénierie des génomes, elle a noué une collaboration avec le laboratoire Cira du Prix Nobel de médecine 2012, M. Shinya Yamanaka, en lançant une offre commerciale inspirée de ses travaux sur les cellules souches. Plus récemment, elle a en outre renforcé sa coopération avec le groupe japonais Takara Bio Inc. 
Dans la santé, la société CTI-Biotech, fondée à Meyzieu près de Lyon, a officialisé en avril 2016 un accord de coopération avec les entreprises japonaises Nikoderm Research et Nikkol. Leur objectif est de partager leurs technologies respectives pour approfondir la recherche pharmaceutique et dermato-cosmétique. La start up française a notamment séduit grâce à son ingénierie tissulaire en 3 dimensions permettant d’effectuer des tests sans avoir recours à des animaux. 
Dans un tout autre secteur d’activité, l’entreprise montalbaise Prismadd a réussi son implantation à Nagoya grâce à la création d’une joint venture en janvier 2016 avec le groupe japonais Yamaichi Special Steel. 
Les Français percent même dans des secteurs plus inattendus comme la recherche d’emploi Ikkai Inc étend désormais ses services à Tokyo grâce à une levée de fonds de 20 millions de yens. Fondée en 2016 par deux entrepreneurs, Yasmine Djoudi et Thomas Pouplin, venus au Japon pour leurs études, la start up française a d’abord fait ses preuves à Fukuoka, promise à devenir la Silicone Valley japonaise à la pointe nord de l’île de Kyushu. 

Une présence française solide
Au Japon, ces jeunes pousses peuvent s’appuyer sur une présence économique française de longue date. La Chambre de commerce et d’industrie France-Japon, qui célèbre son 100ème anniversaire en 2018, en est une bonne illustration puisqu’elle est la plus ancienne organisation étrangère installée à Tokyo dans le domaine des affaires. À l’origine de sa fondation, une vingtaine de sociétés dont les pionnières Air Liquide et la Banque d’Indochine. 
Aujourd’hui, Business France dénombre 420 entreprises françaises employant 60 000 salariés japonais. Parmi les anciennes implantations, celle justement d’Air Liquide qui a installé un centre de recherche et technologie à Tsukuba (près de Tokyo) et un centre d’ingénierie près de Kobe, faisant de l’Archipel l’un de ses hubs pour l’innovation en Asie et dans le monde. En septembre 2017, l’acquisition de Sogo Sangyo Kabushiki Kaisha (« SSKK »), acteur japonais de premier plan notamment pour les gaz médicaux, a marqué pour le groupe français une nouvelle étape de son développement dans le domaine de la santé au Japon où le nombre de patients qu’il prend en charge à domicile est porté à 20 000. Un marché sur lequel il nourrit de fortes attentes, puisqu’il occupe le 3ème rang mondial pour les soins respiratoires à domicile, derrière les États-Unis et la France. Air Liquide est, en outre, le seul groupe non japonais à avoir intégré l’accord de coopération créé à l’initiative du Ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) pour le déploiement des stations à hydrogène au Japon.
Le secteur des énergies renouvelables figure d’ailleurs parmi les plus dynamiques de la coopération économique franco-japonaise. Au printemps 2018, l’entrée en service de la centrale photovoltaïque de Yaita (préfecture de Tochigi) devrait en apporter une nouvelle illustration. D’une puissance de 41 MW, elle est le fruit du partenariat entre Bouygues Energies & Services, filiale du groupe Bouygues Construction, et du japonais Toho Electrical. Elle est le deuxième projet attribué au tandem franco-japonais par l’entreprise singapourienne Equis Energy, principal producteur indépendant d’électricité d’origine renouvelable de la région Asie-Pacifique, après la ferme solaire de Noheji (préfecture d’Aomori). 
Pour Sunpower, filiale du groupe Total depuis 2011, le Japon représente son deuxième marché le plus important. La mise en service en avril 2017 de la centrale solaire de Nanao (27 MW), à l’ouest du pays, a marqué une première réalisation en propre pour le groupe qui s’est associé avec le géant japonais de l’agroalimentaire ISE (50% des parts). De son côté, l’autre filiale du géant français de l’énergie, Total Solar devrait inaugurer en 2018 une deuxième centrale solaire, à Miyako, (préfecture d’Iwate) d’une capacité de 25 MW. Total fournit par ailleurs en gaz naturel liquéfié (GNL) les principales compagnies japonaises de gaz et d’électricité. En 2016, il a conclu un nouvel accord, avec le groupe Chugoku Electric, pour la livraison de 400 000 tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an, pour une période de 17 ans à compter de 2019. 
Dans le contexte des efforts engagés par le Japon pour diversifier son mix énergétique, des PME françaises tirent également leur épingle du jeu à l’instar de Ciel & Terre et d’Ideol qui développent le solaire et l’éolien flottant au large des côtes japonaises, respectivement en partenariat avec les groupes Kyocera et Hitachi Zosen. 
En matière d’optimisation des réseaux, le groupe Energy Pool a signé fin 2016 un accord de partenariat de long terme avec TEPCO. Le groupe Veolia s’est, quant à lui, impliqué dans deux projets de centrale biomasse en partenariat avec le groupe japonais Takeei. Il est en outre devenu un acteur pionnier des partenariats public-privé au Japon où il génère déjà 30% de son chiffre d’affaires en Asie (1,3 milliard de dollars). En octobre 2017, il a, en effet, obtenu le premier contrat de concession d’une usine de dépollution des eaux usées avec une municipalité japonaise. Ce contrat, d’une durée de 20 ans qui débute en avril 2018, porte notamment sur l’exploitation et la maintenance des infrastructures de la ville d’Hamamatsu. 
Alors que le groupe Mitsubishi Heavy Industries a choisi le Salon du Bourget en juin 2017 pour les débuts commerciaux de son jet MRJ, l’aéronautique représente un autre secteur dynamique pour les échanges franco-japonais. Airbus Helicopters, filiale d’Airbus Group a, par exemple, reçu une commande portant sur trois Super Puma H225 de la part de la Japan Coast Guard (JCG) et une seconde pour un Écureuil H215 destiné à la police de Tokyo (Tokyo Metropolitan Police Department). 
Le constructeur européen continue d’ailleurs de renforcer son attractivité au Japon qui privilégiait jusque là ses concurrents américains. Après le contrat signé avec la compagnie Japan Airlines pour une trentaine d’avions A350 en 2013 et l’acquisition de trois supers gros porteurs A380 par All Nippon Airways, c’est la société japonaise à bas coûts Peach qui a créé la surprise en novembre 2016 en commandant dix A320neo et trois A320ceo. Un contrat estimé à environ 1,4 milliard de dollars.
Avec une hausse des investissements directs français de plus de 50% en 2016 (3,2 milliards d’euros) par rapport à 2015, l’attrait de l’économie japonaise pour les opérateurs français reste plus que jamais vigoureux. Troisième puissance économique, l’Archipel représente à lui seul 6,6% du PIB mondial. Son pouvoir d’achat est l’un des plus élevé au monde (38 894 dollars par habitant). De plus, les Abenomics, une stratégie lancée en 2012 pour mettre un terme à deux décennies de déflation, semblent porter leurs fruits : même si l’inflation peine à décoller, le PIB a crû de 2,5% en glissement annuel entre juillet et septembre 2017 tiré par les exportations, contrastant avec la stagnation de la croissance moyenne autour de 1% au cours des cinq dernières années. Durant cette période, l’indice Nikkei a plus que doublé, dépassant les 22 000 points et retrouvé son niveau de 1992, tandis que 1,85 million d’emplois auraient été créés selon le gouvernement japonais.
Une dynamique vertueuse qui ne devrait pas manquer d’être confortée par les retombées financières attendues de l’organisation de la Coupe du Monde de Rugby en 2019, puis par celle des Jeux Olympiques en 2020. CH

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