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  Dimanche 22 Juillet 2018  
 

Troisième trimestre 2017

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Nouveaux horizons France - Kazakhstan

Par M. Eugène BERG,

La France et le Kazakhstan célèbrent en 2017 le 25ème anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Dans ce cadre, M. Roman Vassilenko, Vice-Ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan, effectuait une visite à Paris au cours de laquelle il nous a fait part des opportunités que peut ouvrir 2018 en faveur de l’approfondissement des relations franco-kazakhstanaises. Cette année  sera en effet marquée par le 10ème anniversaire de l’accord de partenariat stratégique qui lie nos deux pays, et le 20ème anniversaire du déménagement de la capitale du Kazakhstan à Astana. M. Roman Vassilenko a émis le souhait des autorités de son pays que le Président Emmanuel Macron puisse prochainement effectuer une visite au Kazakhstan pour ouvrir des voies nouvelles à une coopération déjà riche et fructueuse qui doit faire face aux défis d’un monde turbulent.

Au moment où un nouvel ambassadeur français vient d’arriver à Astana et un nouvel ambassadeur kazakhstanais s'installe à Paris, ce tour d’horizon de la politique étrangère du Kazakhstan et de l’état des relations bilatérales entre les deux pays est aussi une bonne occasion de rappeler la place singulière qu’occupe le Kazakhstan aux confins de l’Eurasie avec pour voisins immédiats tant la Russie que la Chine. Cette dernière déploie déjà activement son projet de « Nouvelle route de la Soie » passant naturellement par le Kazakhstan qui affiche clairement sa volonté d’être un pont vers l’Europe.
Neuvième pays du monde par la superficie, 2 725 000 km2, plus grand pays « enclavé » de la planète, doté de la première frontière terrestre d’un seul tenant – celle avec la Russie, le Kazakhstan qui avait connu une croissance économique de plus de 10% de 2000 à 2007, a subi de plein fouet la baisse des cours pétroliers à compter de la fin 2014, réduisant sa croissance à 1% en 2015 et 2016. Le fond ayant été atteint en octobre 2016, la croissance redémarre. Cette année, la croissance économique est estimée à 3,5%. Une stratégie nationale d’investissement pour la période 2017-2022, a été mise en place pour la soutenir dans les secteurs énergétique, agricole et manufacturier. L’un de ses volets les plus ambitieux est le programme de privatisation d’entreprises d’État (KazMunaiGas, Kazakhtelecom, Kazatomprom, Samruk-Energy et Kazakhstan Temir Zholy) par le biais de la mise en place progressive d’introduction en bourse à Hong Kong et à Londres jusqu’en 2020. Ce programme de privatisation n’est pas isolé, il s’inscrit dans un programme d’ensemble de modernisation de l’économie nationale. Un vaste plan de restructuration et d’appui au système bancaire, doté d’un montant de 7,6 milliards de dollars, a permis d’assainir ce secteur qui pourra mieux remplir son rôle de stimulant du reste de l’économie. Une réforme fiscale saluée par les experts de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est également entreprise, la lutte contre la corruption poursuivie avec détermination, les efforts de diversification de l’économie accélérés.

Le Kazakhstan poursuit une politique étrangère active
Afin de tirer parti de son riche héritage, et de sa position de pont entre Europe et Asie, le Président Noursoultan Nazarbaïev a mis en avant dès la fin des années 1990, une approche « eurasienne » visant à concilier les apports culturels européens et asiatiques présents sur le territoire du Kazakhstan afin de mieux jouer sur la scène régionale et internationale, le rôle de carrefour des civilisations slave, turco-mongole, et chinoise, en se démarquant des positions panturques et panslaves. Approche originale et féconde qui atténue le caractère binaire turcique / européen et musulman / chrétien du pays tout en lui permettant de s’ouvrir plus largement vers un troisième espace, celui qui conduira de plus en plus l’économie mondiale, l’Asie-Pacifique.
Pour mieux faire connaître ce modèle et le diffuser, l’État a recourt à divers moyens : presse, institutions académiques, suscitant des forums, comme l’Union régionale eurasienne ou l’Assemblée du peuple du Kazakhstan. Bien que considérant l’islam comme constitutif de l’identité kazakhstanaise, les autorités qui lui confèrent un rôle de morale sociale officielle, n’ont pas fait référence à l’islam dans la Constitution. Au Kazakhstan, les pratiques religieuses sont modérées, et présentent bien des formes syncrétiques et mystiques, liées au substrat chamanique sur lesquelles elles se sont constituées ou aux traditions soufies. Quant à l’orthodoxie, religion de la principale minorité du pays, elle bénéficie aussi d’un statut officiel. 
Au cours de notre entretien, M. Roman Vassilenko a rappelé que son pays, élu pour la première fois à un siège de membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies pour le biennium 2017-2018, en prendra la présidence le 1er janvier 2018. Il entend marquer sa présidence par trois initiatives d’envergure :
- réunion du Conseil au niveau des chefs d’État et de gouvernement, afin de passer en revue la question de la paix et de la sécurité mondiales, échange de vues devant se conclure par une déclaration, appelée à devenir un jalon dans les efforts déployés par la communauté internationale en cette matière ;
- session spéciale du Conseil au niveau des Ministres des Affaires étrangères consacrée à la situation en Afghanistan et en Asie centrale, qui doit également se conclure par une déclaration;
- réunion habituelle consacrée à l’examen de la situation au Moyen-Orient.
La septième phase des négociations d’Astana, organisée les 30 et 31 octobre 2017 dans la capitale kazakhstanaise, portant sur le processus de désescalade en Syrie, a démontré la part active que prenait la diplomatie kazakhstanaise dans la solution du conflit syrien. En offrant sa plateforme aux diverses parties engagées dans ce délicat processus, Astana a montré son attractivité, sa neutralité et son pouvoir de persuasion dans la ligne qu’elle poursuit favorisant le dialogue en faveur de la paix et de la stabilité internationale.

Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan renforcent leurs relations de voisinage
Au regard de l’actualité constituée, par le récent attentat de New York, par un ressortissant ouzbek, le Vice-Ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan a tenu à souligner l’importance que le Président Noursoultan Nazarbaïev, attachait au renforcement des liens avec son principal voisin d’Asie centrale. Il a rappelé je cite : « Depuis la disparition, du Président Islam Karimov, fin août 2016, son successeur M. Chavkat Mirzioïev, et notre président se sont rencontrés à sept reprises. Le Président Noursoultan Nazarbaïev s’est rendu à deux reprises en Ouzbékistan, la dernière fois en septembre 2017. Le Président Chavkat Mirzioïev, a effectué une visite d'État dans notre pays en mars 2017, puis s’est rendu à Astana pour l’inauguration de l’Exposition consacrée a l'Énergie du futur. Nous avons signé au cours de la dernière année pas moins de 80 accords de coopération s’élevant à 2 milliards de dollars. Au cours des neuf premiers mois de 2017, nos échanges ont augmenté de 40%, le niveau de protection douanière qui était de 15% en moyenne est tombé à 2% et elle est nulle pour nos exportations de fleurs. Pour notre part, nous exportons des céréales et du pétrole, et importons des légumes, des produits alimentaires et du textile. Notre coopération s’étend dans de nombreux domaines, animée qu’elle est des deux côtés par la volonté d’œuvrer pour la stabilité régionale ».

Le Kazakhstan et la France, des relations de plus en plus étroites
Depuis l’indépendance du Kazakhstan, qu’elle a été un des premiers pays à reconnaître, la France a entretenu avec lui un dialogue politique régulier. Le Président Nazarbaïev s’est rendu à six reprises dans l’Hexagone. Ce souci de maintenir une concertation régulière avec le Kazakhstan sur l’Afghanistan et dans le domaine de la lutte antiterroriste, s’est concrétisé notamment par la création d’un poste d’Attaché de défense à Almaty à compter de l’été 2002. Depuis cette date, les échanges entre les deux pays se sont accrus, marqués par des visites ministérielles régulières entre les deux pays.
La coopération scientifique, éducative et culturelle, qui repose sur le Traité d’amitié, d’entente et de coopération de septembre 1992 et sur l’Accord de coopération dans le domaine de la culture et des arts de septembre 1993 s’est élargie. Cinq accords de coopération ont été conclus avec des universités des deux pays, un certain nombre d’étudiants ont effectué des séjours en France, bénéficiant de bourses de la fondation présidentielle Bolachak. Enfin, un important accord de coopération lie la Sorbonne à l’Université d’Almaty.

L’Exposition internationale d’Astana sur l'énergie du futur
M. Roman Vassilenko s’est réjoui que la France ait joué un rôle de tout premier rang lors de l’Exposition d’Astana à l’été 2017, consacrée à l'énergie du futur. Le Pavillon français qui a reçu la médaille de bronze de sa catégorie a reçu 600 000 visiteurs, sur les 4 millions qui se sont rendus à l’exposition. Cet événement apparaît comme une étape importante dans la politique de diversification économique qu’a entamée le Kazakhstan, qui bien que grand producteur d’hydrocarbures et premier exportateur mondial d’uranium, s’oriente également vers les énergies vertes. 150 innovations ont été récoltées lors de l’exposition a indiqué le Vice-Ministre ; son pays procède actuellement, avec ses partenaires, dont la France à la sélection de ceux qui pourraient être incorporés dans l’économie du pays. Il compte pouvoir en sélectionner 25. Si un certain nombre de pavillons ont été démantelés, d’autres ont d’ores et déjà trouvé une utile destination. Trois grands projets seront réalisés.
La sphère constituant le pavillon kazakh sera transformée en un Musée des énergies du futur. 
Le centre financier international d’Astana (AIFC) doit s’ouvrir dès le 1er janvier 2018 et a été établi dans les autres pavillons. 
Le cite hébergera également des start-ups dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.

Les relations économiques, commerciales et financières entre le Kazakhstan et la France reprennent de la vigueur
Les échanges économiques entre les deux pays se sont intensifiés ces dernières années, restant déficitaires pour la France en raison de ses achats d’hydrocarbures. Plus de 40 sociétés françaises y disposent d’une représentation, la plupart du temps d’un bureau de représentation comme Thales, Alcatel, Cogema. C’est principalement dans le secteur des hydrocarbures qu’elles sont le plus présentes, Compagnie générale de géophysique, Technip, Gaz de France… Pour sa part, Total a affermi sa présence, disposant de 20,3% des parts dans le gisement de Kashagan, qui a repris sa production en 2016 après s’être interrompue en 2013. Areva est liée depuis plusieurs années à Kazatomprom dans une filiale commune (KATCO). L’opérateur nucléaire a investi 110 millions de dollars dans l’exploitation des gisements d’uranium de Muyunkum et Tortkuduk. La Cogema, par le biais d'une joint-venture avec la société d'État Kazatomprom, explore et met en développement un gisement d'uranium dans le désert de Muyunkum, près de Chimkent. En 2005, Lactalis a racheté le plus important fabricant de produits laitiers, Foodmaster, et les Malteries Soufflet, par le biais de leur filiale tchèque, la malterie de Tekeli.
« Nous nous réjouissons du niveau des relations économiques et commerciales, entre nos deux pays », a fait valoir le Vice-Ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan. « Les échanges entre nos deux pays à la fin de l’année 2016 ont atteint 2 458 milliards de dollars (1 798 milliards dollars pour les exportations et 660 millions de dollars pour les importations). Cependant, pour les huit premiers mois de 2017, ils ont déjà atteint 2 119 millions de dollars (1 779 millions dollars pour les exportations et 340 millions de dollars pour les importations) représentant une augmentation de 36% par rapport à la même période de l’année 2016 (1 558 millions de dollars). Ces avancées sont liées aux tendances globales pour la reprise de la demande mondiale et la stabilisation des prix des matières premières. Le volume des investissements français au Kazakhstan de 2005 à 2017 a constitué un montant de plus de 13,5 milliards de dollars, ce qui place la France actuellement à la 5ème place des investisseurs étrangers. Nous estimons, pour notre part, qu’il existe un important potentiel d’accroissement de ces courants d’échange, dans le domaine des énergies renouvelables, de l’environnement, des transports et matériels roulants, de l’agriculture ou dans les domaines des services ».

Le Kazakhstan comme un pont entre la Chine et l’Europe sur la Nouvelle route économique de la Soie
S’agissant des transports, M. Vassilenko a rappelé que le projet de Nouvelle Route économique de la Soie, (OBOR – One Belt, One Road) avait été lancé par le Président Xi Jinping, en septembre 2013, dans un discours prononcé à Astana. Le 8 juin 2017, le Président Nazarbaïev, avait indiqué en présence de son homologue chinois que « le Kazakhstan deviendra l’État de transit sur lequel s’appuiera le développement commercial avec la Chine ». M. Vassilenko a ajouté pour sa part: « Compte tenu de ses dimensions et de la position centrale qu’il occupe au sein de l’Eurasie, le Kazakhstan est appelé à jouer un rôle de pont entre la Chine et l’Europe de l’Ouest : 70% du trafic de fret ferroviaire devrait transiter par son territoire. Si en 2011 ne passaient que 1 200 containers, le chiffre est vite passé à 105 000, et l’on vise 2 millions de containers à l’horizon 2020. Facteur réconfortant, a-t-il ajouté : 50% des trains effectuant le retour Europe–Chine sont désormais chargés. La Chine vient de faire parvenir dans un train réfrigéré du vin français exclusif. Deux lignes traverseront le pays au départ de Khorgos, l’une au nord passera par Astana, via Balkash aboutissant à Kartaly en Russie ; l’autre, la plus longue, passera par Almaty, aboutissant à Orenbourg en Russie. »
De son côté, au cours des quatre dernières années, Astana a fait construire 1 500 km de voies ferrées et 3 000 km de routes et d’autoroutes susceptibles de diviser par cinq le temps de trajet des marchandises assurant la liaison entre la Chine et l’Europe. Le « port sec » de Khorgos situé à la frontière sino-kazakhstanaise, où se rencontrent l’Ouest et l’Est, doit jouer un rôle central dans ces liaisons ferroviaires. L’objectif est de limiter à 60 minutes maximum les opérations de transbordement pour l’équivalent de 42 wagons. Un immense duty-free transfrontalier a surgi de la steppe en 2012, détenu à 51% par Pékin. Trois millions de personnes l’ont visité en 2016, dont 2,5 millions de Chinois intéressés par les sacs, parfums et produits alimentaires de marque qu’on peut y trouver. Côté kazakhstanais, on projette de construire d’ici 2020, un parc d’attraction et un hippodrome. Khorgos sera doté d’une zone industrielle destinée aux entreprises, intéressées par la proximité du marché chinois et attirées par les nombreux avantages fiscaux accordés par le gouvernement kazakhstanais. Pourtant, l’accès au marché chinois est encore entravé par les sévères barrières protectionnistes frappant les exportations de blé ou de viande kazakhstanais.

Promotion du tourisme, nouvel horizon
Poursuivant son propos, M. Vassilenko ne manque pas d’indiquer : « Un domaine dans lequel nous tenons à nous développer est celui du tourisme, notre pays recelant bien des potentialités et attractions, des pistes de skis, des parcs naturels. Plusieurs chaînes internationales ont accru leur présence à l’occasion de l’Exposition d’Astana, dont le groupe Accor. L’abolition des visas avec l’ensemble des pays de l’Union européenne et de l’OCDE devrait augmenter considérablement les flux d’arrivées. Trois vols par semaine opérés par la compagnie Air Astana relient Paris à la capitale du Kazakhstan. »

Dialogue approfondi entre le Kazakhstan et l’Union européenne
M. Vassilenko a, en outre, abordé les relations avec l’Union européenne, « premier partenaire commercial de notre pays et premier investisseur, si on additionne les investissements des différents États membres. Désormais, nos rapports sont régis par l’Accord de Partenariat et de Coopération élargi (APCE), dont la majorité des chapitres portant sur les relations économiques et commerciales sont entrés provisoirement en application en mai 2016. En effet, 18 États ont ratifié à ce jour ce texte, la France ne figurant pas encore sur cette liste, aussi espérons-nous que notre partenaire français le fera prochainement. Sans vouloir m’étendre sur les divers volets de notre coopération, au nombre de 29 (services, mouvement de capitaux, matières premières et énergie, marchés publics, droits de la propriété intellectuelle, espace, communication, terrorisme, société civile, non-prolifération nucléaire…), je tiens à souligner l’importance que nous attachons à la réunion de concertation UE-Asie centrale qui s’est tenue à Samarkand le 10 novembre 2017 et qui a porté notamment sur la situation en Afghanistan à laquelle nous restons très sensibles. Pour notre part, nous avons mis en place un programme en faveur de 1 000 Afghans pour assurer leur formation dans 10 professions différentes, pour lequel une enveloppe de 50 millions de dollars a été dégagée. Nous redoublons de vigilance en matière de lutte antiterroriste, volet sur lequel nous entendons accroître notre coopération avec nos partenaires français, européens et américains. Nous-mêmes avons été confrontés à des attentats à Aqtobe et Astana. À nos yeux, la lutte antiterroriste ne peut reposer que sur le seul pilier sécuritaire et répressif. J’ai mentionné à propos de l’Afghanistan, son aspect éducatif. Pour le Kazakhstan, pays laïc, multireligieux, il convient de porter une attention soignée aux aspects religieux en faisant en sorte que leurs activités s’inscrivent dans le respect de la loi et ne soient pas détournées de leur véritable mission. C’est dans cet esprit qu’en juin 2016, un Ministère des Affaires religieuses et civiles a été institué, afin de réglementer l’ensemble de ces activités sensibles, et notamment de contenir la propagande religieuse ».  




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