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  Mardi 11 Décembre 2018  
 

Troisième trimestre 2017

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     Pakistan
 
  S.E. / H.E. Khawaja Muhammad ASIF

Une économie émergente 70 ans après l’indépendance

Entretien avec S.E. Khawaja Muhammad ASIF,
Ministre des Affaires étrangères du Pakistan

En 1947, le Pakistan proclamait son indépendence et instaurait peu de temps après des relations diplomatiques avec la France. 70 ans après, le 6ème pays le plus peuplé du monde s’ouvre à une nouvelle ère de prospérité : la croissance du PIB repart à la hausse au-dessus de 5% en 2017 confortée par les promesses de développement du Corridor économique Chine-Pakistan (CEPC). Ministre pakistanais des Affaires étrangères, S.E.M. Khawaja Muhammad Asif nous livre ses réflexions sur les opportunités qu’offre ce nouvel environnement pour surmonter les défis sécuritaires du Pakistan et favoriser son emergence.

La Lettre Diplomatique : Monsieur le Ministre, le Pakistan a célébré les 70 ans de son indépendance le 14 août 2017. Quels enseignements tirez-vous du chemin accompli par votre pays ? Comment définiriez-vous la pérennité de l’héritage de son père fondateur Quaid-e-Azam Mohammad Ali Jinnah ?

S.E. Khawaja Muhammad ASIF : Le Pakistan a parcouru un long chemin depuis son indépendance il y a 70 ans. Le Pakistan est aujourd’hui le sixième plus grand pays du monde avec une population de 207 millions d’habitants, des institutions démocratiques fortes, des appareils civils et militaires professionnels, un système judiciaire indépendant et des médias libres. Le Pakistan est une économie émergente offrant des opportunités attrayantes d’investissement.
Notre politique étrangère est basée sur la vision et les aspirations du Quaid-e-Azam Muhammad Ali Jinnah pour favoriser des relations amicales avec tous les pays. Nous poursuivons une politique de voisinage pacifique et de prospérité régionale partagée.

L.L.D. : Dès son accession à l’indépendance en 1947, le Pakistan a établi des relations diplomatiques avec la France. Quel regard portez-vous sur l’évolution des relations d’amitié franco-pakistanaises ?

S.E.K.M.A. : La France et le Pakistan ont établi leurs relations diplomatiques immédiatement après l’indépendance du Pakistan en 1947. Depuis, la France est un partenaire fiable et un ami du Pakistan. Les deux pays coopèrent étroitement dans les domaines tels que la politique, l’économie, la culture, l’éducation et la défense.
Un certain nombre de contacts de haut niveau se sont déroulés. Nous accueillerions avec plaisir le Président Emmanuel Macron au Pakistan ; une invitation à cet effet lui a été adressée par nos dirigeants. Nos échanges bilatéraux ont connu une croissance régulière qui les porte aujourd’hui à 1,4 milliard de dollars. Environ 40 entreprises françaises travaillent actuellement au Pakistan et nous souhaitons que d’autres encore puissent bénéficier de notre régime d’investissement attractif.

L.L.D. : Lorsque vous assumiez les fonctions de Ministre de la Défense, vous n’avez pas hésité à adopter un ton ferme contre l’Inde dans un contexte de résurgence des violences dans le Cachemire. Comment un dialogue, à l’image de celui instauré en 2004, pourrait-il être renoué afin de neutraliser ce foyer de tensions récurrentes ? Quelles sont les perspectives d’une nomination d’un Envoyé spécial des Nations unies pour le Cachemire dont le Premier ministre pakistanais a fait la requête le 21 septembre 2017 ?

S.E.K.M.A. : Notre position principale sur le Cachemire est restée la même depuis l’occupation indienne du Jammu-et-Cachemire (J&C). C’est l’un des points les plus anciens de l’ordre du jour des Nations unies qui doit retenir l’attention de la communauté internationale. L’Inde ne peut pas nier au peuple du Cachemire son droit fondamental et inaliénable à l’autodétermination. Le J&C reste une région fortement militarisée du monde où près de 700 000 soldats indiens répriment brutalement la lutte légitime pour la liberté du peuple cachemiri, en violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Cachemire.
Le Pakistan a exprimé à maintes reprises sa volonté de tenir des pourparlers avec l’Inde en vue de régler le conflit du Cachemire. Nous serions favorables à la nomination d’un Envoyé spécial des Nations unies pour le Cachemire qui agirait en tant qu’arbitre neutre pour parvenir à une solution durable conformément aux résolutions des Nations unies.

L.L.D. : Plus largement, quelles réflexions vous inspire la menace d’une guerre nucléaire soulevée par la crise nord-coréenne ?

S.E.K.M.A. : Nous avions fait part de notre préoccupation au sujet du lancement par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) d’un missile balistique le 28 juillet 2017. Ces actions sont en violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et portent atteinte à la paix et à la stabilité dans la péninsule coréenne ainsi qu’en Asie du Nord-Est.
Nous continuons toutefois d’exhorter la RPDC à respecter ses obligations internationales et à s’abstenir de toute action susceptible de provoquer une escalade des tensions dans la région et au-delà. Nous encourageons également toutes les parties concernées à poursuivre la voie du dialogue et de la diplomatie pour réduire les tensions et parvenir à une solution globale.

L.L.D. : Le Pakistan est devenu le 9 juin 2017 officiellement membre de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Quelles opportunités cette adhésion ouvre-t-elle à votre pays en matière de coopération internationale, notamment sur les enjeux de sécurité dans la région ? Pourrait-elle, selon vous, faire émerger de nouvelles formes de concertation avec l’Inde, devenue également membre de l’OCS ?

S.E.K.M.A. : L’adhésion du Pakistan à l’OCS marque une étape importante de sa politique étrangère. Le Pakistan partage avec l’OCS et ses membres des liens historiques et culturels ainsi que de solides complémentarités économiques et stratégiques. Nos intérêts et nos objectifs se recoupent dans un large éventail de domaines et d’enjeux.
En adhérant à l’OCS, le Pakistan pourrait apporter une contribution efficace à la paix et au développement dans la région, ainsi qu’aux efforts régionaux visant à endiguer le terrorisme et l’extrémisme. Nous pourrions également établir de meilleurs liens économiques avec les pays d’Asie centrale.

L.L.D. : À la suite de l’annonce d’une nouvelle stratégie des États-Unis pour l’Asie du Sud par le Président Donald Trump le 21 août 2017, vous avez accompli une tournée diplomatique en Chine, en Russie et en Turquie. Comment décririez-vous les retombées de ces échanges ? Comment appréhendez-vous le rôle accru que cette stratégie envisage de conférer à l’Inde en Afghanistan ?

S.E.K.M.A. : Bien que nous ayons des réserves au sujet de certains éléments de la stratégie américaine pour l’Asie du Sud, nous continuons de travailler avec les États-Unis pour la paix et la stabilité dans la région.
Le Pakistan veut la paix et la stabilité en Afghanistan. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec tous les acteurs clés, y compris les États-Unis, la Chine, la Russie et la Turquie, pour atteindre cet objectif. Bien que nous n’ayons aucune réserve quant aux efforts déployés par des pays quels qu’ils soient dans le cadre du développement économique et social de l’Afghanistan, nous sommes préoccupés par n’importe quel rôle précis qui puisse être confié à l’Inde et qui pourrait se révéler au détriment de notre sécurité nationale et mettre en péril la paix et la stabilité dans la région.

L.L.D. : S’exprimant en visite officielle à Islamabad le 24 octobre 2017, le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a cherché à consolider la coopération américano-pakistanaise contre les organisations terroristes qui seraient actives au Pakistan. Comment expliquez-vous les divergences de perception entre les deux pays dans ce domaine ?

S.E.K.M.A. : Les relations entre le Pakistan et les États-Unis s’étendent sur plus de sept décennies de coopération. Les deux pays partagent un désir commun de paix et de stabilité en Afghanistan et dans l’ensemble de la région.
Le Pakistan a enregistré beaucoup de réussite dans sa guerre contre le terrorisme. Cela a été rendu possible grâce à l’engagement indéfectible du Pakistan à mettre fin au fléau du terrorisme, aux sacrifices sans précédent, à la vaillance de ses soldats et de ses forces de l’ordre et à son approche ciblant sans distinction groupes terroristes et militants.
Le Secrétaire d’État Tillerson a également reconnu les sacrifices consentis par le peuple pakistanais et que la coopération entre les deux pays était essentielle pour instaurer la paix et la stabilité dans la région.

L.L.D. : Au-delà de la construction d’une barrière à la frontière pakistano-afghane, comment votre pays compte renforcer son rôle dans la stabilisation de l’Afghanistan ? Quelles sont vos marges de manœuvre pour favoriser une reprise des négociations entre Kaboul et les Talibans ?

S.E.K.M.A. : Le Pakistan est convaincu que la paix en Afghanistan est essentielle pour la paix et la stabilité dans la région. Le Pakistan a donc soutenu et continuera de soutenir la paix et la réconciliation en Afghanistan. Nous considérons que le terrorisme et l’extrémisme sont des ennemis communs du Pakistan et de l’Afghanistan.
Notre pays estime que le recours à la force risque de ne pas pouvoir, à lui seul, permettre d’instaurer la paix en Afghanistan. Un processus de réconciliation solide et constructif dirigé par les Afghans aurait de meilleures chances de parvenir à une paix durable en Afghanistan.

L.L.D. : Les attentats meurtriers dans un sanctuaire soufi du Sindh en février et dans un marché de Parachinar en juin 2017 ont été revendiqués par Daech. Quelle analyse faites-vous de la montée en puissance de cette organisation terroriste dans la région et des nouveaux défis qu’elle pose, notamment au plan de la lutte idéologique ?

S.E.K.M.A. : Nous sommes très préoccupés par la présence croissante de Daech en Afghanistan et par ses activités terroristes dans la région. Il s’agit d’une menace pour la paix et la stabilité de la région, contre laquelle il faut réagir. Il n’y a pas de présence organisée de Daesh au Pakistan, mais nous restons vigilants.

L.L.D. : Lancé en avril 2015 à Islamabad en présence du Président chinois Xi Jinping, le Corridor économique sino-pakistanais (CEPC) inscrit le Pakistan au cœur du projet de Nouvelles Routes de la Soie. Pourriez-vous nous détailler les principales avancées réalisées dans ce cadre ? Dans quels autres domaines souhaiteriez-vous voir se resserrer les liens sino-pakistanais ?

S.E.K.M.A. : Le Corridor économique sino-pakistanais (CPEC) est essentiellement un projet bilatéral entre le Pakistan et la Chine visant à développer les infrastructures, les projets énergétiques, l’industrie et les transports. L’achèvement de projets clés créera des emplois, établira un réseau de transport et profitera aux zones sous-développées, ouvrant ainsi une nouvelle ère de prospérité au Pakistan. 
En même temps, le CPEC propose un cadre plus large pour promouvoir la connectivité régionale et établir des liens commerciaux dans la région et au-delà.

L.L.D. : L’ancienne Ministre de la Culture française, Mme Audrey Azoulay, a été élue à la tête de l’UNESCO le 13 octobre 2017. Considérant la crise qu’elle traverse avec le retrait des États-Unis et d’Israël, comment souhaiteriez-vous voir évoluer cette institution qui demeure l’un des principaux espaces internationaux du dialogue et de la coopération interculturel ?

S.E.K.M.A. : Je voudrais féliciter Mme Azoulay pour son élection au poste de Directrice générale de l’UNESCO. Elle est hautement qualifiée pour ce poste et nous pensons qu’elle renforcera et élargira la portée de l’UNESCO en dépit des nombreux défis auxquels elle est confrontée.
Le Pakistan est un membre actif de l’UNESCO. Depuis 1978, nous avons toujours été membre du Conseil exécutif.
Le Pakistan a également apporté une modeste contribution de 10 millions de dollars sous la forme du Fonds Malala de l’UNESCO pour la promotion de l’éducation des filles. Nous pensons que l’UNESCO, en tant que bras intellectuel du système des Nations unies, est un forum idéal pour le dialogue, la réconciliation et une meilleure compréhension.  

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