$tabnombandeau  
  Samedi 22 Juillet 2017  
 

Quatrième trimestre 2016

La lettre diplometque
  Éditorial
Afghanistan
Bangladesh
Suriname
Prospective
Coopération Internationale
Organisations Internationales
Sciences & hautes technologies
Francophonie
 
La lettre diplometque
La lettre diplomatique Haut
     Organisations Internationales
 
 

La Banque de développement du Conseil de l’Europe : 60 ans de solidarité européenne

Par M. Rolf WENZEL,
Gouverneur de la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB)

En 2016, la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB) fête ses 60 ans, ce qui fait d'elle la plus ancienne institution financière européenne. En outre, la CEB est la seule banque de développement à vocation purement sociale. Alors que nous célébrons cet anniversaire, l’heure est venue de tirer un bilan des réalisations passées et de faire ressortir les évolutions actuelles tout en envisageant les défis à venir.

Lorsque les représentants de huit États membres du Conseil de l’Europe, réunis à Paris en 1956, ont créé un Fonds de Réétablissement pour les réfugiés nationaux et les excédents de population en Europe, leur intention était de se doter d'un nouvel instrument financier capable de lutter efficacement contre les problèmes liés aux vastes mouvements de population que connaissait alors l’Europe à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Ce Fonds devait ainsi donner à ses propres membres les moyens de s’entraider ou, selon le mot d'Eugène Claudius-Petit, Président du Comité de Direction de l’institution entre 1979 et 1989, faire en sorte que « le fonds apporte son concours aux hommes debout ». Si les pays fondateurs avaient bien pour but de rassembler les Européens par le biais de la coopération, comme l’ambitionnaient diverses autres initiatives mises en place après la Seconde Guerre mondiale, peu étaient ceux qui s’imaginaient à quel point ce Fonds de Réétablissement allait transformer durablement la vie de plusieurs centaines de milliers de personnes dans toujours plus de pays. Soixante ans plus tard, le Fonds de Réétablissement est devenu une institution financière internationale à part entière comptant 41 pays membres. La Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB), comme elle se nomme désormais, poursuit toujours sa mission sociale avec le même attachement au principe de solidarité et le même engagement à faire avancer l’intégration sociale en Europe. Pas moins de 30 nationalités différentes sont représentées parmi les 200 employés, qui œuvrent au siège parisien de la Banque.
Le profil de la CEB a beau avoir évolué, sans même évoquer l’augmentation du nombre de ses membres, la volonté de promouvoir la cohésion sociale au travers du financement de projets à forte valeur sociale ajoutée demeure inchangée. Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer la transformation de l’activité de prêts de la Banque au fil des décennies.
Au cours de ses dix premières années d’existence, l’activité de la CEB s’est essentiellement tournée vers l'Allemagne (de l’Ouest), qui devait se reconstruire au sortir de la Seconde Guerre mondiale et dans le même temps faire face à un afflux massif de réfugiés en provenance d’Europe de l’Est. Une part significative des financements de la CEB était consacrée à trois autres membres fondateurs également confrontés à d’importants mouvements de réfugiés externes et internes : la Grèce, l’Italie et la Turquie. Tout en finançant des projets en faveur de réfugiés, en particulier dans le domaine du logement, la CEB a progressivement étoffé son champ d'action afin de répondre à d’autres défis tels que l’intégration des travailleurs migrants sur le marché du travail des pays hôtes.
Alors que l’accroissement du nombre de pays membres se poursuivait dans les années 1970, la Banque a élargi son périmètre d’intervention au financement de projets destinés à améliorer les conditions de vie de couches défavorisées de la population en milieu urbain. Dans les années 1980, la CEB a ajouté à son éventail de prêts le financement de petites et moyennes entreprises (PME), en concentrant là aussi son effort sur les migrants et les réfugiés.
Par la suite, la Banque a su relever sans difficulté le défi majeur qu'a représenté l’élargissement de son actionnariat dans les années 1990, en adaptant ses structures internes afin d’accueillir un nombre important de nouveaux États membres. Au cours de cette période, les lignes d’action de la CEB se sont de nouveau enrichies en y intégrant des projets axés sur la gestion de l’environnement.
Avec un nombre plus élevé de pays membres, un champ d’activités élargi et plusieurs décennies d’expérience dans le financement de projets sociaux, la CEB a continué à s'acquitter de la mission sociale qui est sa raison d'être. Afin de s’assurer que le principe de solidarité demeure au cœur de ses projets de financement, la CEB a accordé une attention particulière à ceux de ses membres qui avaient d’importants besoins en investissements dans les infrastructures sociales. À ce titre, elle s'est notamment attachée à soutenir les pays en transition d’Europe centrale et orientale, et à faciliter le relogement des réfugiés et des personnes déplacées à la suite des conflits en ex-Yougoslavie.
Cet aperçu de l’évolution historique de la Banque montre à quel point l’aide aux migrants et aux réfugiés occupe une place centrale dans le mandat de la CEB et constitue un domaine dans lequel la Banque a acquis une expérience considérable. Il n’est donc pas surprenant que la CEB ait été la première institution financière en Europe à traduire cet engagement en action, au moment où la crise des migrants et des réfugiés atteignait un pic en 2015 et devenait une question de plus en plus urgente pour les décideurs politiques européens. Ainsi, en octobre 2015, la CEB a créé le “Fonds pour les migrants et les réfugiés” (MRF) afin de financer des centres d’accueil et de transit dans les pays les plus touchés par l’augmentation du nombre de migrants et de réfugiés arrivant en Europe. À ce jour, le Fonds a reçu des contributions de 19 donateurs et a financé 14 projets en faveur des réfugiés sur la base de dons, principalement dans les pays situés le long de la “route des Balkans”.
Au-delà de cette réponse concrète et rapide à la crise, la CEB est consciente que la gestion des questions migratoires nécessite une stratégie à long terme et des solutions durables pour les pays qui accueillent et hébergent les migrants. Dans cette perspective, la Banque met l’accent sur l’intégration sociale des migrants en accordant des prêts dans les domaines du logement, de l’éducation, de la santé et de la formation professionnelle. Ainsi, la CEB a récemment approuvé des prêts destinés à financer des projets de logements sociaux en Brandebourg et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie en Allemagne. En France, entre autres initiatives, la Banque soutient le programme de logement social d’Adoma pour les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile.
Occuper un emploi stable est essentiel pour construire sa vie. C'est encore plus vrai pour les jeunes, durement frappés par le chômage alors même que nous devrions en priorité leur offrir des perspectives d’avenir. La CEB est ainsi particulièrement active dans le financement des PME, afin de soutenir la création et le maintien d’emplois et d’encourager l’entrepreneuriat, y compris chez les migrants et les jeunes. La CEB soutient les PME dans un grand nombre de ses pays membres, notamment en Espagne, en Hongrie, en Italie, en République slovaque, en République tchèque et en Turquie, pour ne citer qu’eux.
La crise des migrants et des réfugiés a mis en évidence le rôle important que les institutions multilatérales, telles que la CEB, peuvent jouer dans des situations qui exigent une intervention rapide, bien coordonnée et collective. La Déclaration de New York sur les réfugiés et les migrants, récemment adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, souligne précisément les principes de coopération et de partage des responsabilités qui doivent animer la réponse de la communauté internationale face aux vastes mouvements de migrants et de réfugiés. Les initiatives concrètes prises par la CEB afin de faire face à la crise migratoire qui sévit actuellement en Europe prouvent qu’une institution financière internationale peut, avec ses partenaires, faire changer les choses.
Le Fonds pour les migrants et les réfugiés (MRF) illustre ce principe de solidarité européenne sur lequel reposent tous les efforts de la CEB : une communauté de pays qui œuvrent ensemble et s'entraident au bénéfice des plus vulnérables pour mieux réduire les inégalités sociales, non seulement entre États mais également entre régions et communautés au sein d’un même État. Telles sont les valeurs qui forgent la CEB et pour lesquelles elle se bat.
Outre la crise des migrants et des réfugiés, la CEB poursuit également ses activités dans d’autres secteurs d’intervention, toujours dans un esprit de solidarité et de coopération. À titre d’exemple, je citerai le changement climatique et l’environnement, des enjeux majeurs qui figurent désormais en tête des priorités politiques.
La CEB s’implique activement dans la modernisation des infrastructures visant à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et des services de transport public plus respectueux de l’environnement. À cet effet, la CEB a financé de nombreux projets, notamment en Europe centrale et orientale, tels que la construction de nouveaux logements sociaux ou la rénovation du parc de logements existant en République tchèque et en Bulgarie, avec un accent spécifique sur l'efficacité énergétique des bâtiments.
Dernièrement, en Pologne, la Banque a approuvé un projet visant à moderniser et à améliorer l’efficacité énergétique des infrastructures urbaines et rurales dans les transports publics, les écoles, les centres médicaux et les sites du patrimoine historique et culturel. La CEB a également financé un programme complet portant sur la réhabilitation de 25 écoles publiques en Géorgie, en mettant l’accent sur l’amélioration de l’efficacité énergétique. Plus récemment, la Banque a aidé la Communauté autonome de Madrid à financer une partie de la construction, de la rénovation et de l’agrandissement d’établissements pré-universitaires et d’infrastructures connexes.
Par ailleurs, la CEB accorde aussi une attention particulière à l’adaptation au changement climatique et au renforcement de la résilience aux événements climatiques extrêmes. Les projets de protection contre les inondations constituent un bon exemple de la façon dont la Banque soutient les initiatives environnementales impliquant des mesures d’adaptation. En 2015, la CEB a accordé un prêt à la Pologne pour un projet majeur de protection contre les inondations dans les bassins de l’Oder et de la Vistule, qui devrait améliorer la sécurité de millions de personnes exposées au risque d’inondation.
Au niveau local, la Banque aide les municipalités dans leurs efforts d’améliorer la qualité de l’approvisionnement en eau et de la gestion des eaux usées, ainsi que dans la gestion des risques de catastrophe naturelle ou écologique. Ainsi, la CEB a financé la modernisation des infrastructures d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées en Croatie et à Chypre.
En 2016, la CEB a tenu sa Réunion commune annuelle à Strasbourg. Chaque année, les États membres accueillent à tour de rôle cette réunion de la Banque, qui permet à son management et aux membres des Conseils de direction et d’administration de se retrouver en un même lieu. À l’invitation du gouvernement français, l’édition 2016 s’est déroulée dans les locaux du Conseil de l’Europe. D’une certaine façon, la CEB a retrouvé ses racines ainsi que la structure dans laquelle elle est née, le Conseil de l’Europe. Cette réunion a également permis de rappeler que l’action de la CEB est guidée par les valeurs du Conseil de l’Europe que sont la démocratie, les droits de l’homme et l’État de droit.
Aujourd’hui, comme lors de la création de la CEB dans les années 1950, l’Europe est mise à l’épreuve. Les États doivent réviser et adapter leurs politiques, et prendre les mesures qui s’imposent afin de répondre aux défis économiques et financiers majeurs auxquels ils sont confrontés. La volonté d’entreprendre des initiatives concrètes en vue de traiter les questions essentielles est la première étape pour relever efficacement les défis posés. Une action concertée est également nécessaire pour obtenir des résultats solides. Les institutions financières internationales, en particulier les banques de développement, ont un rôle important à jouer dans la coordination des efforts par-delà les frontières.
La CEB, grâce à sa longue expérience et à son expertise spécifique en matière de financement social, appuie pleinement les politiques sociales de ses États membres. Forts de nos 60 années d’expérience au service de la cohésion sociale, je suis convaincu qu’avec le soutien de nos actionnaires et l'engagement résolu de notre direction et de notre personnel, nous continuerons à agir pour faire vivre la solidarité européenne aujourd'hui et dans les décennies à venir.

Retour en haut de page
 
 

 
La lettre diplomatique Bas
  Présentation - Derniers Numéros - Archives - Nos Liens - Contacts - Mentions Légales