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  Samedi 27 Mai 2017  
 

Quatrième trimestre 2016

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Horizons Internationaux 2017 La nouvelle donne

Par M. Eugène BERG,
Ancien ambassadeur, enseignant de géopolitique et écrivain

L’ année 1917 aura ouvert un siècle nouveau, et nous en sommes toujours les héritiers, c’est ce que nous indique, images, textes et cartes à l’appui, Jean-Christophe Buisson ( 1917, L’année qui a changé le monde, Ed. Perrin, 2016, 320 pages). Dans ce riche ouvrage, il nous rappelle qu’en cette année les états-Unis ont renoncé à leur politique traditionnelle d’isolationnisme. Qu’en sera-t-il désormais ? Que le leader socialiste italien Benito Mussolini écrit que son pays a besoin à sa tête, d’un homme « qui connaisse le peuple, soit son ami, le dirige, et le domine, quitte à lui faire violence », des paroles dont l’écho porte encore sur bien des continents… De fait, par maints côtés nous vivons dans un monde, bien surréaliste, mot forgé alors par Guillaume Apollinaire.

L’année 2017, centenaire de la révolution russe, sera-t-elle également, bien que dans un sens différent, une année révolutionnaire ?
Après la surprise du Brexit, qui avait déjà déjoué les pronostics des « élites mondialisées » de la City et de Bruxelles, la victoire écrasante en termes de grands électeurs de Donald Trump, sonne-t-elle, comme l’ont écrit bien des publicistes, la fin d’un monde, celui de l‘après 1945 ? Déjà à Pékin, on a qualifié sa victoire de « révolution culturelle ». On verra donc si ce que prophétise l’organisateur de sa victoire et l’un de ses maîtres à penser, Steve Banon, promu Secrétaire général à la Maison Blanche, à savoir « une révolution populiste mondiale » se répandra de l’Europe à l’Asie, de l’Inde à l’Amérique Latine. Si mouvement global il devait y avoir, comme le fut dans les années 1980 la « révolution reaganienne », elle toucherait tout l’édifice mondial et modifierait bien des éléments de l’agenda international. Les commentateurs, des deux côtés de l’Atlantique, ont bien perçu l’ampleur des bouleversements en cours et n’ont pas été avares de formules chocs : est-ce la fin de l’Ouest, la fin de la mondialisation heureuse, le retour en force de l’isolationnisme américain, le regain, comme l’a tablé en première page l’Economist de Londres, des nationalismes, alors qu’au Canada, le jeune Premier Ministre libéral Justin Trudeau sonne l’heure du multiculturalisme et du post-national ? Dans les jours suivants, une partie de ces craintes a commencé à se dissiper. Certes, dans sa première conférence de presse, le 9 novembre, le président-élu a tempéré son discours : « Nous placerons toujours les intérêts américains en premier, mais nous traiterons équitablement avec tous ». En tout cas, avec le général James Mattis au Pentagone et le général Michael Flynn, ancien patron du renseignement militaire comme Conseiller à la sécurité nationale, Donald Trump s’est entouré de partisans connus pour la fermeté de leurs convictions et de leurs méthodes.
C’est dire que l’année 2017, placée en grande partie sous le signe du nouveau président américain, qui aime cultiver l’imprévisibilité, devrait vraisemblablement réserver à la communauté internationale quelques surprises stratégiques que la nomination au poste de Secretaire d'état de Rex Tillerson illustre parfaitement.

Est-ce la fin de la « mondialisation heureuse » ?
La première question que les observateurs se posent est de savoir dans quelle mesure le nouveau président des états–Unis signifiera, sinon la fin, mais du moins l’arrêt de la « mondialisation heureuse 2», qui a sorti 2 à 3 milliards de personnes de la pauvreté et a été à l’origine d’une croissance mondiale soutenue, bien que créatrice d’inégalités. Donald Trump appliquera-t-il à la lettre sa promesse d’instaurer un protectionnisme afin de sauvegarder les emplois domestiques, « America first » ? Entendra–t-il modifier le contenu de l’accord douanier ALENA, qui lie depuis le 1er janvier 1994, les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ? Ces mesures ne resteraient pas sans conséquences : Barack Obama ayant déjà mis un point final à l’accord Transpacifique, le TPP, qui liait les états-Unis à 11 pays asiatiques (Chine exclue), la Chine n’a pas perdu de temps. Son Premier Ministre Li Kepiang a aussitôt invité à Bichkek, capitale kirghize, où se tenait le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï, (OCS) ses partenaires à créer une zone de libre-échange, qui prendrait la forme d’un « accord de partenariat économique régional intégral ». C’est vers le Mexique, où le peso a déjà perdu 11% que bien des yeux se tournent sachant que le nouveau locataire de la Maison Blanche a exprimé l’intention d’élever de 35% les barrières douanières et de construire un mur, dont le coût a été évalué à plus de 20 milliards de dollars. Les relations commerciales entre les deux voisins se montent à 1,5 milliard de dollars par jour, 9 millions de postes de travail en dépendent de chaque côté du Rio Grande, dont 5 millions aux états-Unis. Le Canada parie sur le bon sens : les deux pays ont quelque 600 milliards de dollars d’échanges par an et le Canada est la principale destination d’exportation de 35 états américains.
Plus fondamentalement, tout le monde se demande si les états-Unis, en réduisant leur déploiement sur tous les théâtres du monde, resteront toujours la clé de voûte de l’ordre international établi depuis 1945. Une interrogation qui ne date certes pas du 9 novembre. La mondialisation et le développement de la communication et des réseaux sociaux, ont, en effet, depuis des années, noyé les valeurs de l’après-guerre dans de nombreux messages, suscitant un relativisme dangereux et l’affaiblissement du credo occidental fondé sur le trépied démocratie, valeurs libérales, multilatéralisme, ouverture aux échanges. Cette tendance au repli sur soi et à l’isolationnisme s’amplifiera-t-elle à compter du 20 janvier 2017 ? Un dilemme délicat, surtout pour l’Europe, mais aussi pour bien d’autres pays qui pour la première fois se trouveraient aux antipodes de la ligne de Washington.

Quel sera le rôle de l’ONU, des organisations internationales et du multilatéralisme ?
Lorsque s’est clôturé, le lundi 26 septembre 2016, le débat général de la 71ème session de l’Assemblée générale de l’ONU présidée par un Fidjien, on a encore entendu les mêmes critiques à l’égard de l’organisation mondiale : « Vœux pieux ! Mascarade ! Gâchis de fonds publics ! ». On sait que l’ONU est ce que veulent bien en faire les états, et son budget annuel, 2,7 milliards de dollars, est inférieur aux dépenses d’une campagne présidentielle américaine ! Certes, elle n’a pas été en mesure de mettre fin aux nombreux conflits qui persistent sur la planète mais son rôle dans leur prévention, leur réduction en matière de contrôle ou de rétablissement de la paix est reconnu. Le financement des opérations de maintien de la paix, les « casques bleus », dont on célébrera en 2017 le cinquantième anniversaire, se monte, quant à lui entre 7 et 8 milliards de dollars, soit 0,5% des dépenses militaires mondiales mobilisant 120 000 personnes dans 16 missions. Or, selon le calcul très conservateur du Congrès des états-Unis, la seule guerre d’Irak (2003-2010) a coûté 815 milliards de dollars au contribuable américain. C’est sur cet arrière-plan que s’est déroulé l’élection du Secrétaire général de l’ONU, et même de l’Est, disait-on sur les bords de l’Hudson. Or, malgré son triple handicap d’être socialiste, ouest-européen, et de sexe masculin, c’est l’ancien Premier Ministre portugais, qui avait dirigé par la suite pendant dix ans le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR), Antonio Guterres, qui a été finalement choisi. Certainement, le thème des réfugiés et des migrants, en passe de devenir le quatrième pilier de l’ONU après la paix et la sécurité, le développement, les droits de l’homme et l’environnement et le changement climatique, a pesé sur le choix des états membres, en particulier des membres permanents du Conseil de sécurité.
La fin du mandat du Directeur général de l’UNESCO , la Bulgare Irina Bukova,  se situant en 2017, la bataille pour sa succession est lancée. La direction de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, n'ayant jamais été attribuée à une personnalité arabe, plusieurs candidats originaires du Liban, du Qatar et de l’ Egypte se sont mis sur les rangs.

Qu’en sera-t-il de la supposée menace russe et de la réponse de l’OTAN ?
Une seconde préoccupation taraude les alliés de Washington : quelle attitude adoptera le président américain vis-à-vis de l’OTAN, de la Russie, du dossier ukrainien ? Il est probable qu’il mettra fin aux sanctions prononcées contre la Russie en 2014, et qu’il reconnaîtra vraisemblablement « l’annexion » de la Crimée, non sans avoir, lui le maître du deal, obtenu d’autres contreparties, mais lesquelles. Reste à savoir quelle forme revêtira la coopération militaire entre Washington et Moscou dans la lutte contre l’EI, et quel sera l’engagement américain en Irak. Au-delà des propos fort généraux émis par Donald Trump à l’égard de la personnalité de Vladimir Poutine, on devrait s’attendre à des discussions ouvertes, mais serrées, entre Washington et Moscou sur tous les volets de leur politique extérieure, y compris les rapports à établir avec Pékin.
Le président américain demandera avec fermeté aux alliés de l’OTAN d’accroître leurs budgets de défense afin d’atteindre le plus rapidement l’objectif des 2% de leur PIB. Il faudra également s’attendre à une concurrence accrue dans le domaine des exportations d’armes, l’hôte de la Maison Blanche se voulant un chaud partisan du « made in America ». Mais qu’en sera-t-il du déploiement des unités de l’OTAN en Pologne, dans les pays baltes, des exercices militaires conduits à proximité des frontières russes ? Autant de questions restées ouvertes. Quel sort sera réservé à la force de 5000 hommes baptisée « Fer de lance » susceptible d’être déployée en quelques jours en Europe de l’Est et qu’en sera-t-il des « centres de commandement » en Pologne, Bulgarie et dans les trois pays baltes en cas de menaces russes précises, que les Vingt Huit Ministres de la Défense de l’OTAN avaient décidé de déployer en 2015 ? Dans quelle mesure l’OTAN respectera son engagement de 1997 de ne pas stationner en permanence des forces significatives dans l’est de l’Europe.
Aussi, sans attendre d’être mis devant le fait accompli, ayant pris pleinement la mesure de la menace terroriste qui pèsera sur eux de longues années, les Européens ont voulu avancer dans le domaine de leur défense collective. Au-delà des divergences fondamentales persistant toujours sur le rôle respectif dévolu à l’OTAN et à l’ UE, l’effet d’entraînement du couple franco-allemand a commencé d’opérer. Une telle coopération pourra s’appuyer sur un outil encore jamais utilisé, les articles 42 à 46 du Traité de Lisbonne permettant des coopérations d’ordre opérationnel, capacitaire, et industriel, qui ont l’autre grand avantage de s’affranchir de la règle de l’unanimité, le vote ne se faisant qu’à la majorité qualifiée. La Grande-Bretagne, malgré sa volonté de rééquilibrer ses comptes publics, n’a pas sacrifié, contrairement à bien des pays européens, sa défense à laquelle elle consacre 2% de son PIB. En octobre fut baptisé un nouveau sous-marin lanceur d’engins Trident, le Dreadnought. Chaque institution entend apporter sa contribution à la construction de cette Europe de la défense, la Commission a ainsi avancé l’idée de la création d’un « Fonds européen de la défense » (FDE) destiné à démultiplier l’investissement militaire des états membres. Plutôt que d’avancer de nouvelles propositions institutionnelles ayant peu de chances de recueillir l’assentiment de tous, l’objectif du FDE sera de « mettre le turbo dans la recherche et le développement conjoints de technologies et d’équipements de défense ». Le 14 novembre, les Ministres de la Défense de l’UE 28 ont adopté une feuille de route3 évoquant la nécessité d’une « autonomie stratégique4 » de l’Union européenne5. De manière lyrique, la Haute représentante pour la politique extérieure commune a même évoqué la nécessité de faire naître une « superpuissance qui croit au multilatéralisme », propos qu’elle a relativisé en ajoutant qu’il n’est pas question de créer une armée européenne, mais plutôt d’installer une coopération militaire « plus efficace ». De fait, le plan adopté par les Vingt Huit reprend les propositions franco-allemandes : plans de recherche conjoints, normes communes, collaborations industrielles et accélération des programmes déjà lancés (drones, ravitaillement en vol, communications satellitaires, cyberdéfense). 

L’accord nucléaire iranien en péril ?
Tout le monde observera à la loupe le sort qui sera réservé à l’accord nucléaire avec l’Iran, signé à Vienne le 14 juillet 2015, qui gèle pour douze ans le programme nucléaire iranien, en l’échange de la levée des sanctions, scellé par une résolution de l’ONU entrée en application en janvier 2016. Pendant sa campagne, Donald Trump l’avait qualifié de « pire accord jamais négocié ». Certes, le nouveau président pourra s’appuyer sur bien des indices, jugés inquiétants, pour s’en retirer, comme le développement du programme balistique iranien, ainsi que les tests de missiles qui l’ont accompagné, mais mettra-t-il en péril tout le système de non-prolifération mis en place patiemment pendant des décennies par plusieurs de ses prédécesseurs ? Car si l’Iran en venait à reprendre son programme du fait du retrait américain, ce serait à terme la porte ouverte à la nucléarisation du Moyen-Orient. D’un autre côté les sociétés occidentales voudront intervenir dans ce marché prometteur où 200 milliards de dollars devraient être investis pour porter la production de pétrole à 4 millions de b/j.

Accord climatique et développement durable
Climatosceptique convaincu, bien qu’il ait admis sur le bout des lèvres dans son interview au New York Times, un des grands quotidiens américains les plus critiques à son égard, que le climat résulte aussi des « activités humaines », ayant déjà nommé des climatosceptiques endurcis à des postes clefs, Donald Trump renoncera-t-il à l’Accord de Paris sur le climat adopté le 12 décembre 2015 et confirmé lors de la récente COP 22 qui s’est tenue en novembre 2016 à Marrakech ? Ce serait un coup porté à un des accords les plus prometteurs portant sur une question vitale pour l’avenir de la planète et isolerait les états-Unis du reste du monde, au moment où la Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre du monde avec plus de 10 milliards de tonnes (le tiers des émissions mondiales) a réitéré avec force son engagement de plafonner ses émissions à l’horizon 2030. Dans l’attente, le président élu s’est empressé de déclarer qu’il relancerait la production charbonnière, donnerait feu vert au controversé oléoduc Keystone XL exportant les sables asphaltiques de la province canadienne de l’Alberta dans les raffineries américaines du Golfe du Mexique, ferait tout pour favoriser la production du gaz et de l’huile de schiste. 

Vers un affrontement États-Unis-Chine ?
En Asie, c’est la Chine, où le Président Xi Jinping, vient de se voir attribuer au terme du 6ème plénum du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) le flatteur qualificatif de he xin, « cœur » ou « noyau dur » du parti, qui constituera le véritable test de la nouvelle politique extérieure américaine. On ne sait pas si la conversation qu’a eue le président élu avec Tsai Ing-wen, la présidente de Taiwan, dont la formation, le Parti progressiste démocratique prône la fermeté à l’égard du continent, relève du faux pas ou de la provocation délibérée de la part d’un homme bien décidé à rééquilibrer les relations des états-Unis avec l’Empire du Milieu. Il apparaîtra difficile à première vue d’imposer, sans essuyer de solides rétorsions de la part de Pékin, une surtaxe de 45% sur les produits chinois importés. Mais qu’en sera-t-il de l’attitude américaine vis-à-vis des velléités chinoises d’imposer sa présence en Mer de Chine méridionale ? Pourtant, après des passes d’armes, qui semblent avoir commencé autour de Taiwan, il n’est pas exclu qu’un modus vivendi ne finisse pas par s’instaurer entre les deux leaders, Xi Jinping supervisant personnellement les questions militaires, économiques et autres, au sein des comités de décision qu’il dirige.
Le Premier Ministre japonais Shinzo Abe, un des rares dirigeants étrangers à ne pas avoir critiqué le candidat Donald Trump, le premier à avoir rencontré le président-élu, mise sur le fait que celui-ci aura besoin d’un allié sûr face à la Chine, qui en cas de retrait américain s’efforcera de combler le vide stratégique. Le dirigeant japonais, dont l’image d’homme fort a de quoi réconforter le futur hôte de la Maison Blanche, cherchera à développer son autonomie stratégique et parachever sa politique consistant à tourner la page de l’après-guerre en redonnant au Japon une souveraineté pleine et entière. Il avait commencé à le faire en donnant une interprétation nouvelle au fameux article 9 de la Constitution japonaise, interdisant à l’archipel du Soleil levant de se doter d’une armée et de recourir à la force dans ses relations extérieures. De toute façon la question de la présence américaine en Asie reste en suspens. Un retrait américain contribuerait à nourrir le climat d’insécurité dans la région, la Corée du Nord pourrait être tentée de tester les défenses de la Corée du Sud et du Japon.
De toute façon, la Corée du Nord, qui a procédé durant l’été à des nouveaux essais nucléaires à partir de sous-marins (SDLBM), restera une préoccupation de sécurité majeure pour le Japon et la Corée du Sud, qui ont mis de côté leur antagonisme historique pour renforcer leurs liens militaires.

Le Proche-Orient, cinquante ans après la guerre des Six Jours
Cinquante ans après la guerre des Six jours de juin 1967 et vingt-quatre ans après les accords d’Oslo qui fixaient les étapes vers un état palestinien, cette perspective est plus éloignée que jamais, ce qui constitue probablement l’un des plus graves échecs diplomatiques depuis la Seconde Guerre mondiale. Avant de quitter ses fonctions, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki -Moon, n’a-t-il pas déclaré que « la solution à deux états risque d’être remplacée par une réalité à un état, faite de violences perpétuelles et d’occupation ». Le Président Abbas fait la sourde oreille aux appels à la réconciliation au sein du mouvement palestinien, lancés par l’Arabie Saoudite, l’égypte, la Jordanie et les émirats Arabes Unis. Donald Trump n’essaiera probablement pas d’imposer une solution aux deux parties ni même de relancer des négociations de paix.
La communauté internationale attendra beaucoup Donald Trump sur bien d’autres dossiers, comme l’attitude à adopter vis-à-vis de l’Arabie Saoudite dont Barack Obama s’était distancé. Qu’en sera-t-il en particulier de l’aide jusque-là relativement discrète apportée par l’US Army aux forces saoudiennes et alliées dans leur lutte contre les insurgés houthistes, soutenus par l’Iran, un conflit qui aurait fait plus de 100 000 victimes avec son cortège de dommages collatéraux. De son côté, l’Arabie Saoudite, qui en novembre 2014 avait déclenché la guerre du pétrole contre les producteurs d’huile de schiste américains, tout en voulant y mettre fin, comme vient de le décider la dernière réunion de l’OPEP du 30 novembre à Vienne, s’est tournée résolument vers l’avenir. Même s’il ne convient pas de prendre à la lettre la déclaration du Prince Mohammed Ben Salman, placé à la tête de la défense et de l’économie du royaume « l’économie saoudienne pourra vivre sans pétrole d’ici 2030 », l’ambitieux plan qu’il a dévoilé pour cet horizon doit être pris au sérieux. Après avoir lancé un emprunt international de 17,5 milliards de dollars, rapidement souscrit, Ryad entend vendre en bourse 5% du géant Aramaco, à la tête des plus grandes réserves de brut du monde  (près de 240 milliards de barils) afin de se doter d’un fonds souverain de 2 000 milliards de dollars destiné à financer la diversification de l’économie. 58% des 28 millions de Saoudiens ayant moins de 25 ans, ce sont 6 millions de postes de travail qu’il conviendra de créer dans les années à venir.

Lumière d’espoir en Amérique Latine avec le nouvel accord de paix gouvernement colombien-FARC.
En Amérique Latine, quelques pays clefs devraient concentrer l’attention de la Maison Blanche. Donald Trump a menacé de revenir sur le rétablissement des relations diplomatiques avec La Havane si cette dernière ne libérait pas les prisonniers politiques et ne rétablissait pas les libertés religieuses et civiles. On peut donc s’interroger sur le point de savoir si l’embargo, en vigueur depuis 1962, sera vraiment supprimé et si une normalisation pleine et entière interviendra entre les deux pays. En tout cas Donald Trump n’a versé aucune larme à l’annonce du décès de Fidel Castro survenu dans la soirée du 25 novembre 2016, le Lider Maximo n’étant pas sa tasse de thé. Vraisemblablement on attendra le départ de Raul Castro en 2018, qui marquera celui de la vieille garde, pour décider de l’attitude à adopter vis-à-vis de l‘île du sucre.
Il en sera de même avec le Venezuela, où les luttes politiques entre pouvoir et opposition s’exacerbent sur fond de grave crise économique, marquée par une chute du PIB de 10%, une inflation record de 700%, et un déficit budgétaire de 25% du PIB. Quant au géant brésilien, qui ambitionnait il n’y a pas si longtemps de devenir un des acteurs clefs du monde de demain, il n’en finit pas de se débattre dans sa crise à la fois politique, économique et sociale, après la destitution de Dilma Roussef et l’inculpation de l’icône que fut si longtemps l’ancien président Luiz Inacio da Silva dit « Lula ». Le déficit budgétaire est passé de 2% du PIB en 2010 à 10% en 2015, en 2016, le PIB aura chuté de 3,8% comme en 2015, autant d’éléments qui ont handicapé la diplomatie de ce membre des BRICS, leader du Mercosur qui avait fait preuve de tant d’initiatives.
L’ Argentine, où un président libéral, Mauricio Macri, a accédé au pouvoir après le long règne des péronistes, n’est pas prête d’assumer le leadership moral et politique en Amérique du Sud.
Dans cette perspective, l’accord de paix signé entre le gouvernement colombien et les FARC le 12 novembre, après qu’une première version ait été rejetée lors de la consultation populaire du 3 octobre 2016, apparaît comme une des rares bonnes nouvelles survenues à la fois dans l’Hémisphère occidental et dans le monde.

Le choc Trump sur l’économie mondiale
Tant l’OCDE que le FMI ont intégré l’ambitieux programme d’investissements du candidat Trump de 1 000 milliards de dollars dans les infrastructures dans leurs Perspectives mondiales pour 2017, portant leur estimation de la croissance mondiale à 3,3% ou 3,4% soit 0,1 à 0,2% de plus qu’auparavant. Les deux organismes plaident d’ailleurs pour une relance budgétaire mondiale coordonnée, ce qui indiquerait un infléchissement des politiques menées ces dernières années, et qui conduirait la zone euro à faire davantage en la matière. Cet effort supplémentaire d’investissement devra se porter en priorité sur les secteurs favorisant la croissance comme la recherche et développement, la formation des salariés ou les infrastructures « vertes ». L’OMC vient de revoir fortement à la baisse ses prévisions de croissance du commerce international pour 2016 à 1,7%, sa plus faible hausse depuis la crise financière. On est bien loin des années 1990-2000, lorsque le commerce international progressait à un rythme double de la croissance mondiale : pour 2017, l’OMC ne prévoit au pire que 1,8% et au mieux 3,1%.
L’OCDE n’a pas manqué de lancer un avertissement au président américain en rappelant que 25% des emplois de ses membres dépendaient des exportations. Aussi le « protectionnisme et les inévitables représailles commerciales qui s’ensuivraient annihileraient l’essentiel des initiatives budgétaires sur la croissance domestique et mondiale, élèveraient les prix, pèseraient sur le niveau de vie et laisseraient les pays dans une situation fiscale dégradée ».
L‘évolution de la conjoncture mondiale dépendra, dans une large mesure, des cours pétroliers qui ont certes amorcé une remontée après avoir atteint leur plancher avec 28 dollars le baril en janvier 2016, mais dont le niveau dépendra des capacités de l’OPEP à réduire sa production globale de 1,2 million de b/j, comme elle en a décidé lors de sa réunion du 30 novembre à Vienne, siège de l’organisation. Riyad doit supporter le gros des réductions avec une diminution de 500 000 b/j, mais les observateurs attendent beaucoup de Moscou, qui s’est engagée à réduire – une première – la sienne de 300 000 b/j, ce qui permettrait de porter le cours du baril à 55-60, voire même 65 dollars en 2017, mais relancerait la production américaine des huiles de schistes qui, en raison de la chute des prix, a baissé de près de 700 000 b/j. Au 5 décembre 2016, le Brent dépassait le niveau des 55 dollars pour la première fois depuis juillet 2015, ayant ainsi engrangé une hausse de 15% en moins d’une semaine.
Signe également qu’un certain optimisme prédomine chez les industriels du secteur pétrolier, le groupe britannique British Petroleum a validé début décembre 2016 un investissement massif de 9 milliards de dollars pour la construction d’une plateforme pétrolière dans le Golfe du Mexique. Soit l’un des plus grands projets récents dans une région marquée par la marée noire de 2010.
On doit s’attendre à des discussions serrées entre les états-Unis et leurs principaux partenaires au sein du G20 sur toute une série de questions clefs, comme la régulation bancaire, la lutte contre les paradis fiscaux, la taxation des transactions financières, ou encore l’imposition des multinationales, au premier chef de celles du GAFA (Google, Amazon, Face book, Apple).

Comment l’Europe traversera la zone des tempêtes
Face à une Amérique revigorée, une Russie dont on célèbre chaque mois la renaissance, une Chine dont on ne peut dire qu’elle poursuit une ascension purement pacifique, qu’en sera-t-il de l’Europe, marquée par le déclin démographique et qui ne cesse de se débattre dans la « polycrise », selon l’expression du Président de la Commission Jean-Claude Juncker. Aux difficultés de toutes sortes qui l’assaillent – question migratoire, déficits budgétaires, dettes souveraines, réformes structurelles en panne, croissance atone, chômage de masse des jeunes, accroissement des inégalités, question du Brexit – s’ajoute à cette énumération à la Prévert le fait qu’elle aura en 2017 un calendrier électoral chargé. L’ Autriche a dit non à l’extrême droite en élisant le 4 décembre, au terme d’un troisième tour, l’écologiste libéral Alexander van der Bellen, dont les suffrages sont passés de 50,3 à 53,3% en sept mois, avec un taux de participation en hausse de 72,6% à 74,1%. En revanche, en Italie, Matteo Renzi avait surestimé son audience et a vu son ambitieuse réforme constitutionnelle rejetée à 60% par un électorat qui s’est massivement mobilisé pour ce type de scrutin (70%). Certes on peut voir dans ce résultat la revanche de la caste politique, peu encline à se réformer, mais surtout les piètres résultats de l'ancien Premier ministre italien dans la lutte contre le chômage et la réduction du déficit public, qui atteint 2,4% du PIB alors que la dette publique, avec 132,8% ne le cède qu’à la dette grecque, mais précède celle du Portugal (130%). Puis, ce sera le tour des électeurs néerlandais, devenus les plus eurosceptiques, de continuer la ronde électorale, suivis de la France où la vague eurosceptique et populiste n’a pas réellement faibli et où ce que l’on nomme à Paris « l’abdication de François Hollande » a multiplié les incertitudes. Il conviendra d’attendre les élections fédérales en Allemagne, en septembre, pour que l’on en sache plus sur les orientations que prendra l’Union européenne. à Berlin, Barack Obama, en faisant ses adieux le 18 novembre 2016 aux principaux leaders européens, n’a pas hésité à transmettre le flambeau à Angela Merkel, déclarant : « La chancelière et l’Allemagne forment un appui central pour la protection des principes démocratiques fondés sur la liberté, et le marché qui ont assuré la prospérité. » Ce sont bien ces valeurs qu’elle veut défendre en s‘étant portée pour une quatrième fois candidate à la chancellerie le 4 novembre. Avec le retour sur la scène politique allemande du Président du Parlement européen, Martin Schulz, se profile une bataille au sein du SPD pour la désignation de son futur challenger. Une situation que l'attentat de Berlin risque bien de faire évoluer.
Comment, sur quelles bases, dans quelles conditions se dérouleront les négociations sur le Brexit, voilà une question qui ne finira pas de tarauder les responsables européens. Theresa May, entrée au 10 Downing Street le 13 juillet dernier a certes rassuré ses pairs en déclarant qu’elle actionnerait l’article 50, ouvrant un délai de deux années pour conclure ces négociations. Mais le délai est court, la vérité est que le gouvernement britannique n’a pas encore déterminé la stratégie de sortie qu’il entend mener. Rejetant tour à tour les modèles existants (Norvège, Suisse, accord de libre-échange), Londres s’en tient à une liste de prétentions apparemment contradictoires, voulant à la fois préserver son accès au marché unique, mettre fin à la libre circulation des personnes, échapper à la compétence de la Cour de justice européenne et ne plus contribuer au budget européen, alors que la menace un arriéré budgétaire de 60 milliards d’euros. En se réunissant à Rome pour commémorer le 60ème anniversaire de la signature le 27 mars 1957 du Traité de Rome, les dirigeants européens auront à nouveau rendez-vous avec l’histoire. Pour ce qui concerne la Turquie, il apparaît de plus en plus, après le coup d’état militaire avorté du 15 juillet, qu’elle a pris conscience que l’Europe n’est guère disposée à lui ouvrir ses portes. Seuls 16 chapitres sur 34 ont fait l’objet de négociations après des décennies de discussions. Ankara, qui a fait part de son vœu d’acquérir des armes russes et se tourne vers l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), pourrait d’un autre côté, dans la perspective du Brexit, s’en tenir à la solution d’un accord commercial avec l’UE plutôt que de prétendre à une adhésion pure et simple dont l’échéance est toujours aussi lointaine et incertaine.

L’Afrique entre défis et espoirs
L’ Afrique, qui tout au long de l’année 2016 a déserté en masse la Cour Pénale internationale, la CPI, (sur les 124 membres de la Cour, 34 venaient du continent africain), qu’elle accuse, non sans quelques raisons d’être un instrument de recolonisation de l’Afrique, seuls ses dirigeants ayant été inculpés, ne manquera pas de faire parler d’elle. Les « géants » africains, qui aspirent à obtenir depuis des années un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’égypte, et pourquoi pas maintenant l’éthiopie, devront dégager une stratégie cohérente à long terme et apparaître dans leur sous-région comme des pôles de stabilité et de croissance.
La France poursuivra son engagement, dans la bande sahélo-saharienne, tout en faisant appel à la solidarité des amis et alliés principalement européens, car il y a peu de chance que l’Amérique de Donald Trump s’engage massivement sur le continent africain. En dehors du Tchad, engagé dans plusieurs opérations au Mali et contre Boko Haram, dans le cadre de la force multilatérale mixte réunissant 5 pays (Nigéria, Cameroun Niger, Tchad, Burkina Faso), c’est le Niger qui est appelé à devenir de plus en plus l’arrière-cour des grandes puissances dans la lutte contre les divers mouvements islamistes. Frontalier de la Libye, du Nigéria et du Mali, ce pays stratégique accueille des bases française, américaine (à Agadez) et désormais allemande – une première – dont la mission officielle sera de soutenir les forces onusiennes au Mali (de la MINUSMA). Le Sommet franco-africain de janvier 2017 à Bamako sera l’occasion de faire le point de la situation en Afrique, dans toutes ses dimensions.

La Francophonie s’affirme sur la scène mondiale
Le XVIème Sommet de la Francophonie s’est conclu le 27 novembre 2016 à Madagascar, avec l’adoption par les chefs d’État et de gouvernement de la Déclaration d’Antananarivo. Plus de 6 500 participants, dont 20 chefs d’État et de gouvernement et près de 2 500 délégués ont pris part à ce grand rendez-vous. La Déclaration d’Antananarivo rappelle entre autres le lien indissociable entre une croissance partagée et un développement durable et responsable pour assurer la stabilité du monde et de l’espace francophone. Le texte souligne aussi l’importance de mettre les valeurs francophones au service d’une mondialisation plus harmonieuse, et identifie le développement durable et responsable ainsi que l’énergie pour tous comme objectifs prioritaires. Les chefs d’État et de gouvernement se sont réjouis de l’avancée de la Stratégie économique pour la Francophonie avec son emphase sur le soutien à l’entreprenariat et la création d’emplois. Les questions d’ordre sécuritaire ont également été au centre des discussions, avec une volonté ferme de mise en commun des effectifs pour la protection des populations et des territoires, ainsi que dans la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Enfin, le Sommet de Madagascar marque l’entrée au sein de l’OIF de quatre nouveaux membres : la République de Corée, la République d'Argentine ainsi que celles des gouvernements de l’Ontario et de la Nouvelle-Calédonie, portant ainsi à 84 le nombre d’États et gouvernements membres, membres associés ou observateurs. Ils ont confirmé la tenue du prochain Sommet de la Francophonie en Arménie en 2018, et en Tunisie en 2020 pour le 50ème anniversaire de la Francophonie, dont Habib Bourguiba fut l’un des pères fondateurs.

L’année 2017 verra-t-elle émerger des formes de coopération nouvelles ?
C’est par définition impossible de prévoir ce que seront en 2017 les cygnes noirs.
Pour la France, comme pour bien de ses partenaires européens, quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle, il s’agira de consolider l’économie française afin de mieux peser vis-à-vis de l’Allemagne, tout en s’efforçant de maintenir le rôle de la France dans le monde, de la placer au centre du débat européen et de la défense. Si l’on crédite généralement le président français de réels succès comme la COP 21 ou l’accord sur le nucléaire iranien, on lui reproche ses hésitations sur l’Europe, comme ses échecs en Syrie, imputables largement au partenaire américain, mais à la ligne « ni Assad, ni Daesh », adoptée à Paris, qu’il conviendra de clarifier.
À l’heure de la tentation du repli sur soi, de la déferlante des populismes, des tendances protectionnistes, le monde attend toujours de la France un message fort et convaincant, une présence, une attention aux évolutions si rapides du monde où cyberespace, robots, intelligence artificielle, économie numérique prennent une place croissante, modifient bien des secteurs économiques, la défense, la diplomatie, la culture ne pouvant être absents de ces évolutions marquantes durables, créatrices d’opportunités et de défis. Au-delà des préoccupations européennes, c’est bien l’ensemble des équilibres mondiaux, la place du Sud, le rôle des BRICS, la place de la nouvelle Asie qui risquent de se modifier au cours de l’année 2017. Au cours des mois à venir, on verra vraisemblablement se mettre en place, au-dessus des G7, G20 existants et par-dessus les organisations internationales traditionnelles (ONU, UE, Conseil de l’Europe, OSCE, Union Africaine, Ligue arabe, Organisation des états américains…), des formes de dialogue plus souples, changeantes, mettant aux prises des configurations nouvelles, sinon inédites.
« La perspective est le frein et le gouvernail de la peinture » écrivait Léonard de Vinci (Les Carnets). Aux divers acteurs internationaux, à la communauté internationale de faire en sorte qu’en 2017, il y ait moins de freins et que le gouvernail soit tenu par des mains expertes.

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