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  Jeudi 22 Juin 2017  
 

deuxième trimestre 2016

La lettre diplometque
  Éditorial
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Venezuela
  Pour un resserrement des liens parlementaires franco-vénézuéliens
 
  Contribuer à faire perdurer une relation historique privilégiée
 
  La vérité sur le Venezuela
 
  Francisco de Miranda, trait d’union entre le Venezuela et la France
 
  Miranda célébré en France
 
  Les objectifs économiques de la Révolution bolivarienne
 
  « La Gran Mision Vivienda »
 
  Le Venezuela, un pays à aimer…
 
  De solides liens économiques à l’épreuve
 
   Le Venezuela, acteur majeur de l’intégration régionale
 
  La culture, priorité de la Révolution Bolivarienne
 
  Le Système national d’orchestres, de chœurs d’enfants et de jeunes du Venezuela interprète depuis 41 ans l’âme de tout un pays
 
  Les cacaoyers du Venezuela
 
  « L’intérêt des Vénézuéliens pour la langue française a toujours été important »
 
  La Maison de la France à Lechería, «centre d’échange de culture, traditions et coutumes».
 
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     Venezuela
 
  S.E.M. Héctor Michel Mujica-Ricardo

À l’heure du bicentenaire de Miranda

Trait d’union entre le Siècle des Lumières et la Révolution bolivarienne, le général Francisco de Miranda incarne aussi les liens profonds qui unissent le Venezuela et la France. À l’heure de la commémoration du bicentenaire de sa disparition, le 14 juillet 2016, S.E.M. Héctor Michel Mujica Ricardo, Ambassadeur du Venezuela en France, nous livre ses réflexions sur son héritage et, plus largement, sur les enjeux d’une diplomatie vénézuelienne à la tête de l’UNASUR, du Mercosur et du Mouvement des non-alignés, qui cherche également à peser sur le redressement de l’économie bolivarienne.

La Lettre Diplomatique : Le Venezuela et la France commémorent en 2016 le bicentenaire de la mort du Général Francisco de Miranda. Pouvez-vous nous rappeler  en quoi ce personnage historique du Siècle des Lumières peut être considéré comme un lien entre les deux pays ?  

S.E.M. Héctor Michel Mujica Ricardo : Francisco de Miranda est né au milieu d’un monde en pleine mutation. Au cours de sa vie, ont eu lieu trois des plus importantes révolutions de l’époque moderne : la révolution industrielle, avec l’apparition des machines à vapeur, qui ont favorisé le développement économique des grandes superpuissances ; la révolution intellectuelle, avec les Lumières et l’Encyclopédie ; et les révolutions politiques qui ont marqué la fin de l’absolutisme dans de nombreux pays.
Avec la ferme volonté de consolider en Amérique un bloc libre et indépendant, qui puisse équilibrer le pouvoir des grandes puissances qui dominaient le monde à l’époque, Miranda a entrepris un périple qui l’a mené dans une France avide de projeter son mouvement anti-oligarchique. Sur ce scénario, il a fait connaître son projet d’émancipation des colonies espagnoles d’Amérique, tout en enrichissant sa proposition avec l’expérience politique acquise pendant les années de révolution.
Contraint par la situation politique de rester à Paris et devant l’initiative des monarchies européennes d’envahir la France pour restaurer la Couronne, Miranda rejoint l’armée révolutionnaire française en tant que Maréchal de Camp, avec la condition de recevoir en échange un soutien pour réaliser son projet libérateur en Amérique. Un projet visionnaire, dont l’objectif ultime était de protéger le continent des nouvelles offensives impérialistes qui prétendaient le soumettre par la force ou par la co-action. Il ne s’agissait pas de lutter contre les Espagnols, mais d’obtenir l’indépendance et la liberté réelle des colonies américaines.
Deux cents ans après sa mort, le nom de Miranda demeure sur l’Arc de Triomphe pour rappeler son action militaire, mais aussi comme le signe de sa compréhension du moment historique où il vécut. Son mérite n’est pas seulement d’avoir compris que le temps de l’émancipation américaine était arrivé, mais aussi d’avoir transcendé la vision pour entreprendre une action courageuse, devenant ainsi un des grands précurseurs de l’indépendance et de l’unité américaine, idéaux que Simon Bolivar ferait siens et dont l’expression ultime est la Révolution bolivarienne que le Peuple vénézuélien construit aujourd’hui.
Aujourd’hui plus que jamais, le Venezuela défend les principes de liberté, d’égalité et de fraternité par lesquels la Révolution française ébranla les fondations de la domination hégémonique du XIXème siècle. Pendant les 17 années de la Révolution bolivarienne, les grands centres de pouvoir nous ont qualifié de « radicaux fauteurs de troubles » pour avoir posé – comme Francisco de Miranda – la question : comment est-il possible que notre Amérique, avec ses grandes richesses naturelles, ne puisse développer un plan de prospérité extraordinaire et de bien-être pour sa population ?
Il suffit de lire les écrits de Miranda pour se rendre compte que, même avant son expérience de la Révolution française, il savait qu’il était impossible de transformer la société dans un contexte d’anarchie ou de violence, et que l’unité est indispensable autant pour assurer l’indépendance que pour que cette nation libre qu’il appela Colombia, devienne un centre de pouvoir dans le monde.
Tout au long de sa vie, Miranda a été convaincu que la liberté engendre une énergie supplémentaire dans l’activité humaine, qui se traduit par un changement dans les mœurs, dans les relations sociales et même dans les relations de production. Cette énergie émancipatrice, devenue la Révolution bolivarienne, est le moteur du projet Notre Amérique que nous défendons, dont les seuls buts sont le respect d’autrui, la liberté et la paix.

L.L.D. : Dans quelle mesure cette commémoration illustre-t-elle la force de nos liens bilatéraux ?

S.E.M.H.M.M.R.: La France et le Venezuela, deux héritiers de la pensée des Lumières et des luttes émancipatrices pour la souveraineté des peuples, entretiennent des relations extrêmement solides depuis la participation de Francisco de Miranda à la Révolution française. Aujourd’hui, nous commémorons le bicentenaire de sa disparition. C’est l’occasion de marquer une halte et de regarder se dérouler le film de ces 200 ans traversés par les luttes extraordinaires des peuples français et vénézueliens en faveur de l’Égalite, de la Liberté et de la Fraternité. Et, comme vous le savez certainement, il n’y a pas de démocratie sans souveraineté.
À présent, dans un contexte international de plus en plus complexe et porteur de risques majeurs, le gouvernement vénézuélien ne ménage pas ses efforts pour apporter une contribution franche et substantielle aux grandes questions qui interpellent la communauté internationale et qui exigent des réponses à la construction d’un monde multipolaire construit sur des bases solides. Le Venezuela défend sur la scène internationale la coopération pacifique entre les nations, l’unité des peuples et des nations latino-américaines et caribéennes, conformément aux principes de non-intervention et d’autodétermination des peuples et du respect universel et indivisible des droits de l’Homme.
Les relations franco-vénézuéliennes sont intenses et fécondes. Depuis 200 ans nous partageons des frontières communes avec la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane française. Le Président Hugo Chavez accordait un grand intérêt aux relations privilégiées entre la France et le Venezuela,  comme en témoignent ses visites à Paris en 1999, 2001, 2002, 2005, 2007 et 2008, et tout récemment, celle du Président Nicolas Maduro en juin 2013.
Les raisons profondes de notre politique obligent la France et le Venezuela à travailler ensemble pour approfondir nos liens de coopération dans tous les domaines, surtout aux plans scientifique et éducatif, et en vue de développer une coopération plus poussée dans le secteur agroalimentaire.
Nous désirons une relation constructive avec la France, une relation fondée sur des relations de longue date qui ont été nourries par le talent de nombreux artistes et scientifiques, par la présence importante de l’émigration corse surtout à l’est du Venezuela, et aussi par la participation de Français dans la lutte pour l’indépendance du Venezuela. C’est-à-dire une relation sans préjugés, sans ressentiments et fondée sur la confiance, sans tentations hégémoniques.

L.L.D. : Résultant de la chute des prix du pétrole et de la réduction de la demande intérieure, le Venezuela est confronté depuis 2014 à une importante contraction de sa croissance économique. Comment analysez-vous les divergences des politiques énergétiques au sein de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) ?  Comment appréhendez-vous les échéances de la dette extérieure de votre pays, en octobre et en novembre 2016 ?

S.E.M.H.M.M.R. : Le Venezuela fait face à une guerre internationale qui cherche à nous empêcher d’avoir une « vie financière » saine. Malgré cela, jusqu’en mai 2016, nous avons versé 5,047 millions de dollars d’engagements internationaux, correspondant à la dette et aux intérêts, et cela malgré les menaces et les sabotages nationaux et internationaux auxquels nous résistons. Malgré l’effondrement des prix mondiaux du pétrole et son impact sur les revenus de l’État, la République bolivarienne du Venezuela a réglé les vingt derniers mois 35,048 millions de dollars – une somme énorme – pour honorer nos engagements internationaux.
Ces règlements ont été faits dans des conditions de dignité pour notre Peuple. Nous pouvons affirmer la tête haute que nous n’avons pas enlevé un centime aux programmes sociaux emblématiques de la Révolution, ni aux enfants des écoles, ni aux retraités. Ce bilan permet au monde entier de tirer ses propres conclusions. D’un côté, le Venezuela, avec une politique anti-hégémonique claire, qui défend le respect de la souveraineté des peuples, de l’autodétermination et de la paix. De l’autre, l’ordre de Washington et des centres internationaux de pouvoir, qui consiste fondamentalement à faire plier le Venezuela par la faim, dans une offensive brutale résumée dans l’ordre impérial : « Pas un dollar pour le Venezuela ».
Les divergences politiques au sein de l’OPEP ne sont pas les premières ni les pires que l’Organisation ait connues. Les conditions de sa fondation, qui sont à l’origine de plusieurs décennies de succès, demeurent toujours en vigueur. Nous n’avons jamais prétendu que l’OPEP soit un mécanisme international de co-action ou de domination, mais, bien au contraire, une instance de négociation et de dialogue. Nous avons une confiance absolue en nos partenaires.
Les pays membres de l’OPEP livrent une guerre permanente pour obtenir la stabilité des prix de notre ressource fondamentale. Plutôt que d’approfondir les divergences, c’est le moment de dynamiser l’OPEP et de consolider une alliance nécessaire pour l’économie et pour l’humanité.

L.L.D. : Détenteur des réserves de pétrole parmi les plus importantes du monde, votre pays est paradoxalement confronté à une crise énergétique.  Quelles sont les mesures envisagées pour augmenter la capacité de production d’électricité au Venezuela ?  Plus largement, quelle est pour vous la stratégie prioritaire pour favoriser la mise en œuvre de nouveaux moteurs de croissance, créateurs d’emploi et d’exportations ?

S.E.M.H.M.M.R. : Il faut d’abord préciser que pendant longtemps il n’existait au Venezuela aucune loi qui régule la production, la distribution et la vente d’électricité. Avant la Révolution bolivarienne, les gouvernements de droite qui alternaient au pouvoir, se sont limités à favoriser une consommation électrique irresponsable, sans développer des politiques durables permettant l’installation de nouvelles centrales électriques, la bonne maintenance du réseau et son utilisation rationnelle.
Un autre point essentiel pour comprendre le problème de l’approvisionnement électrique au Venezuela réside dans le fait que plus de 64% de l’électricité consommée dans le pays est produite par la centrale hydroélectrique Simón Bolívar, d’une capacité de 10 325 MW, ce qui la situe à la 3ème place mondiale, après celle des Trois Gorges en Chine et celle d’Itaipu, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay. Cette centrale hydroélectrique dépend de l’immense barrage du Guri. Comme toute réserve d’eau à ciel ouvert, le Guri est soumis à des phénomènes environnementaux comme « El niño », qui a produit une sécheresse de plus de deux ans, certainement aggravée par le changement climatique. Ces variations atypiques ont affecté le débit du fleuve Caroni, qui alimente le barrage, en le réduisant fortement. De plus, deux autres importantes centrales hydroélectriques qui, ensemble, représentent presque 8% de la consommation nationale, se trouvent également dans le bassin du fleuve Caroni.
Au cours des dernières années, le gouvernement bolivarien a construit et récupéré des lignes de transmission et des réseaux de distribution électrique. De plus, il a œuvré à la consolidation de 34 projets structuraux et de 800 projets mineurs destinés à augmenter la capacité installée de production thermoélectrique. Cependant, depuis 2004, la demande d’électricité a augmenté de plus de 25%, de façon exponentielle, ce qui explique que même en générant beaucoup plus d’électricité, nous souffrions encore des maux hérités d’infrastructures obsolètes et inefficaces.
En octobre 2009, un Ministère de l’Énergie électrique a été créé pour prendre la direction des programmes énergétiques du Venezuela. Depuis, plus de 80 millions d’ampoules basse consommation ont été installées, divisant par quatre la consommation d’énergie par rapport aux ampoules traditionnelles ; des centrales inefficaces ont été réparées, remplaçant le Diesel par le gaz naturel, bien moins nuisible pour l’environnement. En outre, priorité a été donnée, entre autres mesures, à la fabrication et à l’installation de panneaux solaires et de générateurs éoliens.
Je tiens à répondre également à votre deuxième partie de la question, concernant les nouveaux moteurs de croissance, créateurs d’emplois et d’exportations. Dans le cadre de notre contre-offensive économique, face aux constantes attaques intérieures et extérieures contre la stabilité du pays, nous avons installé au Venezuela, le 19 janvier 2016, le Conseil national d’Économie productive, dont l’objectif est de promouvoir le développement de la nation à travers des politiques économiques révolutionnaires.
Devant l’urgence que représente pour nous l’effondrement des prix du pétrole, 14 moteurs productifs ont été activés par lesquels nous voulons substituer au modèle rentier la construction d’un modèle de production efficace dans les domaines de l’agroalimentaire, de la pharmaceutique, de l’industrie, des nouvelles exportations génératrices de devises, de l’économie communale, sociale et socialiste, des hydrocarbures, de la pétrochimie, des mines, du tourisme national et international, du bâtiment, de la production forestière, des équipements militaro-industriel, des télécommunications et de l’informatique, ainsi que de la banque publique et privée.

L.L.D : Deux ans après l’élection du Président Nicolás Maduro, la victoire de la coalition de partis d’opposition (MUD) aux élections législatives de décembre 2015 a marqué le début d’une crise politique au Venezuela. Comment évaluez-vous ses conséquences pour la stabilité du pays ? Parallèlement aux résultats en matière de développement social, comment décririez-vous l’héritage du Président Hugo Chávez et comment pensez-vous le pérenniser ?

S.E.M.H.M.M.R. : Je vais commencer par votre question sur l’héritage du Commandant Chávez. L’évoquer, c’est parler d’inclusion sans exception. Il n’a pas seulement tracé la voie pour consolider notre conscience révolutionnaire, mais en plus, dans un effort de pédagogie politique, il nous a montré la nécessité de nous orienter vers une société non dépendante de la logique inhumaine du capital, où la valeur d’échange et le mercantilisme sont prioritaires sur les besoins humains.
Hugo Chávez a revendiqué nos communautés indigènes originaires et celles des afro-descendants, méprisées et exploitées par l’oligarchie raciste. Il a rendu visible, sans ambigüité ni mépris, la diversité de genre. Il nous a montré la dure réalité des personnes présentant une « diversité fonctionnelle », rendues invisibles sous le concept méprisant et blessant d’« handicapés ».  
Il a transformé les aides misérables qu’étaient les retraites des personnes âgées en salaires dignes. Il a donné des logements dignes et confortables aux exclus. Il a été féministe à l’extrême. Il a laissé une loi du travail qui reconnaît la valeur du travail et la place au-dessus de la valeur du capital. Il a élaboré un plan détaillé, visionnaire, profondément humaniste, pour que le Venezuela évolue dans les siècles à venir comme une puissance pacifique, respectueuse de ses propres droits et de ceux des autres. Chávez a placé la liberté, l’indépendance et l’amour de la Patrie très haut et, au-dessus de tout, son Peuple. Il est mort en travaillant. Les gens humbles l’ont pleuré, ce qui veut tout dire. Le monde ressent son absence.  
En ce qui concerne la stabilité du pays, nous avons dénoncé à de nombreuses reprises les tentatives de l’extrême droite vénézuélienne qui, sous les auspices et sous la protection de l’empire nord-américain, persiste dans sa volonté violente et belliciste de renverser les institutions démocratiques. Au Venezuela, nous sommes tous soumis aux règles du jeu électoral. Nous l’avons démontré au cours des vingt élections qui ce sont tenues depuis l’arrivée au pouvoir de la Révolution bolivarienne en 1999. Nous ne pouvons permettre qu’un secteur de la société viole la voie de la légalité démocratique sous l’influence de puissances économiques mondiales, qui ne cherchent qu’à s’approprier nos ressources énergétiques.
Depuis le premier jour de cette Révolution, nous avons su ce que nous devrions affronter.  L’empire le plus vorace que l’Humanité ait connu, fort de la machine militaire la plus destructive et la plus sanguinaire de l’Histoire, qui veut s’approprier à tout prix nos ressources naturelles. Mais nous ne sommes plus des agneaux soumis. Ici, il existe un Peuple révolutionnaire et puissant, prêt à défendre ce qu’il aime à n’importe quel prix.  Comme disait José Marti : la seule force et l’unique vérité qu’il y a dans cette vie, c’est l’amour. Le patriotisme n’est qu’amour

L.L.D. : L’UNASUR participe à la Commission de la Vérité, chargée d’enquêter sur les manifestations violentes de 2014. Comment cette Commission peut-elle contribuer à apaiser les tensions politiques de votre pays ? Plus amplement, neuf ans après sa création, dans quelle mesure l’UNASUR et l’ALBA ont-elles transformé de façon durable les mécanismes de coopération dans la région et permis l’affirmation d’un modèle de développement spécifiquement latino-américain ?

S.E.M.H.M.M.R. : L’Union des Nations d’Amérique du Sud (UNASUR) et l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) ont transformé en profondeur les mécanismes d’intégration de la région. Nos gouvernements sont passés de relations fondées sur des intérêts particuliers à des accords solides, destinés à nous renforcer en tant que bloc politique et économique, tout en travaillant pour la prospérité de nos Peuples, reconnaissant et valorisant les différences entre nos pays, et tout en soulignant ce qui nous unit.
Aujourd’hui, nous assistons à la reconfiguration de la carte géopolitique mondiale. De nouvelles alliances et de nouveaux accords, de nouvelles coalitions de pouvoir, voient le jour. Nous prenons notre place sur cette scène, unis afin d’être plus forts, persuadés que l’unité latino-américaine  est la seule alternative face à la voracité impériale.
L’ALBA – dont on célébrera en décembre 2016 le 12ème anniversaire – a été la réponse de nos peuples à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA en espagnol) ; pendant ces 12 années, l’ALBA est devenue un instrument solide d’intégration et de rencontre entre nos peuples, orienté vers la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.  Comme l’a affirmé le Commandant Chávez, l’UNASUR est notre blindage contre la barbarie et l’interventionnisme, l’espace politique pour défendre et approfondir nos démocraties, pour protéger le droit à l’autodétermination des peuples.
La présence de l’UNASUR dans la Commission pour la Vérité, qui enquête sur les manifestations criminelles de 2014, est une preuve de la consolidation de son importance pour la région et nous sommes certains qu’elle nous aidera, par sa vision respectueuse des processus démocratiques et des droits de l’homme, à faire prévaloir la justice dans notre pays.
Les temps sont durs pour notre région. Plusieurs gouvernements progressistes ont été durement frappés par les oligarchies nationales et mondiales, qui n’acceptent pas que des gens ordinaires prennent leur destin en main et exercent leur pouvoir souverain. Nous avons vu avec tristesse le coup d’État institutionnel contre la Présidente Dilma, au Brésil, qui s’est déroulé de la même manière que l’on tente d’étrangler le peuple vénézuélien par une guerre économique sauvage. Nous avons été calomniés et vilipendés pour faire croire au monde que la seule issue est celle proposée par nos bourreaux. Au Venezuela nous restons fermes face à la tempête et notre Peuple se tient debout, montrant une dignité héroïque et résistant pacifiquement.
Nous tenons bon dans la tempête, convaincus que nous allons vaincre. Bientôt les conditions s’amélioreront et nous mesurerons alors à sa juste valeur le sacrifice de nos compatriotes, qui n’hésitent pas à continuer d’avancer sur la voie révolutionnaire et démocratique

L.L.D. : Les pays latino-américains ont condamné de façon presque unanime les nouvelles sanctions décrétées par le Président Barack Obama, contre le Venezuela en mars 2015. Alors que les États-Unis demeurent le principal partenaire commercial de votre pays, quels pourraient être, selon vous, les vecteurs d’un renouvellement du dialogue entre les deux pays ? Quels sentiments vous inspire la confirmation du rapprochement entre Washington et La Havane?

S.E.M.H.M.M.R. : Le Commandant Chávez racontait toujours la façon dont Juan Pablo Pérez Alfonzo – un des pères fondateurs de l’OPEP – évoquait avec une angoisse désespérante comment a été imposé au Venezuela, dans les années 1960 et 1970, un modèle extractiviste qui nous a rendus absolument dépendants des revenus pétroliers, favorisant l’apparition d’une bourgeoisie parasite qui a accaparé les richesses et transformé en peu de temps la culture productive du pays en un modèle de consommation, de corruption, de gabegie et de populisme.
Le modèle pétrolier imposé au Venezuela nous destinait à devenir le fournisseur le plus sûr et le plus fiable des États-Unis d’Amérique, en évitant à tout prix la diversification de notre marché, afin d’offrir à notre principal client un approvisionnement rapide et bon marché qui réponde à sa voracité énergétique de superpuissance en croissance. Cette interdépendance est arrivée à un point tel que plusieurs raffineries des États-Unis ont été optimisées pour traiter le pétrole du Venezuela, plus lourd et plus riche en souffre que celui d’autres latitudes.
Malgré les efforts titanesques accomplis pour diversifier nos marchés, le pétrole représente toujours environ 90% des exportations vénézuéliennes et une grande partie de notre production demeure tournée vers les États-Unis.
Après presque un siècle, l’empire nord-américain n’a pas apprécié la prise de conscience de son fournisseur d’énergie privilégié et qu’il décide démocratiquement de la distribution des richesses issues des revenus du pétrole afin qu’elles soient partagées de façon juste et équitable entre tous les citoyens et ne soient plus l’apanage d’une minorité. Pour la première fois, le monde a eu connaissance d’un pays « bipolaire », qui gaspillait avec opulence les millions de revenus générés par le pétrole tandis que le peuple mourait de faim dans les bidonvilles.
C’est alors que les États-Unis ont décidé de reprendre le contrôle de leur partenaire historique et se sont attaqués aux institutions démocratiques en apportant leur soutien au coup d’État de 2002 au Venezuela, sans penser que le Peuple – invisible pendant tant de décennies – sortirait massivement dans les rues pour défendre l’ordre constitutionnel, restaurant en quelques heures le pouvoir dont il avait été dépouillé.
Préoccupé par le retard de son plan de reconquête, le Président des États-Unis, Barack Obama, signa le 9 mars 2015 un ordre exécutif contre le Venezuela, le déclarant comme une « menace extraordinaire et inhabituelle » pour la première puissance mondiale. Cette action démesurée et violente est comprise dans le monde entier comme la reconnaissance publique de l’incapacité politique de l’opposition vénézuélienne, soutenue par Washington, d’arriver au pouvoir par la voie électorale.
Nous ne cessons pas de le répéter : nous ne sommes pas les ennemis du Peuple des États-Unis. Notre combat vise l’hégémonie impériale qui prétend imposer sa volonté en passant outre la volonté souveraine des habitants d’un pays. Nous ne sommes pas fermés au dialogue ; au contraire, devant une agression brutale comme l’ordre exécutif d’un pays qui a participé à 201 guerres depuis la Deuxième Guerre mondiale, et qui fait du Venezuela une menace « inhabituellement pacifique », nous restons ouverts à un dialogue franc, à égalité, fondé sur la prémisse sacrée du respect réciproque.
Nous nous sommes singularisés en dénonçant le blocus criminel des États-Unis, le pays le plus puissant du monde, contre la petite île de Cuba, une République qui a gagné sa liberté de haute lutte, avec dignité. Nous avons maintenu la coopération, la solidarité et la fraternité avec Cuba, malgré toutes les intrigues et les agressions politiques et médiatiques. Sans aucun doute, comme Noam Chomsky l’a expliqué, les États-Unis couraient le risque de s’isoler du continent et c’est pour cette raison qu’ils ont été obligés de reconnaître le droit de Cuba à l’autodétermination. Ce sont des initiatives importantes que nous avons toujours soutenues et célébrées.
Le Venezuela est un pays de paix, toujours disposé à collaborer avec nos frères latino-américains. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement colombien et certaines franges de la population de ce pays frère, nous ont fait confiance pour parvenir à la paix tellement souhaitée, tellement recherchée.

L.L.D. : Le  17ème Sommet du mouvement des pays non Alignés (MNOAL) devrait se tenir prochainement à Caracas, 55 ans après sa création. Quelles sont les priorités que la diplomatie vénézuélienne souhaite promouvoir à cette occasion ? Quelles devraient être, à votre avis, les nouvelles formes de coopération Sud-Sud ?

S.E.M.H.M.M.R. : En sa qualité de pays producteur de pétrole, le Venezuela a toujours compté sur la « collaboration et le soutien » des pays développés, spécialement d’Amérique du Nord. Cette aide n’a jamais été désintéressée. Bien au contraire, elle était adressée aux processus d’extraction/exportation de la matière première qui alimentait – et alimente toujours – les industries des grandes superpuissances occidentales.
Cependant notre pays, comme de nombreux autres pays historiquement considérés comme des pourvoyeurs de matières premières, s’est aperçu que nous avons aussi des connaissances, des savoir-faire, des expériences et des ressources qui peuvent nous être utiles pour atteindre, grâce à des efforts concertés, des objectifs importants en matière de développement durable. Nous avons alors décidé de collaborer dans les domaines économique, social, culturel, environnemental et technique.
Accueillir le 17ème Sommet du MNOAL représente pour le Venezuela une opportunité exceptionnelle de promouvoir l’unification et l’intégration supra-régionale, favorisant l’échange d’expériences pour trouver des solutions créatives à des problématiques communes. À l’occasion de cette rencontre nous allons approfondir également, parmi d’autres thèmes, l’échange des ressources techniques et humaines, le transfert de technologie, la coopération pour le développement, l’amélioration du niveau de vie de nos peuples et le libre accès à la connaissance.
Le plus important réside certainement dans la reconnaissance de l’autre, qui a des difficultés et des besoins similaires aux nôtres, mais qui compte aussi avec des potentiels et des ressources pour se développer. Dans la mesure où le MNOAL se renforcera, les liens de coopération, de collaboration et les efforts concertés deviendront plus solides et plus profonds. C’est la vision bolivarienne. L’unité nous rendra forts ; l’unité nous permettra de construire un monde meilleur et d’offrir à nos peuples le plus grand bonheur possible.
Les peuples du Sud font face au défi de créer un agenda de souveraineté et d’indépendance, empreint d’un profond humanisme et de respect de l’environnement, capable de devenir la pierre angulaire d’une transformation planétaire. Comme le disait le Commandant Chávez, la stratégie néocoloniale a été, depuis le XIXème siècle, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les soumettre, dans une relation de dépendance asservissante. Devant toute menace qui prétende freiner la progression de la coopération Sud-Sud, notre réponse doit être, comme l’affirmait Simón Bolívar : Union, union, union. Il s’agit de notre directive la plus élevée.   

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