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  Jeudi 22 Juin 2017  
 

deuxième trimestre 2016

La lettre diplometque
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Malaisie
  Une présence française en constante progression
 
  Les relations interparlementaires, moteur des liens franco-malaisiens
 
  « Un partenaire privilégié de la France au sein de l’ASEAN »
 
  Le GIFAS crée un réseau SEAFAN pour l’archipel malaisien
 
  Une coopération stratégique d’armement
 
  DCNS : un partenariat de long terme avec la Malaisie
 
  Des synergies économiques franco-malaisiennes diversifiées
 
  Une destination privilégiée pour les investissements
 
  Malaisie, la belle inconnue de l’ASEAN
 
  L’émergence irrésistible de l’économie malaisienne
 
  Cyberjaya : ville malaisienne du futur
 
  La Malaisie défend son huile de palme
 
  Soutenir la vocation de l’UNESCO à favoriser la paix et le développement
 
  Pour un développement des affinités et du bonheur durables...
 
  L’Alliance Française de Kuala Lumpur, vecteur de la culture française en Malaisie
 
  Histoire et archéologie au cœur de la recherche au sein de l’EFEO à Kuala Lumpur
 
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     Malaisie
 
  S.E. / H.E. Dato’ Ibrahim Abdullah

L’équilibre, clé de la réussite du modèle malaisien

Entretien avec S.E. Dato’ Ibrahim Abdullah,
Ambassadeur de Malaisie en France

À la veille du 60ème anniversaire de son indépendance, la Malaisie est devenue un pays qui compte en Asie du Sud-Est. Troisième économie de la région, elle contribue activement au processus d’intégration de l’ASEAN, qu’elle a présidé avec succès en 2015. Faisant figure de modèle de cohésion sociale, elle a acquis un réel savoir-faire technologique et entend désormais développer une « économie de la connaissance ». Ambassadeur de Malaisie en France, S.E Dato’ Ibrahim Abdullah aborde pour nous les grandes orientations de la stratégie économique du Premier Ministre Dato’ Sri Najib Razak, le rôle spécifique de Kuala Lumpur sur la scène régionale et les liens étroits noués avec la France.

La Lettre Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, la Malaisie célébrera en 2017 le 60ème anniversaire de son indépendance. Alors qu’elle est devenue la 3ème économie de l’Asie du Sud-Est, quels facteurs expliquent, selon vous, le succès de son modèle de développement ?

S.E. Dato’ Ibrahim Abdullah : Comme vous le savez déjà, la Malaisie est en passe de réaliser son objectif Vision 2020, visant à atteindre le statut de nation développée en 2020. Elle aborde maintenant la dernière étape de ce parcours. À moins de quatre ans de l’échéance, la Malaisie intensifie ses efforts pour garantir la solidité de tous ses fondamentaux et la mise en œuvre intégrale de ses divers programmes de transformation. J’estime que le succès de notre modèle de développement réside dans l’approche pragmatique privilégiée par notre gouvernement qui a su bien identifier ses priorités depuis l’indépendance du pays en 1957.
La Malaisie a toujours favorisé un développement économique garantissant une approche équilibrée, permettant l’accès à l’égalité des chances pour tous. Elle estime également qu’elle doit absolument préserver la nature pluraliste et dynamique de sa société, car cette diversité lui insuffle force et caractère. La modération constitue donc un facteur clé pour que la paix et l’harmonie règnent dans cet environnement. Sans ces deux conditions essentielles, la stabilité et la sécurité seraient impossibles.
Enfin, la Malaisie poursuit des investissements massifs dans le domaine des ressources humaines, c’est-à-dire dans une éducation recourant à l’innovation et à la technologie. Il s’agit là, je pense, d’un élément crucial qui a permis la réussite de notre pays durant toutes ces années. Ainsi, dans le budget qu’il a annoncé pour l’année 2016, le Premier Ministre malaisien a alloué presque 20% des ressources à l’éducation. Grâce à l’éducation, les malaisiens vivent et travaillent ensemble dans la tolérance, mais aussi dans le respect et la compréhension de l’autre, ce qui constitue le fondement de toute nation qui réussit.

L.L.D : Nommé le 3 avril 2009, le Premier Ministre Dato’ Sri Najib Razak a initié le « Nouveau modèle économique ». Quels en sont les objectifs ? Quels dispositifs met-il en œuvre en vue de concrétiser l’unité nationale promue par son concept de « 1Malaysia » ? Comment analysez-vous les atouts de la diversité multiculturelle de votre pays ?


S.E.D.I.A : Le Nouveau Modèle Économique (NEM) définit un cadre global pour favoriser la transformation de la Malaisie d’un pays à revenu moyen supérieur en un pays à revenu élevé d’ici à 2020. L’objectif du NEM est ainsi de faire de la Malaisie un pays doté d’une économie compétitive et développée, où le peuple jouit d’une qualité de vie et d’un niveau de revenus élevé résultant d’une croissance inclusive et durable.
S’agissant de notre objectif en matière de revenu élevé, nous aspirons à atteindre un revenu national brut (RNB) par habitant de 15 000 dollars en 2020. Au vu des progrès accomplis à ce jour, nous avons presque franchi la barre des 9 000 dollars et si nous poursuivons à ce rythme, nous serons en mesure d’atteindre notre objectif en 2020.
Un autre axe fixé par le NEM consiste à s’assurer de la résistance de l’économie grâce à une gestion efficace des finances publiques. Nous nous sommes rendus compte que dans tout contexte de crise économique, le gouvernement devait injecter des moyens financiers pour relancer l’économie, ce qui a entraîné une augmentation du déficit, à hauteur de 6,7% du PIB en 2009. Un tel niveau de déficit n’étant pas soutenable, notre gouvernement s’est par la suite lancé dans un programme d’assainissement budgétaire. Nous nous employons à présent à atteindre l’équilibre budgétaire d’ici à 2020. Nous avons ainsi réduit systématiquement notre déficit au cours des dernières années. En 2015, nous avons décidé de réduire notre déficit budgétaire de 3,2% à 3,1%. Dans le cadre de la gestion de nos finances publiques, l’une des principales mesures visant à élargir notre base de recettes a été l’introduction en 2015 de la taxe sur les biens et services GST (‘Goods and Services Tax’). Cette mesure nous a également permis de réduire considérablement notre dépendance aux revenus pétroliers, de 40,3% des revenus totaux en 2009 à 20,9% en 2015.
Par ailleurs, le NEM promeut l’unité nationale à travers le concept de « 1Malaysia » via le Programme national de transformation (NTP) qui prévoit des initiatives inclusives et durables afin que personne ne soit laissé pour compte dans notre quête du statut de pays à revenu élevé. C’est un principe très important pour une société pluraliste comme l’est la Malaisie. Comme j’y ai fait allusion dans ma réponse à la première question, la véritable réussite de la Malaisie réside dans la manière dont nous réussissons à vivre dans la paix et l’harmonie avec une multitude de communautés différentes cohabitant au sein d’un melting pot unique. Nous représentons un modèle pour de nombreux pays vulnérables aux querelles et aux conflits civils, ainsi qu’à une gouvernance défaillante. La clé de la réussite de la Malaisie est que nous avons mis un point d’honneur à rechercher l’équilibre et à nous assurer que la population disposant d’un revenu intermédiaire soit importante.

L.L.D : Visant à transformer votre pays en une économie développée d’ici 2020, le 11ème plan quinquennal vient de commencer à être mis en œuvre avec le vote du budget 2016. Compte tenu du ralentissement de la croissance, quelles sont les mesures prévues pour favoriser la hausse du niveau de vie de la population ?

S.E.D.I.A : La Malaisie étant une économie très ouverte, elle n’est pas à l’abri de l’impact de la volatilité de l’environnement extérieur, y compris du ralentissement de la croissance mondiale. Notre pays étant parvenu à éradiquer l’extrême pauvreté (le taux de pauvreté était de 0,6% en 2014), le gouvernement se concentre donc à présent sur le bien-être des ménages faisant partie des 40% les plus pauvres (aussi appelés « Bottom 40 » ou « B40 »).
Le 11ème Plan malaisien, qui couvre la période 2016-2020 (11MP), propose ainsi différentes mesures en vue d’augmenter les moyens de subsistance de la catégorie B40 de la population. Celles-ci visent à :
1) Augmenter le revenu et les richesses par le biais de :
- la réduction de l’échec scolaire ;
- l’amélioration de l’accessibilité à l’enseignement supérieur et à la formation ;
- l’augmentation de la productivité grâce à l’adoption des technologies modernes ;
- la promotion de l’adoption des technologies de l’information et des communications (TIC) ;
- le renforcement du soutien à l’entreprenariat intégré ;
- le développement d’entreprises communautaires et sociales ;
- l’encouragement aux investissements dans les régions où vivent une majorité de ménages B40 ;
- l’augmentation du patrimoine grâce à des programmes d’investissement.
2) Maîtriser la hausse du coût de la vie via :
- le renforcement de la surveillance et de l’application de la réglementation du contrôle des prix ;
- l’augmentation de l’offre de logements abordables ;
- le développement de l’accès aux services de santé ;
- la mise en place d’un filet de protection sociale étendu et intégré ;
- le développement de programmes de gestion des finances et de la dette.
3) Améliorer le système de prestation au sein des programmes B40 par :
- un soutien renforcé aux ménages B40 ;
- l’utilisation de l’Indice de Pauvreté Multidimensionnelle en complément de la mesure du seuil de pauvreté lié au revenu (PLI).  
Dans le cadre du 11MP, les efforts seront également intensifiés en vue de garantir l’accès à des services de santé de qualité pour tous en ciblant les zones mal desservies et en rendant le système de prestation santé plus efficace. En outre, l’accès à des logements abordables sera davantage facilité grâce à l’élargissement et au renforcement de programmes déjà existants. Les aides au logement seront maintenues pour les ménages pauvres et les ménages à revenu faible et moyen, y compris les jeunes et les jeunes couples.
Parallèlement, un système de protection sociale durable et complet sera mis en place afin de protéger les personnes vulnérables.

L.L.D. : La Malaisie cherche à bâtir une économie du savoir.  Comment s’articule la politique de soutien à l’innovation ? À l’instar des biotechnologies, quels secteurs d’activité vous semblent susceptibles d’accélérer la transformation du pays dans cette perspective ?

S.E.D.I.A : La Politique nationale pour la Science, la Technologie et l’Innovation (STI), formulée en 2013, trace les orientations à suivre pour la mise en œuvre des mesures dans ces secteurs et qui feront de la Malaisie une nation avancée sur le plan scientifique, favorisant sa transformation socio-économique et une croissance inclusive.  
Le 11MP a identifié l’innovation comme un facteur pouvant changer la donne et servir de moteur à la croissance afin de transformer le pays en une économie développée à l’horizon 2020 ; ce, en mettant l’accent sur les aspects économiques mais aussi sociaux. Le 11MP détaille ainsi plusieurs mesures visant à promouvoir l’environnement de l’innovation en renforçant le capital relationnel pour favoriser des liens plus étroits, tout en développant la collaboration et la confiance entre les différents acteurs.
L’une des mesures phare vise à améliorer la collaboration entre industries et chercheurs, ainsi qu’entre chercheurs et académiciens en encourageant l’utilisation de la technologie dans les entreprises. Les résultats des activités de recherche et développement (R&D) issus de cette collaboration aideront les industries à fabriquer des produits plus innovants, à améliorer leurs procédés et leurs technologies, à renforcer leur chaîne de valeur et à résoudre leurs problèmes tout en encourageant des recherches axées sur la demande.
En ce qui concerne la structure de gouvernance de la STI, le gouvernement a créé en 2015 le Conseil scientifique national ; un conseil unique qui supervise les activités liées à la science, la technologie et l’innovation, et qui définit les orientations de leur développement. Avec la création, prochainement, d’une agence pour la gestion de la recherche, ce conseil sera l’organe opérationnel qui dirigera toutes les initiatives en matière de recherche, développement, commercialisation et innovation afin d’assurer un plus large retour sur investissement et une optimisation de l’utilisation des ressources.
Pour ce qui est de l’aide financière, le gouvernement malaisien octroie des fonds sous forme de subventions et de prêts à taux réduit aux Ministères, agences, instituts de recherche, établissements d’enseignement supérieur et entreprises, y compris aux petites et moyennes entreprises (PME), pour promouvoir l’ensemble des activités, de la R&D à la phase de commercialisation. Outre les institutions financières privées, l’accès au financement sera renforcé par les sociétés de capital-risque et les investisseurs en vue d’élargir le spectre des options financières, de réduire la dépendance à l’égard des fonds publics et d’augmenter le financement des projets de recherche, développement, commercialisation et innovation.
En vue de favoriser la transition vers une économie du savoir, le 11MP promeut certains des secteurs comme :
- Les services modernes : la finance islamique, les technologies de l’information et de la communication (TIC), le pétrole et le gaz, les soins de santé privés, l’enseignement supérieur privé, l’écotourisme, les services professionnels, ou l’industrie halal.
- Les Produits complexes et divers : biens manufacturés éléctroniques et électriques, machines et équipements, produits chimiques, aéronautique, matériel médical.
- L’industrie agroalimentaire.
Pour exploiter le potentiel de ces secteurs en vue de la transformation du pays en une économie du savoir, des programmes d’action seront conduits dans le cadre du 11MP pour accélérer l’innovation en matière de processus et de produits au sein des PME dans le but d’accroître leur productivité et leur compétitivité. Il est essentiel d’établir un environnement propice afin que les entreprises nationales puissent progresser dans la chaîne de valeur du savoir et transformer le savoir en richesse économique.  
Le 11MP insiste sur l’importance de stimuler l’économie du savoir en mettant l’accent sur une main d’œuvre qualifiée et compétente tout en utilisant la technologie et les TIC pour favoriser l’innovation, la créativité et la productivité. Il est important de doter la main d’œuvre de compétences spécialisées pour favoriser la croissance dans divers secteurs tout en lui inculquant la culture de l’innovation. De cette manière, la Malaisie sera assurée de tirer profit des progrès realisés à l’échelle mondiale mais aussi d’y contribuer. Ces stratégies apporteront à la Malaisie un avantage compétitif sur la scène mondiale par le biais d’une innovation et d’une productivité accrues, tout en catalysant la réalisation d’une économie développée et d’un pays inclusif.

L.L.D : Situé au 18ème rang du classement Doing Business de la Banque Mondiale, votre pays a vu les investissements directs étrangers tripler en l’espace d’une décennie. Pouvez-vous nous préciser les axes majeurs de la stratégie d’attractivité de votre pays et les mécanismes d’incitation à l’investissement ? À l’inverse, quels types d’investissements sont privilégiés par le fonds souverain Khazanah en vue d’accroître l’insertion de la Malaisie dans l’économie mondiale? Comment perçoit-elle à cet égard les atouts du marché français ?

S.E.D.I.A : Grâce à la Malaysian Investment Development Authority (MIDA), qui est la principale agence gouvernementale de promotion des secteurs manufacturiers et des services, la Malaisie a adopté une approche plus claire et ciblée pour attirer davantage d’investissements de qualité. Le MIDA applique une approche par écosystème selon laquelle des efforts concertés ont été mis en place afin de promouvoir l’ensemble de la chaîne de valeur des secteurs d’activité et de développer les facilitateurs pour soutenir cette dernière. L’objectif est de générer des retombées économiques plus élevées et de la croissance pour le pays, ce qui aura un impact durable sur l’économie, créant ainsi un meilleur climat pour les affaires.
Pour illustrer comment cela fonctionne, je peux vous expliquer comment la Malaisie opère avec les entreprises françaises actuellement : elle identifie d’abord de nouveaux secteurs en croissance, tels que les technologies émergentes, les hautes technologies, à forte intensité de capital, à haute valeur ajoutée, fondées sur la connaissance, de haute qualification, axées sur l’exportation et générant des emplois à revenus élevés pour les Malaisiens. Elle fait ensuite aux entreprises une offre très incitative. Une fois identifiées, les entreprises françaises intéressées peuvent utiliser la Malaisie comme plateforme pour développer leurs activités régionales et internationales d’où elles peuvent gérer, contrôler et soutenir leurs fonctions clés. Le programme « Principal Hub » est destiné à renforcer la position du pays comme destination privilégiée pour les investissements et à répondre aux besoins résultants de la tendance croissante à la délocalisation, en encourageant les entreprises étrangères à tirer parti de la position de la Malaisie au sein de l’ASEAN et de la région Asie-Pacifique. Ce programme soutiendra également la croissance continue du pays dans le secteur des services ainsi que son positionnement dans la chaîne d’approvisionnement mondiale intégrée avec l’aide des entreprises françaises.
Concernant les types d’investissements privilégiés par le fonds Khazanah, il s’agit d’investissements innovateurs et basés sur les hautes technologies, dans les services de gestion des transports, les communications, les secteurs bancaires, de la construction, de l’énergie et de la santé. Il s’intéresse de plus en plus aux investissements à l’international car leur rendement y est bien plus élevé. Dans l’ensemble, les investissements réalisés par Khazanah, comprenant des actifs gérés, ont généré des rendements de 10,7% en 2015 alors que ses investissements internationaux ont généré des rendements de presque 18% par an.

L.L.D : À l’instar de l’aménagement de la Vision Valley ou de la future ligne ferroviaire à grande vitesse Kuala Lumpur-Singapour, d’importants projets d’infrastructures sont maintenus en dépit de la baisse des dépenses publiques prévue par le budget 2016. En quoi permettront-ils d’accroître le dynamisme de l’économie malaisienne ? Lesquels vous semblent les plus emblématiques du rôle qu’aspire à jouer votre pays comme porte d’entrée de l’Asie du Sud-Est ?

S.E.D.I.A : Les projets d’infrastructures continueront à soutenir le dynamisme de l’économie malaisienne. Ces projets, plus particulièrement dans le secteur des transports, tel que le transport ferroviaire et les réseaux routiers contribuent à la croissance économique à la fois pendant et après leur réalisation. Ils contribuent à la croissance car leur nature requiert d’énormes investissements de capitaux et l’utilisation de matières premières produites en majorité localement. Une fois achevées, ces infrastructures facilitent la circulation des personnes et des biens et, de ce fait, augmentent la productivité et l’efficacité de la main d’œuvre. Parmi ces projets figurent la construction des Lignes 1 et 2 du système de transport en commun Mass Rapid Transit (MRT), l’extension du réseau de métro léger Light Rapid Transit (LRT), ainsi que l’amélioration du système de transport ferroviaire lourd dans la Klang Valley.
Les restrictions budgétaires en 2016 n’auront qu’un impact relatif sur notre plan de développement des infrastructures. Le financement de ces projets d’infrastructures ne repose pas uniquement sur des fonds publics. D’autres sources de financement comme les partenariats public-privé particulièrement utilisés pour les projets d’infrastructures sont très répandus en Malaisie. En outre, les mégaprojets sont également financés par l’émission de Sukuk (obligations islamiques) garanties par l’Etat.
L’aspiration de la Malaisie à se positionner comme porte d’entrée de l’Asie du Sud-Est se traduit par le développement de nos aéroports, à savoir l’Aéroport International de Kuala Lumpur 1 (KLIA1) et le KLIA2 récemment terminé. Le pays espère que la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Kuala Lumpur à Singapour contribuera à promouvoir ce rôle qui sera également renforcé par la mise en service, vers la fin de la période couverte par le 11MP, du réseau ferroviaire à double voie reliant la ville de Padang Besar, le long de la frontière avec la Thaïlande au nord, et la ville de Johor Bahru dans le sud du pays.

L.L.D : L’incident survenu en mars 2016 à propos de la présence supposée de navires chinois dans la région des récifs de Luconia revendiqués par votre pays, a de nouveau souligné les tensions frontalières en Mer de Chine du Sud. Quelles initiatives pourraient, selon vous, favoriser l’apaisement de ces tensions ? Alors que les investissements chinois en Malaisie sont déjà importants et devraient se pérenniser après les annonces du Premier Ministre chinois Li Keqiang en novembre 2015, comment s’articule le dialogue entre les deux pays ?

S.E.D.I.A : Les relations bilatérales actuelles entre la Malaisie et la Chine sont décrites comme étant les meilleures de leur histoire. Elles ont évoluées du rang de « coopération stratégique » à celui de « partenariat stratégique global » lors de la visite officielle du Président Xi Jinping en Malaisie en 2013. En 2014, les deux pays ont célébré le 40ème anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. À cette occasion, S.E.Dato’ Sri Mohd Najib Tun Abdul Razak, Premier Ministre de Malaisie, a effectué une visite officielle en Chine du 28 mai au 1er juin 2014. Par la suite, la dynamique de consolidation des relations étroites entre les deux dirigeants s’est poursuivie avec la participation du Premier Ministre Li Keqiang au 27ème sommet de l’ASEAN et ses réunions connexes, ainsi que par sa visite officielle en Malaisie le 23 novembre 2015. Au cours de cette dernière, les deux dirigeants ont assisté à la signature de huit protocoles d’accord entre les deux gouvernements, avant de faire une déclaration commune.
D’autre part, les relations commerciales et économiques entre la Malaisie et la Chine n’ont cessé de se renforcer grâce, notamment, à une excellente et étroite coopération politique et commerciale, et ce, au plus haut niveau. En 2015, la Chine était le premier partenaire commercial de la Malaisie, une position qu’elle a maintenue depuis 2009. S’élevant à 59,12 milliards de dollars en 2015 (230,89 milliards de ringgits), en hausse de 11,1% (en ringgits) par rapport à 2014, les échanges avec la Chine représentaient 15,8% du total des échanges commerciaux de la Malaisie. La Chine était également la première source d’importations de la Malaisie à hauteur de 33,14 milliards de dollars (129,36 milliards de ringgits) en hausse de 12% par rapport à 2014. Elle était aussi la deuxième destination des exportations qui se sont chiffrées à 25,98 milliards de dollars (101,53 milliards de ringgits), soit 10% de plus qu’en 2014.
La Malaisie espère que les deux parties s’abstiendront de prendre toute mesure susceptible d’entraver les échanges commerciaux. À cet égard, le rôle des autorités gouvernementales devrait être de faciliter ces échanges et non de leur opposer des entraves inutiles.
La maturité des relations bilatérales s’est illustrée par un dialogue à divers niveaux entre la Malaisie et la Chine. Les deux parties ont toujours souligné l’importance de la paix et de la stabilité dans la région. Ainsi, tout problème qui pourrait surgir en Mer de Chine du Sud fera l’objet de discussions et de négociations à divers niveaux (allant des Ministres aux fonctionnaires). Cela permet de maintenir un dialogue constant en dépit des défis et différences.

L.L.D : Sous l’égide de la présidence malaisienne, la fondation de la Communauté de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), le 31 décembre 2015, a marqué un tournant pour le processus d’intégration régionale. Comment votre pays s’est-il impliqué dans la mise en œuvre de ce projet ? À l’image de la déclaration conjointe sur le climat, quels ont été les autres accomplissements de sa présidence ?

S.E.D.I.A : En un mot, ma réponse est qu’il était dans l’intérêt de tous les États membres de permettre la création de la Communauté de l’ASEAN fin 2015. Les travaux consacrés à la création de cette Communauté ont commencé lorsqu’en a germé l’idée pour la première fois à Bali lors du 9ème sommet de l’ASEAN en 2003 avec la Déclaration de Concorde II.
Le processus long et ardu aura duré plus de dix ans pour finalement garantir que l’ensemble des trois programmes des piliers (politique et sécuritaire, économique et socio-culturel) de cette Communauté, puissent être intégralement mis en œuvre. Les États membres étant tous très différents de par leur histoire, leurs origines, leurs systèmes juridiques et financiers, ce fut une tâche colossale. Aussi, même si la Communauté a été établie en 2015, elle est toujours en cours de construction. Les dirigeants de l’organisation ont alors signé la « Déclaration de Kuala Lumpur sur l’ASEAN en 2025 : Aller de l’avant ensemble », qui, à travers trois programmes destinés à garantir que l’ASEAN conserve sa pertinence au niveau régional mais aussi international, définit les priorités de l’organisation pour la décennie à venir.  
Parmi les accomplissements de la présidence malaisienne figurent notamment la première édition du Prix « ASEAN People’s Award ». Une récompense décernée à des particuliers et à des organisations pour leurs efforts visant à renforcer la Communauté. La Malaisie a également organisé le Sommet « 1ASEAN Entrepreneurship » qui a rassemblé pendant une semaine quelques 15 000 jeunes entrepreneurs venant de tous les pays de l’organisation. Elle a lancé la GOASEAN TV, une nouvelle chaîne de voyage en langue anglaise axée sur l’ASEAN qui servira de plateforme aux pays membres pour promouvoir conjointement le tourisme dans la région à travers le monde et entre eux. Sous la présidence malaisienne a également été créée la plateforme « ASEAN Micro and SME Growth Accelerator Exchange » visant à accélérer la croissance des micro-, petites et moyennes entreprises des pays de l’ASEAN : un exemple pratique et tangible des avantages que l’association peut apporter aux entreprises qui ne ménagent pas leurs efforts et constituent l’épine dorsale des économies de l’ASEAN. Les dirigeants sud-asiatiques ont également signé sous notre présidence la Convention de l’ASEAN contre la traite des personnes, et plus particulièrement des femmes et des enfants, illustrant ainsi l’importance que la région attache aux femmes et aux enfants. Ce ne sont là que quelques exemples des accomplissements de la Malaisie au cours de sa présidence de l’ASEAN en 2015.

L.L.D. : Quels doivent être, à vos yeux, les prochaines étapes de l’approfondissement des liens entre les pays membres tant au plan économique que culturel ?

S.E.D.I.A : J’estime que les pays membres pourraient œuvrer à la création de voies spécifiques dédiées aux citoyens de la Communauté dans chacun des ports, routes et aéroports internationaux des pays membres qui la composent. Cela aurait un impact direct sur les gens lors de leurs déplacements au sein de notre espace commun. Une plus grande publicité devrait également vanter la cuisine de nos régions dans les cafés, les warongs (petits restaurants familiaux), les espaces restaurations des centres commerciaux, les supermarchés et tous les lieux de rencontre pertinents. De telles initiatives permettraient d’augmenter la visibilité et la notoriété de l’organisation.
Je souhaite aussi relayer l’appel de notre Premier Ministre concernant la nécessité de donner la priorité au lancement de l’« ASEAN business Travel Card », ainsi que de renforcer les programmes de stages entre les différents pays. Comme son nom l’indique, cette carte voyages d’affaires facilitera les déplacements entre pays investisseurs dans la région et accélérera la connectivité entre nos populations. Actuellement, la plupart des voyageurs d’affaires n’obtiennent qu’un visa temporaire de deux à quatre semaines lorsqu’ils se déplacent dans d’autres pays au sein de l’Association.
Des festivals ASEAN et des liens interculturels doivent également être promus. Nos gouvernements devraient s’assurer qu’aucun élève n’achève sa scolarité sans avoir étudié l’histoire de l’ASEAN et ses impacts dans la région. Une meilleure sensibilisation des jeunes à un stade précoce permettra aux générations futures de mieux apprécier et, donc, comprendre les avantages qu’ils ont à faire partie de cet ensemble régional.
Par ailleurs, les pays de l’ASEAN doivent aller de l’avant dans d’autres domaines comme l’harmonisation de leurs lois nationales, étape essentielle pour la réalisation d’un marché et d’un socle de production uniques. Garantir la libre circulation des biens, des services, de la main d’œuvre qualifiée, des capitaux et des investissements constitue également une nécessité. Cependant, il existe toujours à l’heure actuelle d’importantes barrières non-tarifaires entre les pays membres, affectant la vie au quotidien et les opportunités en matière d’emploi. Enfin, je crois que l’ASEAN devrait s’atteler à trouver des solutions aux problèmes environnementaux tels que les nuages de fumée, les catastrophes naturelles, notamment les inondations et tremblements de terre, ainsi que les crises migratoires.
Au niveau international, l’ASEAN doit pouvoir agir de manière cohérente de façon à montrer clairement que nous sommes plus forts ensemble qu’en tant que nations individuelles, que d’autres pays dans le monde nous reconnaissent et respectent notre essor, ainsi que ce que nous avons accompli jusqu’à présent. Cela comprend le maintien de la paix, la sécurité et la stabilité dans la Mer de Chine du Sud. Nous soulignons l’importance qu’il y a à régler les différends par des moyens pacifiques, conformément au droit international et notamment la Convention des Nations unies sur le droit de la Mer. Nous appelons toutes les parties à faire preuve de retenue et à éviter toute action qui compliquerait la situation et aggraverait les tensions. Telle est la façon de procéder de l’ASEAN.

L.L.D : Dans le cadre du sommet de l’ASEAN qui s’est tenu à Kuala Lumpur du 18 au 22 novembre 2015, les relations de l’Association avec les États-Unis ont été élevées au rang de partenariat stratégique. Tenant compte de la réunion inédite qui s’est tenue à Sunnylands en février 2016, comment souhaiteriez-vous voir s’élargir la concertation sur les enjeux stratégiques comme la sécurité maritime et la lutte contre le terrorisme ? Au-delà, que vous inspire le resserrement des liens entre les États-Unis et votre pays depuis la visite officielle qu’y a effectué le Président Barack Obama en avril 2014 ?

S.E.D.I.A : Les relations de dialogue entre l’ASEAN et les États-Unis ont progressé depuis leur établissement en 1977. Au tout début de ces relations, la priorité était donnée à la coopération dans les domaines de l’accès aux matières premières, aux marchés et aux capitaux, aux transferts de technologies, au développement des ressources énergétiques, au transport maritime et à la sécurité alimentaire.
A présent, l’ASEAN voit les États-Unis sous un angle complètement différent en raison du paysage politique international actuel. Il est donc naturel que ces relations de dialogue aient évolué vers l’établissement d’un partenariat stratégique lors du 3ème sommet ASEAN-États-Unis qui s’est tenu le 21 novembre 2015 à Kuala Lumpur, en Malaisie. Le partenariat stratégique présente la voie à suivre pour les relations entre l’organisation et les États-Unis pour les cinq prochaines années, en définissant un plan d’action pour approfondir ces liens et identifier les domaines de coopération prioritaires, non seulement entre les deux parties, mais également sur les questions régionales, internationales et transnationales. Bien que l’ASEAN et les États-Unis aient déjà travaillé sur plusieurs questions urgentes lors de leurs consultations (de la pêche illicite, non réglementée et non déclarée, et du trafic d’êtres humains au changement climatique), ce partenariat fournit une base structurelle ainsi qu’une liste de moyens spécifiques grâce auxquels les deux parties pourront faire progresser leur coopération.
Concernant la sécurité maritime, l’ASEAN et les États-Unis travaillent ensemble étroitement, en particulier à travers les exercices « ADMM-Plus » dans le cadre du mécanisme de la Conférence maritime élargie des Ministres de la Défense de l’ASEAN (EAMF) et les rencontres et exercices du Forum Régional de l’ASEAN (ARF) axés sur la formation, l’éducation et le partage d’expériences des marins dans le maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région.
Pour ce qui est de la lutte contre le terrorisme, l’ASEAN et les États-Unis œuvrent ensemble à l’organisation d’ateliers de l’ARF sur les premières mesures de soutien aux victimes du terrorisme et autres événements engendrant de nombreuses victimes ; sur le soutien de moyen à long terme aux victimes du terrorisme ; et sur la sensibilisation et la promotion de la coopération sur la réduction des risques chimiques, bactériologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN).
Les relations bilatérales entre la Malaisie et les États-Unis se sont encore renforcées avec la visite d’État du Président Barack Obama en Malaisie en avril 2014, lors de laquelle les deux pays ont décidé d’élever leurs liens bilatéraux au rang de partenariat global. Le pilier principal de ce partenariat réside dans la coopération dans les domaines politique et diplomatique, commercial et économique, l’éducation et les relations entre les deux peuples, la défense et la sécurité, les sciences, les technologies et l’énergie. La Malaisie considère ce partenariat comme un signe clair de l’engagement des deux pays à développer et approfondir leurs relations bilatérales.
Au plan économique, les États-Unis constituent l’un des principaux partenaires commerciaux de la Malaisie, le troisième plus important après la Chine et l’ASEAN en 2015. Le total des échanges entre les deux pays a augmenté de 10,5% en 2015 pour atteindre 33,03 milliards de dollars, les exportations représentant 18,85 milliards de dollars et le total des importations 14,18 milliards de dollars. En termes d’investissements, les États-Unis occupent le second rang des investisseurs étrangers en Malaisie.
La Malaisie espère renforcer ses relations en matière de commerce et d’investissements avec les États-Unis grâce à l’Accord de Partenariat Transpacifique (TTPA). Elle espère aussi intensifier les relations entre peuples grâce à sa participation au Programme d’exemption de visa. Enfin, les deux pays coopèrent dans les domaines de la sécurité et de la défense, et plus particulièrement dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Nous sommes certains que les relations bilatérales entre nos deux pays continueront à se renforcer davantage dans les années à venir.

L.L.D : Alors que l’organisation Daech cherche à renforcer son influence en Asie, le Parlement malaisien a adopté fin 2015 une nouvelle loi sur la sécurité nationale. Quelle approche préconise votre pays en matière de lutte contre le terrorisme ? Tenant compte de l’attentat qui a frappé Djakarta, la capitale indonésienne, le 14 janvier 2016, quelle est votre perception de la menace terroriste dans la région ? Au-delà, comment la Malaisie, pays reconnu pour sa tradition d’ouverture, contribue-t-elle à promouvoir un islam de paix et de tolérance ?

S.E.D.I.A : La Malaisie condamne tous les actes, méthodes et pratiques terroristes. Dans le combat contre le terrorisme, il est impératif d’adopter une approche multidimensionnelle en s’attaquant aux causes profondes du terrorisme et aux facteurs sous-jacents qui y contribuent, y compris le financement et l’approvisionnement en armes. La Malaisie estime que l’approche à adopter pour lutter contre le terrorisme n’est pas seulement celle du bâton qui sanctionne par l’application des lois, mais aussi celle du pouvoir de l’instruction. Nous considérons également que gagner les cœurs et les esprits est une approche qui doit être dûment envisagée dans l’effort commun visant à combattre la menace terroriste.
La modération représente aussi une valeur importante pour lutter contre l’extrémisme sous toutes ses formes. C’est un outil permettant de surmonter les divergences et régler les conflits car elle appelle le respect mutuel, la tolérance, l’acceptation, la compréhension, le dialogue, le compromis et la justice. Pour cela la modération devrait être adoptée dans le monde entier.
Suite à l’attentat de Jakarta en janvier 2016, la Malaisie est plus que jamais consciente que les actes terroristes sont insidieusement aléatoires, toujours violemment impitoyables et destructeurs. Le terrorisme ne constitue pas seulement une menace régionale ; il est devenu une grave préoccupation mondiale qui peut constituer une menace pour la stabilité et la sécurité des nations.
Notre pays est fermement opposé à toute forme de terrorisme, et particulièrement aux actes terroristes perpétrés au nom de l’Islam. Nous condamnons la fausse représentation éhontée de l’Islam que donnent les terroristes quand ils prétendent que leur brutalité sadique, leurs actes de torture et meurtres d’hommes, femmes et enfants innocents – musulmans comme non-musulmans – sont justifiés au nom d’une religion qui est en réalité une religion de paix, de justice, de tolérance et de compassion.

L.L.D : Placé sous le thème de « la paix et la sécurité à travers la modération », le mandat de la Malaisie de membre non-permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies s’achèvera en décembre 2016. Fort de votre expérience en tant qu’ancien Ambassadeur de Malaisie en Syrie, comment cette vision s’est-elle manifestée dans les prises de positions malaisiennes sur la situation au Moyen-Orient ? Plus globalement, comment appréhendez-vous les enjeux de cette responsabilité ?

S.E.D.I.A : Le principe de modération n’est pas nouveau pour la Malaisie. Depuis l’indépendance du pays en 1957, ses dirigeants l’ont toujours adopté dans les politiques nationales, comme peuvent en témoigner la paix et la stabilité dont jouit notre pays depuis presque soixante ans. Notre société multiraciale, multiculturelle et multireligieuse est une véritable force. Ces principes continuent à guider la Malaisie dans ses efforts pour promouvoir la paix, la sécurité et la prospérité à l’échelle internationale. Je crois fermement que la pratique de la modération peut contribuer aux efforts de médiation et de prévention des conflits.
La Malaisie est convaincue que le Conseil de sécurité des Nations unies demeure le meilleur espoir d’établir une paix durable ; une paix qui créera les conditions nécessaires au développement économique et social, afin de permettre aux peuples, partout dans le monde, de vivre dans la paix, en liberté et dans la dignité, en particulier au Moyen-Orient. La Malaisie considère que la modération, accompagnée d’une médiation efficace avec les acteurs des Nations unies pour une action en faveur d’un effort commun de maintien de la paix et la sécurité internationales, est la meilleure approche pour surmonter les différences et résoudre les conflits pacifiquement. Voilà comment la Malaisie a décidé du thème de son mandat : « La paix et la sécurité à travers la modération ».
Je suis convaincu que l’approche de la modération dans le règlement de conflits a fait ses preuves dans la région de l’Asie du Sud-Est. La Malaisie a joué un rôle de facilitateur dans le Processus de Paix de Mindanao guidé par le principe de modération. Cela a finalement abouti à la signature de l’Accord Global sur le Bangsamoro, le 27 mars 2014, entre le Gouvernement des Philippines et le Front Moro Islamique de Libération (MILF). Nous avons aussi pris part à des efforts similaires dans d’autres parties de la région.
L’offre de la Malaisie de jouer le rôle de négociateur et d’aider est une volonté sincère de s’assurer que la paix règne dans la région. Dans tous ces efforts, notre pays a donné la priorité à la non-exclusion, aux consultations et au consensus qui sont les piliers indispensables de la modération. Nous estimons que le principe de modération tel que nous le pratiquons au plan national et en Asie du Sud-Est pourrait être appliqué avec succès dans le reste du monde. Le seul défi que je prévois est celui de la sincérité et de la volonté politique des parties concernées souhaitant résoudre leurs différends pour pouvoir parvenir à une paix durable.

L.L.D : Alors Premier Ministre, l’actuel Ministre français des Affaires étrangères et du Développement international, M. Jean-Marc Ayrault, a effectué en juillet 2013 une visite qualifiée d’« historique » en Malaisie. Tenant compte de l’étroite coopération de défense franco-malaisienne, quelles sont les priorités du renforcement du dialogue stratégique entre les deux pays ? Comment considérez-vous le potentiel de développement des échanges économiques bilatéraux et dans quels secteurs d’activité ? Quelles nouvelles opportunités pourraient ouvrir à cet égard l’Accord cadre de partenariat et de coopération paraphé le 6 avril 2016 entre la Malaisie et l’UE ?  

S.E.D.I.A : La Malaisie et la France ont en effet vu leur collaboration s’accroître ces dernières années particulièrement dans l’industrie de la défense avec la fourniture de sous-marins français Scorpène et la formation de leurs équipages. Les échanges de visites de haut niveau dont les plus récentes étaient celles du Ministre de la Défense malaisien en France en décembre 2014 et du Secrétaire d’État français chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l’étranger en Malaisie, en avril 2015, sont le signe de relations bilatérales excellentes et chaleureuses.
Notre pays bénéficie actuellement de bonnes opportunités offertes par la France en matière d’échanges commerciaux, d’investissement et d’éducation. Il est le deuxième partenaire économique de la France au sein de l’ASEAN et environ 260 entreprises françaises sont implantées sur notre territoire. Les autres domaines dans lesquels la Malaisie souhaite développer davantage sa collaboration avec la France sont l’industrie aéronautique, les énergies renouvelables, les transports et les biotechnologies.
Quant à l’Accord cadre de partenariat et de coopération entre la Malaisie et l’Union européenne (UE), je pense qu’il couvre un vaste éventail d’intérêts communs, entre autres dans les secteurs économiques. Il sert de catalyseur pour le renforcement des relations bilatérales entre la Malaisie et l’UE et de leur coopération dans bien d’autres domaines comprenant par exemple les relations politiques, le commerce et les investissements, l’énergie, les transports, l’agriculture, les finances ou les affaires maritimes, grâce au dialogue et aux échanges d’informations. Cet accord-cadre ouvrira la voie à la conclusion d’autres accords.
La conclusion de cet accord permettra à la Malaisie de poursuivre les négociations en vue de la conclusion d’un accord de libre-échange entre la Malaisie et l’UE grâce auquel notre pays pourra tirer profit d’un marché de l’UE estimé à plus de 40 milliards de dollars. L’accord de libre-échange permettra aux produits et services malaisiens d’accéder à cet immense marché européen de 500 millions de consommateurs. À cet égard, l’UE pourrait sans aucun doute devenir le tremplin qui propulserait la Malaisie sur le devant de la scène économique mondiale.     

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